Bataille de Cadix (1669)

bataille navale

La bataille de Cadix est un combat naval qui oppose, les 18 et 19 décembre 1669[1], au large de Cadix, le navire de guerre anglais HMS Mary Rose (en), commandé par le contre-amiral John Kempthorne (en) et escortant plusieurs navires marchands anglais, à une escadre de sept corsaires barbaresques opérant depuis la Régence d'Alger.

Bataille de Cadix
Description de cette image, également commentée ci-après
The "Mary Rose" Action, 28 décembre 1669, par Willem van de Velde le Jeune, c. 1676.
Informations générales
Date 18–19 décembre 1669[1]
Lieu Au large de Cadix, Espagne
océan Atlantique
Issue Victoire anglaise
Belligérants
Angleterre Régence d'Alger
Commandants
John Kempthorne (en) Inconnu
Forces en présence
1 frégate
1 ketch
1 pinque
6 frégates
1 sloop
Pertes
12 morts
18 blessés[2]
Importantes
Coordonnées 36° 29′ 32″ nord, 6° 23′ 44″ ouest
Géolocalisation sur la carte : Espagne
(Voir situation sur carte : Espagne)
Bataille de Cadix

Le combat survient alors que le Mary Rose revient d'une mission diplomatique auprès de Moulay Rachid, sultan de la dynastie alaouite, menée par Lord Henry Howard. L'artiste et graveur Wenceslas Hollar accompagne l'expédition afin d'achever plusieurs dessins et cartes de Tanger commencés quelques années auparavant. La frégate remorque alors le navire marchand King David, repris aux corsaires algériens par Kempthorne, et est accompagnée de plusieurs autres bâtiments.

Le 18 décembre, le convoi rencontre sept corsaires barbaresques. Six d'entre eux attaquent le Mary Rose, tandis que le septième poursuit le King David, que Kempthorne a fait détacher. Les corsaires interrompent leur attaque à la tombée de la nuit avant de la reprendre le lendemain matin. Malgré de graves dommages infligés à ses trois mâts, le Mary Rose parvient à repousser l'attaque. Les corsaires se retirent après s'être emparés du King David. Après avoir fait réparer son navire à Cadix, Kempthorne regagne l'Angleterre en avril 1670. Il est alors anobli en récompense de « son très grand courage et de sa conduite »[3].

Contexte

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HMS Mary Rose (en) est un navire de guerre de 48 canons de quatrième rang de la Royal Navy[4],[3]. En 1668[5] ou en 1669[6],[7], il transporte Lord Henry Howard à Tanger, accompagné d'une suite de 70 personnes et de présents d'une valeur de 4 000 £.

Cette mission est ordonnée par Charles II afin de négocier un traité commercial avec le sultan alaouite, Moulay Rachid, également connu sous le nom de « Tafiletta »[7].

Le graveur Wenceslaus Hollar participe à l'expédition de sa propre initiative afin d'achever des dessins de Tanger qu'il avait commencés en 1636, lorsqu'il avait accompagné Thomas Howard, le grand-père de Lord Henry Howard, lors d'une mission similaire[5],[6].

La rencontre avec Moulay Rachid est retardée de onze mois[8] et ne se produit finalement pas[7]. Selon Hollar, Howard obtient alors de Moulay Rachid une « lettre de sécurité » et décide de « voyager par terre, tandis que le navire irait par mer jusqu'à Salé », d'où ils doivent repartir[9].

Le Mary Rose est accompagné de trois bâtiments : un petit navire à poupe étroite et à faible tirant d'eau, de type pinque, le ketch à deux mâts Roe, qui était venu d'Angleterre avec lui, et un navire marchand hambourgeois désigné dans les récits contemporains comme la « frégate de Hambourg »[2].

Après avoir dépassé Asilah dans la soirée, les navires rattrapent après minuit un grand navire marchand de 300 tonneaux chargé de bois, de tabac, de sel et de malt. Il s'agit du King David, un navire marchand anglais parti des colonies de la Nouvelle-Angleterre à destination de Cadix. Au large du cap Saint-Vincent, celui-ci avait été capturé par un groupe de corsaires barbaresques de la Régence d'Alger et son équipage avait été réduit en esclavage[9].

Lorsque le Mary Rose et son convoi retrouvent le navire, celui-ci compte à son bord un équipage de prise composé de 22 Algériens, ainsi qu'un Russe et deux Anglais. Hollar rapporte que les prisonniers sont transférés à bord du Mary Rose, tandis que d'autres hommes prennent place à bord du King David[9].

Un équipage de prise anglais est placé à bord du King David, qui doit suivre le convoi jusqu'à Salé. Cependant, le navire, mal construit pour la vitesse et lourdement chargé, contraint le Mary Rose à le remorquer, ralentissant ainsi la progression du convoi[9].

Le convoi n'atteint Salé que le 11. Il y rencontre une brigantine à deux mâts venant de Tanger et ayant des Anglais à son bord. Ceux-ci annoncent qu'une insurrection est en cours et que le débarquement est impossible. Ils recommandent au convoi de tenter de récupérer des personnes restées à terre. Le convoi demeure sur place jusqu'au 13, sans parvenir à embarquer qui que ce soit[9].

