Backlash (sociologie)

réaction violente d’une partie de la société face aux avancées progressistes en matière d'écologie ou de droits civiques

Le backlash, ou retour de bâton conservateur, regroupe les offensives réactionnaires contre les efforts visant à promouvoir les droits des femmes ou des minorités, ou encore la cause écologique. Ces réactions violentes de rejet peuvent se manifester par une opposition publique, des revirements politiques ou des affirmations culturelles, et sont souvent perçues comme des tentatives de restauration d'un ordre social ou politique antérieur.

La représentante américaine d'extrême droite Marjorie Taylor Greene et l'influenceuse anti-LGBT Libs of TikTok, le .
Manifestation à Berlin du NPD, parti néonazi allemand, avec le slogan suprémaciste White Lives Matter, le .

Origine du terme

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Le terme anglais de backlash (littéralement « retour de fouet ») sert à exprimer une conséquence négative ou une réaction hostile. En français, il est traduit par les expressions « retour de bâton », « contrecoup », « ressac »[1], « régression », « revanche »[2] ou « retour de flammes »[3]. Son sens moderne désigne la réaction violente d’une partie de la société face aux avancées progressistes en matière d'écologie ou de droits civiques.

Dès le , paraît dans le New York Times un article intitulé « Ecological Backlash ». Il y est annoncé que le mouvement en faveur de la protection de l'environnement a déjà atteint sa maturité et suscite des réactions négatives, peu nombreuses, mais de plus en plus fortes[4].

Le mot est ensuite popularisé qu'en 1991, avec la parution de l'ouvrage Backlash : la guerre froide contre les femmes (prix Pulitzer en 1991[2]). L'autrice américaine Susan Faludi y dénonce la montée en puissance, tout au long des années 1980-90 et sur fond de progression de la droite chrétienne au sein de la société américaine, de discours visant à disqualifier le mouvement féministe. Cette propagande cherche alors à démontrer que tous les maux dont souffrent les femmes (de la dépression mentale aux maigres comptes d'épargne, des suicides d'adolescentes aux troubles de l'alimentation et au mauvais teint[2]) sont les conséquences des avancées des années 1970, notamment l'arrêt Roe vs Wade de 1973 légalisant le droit à l’avortement au niveau fédéral. Susan Faludi alerte ensuite sur la menace d’un retour en arrière dans différents aspects de la vie des femmes[1].

Analyse

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Selon l’historienne Christine Bard, spécialiste de l’histoire du féminisme et de l’antiféminisme, le terme « backlash » permet de désigner un phénomène déjà connu comme récurrent : « après les poussées d’émancipation des femmes, on observe souvent une réaction politique qui provoque une régression des droits et des libertés des femmes ». De même, le concept « a le mérite d’insister sur la non-linéarité des progrès de l’émancipation des femmes » et permet de prendre conscience de la menace permanente qui pèse sur les droits des minorités[1].

Sur la question écologique, la situation peut paraître paradoxale. Alors que le changement climatique et ses effets s’accélèrent, la répression des défenseurs de l’environnement s’intensifie, de même que le détricotage institutionnel de politiques de régulation environnementales, en Europe comme aux États-Unis[5]. Cette offensive contre les politiques écologiques provient de groupes d’intérêt pétroliers, industriels et politiques agissant sur le temps long. Selon l'historienne Laure Teulières, leurs stratégies ont évolué et s'est durci, empruntant des techniques et une rhétorique déjà rodées par les lobbys cigarettiers : instiller le doute dans les esprits par de fausses controverses scientifiques, décrédibiliser les lanceurs d’alerte, feindre des actions écologiques (greenwashing), dénoncer une « écologie punitive », et enfin promouvoir des réponses technologiques, quitte à réserver ces solutions aux plus riches. La contre-offensive anti-écologique a redoublé ces dernières années, les politiques environnementales étant désormais accusées d’être à l’origine des crises, et les défenseurs de l’environnement criminalisés comme des terroristes[5].

La cause LGBT+ connaît aussi un « retour de bâton »[6]. Selon Eric Marcus, le backlash constaté dans plusieurs États américains est une conséquence logique de la plus grande visibilité des personnes LGBT+[7]. D'autres experts des droits de l'homme estiment à l'inverse, à propos notamment des tentatives de faire reculer les droits dans certains pays européens, que celles-ci sont le résultat d'une campagne ciblée plutôt qu'un backlash[8].

Exemples de backlash

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Droits des femmes

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Droits des minorités ethniques

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Droits des personnes LGBT+

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  • 2023 : la Cour suprême russe interdit les activités du « mouvement international LGBT+ » en le classant comme « mouvement extrémiste », permettant ainsi de criminaliser la défense de droits LGBTQ+[11].

Droits des personnes en situation de handicap

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  • 2025 : l'administration Trump interdit à ses diplomates l'utilisation de la police de caractère Calibri, adopté en 2023 pour rendre les textes plus lisibles pour des personnes ayant des difficultés de lecture[12].

