Bardage (parement)
Le bardage désigne, en architecture et dans le bâtiment, un revêtement de façade non porteur constitué d'éléments rapportés et fixés sur une ossature secondaire solidaire du gros œuvre. Il protège la paroi des intempéries, participe à l'expression architecturale du bâtiment et, lorsqu'il est associé à un isolant thermique, entre dans la composition d'un mur manteau.


Le bardage se distingue du parement par son mode de fixation : le premier est mécaniquement rapporté à distance du support, tandis que le second est appliqué directement contre lui, généralement scellé ou collé. Cette distinction recoupe la division traditionnelle des corps d'état, le bardage relevant du charpentier, du couvreur ou de l'étancheur-bardeur, et le parement du maçon.
Généralités
modifierOn classe habituellement les bardages selon la nature du parement extérieur :
- bardages en bois et en matériaux dérivés du bois ;
- bardages métalliques (acier, aluminium, zinc, cuivre) ;
- bardages en fibres-ciment ou en terre cuite ;
- bardages en matériaux composites et stratifiés haute pression ;
- bardages en pierre agrafée ;
- bardages en verre ou en polycarbonate.
Lorsque le revêtement est constitué d'éléments massifs en pierre ou en brique maçonnés, on parle de parement plutôt que de bardage.
Le vocabulaire varie fortement d'une aire linguistique à l'autre : cladding en anglais britannique pour le terme générique, siding en Amérique du Nord pour les bardages légers de maison individuelle, Vorhangfassade et hinterlüftete Fassade en allemand selon que l'on insigne la façade rideau ou la façade ventilée, fachada ventilada en espagnol et en portugais. La littérature technique emploie rainscreen pour désigner spécifiquement le principe de l'écran pare-pluie ventilé[1]. En Normandie et dans une partie de l'Ouest de la France, le terme d'« essentage » désigne les revêtements de façade en bardeaux de bois, en ardoises, voire en tuiles, appliqués sur les pignons les plus exposés à la pluie[2].
Les procédés d'isolation par l'extérieur à parement rapporté sont par ailleurs distingués selon le degré d'intégration de l'isolant et du parement : ossature et isolant indépendants du parement dans le cas du bardage rapporté proprement dit, isolant et parement solidaires dans le cas des panneaux sandwich manufacturés, parement fixé sur un isolant préalablement collé ou chevillé au support dans les systèmes intermédiaires.
Historique
modifierLe principe du revêtement rapporté est ancien et largement répandu dans l'architecture vernaculaire : bardeaux de bois des maisons scandinaves et alpines, weatherboarding des façades anglaises du Sud-Est, essentes d'ardoise des pignons bretons et normands, planches à clin de la Nouvelle-Angleterre coloniale, shou sugi ban japonais employant du cèdre brûlé en surface pour améliorer sa tenue. Dans tous les cas, il s'agit de protéger une paroi porteuse vulnérable à l'eau par un écran sacrificiel, réparable élément par élément.
L'industrialisation du procédé accompagne au XXe siècle le développement des ossatures métalliques et des façades légères. La formalisation scientifique du principe intervient au début des années 1960, avec les travaux menés sur la pénétration de la pluie par la division de recherche en bâtiment du Conseil national de recherches du Canada, dont les conclusions sont ensuite reprises et diffusées dans l'ensemble des référentiels techniques[3].
Description
modifierLe bardage repose sur le principe de l'écran pare-pluie : le parement extérieur n'est pas censé être étanche à lui seul. Il constitue un écran qui casse l'énergie de la pluie battante et protège du rayonnement solaire, tandis qu'une lame d'air ventilée située derrière lui évacue par convection l'eau ayant franchi les joints ainsi que la vapeur d'eau migrant depuis l'intérieur. L'étanchéité proprement dite est reportée sur un pare-pluie ou sur le support lui-même[4].
Les travaux canadiens des années 1960 établissent que l'eau ne franchit un joint que si trois conditions sont réunies simultanément : la présence d'eau, l'existence d'une ouverture et une force capable de l'y faire pénétrer, principalement la différence de pression d'air. Supprimer l'une de ces conditions suffit à contrôler l'infiltration, ce qui conduit au concept de mur à écran pare-pluie et à cavité compensée en pression[3],[5].
Les fonctions d'écran pare-pluie, de ventilation, d'isolation et d'étanchéité à l'air sont ainsi assurées par des couches distinctes. Un défaut ponctuel du parement ne se traduit donc pas immédiatement par un désordre dans la structure.
Mise en œuvre
modifierUn bardage ventilé se compose, de l'intérieur vers l'extérieur, du support (maçonnerie, béton, ossature bois ou charpente métallique), d'une ossature primaire (pattes-équerres, souvent équipées d'une rupture de pont thermique), de l'isolant, d'un pare-pluie, d'une ossature secondaire (chevrons, tasseaux ou profilés) puis du parement.
