Baal (Brecht)

pièce de théâtre de Bertolt Brecht, écrite en 1918-1919

Baal est la première pièce de théâtre du dramaturge allemand Bertolt Brecht : il l'écrit à l'âge de 20 ans en 1918-1919, au sortir de la Première Guerre mondiale, dans un style libertaire et lyrique qu'il délaissera par la suite. La pièce est publiée à Postdam en 1922 et créée le à l'Altes Theater de Leipzig.

Baal
Auteur Bertolt Brecht
Version originale
Titre original Baal
Langue originale Allemand
Éditeur original Gustav Kiepenheuer
Lieu de parution originale Postdam
Date de parution originale 1922
Date de création
Lieu de création Ancien théâtre de Leipzig
Metteur en scène Alwin Kronacher
Version française
Traducteur Guillevic
Date de création en français 1972
Lieu de création en français Lausanne, Cantine de Sauvabelin, puis Théâtre de Carouge, Genève, et Théâtre national de Strasbourg (TNS).
Metteur en scène François Rochaix
Rôle principal Roger Jendly

Pièce de jeunesse, elle sera modifiée à plusieurs reprises par son auteur jusqu'en 1955[1]. Cette pièce, pleine de réminiscences d'Arthur Rimbaud[2], raconte la vie dénuée de sens d'un jeune poète maudit, Baal, brûlant la vie par tous les bouts et la noyant dans le schnaps ; cherchant à combler un vide existentiel, il se nourrit de sexe et de poésie. La pièce le dépeint comme un personnage bestial, taciturne et provocateur.

Résumé

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Baal, jeune poète talentueux, récite un poème à son mécène, le riche marchand Mech, lors d'une réception. Malgré l'enthousiasme et l'admiration qu'il suscite, Baal ne manifeste aucun intérêt, se comporte grossièrement et est mis à la porte. Il rétorque : « Que puis-je faire si le vin que vous me servez m'enivre ! ». L'épouse de Mech, Émilie, devient sa maîtresse ; il la maltraite, la forçant par exemple à embrasser un cocher dans une taverne. Il couche avec Johanna, la jeune amante de son admirateur Johannes ; lorsqu'il ne lui témoigne plus aucun intérêt, elle se jette dans un ruisseau, désespérée.

Baal met enceinte Sophie Barger, qu'il semble d'abord aimer, mais qu'il considère rapidement comme un fardeau et qu'il veut « donner » à son ami Ekart. Baal demande : « Que dois-je te donner pour que tu prennes ma femme ? ». Au printemps, il disparaît avec Ekart ; les deux hommes parcourent la campagne en secret.

Huit ans plus tard, Baal poignarde Ekart à mort lors d'une dispute et finit par mourir parmi les bûcherons chez lesquels il avait trouvé refuge. Le drame s'achève sur les mots d'un bûcheron, qui rapporte les derniers mots de Baal : « J'attends encore la pluie ».

L'immoralisme de Baal reflète, bien que négativement, la figure de Baal, ensemble de divinités des peuples du Proche-Orient ancien, en Syrie et au Levant (Ugarit, Phénicie, Canaan), notamment au travers de la thématique de la sexualité[3].

Personnages

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  • Baal, poète lyrique
  • Mech, négociant et éditeur
  • Émilie, sa femme
  • Docteur Piller, critique
  • Jean Schmidt
  • Pschierer, directeur des péages
  • Johanna
  • Ekart
  • Louise, serveuse
  • Deux sœurs
  • La logeuse
  • Sophie Barger
  • Le rôdeur
  • Lupu
  • Mjurk
  • La soubrette
  • Un pianiste
  • Le curé
  • Bolleboll
  • Gougou
  • Le vieux mendiant
  • Maya, la mendiante
  • Une jeune femme
  • Watzmann
  • Une serveuse
  • Deux gendarmes
  • Des charretiers
  • Des paysans
  • Des bûcherons

Premières représentations

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Baal est créé le à l'Altes Theater de Leipzig dans une mise en scène d'Alwin Kronacher ; Brecht participe à la plupart des répétitions[4],[5],[6].

Brecht écrit avec Elisabeth Hauptmann une version révisée en 1926 pour une brève série de représentations au Deutsches Theater de Berlin, dirigé par Max Reinhardt, où il avait récemment travaillé comme dramaturge. La pièce y est jouée le pour une unique représentation en matinée, mise en scène par Brecht et Oskar Homolka qui joue le rôle-titre, avec des décors de Caspar Neher[7].

