Barghach ben Saïd
Sayyid Barghach bin Said Al-Busaid (arabe : برغش بن سعيد البوسعيد), né vers 1836-1838 et mort le à Zanzibar, fils de Said bin Sultan Al-Busaid, est le deuxième sultan de Zanzibar en tant qu'État indépendant. Il dirige le sultanat du au , à l'apogée de la puissance commerciale de l'archipel, à une époque où Zanzibar constitue le principal centre de la traite négrière dans l'océan Indien. Héritier d'une économie structurée autour de l'esclavage et des plantations d'épices, il maintient ce système tout au long de son règne, ne consentant à en limiter formellement certains aspects qu'en 1873, sous la menace directe d'un blocus naval britannique. Son règne est également marqué par une modernisation significative des infrastructures de Stone Town et par une diplomatie active face aux grandes puissances européennes.
| Sultan de Zanzibar | |
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Khalifah bin Said Al Busaidi (en) |
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Moza bint Hamad Al Busaidi (d) |
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| Distinctions | Liste détaillée Grand croix de l’Ordre portugais de la Tour et de l’épée (d) () Chevalier grand-croix de l'ordre de Saint-Michel et Saint-Georges Ordre de l'Aigle rouge Médaille d'argent de la Société zoologique de Londres |
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Contexte : Zanzibar et la traite négrière
modifierLe sultanat de Zanzibar, fondé par son père Saïd bin Sultan qui y déplace sa capitale en 1840, prospère grâce à un système économique reposant sur trois piliers indissociables : l'ivoire, les clous de girofle et les esclaves. La traite représente un tiers des revenus du sultanat[1]. Les plantations de clous de girofle, introduites dans les années 1820, absorbent une main-d'œuvre servile importée du continent africain. Au milieu du XIXe siècle, les esclaves représentent environ les deux tiers de la population de l'archipel[2]. Quelque 40 000 à 50 000 esclaves transitent chaque année par Stone Town, dont un tiers est retenu sur place pour les plantations[3]. C'est dans ce contexte que Barghach bin Said accède au pouvoir.
Biographie
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Jeunesse et accession au pouvoir
modifierBarghach bin Said naît vers 1836-1838, fils de Saïd bin Sultan et d'une concubine éthiopienne. À la mort de son père en 1856, il tente de s'emparer du trône contre son frère aîné Majid bin Said, mais la marine britannique intervient et le contraint à deux ans d'exil à Bombay. Ce séjour lui donne une vision plus ouverte du monde et le sensibilise aux évolutions techniques et politiques de son époque[4]. En 1860, il mène une nouvelle tentative de soulèvement contre Majid, soldée par un nouvel échec. À la mort de Majid en 1870, il accède finalement au sultanat.
Maintien du système esclavagiste
modifierDès son accession au trône, Barghach bin Said hérite d'engagements formels envers la Grande-Bretagne en matière de limitation de la traite, conclus par ses prédécesseurs, qu'il ne respecte pas. À la fin des années 1860, il est soupçonné d'avoir perçu des pots-de-vin de marchands d'esclaves pour les laisser poursuivre leurs activités pendant plusieurs années[5].
Il soutient par ailleurs l'expansion de Tippo Tip, marchand d'esclaves afro-omanais opérant depuis Zanzibar, qui conduit de vastes expéditions en Afrique centrale jusqu'au bassin du Congo pour alimenter les plantations de l'archipel. En 1887, Barghach le nomme gouverneur du district des chutes Stanley dans l'État indépendant du Congo, lui conférant ainsi une légitimité officielle[5].
En juin 1873, le consul britannique John Kirk présente au sultan un ultimatum sous menace d'un blocus naval total. Selon le compte-rendu de Kirk, Barghach déclare alors : « Une lance est tenue à chacun de mes yeux. Par lequel choisirais-je d'être percé ? »[6]. Contraint, il signe le le traité anglo-zanzibari, qui interdit la traite maritime des esclaves sur ses territoires et ferme le grand marché aux esclaves de Stone Town[7].
Ce traité ne met cependant pas fin à l'esclavage lui-même : les esclaves déjà présents sur l'archipel restent légalement asservis, les importations clandestines se poursuivent, et en 1895 un fonctionnaire britannique estime que les trois quarts des 200 000 habitants de l'île demeurent des esclaves[1]. En 1876, sous pression britannique renouvelée, Barghach émet une proclamation rendant illégales les caravanes d'esclaves, sans que les raids cessent pour autant[6]. L'esclavage n'est définitivement aboli à Zanzibar qu'en 1897, neuf ans après sa mort.
Modernisation des infrastructures
modifierParallèlement au maintien du système esclavagiste, Barghach bin Said engage une modernisation notable de Stone Town : adduction d'eau courante, construction de routes, bains publics, parcs, hôpitaux et grands bâtiments administratifs, dont la Beit al-Ajaib (« Maison des Merveilles »). Il met en place une force de police organisée[5]. Ces réalisations sont directement financées par les revenus d'une économie fondée sur le travail servile.
Résistance à la colonisation européenne et fin de règne
modifierÀ partir de 1884, les puissances européennes (Allemagne et Royaume-Uni) entreprennent le démembrement de l'empire commercial de Zanzibar sur le continent africain. Barghach tente de résister diplomatiquement, jouant les puissances les unes contre les autres, mais ne parvient pas à enrayer ce processus[5]. Il meurt le , laissant un sultanat dont la souveraineté est désormais très affaiblie.
Son fils Khalid bin Barghash tente en 1896 de s'emparer du pouvoir à la mort du sultan en exercice, déclenchant la guerre anglo-zanzibari (la plus courte de l'histoire, qui dure 38 minutes), soldée par sa défaite face aux Britanniques.
Son successeur direct est Khalifah bin Said.
Références
modifier- 1 2 (en) « Zanzibar Outlaws Slavery », sur EBSCO Research Starters.
- ↑ (en) Steven Feierman, « Slavery, the Slave Trade, Abolition, and Ironic Consequences », sur AP Central, College Board.
- ↑ (en) « Zanzibar's Commercial Empire: 1800 to 1880 », sur AP Central, College Board.
- ↑ (en) Jeremy Presthold, « From Zanzibar to Beirut : Sayyida Salme bint Said and the tensions of cosmopolitalism », dans James L. Gelvin et Nile Green (dir.), Global Muslims in the Age of Steam and Print, University of California Press, (lire en ligne), p. 209.
- 1 2 3 4 (en) « Barghash », sur Encyclopædia Britannica.
- 1 2 (en) « Slavery, the Slave Trade, Abolition, and Ironic Consequences », sur AP Central, College Board.
- ↑ (en) « Treaty between Her Majesty and the Sultan of Zanzibar », sur Office of the Historian, U.S. Department of State.