Bataille de Beersheba (1948)
La bataille de Beersheba, nom de code opération Moïse pour les Israéliens (מִבְצָע מֹשֶׁה, Mivtza Moshe), est un affrontement entre les armées israélienne et égyptienne à Beersheba, dans le désert du Néguer, le 21 octobre 1948. Elle a lieu dans le cadre de l’opération Yoav et conduit à la fin des combats dans ce secteur. Elle suit l’ouverture d’un corridor du Néguev vers le reste du territoire contrôlé par les Israéliens lors de la bataille du corridor de séparation (en). La chute de la ville a des conséquences politiques et militaires : elle coue les voies de ravitaillement de l’aile droite du corps expéditionnaire égyptien, et renforce les revendications israéliennes sur le désert du Néguer.
| Date | 21 octobre 1948 |
|---|---|
| Lieu | Beersheba (Israël) |
| Issue | victoire israélienne |
| Nahum Sarig (Néguev) |
| Trois bataillons | Un bataillon renforcé |
| inconnues | 120 prisonniers |
| Coordonnées | 31° 50′ 18″ nord, 34° 58′ 51″ est | |
|---|---|---|
Les combats débutent à 4h du matin le 21 octobre, et opposent la brigade HaNeguev et le 89r bataillon de la brigade blindée israélienne, à un bataillon égyptien renforcé. Ils s’achèvent à 09:15 avec la reddition des soldats égyptiens qui défendaient le poste de police. Elle est suivie de massacres de civils et de prisonniers égyptiens.
Contexte
modifierLa Beersheba moderne est fondée à la fin du 19e siècle, dans le cadre de la politique d’Abdülhamid II de création et d’agrandissement des centres de population dans les zones désertiques de l’Empire ottoman. Les villes de Jerash, Amman et Aqaba ont aussi été concernées par cette politique. Les rues de la ville sont dessinées sur un plan orthogonal, complètement hors des habitudes du Moyen Orient de l’époque[1]. La ville est devenue une capitale régionale et a conservé ce statut depuis[2].
Le Yishouv juif avait prévu de s’emparer Beersheba au cours de l’opération Barak à la fin de la guerre civile de 1947-1948 en Palestine mandataire, mais dut abandonner ce plan à cause des combats dans le corridor de Jérusalem[3]. C‘est seulement après l’opération Yoav que l’armée israélienne put monter une opération sur les positions égyptiennes, dont une attaque en coin sur Beit Hanoun et la bataille du corridor de séparation[4].
Campagne précédant la bataille
modifierForces israéliennes
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Après ces succès, l’armée israélienne (forces de défense israéliennes, FDI) avait encore le temps d’attaquer avant l‘entrée en vigueur du cessez-le-feu le 22 octobre. Elle n’avait cependant qu’un jour pour réaliser des gains territoriaux, ce qui semblait difficile à Gaza, où le corps expéditionnaire égyptien avait déplacé son quartier général depuis Al-Majdal le 19 octobre 1948[4]. De plus, Beersheba était le seul lien avec l’aile droite égyptienne, combattant entre Hébron et Bethléem[3].
Dans la nuit du 19 au 20 octobre, les Israéliens envoient la plus grande partie de la 8e brigade blindée et le 7e bataillon de la Néguev vers l’enclave, ainsi que des éléments du 9e bataillon[3]. Les commandants des différentes unités se rencontrent le 20 octobre au PC de la brigade Neguev à Shoval pour un briefing[5].
Selon un télégramme égyptien intercepté par les Israéliens, les forces occupant Falouja avaient pour ordre de rejoindre Beersheba[3]. Le premier ministre David Ben Gourion ne croyait pas que les FDI pouvaient prendre Beersheba en si peu de temps[6] mais le télégramme augmenta considérablement l’importance de la ville à ses yeux et il tenta de repousser au maximum le cessez-le-feu imposé par l’ONU[5].
Armée égyptienne
modifierÀ Beersheba, l’armée égyptienne aligne le 1er bataillon, soit environ 500 soldats, renforcé de canons et de mortiers[6],[7]. Les défenses étaient organisées en 25 positions surélevées, sans tranchées. Des fossés anti-chars et des réseaux de barbelés entouraient la ville au sud, à l’est et au nord-ouest. Le PC se trouvait à l’ancienne gare de Beersheba[5]. Le commandement égyptien ne s’attendait pas à une attaque, ignorant les récents succès israéliens, et ne renforça pas ses défenses à temps[8].
Bataille
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Les troupes israéliennes partent de Mishmar HaNegev dans la nuit du 20 au 21. Elles se retrouvent sous le feu de l’artillerie égyptienne vers Khirbet Abu 'Aisha, mais continuent vers l’est pour atteindre le point de rencontre à la colline 315.2. De l’artillerie israélienne, partie d’Hatzerim, à l’ouest de Beersheba, se positionne sur la colline and 279.9[9]. L’attaque devait commencer à minuit, mais ces deux colonnes étaient en retard[5] et ce n‘est que vers 4h00 que le mouvement vesr Beersheba commence, soutenue par un tir de barrage. Un groupe de mitrailleuses occupe la colline 283, au nord-ouest de la gare, dominant les troupes égyptiennes qui s’y trouvaient[9].