Principales productions francophones

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1972 - Création en français - Compagnie du Théâtre de l'Atelier (Genève), joué à Lausanne, Cantine de Sauvabelin[8] puis au Théâtre de Carouge, Genève[9],[10], puis Théâtre national de Strasbourg (TNS)
Traduction d'Eugène Guillevic
Mise en scène de François Rochaix, décors et costumes de Jean-Claude Maret.
Avec Roger Jendly (Baal), François Berthet, Michel Cassagne, Mathieu Chardet, Gilbert Costa, Claire Dominique, Hélène Friedli (Jeanne), Jean-René Glayre, Michèle Gleizer, Pierre Holdener (le bûcheron), Nicole Rouan (Emilie), André Schmidt, Daniel Stuffel, Yvette Théraulaz, Nicole Zufferey.
1974 - Compagnie Le Chantier Théâtre, Théâtre de la Plaine, Paris
Traduction d'Eugène Guillevic
Mise en scène, décors et costumes de François Joxe, musique de Patrick Abrial qui joue Baal.
Avec Jean-Luc Bisson, Paul Pidancet, Jean-Paul Dubois, Patrice Coursan, Jacques Roehrich, Claude Bouchery, Dagmar Deisen, Marie Keruzoré, Isa Lamour, Mado Maurin, Marie-Hélène Rudel.
1976 - Théâtre national de Strasbourg (TNS)[11]
Traduction d'Eugène Guillevic
Mise en scène d'André Engel et Gérard Desarthe qui joue Baal, dramaturgie de Bernard Pautrat, scénographie de Nicky Rieti
Avec Évelyne Didi (Jeanne), Christiane Cohendy (Sophie), Bernard Freyd (Mech), Hélène Vincent (Emilie Mech), Jean Badin (Bergmeier), Malek Eddine Kateb (Ekart), Claude Bouchery (Piller), Gérard Hardy (Horgauer), André Wilms (Lombroso), Alain Rimoux (Caruso).
Le spectacle est distingué par le Prix Georges-Lerminier du Syndicat de la critique.
1987 - Théâtre national populaire (TNP), Villeurbanne[12], puis Théâtre de la Ville, Paris[13]
Traduction d'Eugène Guillevic
Mise en scène de Georges Lavaudant, scénographie et costume de Jean-Pierre Vergier, musique de Gérard Maimone
Joué avec Dans la jungle des villes de Brecht[14]
Avec André Marcon (Baal), distingué en 1988 par le Prix du meilleur comédien du Syndicat de la critique pour son rôle, Gilles Arbona (Ekart), Isabel Otero (Sophie).
1994 - Théâtre de la Tempête, Paris[15], puis Théâtre Garonne, Toulouse
Traduction d'Eugène Guillevic
Mise en scène d'Anita Picchiarini, scénographie de Marc Berman
Avec Marc Berman (Baal), Brice Beaugier, Bruno Choël, Nathalie Joly, Bénédicte Wenders.
2006 - Collectif D'ores et déjà, Odéon-Théâtre de l'Europe aux Ateliers Berthier, Paris[16],[17],[18].
Traduction d'Éloi Recoing
Mise en scène de Sylvain Creuzevault, scénographie de Julia Kravtsova, lumières de Richard Fischer, musique de David Georgelin.
Avec Louis Garrel, Samuel Achache, Mathieu Boccaren, Raphaèle Bouchard, Éric Charon, Pierre Devérines, David Georgelin, Michelle Goddet, Lionel Gonzàlez, Arthur Igual, Lise Maussion, Damien Mongin, Amandine Pudlo, Olivier Rabourdin, Julien Tiphaine.
2010-2011 - Compagnie Théâtre NéNéKa (Ajaccio), Festival d'Avignon au Cloître des Célestins[19],[20],[21], puis tournée en France, notamment au Théâtre de la Bastille, Paris[22].
Traduction de Bernard Lortholary
Mise en scène de François Orsoni, costumes d'Anouck Sullivan, musique de Tomas Heuer et Thomas Landbo.
Avec Clotilde Hesme (Baal), Tomas Heuer, Alban Guyon, Mathieu Genet, Thomas Landbo, Estelle Meyer, Jeanne Tremsal.
2017 Baal version 1919 - Théâtre national de Bretagne (TNB), Rennes[23],[24], puis tournée en France (Théâtre national de Strasbourg (TNS) ; Théâtre national de la Colline, Paris[25],[26] ; Maison de la culture d'Amiens)
Mise en scène de Christine Letailleur
Avec Stanislas Nordey (Baal).
2022 - 2023 - Théâtre du Nord (Lille), puis Théâtre Varia (Bruxelles) et Théâtre de la Tempête (Paris)[27]
Traduction d'Éloi Recoing
Mise en scène d'Armel Roussel, scénographie de Clément Losson.
Avec Émilie Flamant, Pierre-Alexandre Lampert, Vincent Minne, Berdine Nusselder, Eva Papageorgiou, Anthony Ruotte, Lode Thiery, Uiko Watanabe.

