Barrage de poussettes

manifestation de mères de famille contre les homicides routiers d'enfants

Les barrages de poussettes, en anglais « baby-carriage blockade », sont un mouvement spontané initié par les populations urbaines et plus particulièrement les mères de famille aux États-Unis de la fin des années 1940 au début des années 1960. Ce mouvement se crée en opposition à la prédominance de l'automobile et au danger que cette dernière fait peser sur les habitants les plus vulnérables, en particulier les enfants.

Contexte

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Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'automobile est omniprésente aux États-Unis, pour plusieurs raisons. Tout d'abord, la partie contiguë du pays n'a pas subi la guerre et s'est énormément enrichi de ses conséquences. La culture automobile de l'époque en est une des bénéficiaires[1].

Par ailleurs, le secteur automobile mène depuis les années 1920 une active campagne de lobbying pour renforcer la prééminence de l'automobile en ville et cantonner les piétons à des espaces réduits, inventant à l'occasion le concept de « Jaywalking »[2]. Une politique semblable est menée à l'encontre des tramways (en), culminant avec la création de la National City Lines, une entreprise financée par notamment par General Motors et Firestone dans le but de racheter et de démanteler les réseaux de tramways, ce qui aboutit au grand scandale des tramways américains[3],[4].

Déroulement

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Dès les années 1910, la ville de New York avait défini certaines rues en tant que « playstreets », pour permettre aux enfants d'y jouer. Les voitures n'y pouvaient pas accéder mais les camions de livraison y étaient autorisés. Le , un livreur de charbon entre dans une rue d'East Harlem et renverse Carmelita Rodriguez et Maria Rodriguez, deux fillettes qui sortaient d'un magasin ; les deux enfants n'y survivent pas[5].

Dès le lendemain, plus de cent mères de famille forment une « barrière de poussettes et de parents » (« parent and baby-carriage blockade ») qui est popularisée par l'article du New York Daily News. Cette contestation n'est ni la première, ni même la première documentée, mais c'est à cette occasion que le terme de « baby-carriage blockade » est employé pour la première fois. La particularité de cette manifestation, ainsi que de la plupart de celles qui suivent, est d'être essentiellement composée de femmes et d'enfants[5],[6].

Conséquences

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Une première concession partielle est rapidement obtenue par les parents : la ville de New York accepte de fermer les « playstreets » aux livreurs aux heures d'entrée et de sortie d'école, et durant la pause méridienne. Les manifestations de ce type se poursuivent durant les années 1950 et 1960, mais décroissent en ampleur et en fréquence, au fur et à mesure de la périurbanisation qui éloigne graduellement les familles des centres-villes et à mesure également de la propension décroissante des enfants à jouer sur les rues, de plus en plus considérées comme un espace dévolu à l'automobile[5]. Certaines manifestations sporadiques perdurent toutefois au-delà de ces années. Ainsi, les mères de famille bloquent Maverick Street à Boston en 1968 et les « Morley Moms » bloquent des rues d'Hartford en 1971[7],[8].

Une des limites du mouvement américain est de ne plaider que pour la sécurité des enfants, pas pour une reconsidération du statut et des droits des piétons. Un autre biais est que les manifestations y sont très diversement perçues suivant l'origine raciale des manifestantes, les seules manifestantes prises au sérieux étant les femmes blanches[6].

En revanche, si le mouvement s'éteint aux États-Unis et n'a que peu d'impact, un mouvement similaire émerge dans les années 1970 aux Pays-Bas, le Stichting kinderen voorrang, c'est-à-dire « priorité aux enfants ». Ce mouvement de protestation naît en 1970 à Eindhoven, lancé principalement par Vic Langenhoff, dont la plus jeune fille avait été tuée à l'âge de six ans par une automobile. Les manifestations initiales, relativement semblables aux protestations américaines, se structurent côté néerlandais en association, « stop de kindermoord » Arrêtez le massacre des enfants »). Ce mouvement prône avant tout un réaménagement des rues pour empêcher que les comportements automobiles à risque puissent être possibles[9].

Au cours des années 2010 et 2020, le mouvement reprend par endroits aux États-Unis, notamment à New York, et s'inspire alors aussi bien du mouvement initial américain que des protestations néerlandaises des années 1970[10].

Notes et références

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  1. (en) H. Eugene Weiss, Chrysler, Ford, Durant and Sloan : Founding giants of the American automotive industry, McFarland, , 196 p. (ISBN 978-0786416110, lire en ligne).
  2. (en) Joseph Stromberg, « The forgotten history of how automakers invented the crime of jaywalking », Vox, (lire en ligne).
  3. (en) Guy Span, « Paving the Way for Buses – The Great GM Streetcar Conspiracy », San Francisco Bay Crossing, 2003-2004 (consulté le ).
  4. (en) Colin Marshall, « Story of cities #29: Los Angeles and the “great American streetcar scandal” », The Guardian, (ISSN 0261-3077, lire en ligne).
  5. 1 2 3 (en) Peter Norton, « The baby carriage blockades », Vision Zero Cities Journal, no 4, (ISSN 2575-6362, lire en ligne).
  6. 1 2 (en) Peter Norton, « Persistent pedestrianism: urban walking in motor age America, 1920s–1960s », Urban history, vol. 48, no 2, , p. 2-3 (ISSN 1469-8706, DOI 10.1017/S0963926819000956, lire en ligne).
  7. (en) « A people’s history of the New Boston: the mothers of Maverick Street », Mass Commons, (consulté le ).
  8. (en) Thomas Broderick, « Op-Ed: West Hartford’s residents have been struggling for safer streets for 50 years », West Hartford, (lire en ligne).
  9. (nl) Thalia Verkade, « In de jaren zeventig wilde deze actiegroep de straat heroveren op de auto. Nu zijn ze terug », De Correspondent (nl), (lire en ligne).
  10. (en) Julianne Cuba, « Save the date: baby carriage blockade is back on jan. 11 », New York Streets Blog, (consulté le ).

Voir aussi

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