Une tempête contraint ensuite les navires à quitter la côte, la brigantine étant remorquée à l'arrière. La tempête se poursuit plusieurs jours. Selon Wenceslas Hollar, le Mary Rose embarque finalement l'équipage et les passagers de la brigantine avant de la laisser repartir[9].

Le 15 décembre, le convoi aperçoit Rota, mais ne peut y entrer en raison de vents contraires. Le 17, deux navires marchands, l'un français et l'autre écossais, rejoignent le convoi alors qu'ils naviguent des îles Canaries vers Cadix. Au cours des jours précédents, le Mary Rose avait aperçu à plusieurs reprises deux navires de guerre algériens. Les deux navires marchands les avaient également repérés et s'étaient rapprochés du convoi afin de bénéficier de sa protection.

Déroulement

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Représentation de l'affrontement par Willem van de Velde le Jeune, d'après la gravure réalisée par Wenceslas Hollar, témoin de la bataille.

À l'aube du 18 décembre, le Mary Rose aperçoit sept corsaires algériens. Le navire se prépare immédiatement au combat : les ponts sont dégagés afin de faciliter le service des canons, l'équipage de prise du King David est rappelé à bord et divers objets susceptibles de gêner les manœuvres sont jetés à la mer[2].

Vers midi, les navires algériens passent à proximité. L'un des prisonniers, un Néerlandais, les identifie comme le Golden Lion, l'Orange Tree, le Half Moon, le Seven Stars, le White Horse, le Blewhart et le Rose Leaf[2].

Le Half Moon, moins rapide et lui aussi surchargé d'hommes, prend du retard. Les autres bâtiments lui envoient deux embarcations pour le remorquer. Kempthorne dépêche alors une embarcation afin de les intercepter, mais les Algériens en envoient une autre, fortement armée, ce qui conduit Kempthorne à rappeler son propre canot[9].

Les bâtiments algériens se regroupent. Vers 15 heures, six d'entre eux attaquent le Mary Rose, tandis que le Rose Leaf poursuit le King David, abandonné par les Anglais. Wenceslas Hollar décrit alors un « combat acharné » au cours duquel les deux camps subissent de lourds dommages. À la tombée de la nuit, les navires algériens interrompent leur attaque[9].

Le lendemain matin, les deux groupes reprennent le combat. Les bâtiments algériens approchent en ligne depuis le sud-est. Le Half Moon ouvre la marche. Lui et les navires qui le suivent tirent sur le Mary Rose avec leurs bordées et leurs armes légères avant de virer vers le nord-est[9].

Selon le récit de Hollar, le Mary Rose répond en faisant feu avec un canon sur deux, afin de maintenir un tir régulier sur l'ensemble des navires qui approchent[9].

Le Golden Lion, navire amiral algérien, se trouve à l'arrière et cherche à aborder le Mary Rose. Celui-ci parvient toutefois à l'atteindre sous la ligne de flottaison avec un tir et détruit sa grand-voile avec un second. Le Golden Lion et les autres navires algériens se retirent alors[9].

Au cours de l'affrontement, les navires marchands français et écossais parviennent à s'échapper. Selon Hollar, plusieurs Juifs et Arméniens présents à bord de la pinque tentent de livrer le navire aux Algériens. Ceux-ci prennent toutefois le bâtiment pour un brûlot envoyé par les Anglais afin de les détruire. La tentative échoue lorsque l'escadre algérienne se retire[9].

Les pertes anglaises s'élèvent à 12 morts et 18 blessés. Selon Owen Hurst, les trois mâts du Mary Rose sont endommagés ; le grand mât et le mât de misaine ainsi que les vergues des deux perroquets sont mis hors de combat[2].

Conséquences

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Le Mary Rose arrive à Cadix le 20 décembre[10]. Kempthorne vend comme esclaves les 22 prisonniers algériens ; deux d'entre eux sont achetés par le consul anglais à Cadix[3].

En avril 1670, le Mary Rose regagne l'Angleterre au sein d'un convoi de 30 navires marchands de Méditerranée, transportant notamment une cargaison d'argent[2]. À son arrivée, Kempthorne est fait chevalier en récompense de « son très grand courage et de sa conduite manifestés contre les pirates d'Alger »[3],[11].

Le King David, capturé par le Rose Leaf, est ensuite repris par Sir Thomas Allin (en), qui ordonne sa vente avec sa cargaison comme prise à Malaga. Ses propriétaires d'origine obtiennent cependant leur restitution[12].

En juillet 1670, Charles II ordonne que les revenus provenant désormais de la vente des prisonniers maures soient versés à un fonds destiné au rachat des sujets anglais réduits en esclavage à Alger. Les premiers bénéficiaires doivent être les membres de l'équipage du King David, notamment son capitaine Edward Clements et le subrécargue Jeremiah Armiger, qui avaient résisté pendant trois jours avant la capture du navire. Les marins ayant fait preuve de courage au combat doivent également bénéficier d'une priorité dans les opérations futures de rachat[13].

