Ball and Chain
Ball and Chain (également orthographié Ball 'n' Chain ou Ball & Chain) est une chanson de blues écrite et enregistrée par la chanteuse américaine Big Mama Thornton. Bien que son enregistrement ne figure pas dans les classements musicaux, la chanson devient l'une des plus connues de son répertoire, notamment grâce aux interprétations et enregistrements de Janis Joplin.
| Face B | Wade in the Water |
|---|---|
| Sortie | Fin 1968 |
| Enregistré | Hollywood, Californie |
| Durée | 2:25 |
| Genre | Blues |
| Format | 45 tours |
| Auteur-compositeur | Willie Mae Thornton |
| Label | Arhoolie |
Pistes de Ball and Chain
Aujourd’hui, Ball and Chain est considérée comme un classique du blues ayant eu un impact significatif sur le développement du rock 'n' roll[1].
Contexte et parution
modifierÉcrite et interprétée par Wiilie Mae « Big Mama » Thornton, la chanson mêle plainte et affirmation : récit d’une contrainte affective qui se transforme, sous sa voix rauque et puissante, en acte d’affirmation personnelle[2]. Thornton, déjà célèbre pour son enregistrement de Hound Dog à la fin des années 1950, compose Ball and Chain comme un blues mineur, lent et lourd, où l’image du « boulet et de la chaîne » devient une métaphore de l’oppression amoureuse et sociale[3].
La trajectoire du titre est singulière : Thornton enregistre Ball and Chain au cours des années 1960, mais sa commercialisation connaît quelques vicissitudes. Dans un entretien avec Anthony Connor et Robert Neff, Big Mama Thornton indique avoir écrit Ball and Chain neuf ans avant son enregistrement. « Je la chantais déjà bien avant de l’enregistrer » déclare-t-elle[4].
Au début des années 1960, Thornton enregistre plusieurs chansons pour Bay-Tone Records. Deux d'entre elles, You Did Me Wrong et Big Mama's Blues, sortent en single. Un article du magazine Billboard évoque bien un « potentiel de vente modéré »[5], mais le titre ne parvient pas à se classer dans le palmarès R&B du magazine[6]. Selon la journaliste musicale Gillian Gaar, Thornton enregistre également Ball and Chain pour Bay-Tone, mais ce titre ne sera jamais commercialisé[7].
En 1968, après la prestation remarquée de Janis Joplin au festival Monterey Pop en 1967[8], Arhoolie Records publie Ball and Chain de Thornton[9]. Enregistrée le à Hollywood[10], une version nommée Ball and Chain – Part 1, créditée à Big Mama Thornton and Her Hounddogs, sort en single fin 1968, essentiellement à destination des radios et des jukeboxs, tandis que la version intégrale de quatre minutes et demie figure sur un album commun de Big Mama Thornton, Lightnin' Hopkins et Larry Williams, intitulé Ball and Chain, paru en [11],[12]. Thornton y est accompagnée d'un petit groupe, avec son guitariste habituel, Edward « Bee » Houston[10]. Elle enregistre par la suite plusieurs versions de la chanson, en concert et en studio, dont une sur son album Stronger Than Dirt classé dans le palmarès Top LP's de Billboard en 1969[13].
Personnel
modifier- Big Mama Thornton – chant
- Edward “Bee” Houston – guitare électrique
- Everett Minor – saxophone ténor
- Curtis Tillman – guitare basse
- Nathaniel Dove – piano
- Gus Wright – batterie
Version de Big Brother and the Holding Company
modifierJanis Joplin, qui reconnait fréquemment l'influence musicale de Big Mama Thornton, enregistre plusieurs versions live de Ball and Chain. Selon James Gurley, guitariste de Big Brother and the Holding Company, Joplin a entendu la chanson pour la première fois lors d'un concert de Thornton dans un bar de San Francisco[14]. Après lui avoir demandé la permission de l'enregistrer[15], le groupe transforme le morceau en un blues lent en tonalité mineure, ponctué de breaks[14], aux accents psychédéliques. Ils l'interprètent au festival Monterey Pop en 1967, devant un public enthousiaste et un accueil critique favorable[16].
La première représentation, le , n'étant pas filmée, le groupe est invité à rejouer le morceau le lendemain[17]. Des images fortement remaniées de cette seconde performance (coupant le deuxième couplet et un long solo de guitare) figurent dans le film Monterey Pop de 1968[17], tandis que la version intégrale du concert du (qui dure 8 min 7 s) est publiée en 1993 dans le coffret de trois CD intitulé Janis (en). Une autre version live de Ball and Chain, enregistrée le au Fillmore East, figure sur l'album Cheap Thrills, sorti la même année et qui révèle Big Brother au grand public[18]. D'autres versions live sont présentes sur les albums Cheaper Thrills (en), Live at Winterland '68 (en), Live at the Carousel Ballroom 1968 (en), The Woodstock Experience et In Concert (en).
