Bataille de Djebel Sidi Aïch
La bataille de Djebel Sidi Aïch oppose, du au [1], un groupe de fellagas dirigé par Lazhar Chraïti aux troupes françaises, entre le djebel Nador, dans la délégation de Majel Bel Abbès, et le djebel Sidi Aïch, dans le gouvernorat de Gafsa. Assiégés par des forces très supérieures, les maquisards résistent trois jours.
| Date | - |
|---|---|
| Lieu | Djebel Sidi Aïch (Tunisie) |
| Issue | Issue militaire indécise ; dépôt général des armes des fellagas en |
| Fellagas | Armée française |
| Lazhar Chraïti |
Résistance armée tunisienne (1952-1954)
L'épisode compte parmi les derniers de la résistance armée du mouvement national tunisien : Chraïti annonce quelques jours plus tard, le , l'arrêt des hostilités pour faciliter les négociations ouvertes après le discours de Carthage de Pierre Mendès France, et le dépôt général des armes intervient au début de [2].
Contexte
modifierLazhar Chraïti, mineur à Mdhilla, part en 1947-1948 combattre en Palestine, d'où il revient après l'armistice pour devenir l'un des principaux chefs fellagas de la région de Gafsa[2],[3]. À partir de , la répression du protectorat français déclenche une résistance armée de type guérilla, faite d'embuscades et de harcèlement, les maquisards évitant les batailles rangées face à une armée bien mieux équipée[4]. Le discours de Carthage de Pierre Mendès France, le , ouvre la voie à l'autonomie interne et à des négociations qui conduiront au dépôt des armes[4].
Déroulement
modifierPrès de Sidi Aïch, dans le djebel Nador, les troupes françaises — dont une partie revient de la guerre d'Indochine — assiègent environ 80 fellagas commandés par Lazhar Chraïti[1]. Connaissant le terrain, ces derniers tiennent des positions défensives qui ralentissent la progression française[5]. D'autres groupes rebelles viennent en renfort, et l'affrontement se déplace vers le djebel Sidi Aïch, où des fellagas algériens se joignent aux Tunisiens[1]. Selon les sources tunisiennes, l'armée française engage blindés, artillerie et aviation, avec recours au napalm[5].
Les récits commémoratifs tunisiens avancent 500 combattants fellagas face à 50 000 soldats français[5] et évoquent de lourdes pertes françaises (jusqu'à 500 morts)[6].
Portée politique
modifierL'opération intervient dans un moment de division du mouvement national. Les partisans du compromis avec Mendès France, autour d'Habib Bourguiba, président du Néo-Destour, soutiennent l'arrêt des hostilités, tandis que le secrétaire général Salah Ben Youssef juge l'offre d'autonomie interne comme « un pas en arrière » — désaccord qui débouche en 1955 sur la scission entre bourguibistes et yousséfistes[4]. Interrogé le , Chraïti déclare avoir ordonné à ses groupes de ne pas attaquer et affirme vouloir « faire rentrer tous [ses] hommes » en vue du dépôt des armes[2].
Conséquences
modifierMilitairement indécise, la bataille précède de peu la fin de la résistance armée : Chraïti signifie par écrit le son ralliement au cessez-le-feu, et les redditions de masse débutent au début de [2]. L'épisode reste célébré dans la mémoire nationale tunisienne comme un fait d'armes de la lutte pour l'indépendance[3],[7].
Notes et références
modifier- 1 2 3 (ar) « موقعة الناظور ماجل بلعباس ـ سيدي عيش في ذكرى أم المعارك التي تأبي النسيان… », Essarih, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 3 4 Le Monde 1954.
- 1 2 « In memoriam : Lazhar Chraïti, une voix d'outre-tombe », sur Kapitalis, (consulté le ).
- 1 2 3 Khalifa Chater, « Le rappel d'une épopée spécifique du peuple tunisien », sur lazharchraiti.org, (archivé sur archive.org).
- 1 2 3 (ar) « من ملاحم الاستقلال التونسي: معركة جبل سيدي عيش » [« L'une des épopées de l'indépendance tunisienne : la bataille de Djebel Sidi Aïch »], sur qrtaas.com, (consulté le ).
- ↑ (ar) « (1954 معركة سيدي يعيش بقيادة الأزهر الشريطي (نوفمبر » [« Bataille de Sidi Aïch menée par Lazhar Chraïti (novembre 1954) »], sur 9awmya.tn, (consulté le ).
- ↑ (ar + en) [vidéo] Al Jazeera English, « Tunisie: the battle for independence (episode 2: Division) », sur YouTube, .
Bibliographie
modifier- « « Mon devoir est de faire rentrer tous mes hommes » affirme Lashar Chraïti », Le Monde, (ISSN 0395-2037, lire en ligne, consulté le ).
- Charles-André Julien, Et la Tunisie devint indépendante (1951-1957), Jeune Afrique, .