Écologie

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Notes et références

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  1. 1 2 3 4 Marion Dupont, « Le « backlash » ou le retour de bâton conservateur » Accès payant, sur Le Monde,
  2. 1 2 3 4 5 « Le "backlash", c'est quoi ? », sur tilt.fr,
  3. « Le backlash, le retour de bâton des luttes féministes », sur France Inter, (consulté le )
  4. Jean Jouzel, « Le "backlash écologique" ou le retour de bâton réactionnaire », sur France Inter, (consulté le ).
  5. 1 2 Claire Legros, « Le « backlash écologique » ou l’accélération brutale d’un mouvement réactionnaire profond », sur Le Monde,
  6. E. B., « Homophobie : la crainte d’un « retour de bâton » culturel », sur Le Dauphiné Libéré, (consulté le )
  7. (en) Scott Detrow, « As LGBTQ visibility increases, so does the backlash », NPR, (lire en ligne, consulté le )
  8. (en) Chiponda Chimbelu, « LGBTQ community : Is there a backlash in Europe ? », sur dw.com, (consulté le )
  9. Cécile Bouanchaud, « Le droit à l’avortement aux États-Unis mis à mal par une décision de la Cour suprême », Le Monde, .
  10. « Suppression des DEI : la guerre de Trump contre la diversité », sur France 24, (consulté le )
  11. (fr-CA) « En 2025, le recul des droits des personnes LGBTQ+ se poursuit », sur fondationemergence.org (consulté le )
  12. Julie Viallon, « Jugée trop inclusive, l’administration Trump interdit la police d'écriture "Calibri" aux diplomates américains », sur Franceinfo, (consulté le )
  13. « Cellule Déméter : le Conseil d’Etat valide « le suivi des actions de nature idéologique » des militants écologistes par la gendarmerie », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  14. Réjane Sénac, « Face à la maltraitance animale », sur France Inter, (consulté le )
  15. (en) François Allard-Huver, « Challenges to the Agroecological Transition : Can We Talk About “Agribashing” in France ? », dans Transitions in tension : controversies and tensions around ecological transitions, (ISBN 9781786309105, lire en ligne)
  16. 1 2 (en-US) Christian de Perthuis, « Aux États-Unis, les vents du « backlash » climatique redoublent d’intensité », sur The Conversation, (consulté le )
  17. Christian de Perthuis, « La réélection de Donald Trump : quelles implications pour les politiques climatiques ? », sur The Conversation, (consulté le )
  18. Malo Jan, « Et si le « backlash écologique » en Europe était une conséquence de l’accord de Paris ? », sur The Conversation, (consulté le )
  19. Camille Adaoust, « Néonicotinoïde, mégabassines, élevage intensif... Les mesures clés de la proposition de loi Duplomb, controversée mais définitivement adoptée », sur Franceinfo, (consulté le )
  20. Éva Craine, « Trump abroge ce texte fondateur pour le climat, et c’est bien plus qu’une victoire MAGA », sur Le HuffPost, (consulté le )

Voir aussi

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Bibliographie

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En français

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En anglais

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  • (en) Jeffrey C. Alexander, « Struggling over the mode of incorporation: backlash against multiculturalism in Europe », Ethnic and Racial Studies, vol. 36, no 4, , p. 531–556 (ISSN 0141-9870, DOI 10.1080/01419870.2012.752515, lire en ligne, consulté le )
  • (en) Jeffrey C. Alexander, Frontlash / Backlash, Polity, , 208 p. (ISBN 1509563768)
  • (en) David R. Ayón et George L. Pla, Forging Latino Power : The Politics of Inclusion, Backlash, and Resistance, University of California, , 464 p. (ISBN 0877724644)
  • (en) Julia R. Azari, Backlash Presidents : From Transformative to Reactionary Leaders in American History, Princeton University Press, , 288 p. (ISBN 0691246955)
  • (en) DK Bartley, Boom to Backlash : George Floyd's Legacy on DEI as a Business Imperative, Wiley, , 272 p. (ISBN 1394351453)
  • (en) Alison Brysk, Abortion Rights Backlash : The Struggle for Democracy in Europe and the Americas, Oxford University Press, (ISBN 9780197800485)
  • (en) Nirmal Ghosh, Backlash : Donald Trump And The Remaking Of America, WSPC, , 178 p. (ISBN 9819810841)
  • (en) Pippa Norris et Ronald Inglehart, Cultural Backlash : Trump, Brexit, and Authoritarian Populism, Cambridge University Press, , 564 p. (ISBN 1108444423)
  • (en) Jennifer L. Pierce, Racing for Innocence : Whiteness, Gender, and the Backlash Against Affirmative Action, Stanford University Press, , 248 p. (ISBN 0804778795)
  • (en) Sue Thomas, « “Backlash” and Its Utility to Political Scientists », Politics & Gender, vol. 4, no 4, , p. 615–623 (ISSN 1743-9248 et 1743-923X, DOI 10.1017/S1743923X08000494, lire en ligne, consulté le )
  • (en) George Yancy, Backlash : What Happens When We Talk Honestly about Racism in America, Rowman & Littlefield Publishers, , 168 p. (ISBN 1538104059)

Articles connexes

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