Représentations artistiques

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Wenceslas Hollar, qui aurait réalisé des croquis pendant l'affrontement alors qu'il se trouvait sur le pont[2], réalise par la suite une eau-forte représentant la bataille. Celle-ci est publiée dans l'ouvrage Africa de John Ogilby en 1670.

La gravure représente les navires algériens affrontant le Mary Rose et le Roe, tandis que le Rose Leaf poursuit le King David vers le sud-est. Le navire marchand français s'échappe vers le nord-ouest tandis que les autres navires marchands cherchent à se protéger derrière le Mary Rose[2].

Willem van de Velde le Jeune réalise vers c. 1675 son propre dessin de l'affrontement, d'après la gravure de Wenceslas Hollar[14].

Une peinture à l'huile de van de Velde, également réalisée d'après la gravure de Hollar, fait actuellement partie de la Royal Collection. Elle y est conservée au moins depuis 1687 et est exposée au Hampton Court Palace[9],[15].

Une copie de cette peinture, portant au revers le monogramme d'Adriaen van Diest, est signalée en 1973 comme appartenant à la Leger Gallery de Londres. Une autre se trouve dans les collections de Castle Howard. Les deux tableaux pourraient avoir été commandés du vivant de Kempthorne ou par sa famille. Des modifications ont été apportées aux drapeaux représentés afin de les corriger[15].

Une peinture de Peter Monamy conservée au National Maritime Museum porte une inscription indiquant qu'elle représente cette bataille. Il est toutefois plus probable qu'elle représente un affrontement similaire livré en 1681 par Morgan Kempthorne, fils de John Kempthorne, alors qu'il commandait le HMS Kingfisher (1675) (en).

Postérité

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Après la bataille, des récits anglais ont largement exagéré l'importance de l'affrontement. Celui-ci a notamment contribué à la popularité d'une ballade navale anglaise parfois intitulée « Turkish Men of War » ou « The Royal Oak »[16].

Notes et références

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(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Battle of Cádiz (1669) » (voir la liste des auteurs).
  1. 1 2 Les sources divergent quant à la date de cet affrontement. Le récit du témoin oculaire Wenceslaus Hollar indique les 18 et 19 décembre, et plusieurs sources concordent avec cette date, tandis que d'autres indiquent le 8 ou le 28 décembre.
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) G. A. Kempthorne, « Sir John Kempthorne and His Sons », The Mariner's Mirror, vol. 12, no 3,‎ , p. 289–317 (DOI 10.1080/00253359.1926.10655376)
  3. 1 2 3 4 (en) John Knox Laughton, Sea Fights and Adventures, George Allen, , 75-77 p. (ISBN 9781425497002, lire en ligne)
  4. ↑ (en) Brian Lavery, The Ship of the Line : The Development of the Battlefleet 1650–1850, Conway Maritime Press, , p. 160
  5. 1 2 (en) Richard Pennington, A Descriptive Catalogue of the Etched Work of Wenceslaus Hollar 1607-1677, Cambridge University Press, (ISBN 9780521529488), xlvi
  6. 1 2 (en) F. C. Springell, « Unpublished Drawings of Tangier by Wenceslaus Hollar », The Burlington Magazine, vol. 106, no 731,‎ , p. 70 (JSTOR 874183)
  7. 1 2 3 (en) Linda Levy Peck, Consuming Splendor: Society and Culture in Seventeenth-Century England, Cambridge University Press, , 143–147 p. (ISBN 9780521842327)
  8. ↑ (en) Helen Andrews Kaufman, Tangier at High Tide: The Journal of John Luke 1670-1673, Librairie Droz, (ISBN 9782600034678), p. 213
  9. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 (en) C. N. Robinson, « The Fight of the Mary Rose », The Mariner's Mirror, vol. 12,‎ , p. 97–100
  10. ↑ (en) J. D. Davies, « Kempthorne, Sir John (c.1620–1679) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press,‎ (DOI 10.1093/ref:odnb/15340)
  11. ↑ (en) John Charnock, Biographia Navalis : Or, Impartial Memoirs of the Lives and Characters of Officers of the Navy of Great Britain, from the Year 1660 to the Present Time; Drawn from the Most Authentic Sources, and Disposed in a Chronological Arrangement, vol. 1, R. Faulder, , 113-114, 398 (lire en ligne)
  12. ↑ (en) Calendar of State Papers, Domestic Series, of the Reign of Charles II: 1671-1672, HM Stationery Office, , p. 421
  13. ↑ (en) W. L. Grant et James Munro, Acts of the Privy Council of England: Colonial Series, vol. 1, HM Stationery Office, , xxxvii
  14. ↑ (en) « The 'Mary Rose' action, 8–18 December 1669 », sur National Maritime Museum (consulté le )
  15. 1 2 (en) Michael Robinson, The Paintings of the Willem van de Veldes, vol. 1, Greenwich National Maritime Museum, , 158–161 p.
  16. ↑ (en) Naval Songs & Ballads, The Council of the Navy Records Society,

Liens externes

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