Barrage de Batoka Gorge
Le barrage de Batoka Gorge (en anglais : Batoka Gorge Hydroelectric Power Station ou BGHES) est un projet de centrale hydroélectrique transfrontalier de grande envergure prévu sur le fleuve Zambèze, à la frontière entre la Zambie et le Zimbabwe. D'une capacité prévue de 2,4 GW, ce projet de type « au fil de l'eau » est planifié pour être développé sur le fleuve Zambèze, avec son site de barrage situé à 47 km en aval des chutes Victoria. Avec ses 2 400 MW, il deviendra la troisième plus grande centrale hydroélectrique d'Afrique et l'une des soixante plus grandes au monde par sa capacité de production[1],[2].
| Pays | |
|---|---|
| Province | |
| Nom (en langue locale) |
Barrage hydroélectrique de Batoka Gorge |
| Coordonnées | |
| Cours d'eau |
| Vocation |
production électrique |
|---|---|
| Propriétaire | |
| Date du début des travaux |
En projet |
| Date de mise en service |
En projet |
| Type |
Barrage-voûte en béton compacté au rouleau |
|---|---|
| Hauteur (lit de rivière) |
181 m |
| Longueur |
720 m |
| Nombre de turbines |
12 |
|---|---|
| Type de turbines |
Turbines hydro |
| Puissance installée |
2 400 MW |
Histoire et développement
modifierGenèse du projet
modifierLe projet de Batoka Gorge a été conçu pour la première fois en 1972, à la suite d'une étude exhaustive commandée par le prédécesseur de l'Autorité du fleuve Zambèze. L'étude visait à identifier et évaluer les sources d'énergie potentielles que l'institution intergouvernementale pourrait développer pour répondre aux demandes croissantes d'électricité de la Zambie et du Zimbabwe[3].
Les gorges de Batoka ont été identifiées comme un emplacement privilégié en raison de leur potentiel hydroélectrique significatif, alimenté par le débit puissant du fleuve Zambèze. Au fil des décennies, le projet a évolué pour intégrer les pratiques d'ingénierie modernes et les considérations de durabilité, garantissant qu'il réponde aux plus hauts standards d'efficacité et de gérance environnementale.
Évolution récente
modifierEn , les gouvernements zambien et zimbabwéen ont signé un accord pour construire le barrage avec General Electric et une entreprise chinoise, « Power China ». Le consortium comprenant la Power Construction Corporation of China et General Electric des États-Unis a été sélectionné comme contractant pour développer ce projet estimé à 4,5 milliards de dollars US[3],[4].
Cependant, en 2023, la Zambie a annulé le contrat, citant les coûts élevés et l'échec du projet dans sa configuration initiale. La Zambie et le Zimbabwe prévoient de relancer l'appel d'offres pour le projet hydroélectrique de Batoka Gorge, d'une valeur estimée à 5 milliards de dollars et d'une capacité de 2,4 GW[5].
Caractéristiques techniques
modifierInfrastructure du barrage
modifierBatoka Gorge sera une installation hydroélectrique au fil de l'eau comprenant un barrage-voûte en béton compacté au rouleau (RCC) de 181 m de haut et 720 m de long. Ce barrage en béton compacté au rouleau de type arc-gravité, avec ses 180 m de hauteur, sera l'un des plus hauts de ce type.
Le réservoir aura une zone de captage de 508 000 km2 et quatre prises d'eau, qui achemineront l'eau à travers 4,2 km de tunnels vers les deux centrales électriques[5].
Centrales électriques
modifierLe projet comprendra deux centrales électriques de surface de 1 200 MW chacune sur les rives nord et sud du fleuve Zambèze. Chaque centrale électrique sera équipée de six turbines hydro de 200 MW. L'installation transfrontalière devrait produire 10 215 GWh d'électricité par an, qui seront partagés entre la Zambie et le Zimbabwe[6].
Localisation précise
modifierLes coordonnées exactes du site sont marquées à la référence de grille 055-178 sur une carte à l'échelle 1:50 000, indiquant un emplacement précis et soigneusement choisi qui intègre la faisabilité technique avec la préservation environnementale et les considérations géopolitiques[7].
Cadre institutionnel
modifierZambezi River Authority
modifierLe projet est mis en œuvre par l'Autorité du fleuve Zambèze, une organisation binationale mandatée pour exploiter, surveiller et maintenir le complexe du barrage de Kariba ainsi que pour exploiter le plein potentiel du fleuve Zambèze. L'Autorité du fleuve Zambèze est une organisation binationale détenue à parts égales par les deux gouvernements des Républiques de Zambie et du Zimbabwe[8].
Études d'impact environnemental
modifierLa firme sud-africaine contractée pour préparer une Évaluation d'Impact Environnemental et Social (EIES) pour le projet de 3 milliards de dollars de Batoka Gorge, a soumis son rapport préliminaire à l'Autorité du fleuve Zambèze (ZRA) et aux financeurs. La ZRA a contracté un consultant indépendant, Environmental Resources Management (ERM) d'Afrique du Sud pour conduire l'EIES.