Adaptations cinématographiques

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Adaptations musicales

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Notes et références

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  1. Francine Maier-Schaeffer 2004, p. 191.
  2. Vito Pandolfi, Histoire du théâtre, 5. Symbolisme, avant-garde, théâtre et histoire, Verviers, Gérard et Cie, coll. « Marabout Université » (no 190), .
  3. (en) Brian B. Schmidt et al., « Baal », dans Encyclopedia of the Bible and Its Reception, vol. 3, Berlin et Boston, Walter de Gruyter, , col. 202-203
  4. (en) Glendyr Sacks, « A Brecht Calendar », dans Peter Thomson, Glendyr Sacks (dir.), The Cambridge Companion to Brecht, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-41446-6), p. XVII-XXVI.
  5. (de) P. Stuber, « Scandal in Leipzig: The premiere in Bertholt Brecht's' Baal December 8, 1923, in the Altes Theater », Forum modernes Theater, vol. 15, no 1, , p. 31-37.
  6. Fabienne Pascaud, « À sa sortie, Baal de Bertolt Brecht crée la polémique », Télérama, (lire en ligne).
  7. (en) John Willett, The Theatre of Bertolt Brecht. A Study from Eight Aspects, Londres, Methuen, , 3e éd. (ISBN 0-413-34360-X), p. 22-23.
  8. « Baal - 1972 », sur Portail des arts de la scène suisse.
  9. I. V., « Création à Genève de Brecht de Baal. La première pièce de Brecht », Le Monde, (lire en ligne).
  10. François Truan, « Baal : le spectacle (réussi) le plus ambitieux de la saison », Journal de Genève, .
  11. « Baal - 1976 », sur Les Archives du spectacle.
  12. « Deux créations de Georges Lavaudant à Lyon. Brecht entre barbarie et culture », Le Monde, (lire en ligne).
  13. « Baal et Dans la jungle des villes, de Brecht. Quatre hommes du mal », Le Monde, (lire en ligne).
  14. « La jeunesse de Brecht au TNP », Le Monde, (lire en ligne).
  15. « Baal au Théâtre de la Tempête. "Fais ce qui t'amuse !" », Le Monde, (lire en ligne).
  16. « Ivresse de Baal », Libération, (lire en ligne).
  17. Fabienne Darge, « Être jeune et jouer Brecht », Le Monde, (lire en ligne).
  18. Guy Bruit, « Brecht, Baal », Raison présente, no 159 « L'idée de nation », 3e trimestre 2006, p. 107-108 (lire en ligne Accès libre).
  19. René Solis, « Baal à fragmentation », Libération, (lire en ligne)
  20. Fabienne Darge, « Un petit Baal, un peu perdu », Le Monde, (lire en ligne).
  21. Philippe Noisette, « Trop Baal pour toi », Les Échos, (lire en ligne)
  22. Nicolas Arribat, « Baal, de Bertolt Brecht, Théâtre de la Bastille à Paris. Baal brise la glace ? », sur lestroiscoups.fr, .
  23. Philippe Chevilley, « Le Baal funèbre de Christine Letailleur », Les Échos, (lire en ligne)
  24. « La malédiction et la poésie de Baal de Bertolt Brecht au TNB », Le Point, (lire en ligne).
  25. Fabienne Darge, « Baal, le poète barbare de Brecht », Le Monde, (lire en ligne).
  26. Corinne François-Denève, « Baal de Bertolt Brecht, mise en scène Christine Letailleur, Théâtre de la Colline », sur unfauteuilpourlorchestre.com, .
  27. Christophe Candoni, « Baal de Brecht, un animal brut et touchant », sur sceneweb.fr.
  28. (de) Joachim Lang, Episches Theater als Film: Bühnenstücke Bertolt Brechts in den audiovisuellen Medien, Würzburg, Königshausen & Neumann, (ISBN 978-3-8260-3496-1), p. 318-320.
  29. Didier Péron, « Le Baal du débutant. Reprise en salles du téléfilm de 1970 de Schlöndorff, avec le jeune et génial Fassbinder », Libération, (lire en ligne).
  30. Marie-Noëlle Tranchant, « Quand Fassbinder menait le Baal. Le film de Volker Schlöndorff, adaptation d'une pièce de Bertolt Brecht, était resté inédit en France », Le Figaro, (lire en ligne).
  31. René Solis, « Baal tragique », Libération, (lire en ligne).
  32. (en) Dave Thompson, « In Bertolt Brecht's Baal », sur AllMusic.
  33. Paul Trynka, David Bowie : Starman, Rosières-en-Haye, Camion blanc, 2012 (ISBN 978-2-35779-228-9), p. 558.

Bibliographie

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  • Mireille Gansel, « Le Baal de Brecht », Allemagne d'aujourd'hui, no 16, , p. 45-56 (lire en ligne Accès libre).
  • Francine Maier-Schaeffer, « Le Méchant Baal, l'asocial et la poétique des genres chez Brecht. Fragment, pièce didactique, théâtre épique », Revue de littérature comparée, vol. 2, no 310 « Brecht entre théâtre et théorie », , p. 189-205 (lire en ligne Accès libre).
  • (en) John Milfull, From Baal to Keuner. The "Second Optimism" of Bertolt Brecht, Berne / Francfort-sur-le-Main, Peter Lang, .
  • (de) Dieter Schmidt, "Baal" und der junge Brecht : eine textkritische Untersuchung zur Entwicklung des Frühwerks, Stuttgart, J. B. Metzler / Springer-Verlag, , VIII-167 p. (ISBN 978-3-476-99624-4, lire en ligne Accès limité).

Liens externes

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