Janis Joplin, qui défend régulièrement Thornton sur scène et en interview, veille aussi à ce qu'elle perçoive ses droits d'autrice. Grâce à cette interprétation, Big Mama Thornton conquiert également un large public hippie[15].
Reconnaissance et postérité
modifierLa chanson est reprise ensuite par différents artistes, dont le groupe de punk rock américain Half Japanese (1984), l'interprète soul Etta James sur son album Blues down Deep - Songs of Janis Joplin (1997), la chanteuse québécoise Angel Forrest (1997) ou le groupe de rock brésilien Legião Urbana (2004)[12].
La version originale de Big Mama Thornton figure dans la liste des « 500 chansons qui ont façonné le rock and roll » du Rock and Roll Hall of Fame[1].
Notes et références
modifier- 1 2 (en) « 500 Songs That Shaped Rock », sur Infoplease (consulté le ).
- ↑ (en) Maureen Mahon, « Listening for Willie Mae "Big Mama" Thornton's Voice: The Sound of Race and Gender Transgressions in Rock and Roll », Women & Music: A Journal of Gender and Culture, vol. 15, no 1, , p. 1-17 (ISSN 1553-0612, lire en ligne
). - ↑ (en) Dalton Anthony Jones, « Death sentences: From genesis to genre (Big Mama's parole) », Women & Performance: A Journal of Feminist Theory, vol. 25, no 1, , p. 59-81 (ISSN 1748-5819, lire en ligne
). - ↑ (en) « The Struggles and Triumphs of Bessie Jones, Big Mama Thornton, and Ethel Waters », sur Yale University Library Online Exhibitions (consulté le ).
- ↑ (en-US) « Reviews ans Ratings of New Records », Billboard, vol. 73, no 19, , p. 49 (ISSN 0006-2510, lire en ligne [PDF]).
- ↑ (en) Joel Whitburn, Top R&B Singles 1942-1988, Menomonee Falls, WI, Record Research, Inc, (ISBN 978-0898200690, lire en ligne), p. 411.
- ↑ (en) Gillian G. Gaar, She's a Rebel : The History of Women in Rock & Roll, Seattle, Seal Press, (ISBN 978-1878067081, lire en ligne), p. 3-4.
- ↑ Rebecca Manzoni, « 1967 : Sur la scène du festival de Monterey, Janis Joplin prend le pouvoir avec "Ball and Chain" », sur Radio France, (consulté le ).
- ↑ (en) Bill Dahl, All Music Guide to the Blues : The Experts' Guide to the Best Blues Recordings, San Francisco, Miller Freeman Books, (ISBN 978-0879304249, lire en ligne), « Big Mama Thornton », p. 251.
- 1 2 (en) « Arhoolie Records 45 rpm (& 7” ep) Discography » [PDF], sur Arhoolie.org, (consulté le ).
- ↑ (en) « Ball and Chain », sur Smithsonian Folkways Recordings (consulté le ).
- 1 2 (en) « Cover versions of Ball and Chain written by Willie Mae "Big Mama" Thornton », sur SecondHandSongs (consulté le ).
- ↑ (en-US) « Top LP's », Billboard, vol. 81, no 36, , p. 106 (ISSN 0006-2510, lire en ligne [PDF]).
- 1 2 (en) Myra Friedman, Buried Alive : The Biography of Janis Joplin, Crown Publishing Group, (ISBN 978-0307790521), p. 334.
- 1 2 (en) Garth Cartwright, « ‘The biggest, baddest, saltiest chick you would ever see’: why no one sang the blues like Big Mama Thornton », sur The Guardian, (consulté le ).
- ↑ (en) John Gilliland, « Pop Chronicles: Show 47 - Sergeant Pepper at the Summit: The very best of a very good year. [Part 3] » [audio], sur UNT Digital Library, Université du Nord du Texas (consulté le ).
- 1 2 (en) Jeff Tamarkin, « Janis Joplin Slays ‘Ball and Chain’ in Monterey Pop », sur Best Classic Bands, (consulté le ).
- ↑ (en) Glenn L. Starks, 100 Black Women Who Shaped America : Their Legacy, New York, Bloomsbury Publishing, (ISBN 979-8765110744, lire en ligne), p. 262.