Enjeux environnementaux et sociaux
modifierImpact sur les chutes Victoria
modifierMalgré sa proximité avec les chutes Victoria, le projet a été méticuleusement planifié pour s'assurer qu'il n'aura aucun impact négatif sur le site du patrimoine mondial de l'UNESCO. Cette proximité avec l'un des sites naturels les plus emblématiques d'Afrique constitue néanmoins un défi majeur pour la conception du projet.
Opposition environnementale
modifierComme dans la proposition des années 1990 qui avait été arrêtée, et maintenant encore, les parties prenantes et la communauté locale s'opposent fortement à la construction du barrage. Si le barrage est construit, des kilomètres de rapides de classe mondiale de Grade III-V seront perdus, ce qui suscite l'opposition des organisations de protection de l'environnement et des sports nautiques[9].
Régulation des eaux
modifierLe directeur général de la ZRA a souligné l'importance de développer des réserves d'eau tampons, affirmant que « les projets hydroélectriques supplémentaires faciliteront la régulation des réservoirs pour la production d'énergie et la gestion des inondations ». Il a mis en évidence le rôle du projet Batoka Gorge dans le renforcement de la production d'énergie pendant les saisons de pointe tout en maintenant les réserves d'eau au barrage de Kariba pour les saisons sèches[10].
Financement et défis économiques
modifierCoûts du projet
modifierLe coût total du projet a évolué au fil des années, passant d'une estimation de 4,5 milliards de dollars US en 2019 à une valeur estimée à 5 milliards de dollars en 2024. Ces variations de coût ont contribué aux difficultés de financement du projet[11].
Annulation et relance
modifierLes développeurs du projet prévu de 5 milliards de dollars US ont annoncé que les deux prochaines années seront consacrées à terminer les études de faisabilité et les processus d'approvisionnement. Cette approche méthodique fait suite aux difficultés rencontrées lors des tentatives précédentes de mise en œuvre[10].
Signification stratégique
modifierContexte énergétique régional
modifierBatoka Gorge est situé sur le puissant fleuve Zambèze, à la frontière entre la Zambie et le Zimbabwe, environ 50 km en aval des chutes Victoria et 120 km en amont du réservoir de Kariba. Le projet a pour objectif de développer la première partie (DH = 166,5 m) du potentiel hydroélectrique (DH = 280 m) entre les chutes Victoria et l'ancien barrage de Kariba[12].
Impact économique attendu
modifierLe projet Batoka Gorge est envisagé non seulement comme un projet énergétique majeur, mais aussi comme un catalyseur pour le développement économique régional, capable de répondre aux besoins énergétiques croissants de deux pays en développement rapide.
État actuel du projet
modifierEn , les développeurs ont indiqué que les deux prochaines années seront dédiées à la finalisation des études de faisabilité et des processus d'approvisionnement, marquant une nouvelle phase dans l'histoire de ce projet de longue haleine.
Le projet reste l'un des plus ambitieux de la région, malgré les défis techniques, environnementaux et financiers qu'il représente.
Controverses
modifierLe projet fait face à une opposition significative de la part des organisations environnementales et des communautés de sports nautiques qui craignent la perte d'écosystèmes uniques et de sites de rafting de renommée mondiale sur le Zambèze[13].
Voir aussi
modifierRéférences
modifier- ↑ « Puissance en vue : Zambie et Zimbabwe misent gros sur Batoka Gorge », (consulté le )
- ↑ Agence Ecofin, « La capacité de la centrale de Batoka Gorge pourrait être étendue à 2400 MW », sur Agence Ecofin (consulté le )
- 1 2 « Lancement en 2020 de la construction d'un nouveau barrage hydroélectrique pour la Zambie et le Zimbabwe | Connaissances des énergies », sur www.connaissancedesenergies.org, (consulté le )
- ↑ Agence Ecofin, « La Zambie et le Zimbabwe relancent un projet hydroélectrique de 5 milliards $ », sur Agence Ecofin (consulté le )
- 1 2 AJ.S, « Mozambique | Energie : Maputo et Lusaka relancent le méga barrage Batoka George », (consulté le )
- ↑ « Batoka HES Project | Zambezi River Authority », sur www.zambezira.org (consulté le )
- ↑ (en-GB) « Zimbabwe and Zambia Renew Investor Search for Batoka Gorge Project • 360 Mozambique », sur 360 Mozambique, (consulté le )
- ↑ Gwladys Johnson Akinocho, « Zambie/ Zimbabwe : la ZRA prévient contre une arnaque organisée autour de la construction du barrage de Batoka », sur Agence Ecofin (consulté le )
- ↑ (en) « Zimbabwe: Climate change limits Batoka hydropower project potential », sur The Africa Report.com (consulté le )
- 1 2 (en) « Despite the debt crisis, Zambia and Zimbabwe relaunch the Batoka Gorge megadam », sur Africa Energy Portal, (consulté le )
- ↑ « Le coût de construction du barrage de Batoka double, passant à 5 milliards $ », sur Agence Ecofin (consulté le ).
- ↑ « Énergie : le Zimbabwe et la Zambie préparent une centrale hydroélectrique commune sur le Zambèze », La Tribune, (consulté le ).
- ↑ « L'UNESCO pourrait retirer les chutes Victoria du patrimoine mondial », sur Africanews, (consulté le ).