La lame d'air doit être continue et ventilée en partie basse et en partie haute par des ouvertures protégées contre l'entrée des rongeurs et des insectes. Son épaisseur, généralement comprise entre 20 et 50 mm selon les référentiels, conditionne à la fois le séchage de la paroi et l'efficacité du drainage[4]. Les fixations sont dimensionnées pour reprendre le poids propre du parement et les efforts de dépression au vent, particulièrement critiques en rives et en angles de bâtiment. Elles doivent également autoriser les variations dimensionnelles des éléments, d'où le recours à des trous oblongs sur les parements métalliques de grande longueur.
Les exigences de performance des façades légères rapportées relèvent de codes de construction nationaux, généralement complétés par une procédure d'évaluation technique volontaire pour les procédés non couverts par une norme. Les méthodes d'essai, en revanche, tendent à converger, plusieurs protocoles nationaux ayant servi de base aux normes de l'Organisation internationale de normalisation.
Matériaux
modifierLe bois est le matériau historique du bardage. Posé en clins à recouvrement, à rainure et languette ou à claire-voie, il est exposé sans contact avec le sol mais soumis à une humidification fréquente, ce qui impose soit des essences naturellement durables (mélèze, douglas, châtaignier, red cedar), soit des bois traités ou modifiés (rétifiés, acétylés)[6]. Laissé sans finition, il évolue vers un grisaillement homogène sans perte de performance mécanique.
Les bardages métalliques recouvrent des produits très différents : plaques nervurées en acier galvanisé prélaqué, souvent en double peau avec plateaux support et isolant intermédiaire ; cassettes et lames en aluminium laqué ; feuilles de zinc ou de cuivre à joint debout ; tôles d'acier auto-patinable de type Corten[7].
Les parements minéraux et composites regroupent notamment les plaques planes en fibres-ciment[8], les bardeaux et baguettes en terre cuite, les stratifiés haute pression, les panneaux bois-ciment, le verre émaillé et la pierre mince agrafée. Le bardage en vinyle (PVC) est très répandu dans l'habitat individuel, en particulier en Amérique du Nord et en Europe centrale.
Sécurité incendie
modifierLa lame d'air ventilée, favorable au comportement hygrothermique de la façade, constitue en revanche un facteur aggravant en cas d'incendie par effet de cheminée. Les réglementations combinent trois approches : la limitation de la réaction au feu des matériaux, mesurée par des classements normalisés ; les dispositions constructives destinées à interrompre la propagation verticale entre niveaux, telles que les barrières coupe-feu en cavité et la distance minimale entre baies superposées ; et l'essai de façade en vraie grandeur, dont le protocole de référence international est défini par la norme ISO 13785, elle-même déclinée en variantes nationales[9].
Plusieurs sinistres survenus depuis les années 2010 ont mis en cause des panneaux composites d'aluminium à âme polyéthylène, matériau combustible dont la combustion est accélérée par la cavité ventilée : tour Grenfell à Londres en 2017, immeubles Lacrosse et Neo200 à Melbourne, Torre dei Moro à Milan en 2021, Address Downtown à Dubaï en 2015, Wooshin Golden Suites à Busan en 2010. L'enquête publique britannique sur Grenfell, qui a causé la mort de 72 personnes, a conclu que le bardage constituait la cause principale de la propagation du feu[10]. Ces événements ont entraîné le retrait de ce type de produit dans plusieurs pays et un durcissement général des réglementations sur les façades des bâtiments de grande hauteur[11].
Références
modifier- ↑ (en) J. M. Anderson et J. R. Gill, Rainscreen Cladding: A Guide to Design Principles and Practice, Londres, Butterworths / CIRIA, .
- ↑ « Essenter », sur littre.reverso.net (consulté le ).
- 1 2 (en) G. K. Garden, « Rain Penetration and its Control », Canadian Building Digest, Ottawa, Division of Building Research, National Research Council of Canada, no 40, .
- 1 2 (en) John F. Straube et Eric F. P. Burnett, Building Science for Building Enclosures, Westford (Massachusetts), Building Science Press, .
- ↑ (en) N. B. Hutcheon, « Requirements for Exterior Walls », Canadian Building Digest, Ottawa, Division of Building Research, National Research Council of Canada, no 48, .
- ↑ (en) Comité européen de normalisation, EN 335: Durability of wood and wood-based products — Use classes, .
- ↑ (en) Comité européen de normalisation, EN 14782: Self-supporting metal sheet for roofing, external cladding and internal lining, .
- ↑ (en) Comité européen de normalisation, EN 12467: Fibre-cement flat sheets — Product specification and test methods, .
- ↑ (en) Organisation internationale de normalisation, ISO 13785: Reaction-to-fire tests for façades, .
- ↑ (en) « Grenfell Tower Inquiry: Phase 1 Report », sur grenfelltowerinquiry.org.uk, (consulté le ).
- ↑ (en) « What is cladding, and why can it be a fire risk? », sur The Telegraph (consulté le ).
Annexes
modifierBibliographie
modifier- (en) J. M. Anderson et J. R. Gill, Rainscreen Cladding: A Guide to Design Principles and Practice, Londres, Butterworths / CIRIA, .
- (en) John F. Straube et Eric F. P. Burnett, Building Science for Building Enclosures, Westford (Massachusetts), Building Science Press, .
- (en) Alan J. Brookes et Maarten Meijs, Cladding of Buildings, Londres, Taylor & Francis, , 4e éd..