Les Israéliens occupent le quartier neuf au nord-est de Beersheba sans tirer un coup de feu. Ils avancent ensuite vers le cimetière puis tout le nord-est de la ville[9]. Ils s‘arrêtent sur une ligne face au poste de police, la mosquée et la gare, la route Gaza–Beersheba les séparant des quartiers sud[8]. Les blindés sont envoyés au sud pour bloquer la route vers Bir 'Asluj[9].
Devant le retard de la colonne qui devait achever la prise de la ville, décision est prise d’attaquer la gare. La compagnie menant l’assaut échoue et perd quatre half-tracks qui sautent sur des mines, ainsi que 60 hommmes. Les renforts arrivent alors, au moment où les Égyptiens passent à la contre-attaque[8].
Le désarroi s’empare des troupes égyptiennes, dont des éléments commencent à retraiter vers le sud, alors que le reste des troupes défendent le poste de police, qui est bombardé au canon antichar. Les Israéliens s’emparent du reste de la ville. Les soldats égyptiens du poste de police se rendent alors, et à 09h15, la ville est sous contrôle israélien[9]. À 09h45, les forces israéliennes se regroupent et commencent à fortifier la ville[8].
Suites et nettoyage ethnique
modifierLa majorité des habitants de Beersheba avaient déjà fui la ville au moment de sa conquête à cause des bombardements israéliens. Ils ne restait que 350 civils environ fin octobre. Ils sont expulsés après la bataille. Quelques personnes estiment que 120 prisonniers égyptiens ont été massacrés, ainsi que des civils. Les soldats égyptiens survivants ont été forcés de nettoyer les rues après les combats[6]. S. A. Jawad cite deux massacres, l’un de 19 civils, l’autre de 20 prisonniers égyptiens[10].
Yisrael Carmi, chef de bataillon à la 7e brigade, a plus tard déclaré à propos de la conquête de Beersheba : « J'ai conquis la ville. En nettoyant cette zone, j'ai donné l'ordre d'exterminer toute personne qui se présentait dans la rue, qu'elle résiste ou non »[11].
Une unité israélienne, le "Tzerfati bataillon" était composée de volontaires de langue française, venus de différents pays et qui était commandée par Teddy Eytan (Thadée Diffre), compagnon de la Libération, ancien capitaine au sein de la division Leclerc, qui est le seul volontaire étranger de l'armée israélienne à obtenir le grade de sgan alouf, équivalent de lieutenant-colonel dans l‘armée française, après avoir servi de 1947 à 1949 au sein de l'armée israélienne. Le 20 novembre 1948, Leonard Bernstein et l'Orchestre philharmonique d'Israël jouent un récital particulier devant les militaires israéliens[12].
La ville est immédiatement repeuplée par des immigrants juifs[13].
- Carcasse d’un véhicule devant la Grande mosquée.
- Colonne israélienne dans les rues de Beersheba.
- Soldate israélienne porteuse d’un keffieh.
- Prisonniers palestiniens.
- Prisonniers égyptiens.
- Concert de Leonard Bernstein en novembre à Beersheba.
Références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Battle of Beersheba (1948) » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Gardus (1985), p. 168
- ↑ Gardus (1985), p. 167
- 1 2 3 4 Lorch (1998), p. 523
- 1 2 Lorch (1998), p. 522
- 1 2 3 4 Lorch (1998), p. 524
- 1 2 3 Morris (2008), p. 328
- ↑ Dupuy (1978), p. 98
- 1 2 3 4 Lorch (1998), pp. 525–526
- 1 2 3 4 5 Wallach (1978), p. 57
- ↑ Saleh Abdel Jawad, « Zionist Massacres: the Creation of the Palestinian Refugee Problem in the 1948 War », In E. Benvenisti, C. Gans, S. Hanafi, (directeurs de publication) Israel and the Palestinian Refugees. Beiträge zum ausländischen öffentlichen Recht und Völkerrecht, vol. 189. Springer, Berlin, Heidelberg, 2007. https://doi.org/10.1007/978-3-540-68161-8_3, p. 118.
- ↑ Adam Raz, « Terror Was Needed to Make Arabs Leave’: What the Israeli Army Did in 1948, Revealed », Haaretz, 27 février 2026.
- ↑ Israel Philharmonic Beersheba 1948 Library of Congress.
- ↑ Gardus (1985), p. 173
Bibliographie
modifier- (en) Trevor N. Dupuy, Elusive Victory: The Arab–Israeli Wars 1947–1974, Harper and Row Publishers, , 669 p. (ISBN 0-06-011112-7)
- (he) Netanel Lorch, History of the War of Independence, Modan Publishing,
- (en) Benny Morris, 1948: The First Arab–Israeli War, Yale University Press, (ISBN 978-0-300-15112-1)
- (he) Mordechai Naor, Settling the Negev, 1900–1960, Yad Yitzhak Ben Zvi, coll. « Idan 6 », (ISSN 0333-9777)
- (en) Yehuda Gardus, Basis for the Urban Planning of Beersheba, 1900–1960, p. 167–177
- (he) Jehuda Wallach, « Security », dans Carta's Atlas of Israel, vol. First Years 1948–1961, Carta Jerusalem,