Bataille de Gaza (1239)
La bataille de Gaza fut un affrontement militaire opposant l'armée croisée aux Ayyoubides d'Égypte, qui se déroula le dans le cadre de la croisade des barons.
| Date | |
|---|---|
| Lieu |
Gaza ( |
| Issue | Victoire des Ayyoubides |
| Malik al-Salih Ayyoub Rukn al-Din al-Hijawi |
| 400-600 hommes | inconnues |
| nombreux morts et prisonniers |
inconnues |
| Coordonnées | 31° 31′ 00″ nord, 34° 27′ 00″ est | |
|---|---|---|
Contexte
modifierÀ l'expiration, en , du traité de paix de dix ans conclu entre l'empereur du Saint-Empire Frédéric II et le sultan ayyoubide Al-Kâmil, une armée de croisés français placée sous le commandement de Thibaut IV de Champagne fut dépêchée en réponse à l'appel du pape Grégoire IX. L'armée arriva à Acre en où elle fut renforcée par des contingents issus des trois ordres militaires ainsi que par les barons locaux du royaume de Jérusalem[1]. Le , l'armée croisée fit mouvement vers Ascalon avec environ 4 000 hommes afin d'y reconstruire la forteresse pour sécuriser le flanc sud du royaume face aux Égyptiens, en prévision d'une attaque contre Damas. Les éclaireurs de Pierre de Dreux, l'un des commandants français, signalèrent un important convoi de bétail en route pour Damas. Pierre quitta le camp avec 200 hommes et tendit une embuscade au convoi le lendemain matin. Après un bref affrontement, l'escorte du convoi fut défaite et il revint avec le troupeau capturé, apportant ainsi des vivres dont les croisés avaient grand besoin[2].
Alors qu'ils passaient devant Jaffa le , ils apprirent que le sultan Malik al-Salih Ayyoub avait envoyé une armée à Gaza pour protéger la frontière égyptienne. Certains commandants, parmi lesquels Amaury VI de Montfort et Henri II de Bar, prirent les devants par rapport au gros de l'armée pour aller attaquer l'ennemi. Ils furent soutenus par Hugues IV de Bourgogne, Gautier IV de Brienne, Balian Granier, Jean d'Ibelin et Eudes de Montbéliard. La troupe totalisait entre 400 et 600 hommes. Thibaut IV, Pierre de Dreux et les grands maîtres des trois ordres s'opposèrent fermement à ce plan, arguant que l'armée devait marcher en un seul corps vers Ascalon pour affronter l'ennemi. Les dissidents ne tinrent pas compte de l'avertissement de Thibaut IV, et le rappel de leurs serments de croisés resta sans effet[3].
Expédition
modifierCe détachement de l'armée chevaucha durant la nuit, dépassa Ascalon et atteignit la rivière qui formait une frontière naturelle entre le royaume et le sultanat. Gautier IV de Brienne proposa de faire un détour vers Ascalon pour y laisser reposer les chevaux, mais les autres insistèrent pour avancer. La traversée de la rivière fut d'abord sécurisée, permettant aux croisés de passer sur l'autre rive pour y camper. Mais ils avaient mal choisi leur emplacement, se trouvant sur un terrain plat entouré de dunes de sable. De plus, ils négligèrent d'assurer la sécurité nécessaire pour cette halte en territoire ennemi, omettant de placer des patrouilles ou des postes de garde sur les dunes environnantes[4].
Le commandant égyptien Rukn al-Din al-Hijawi agit avec plus de prudence. Ses éclaireurs repérèrent rapidement le camp des croisés, et des archers ainsi que des frondeurs égyptiens prirent position sur les dunes alentour. Les hommes de Gautier IV furent les premiers à déceler la présence des troupes ayyoubides et celui-ci fit alors sonner le ralliement et réunit les chefs en conseil de guerre. Gautier IV et Hugues IV de Bourgogne étaient partisans d'un retour à Ascalon, tandis qu'Amaury VI de Montfort et Henri II de Bar s'y opposaient, craignant une embuscade. Finalement, Gautier IV, Hugues IV et la plupart des autres chefs partirent pour Ascalon[5].
Bataille
modifierLes croisés restants affrontèrent les Égyptiens. Amaury VI de Montfort ordonna à ses arbalétriers de tirer, jusqu'à épuisement de leurs carreaux. Apercevant un passage étroit et profond entre deux dunes susceptible de leur offrir un abri, les chevaliers s'y précipitèrent et s'y dispersèrent. Entre-temps, la cavalerie égyptienne était arrivée. Au lieu de charger les chevaliers lourdement armés dans ce passage étroit, les Égyptiens simulèrent une attaque suivie d'une fausse retraite.
Les Francs tombèrent dans le piège et se lancèrent à la poursuite des Égyptiens en désordre, quittant ainsi le passage. L'issue fut alors bloquée et la cavalerie égyptienne encercla les chevaliers. Beaucoup furent tués, dont Henri II de Bar. Amaury VI, ainsi que des dizaines d'autres nobles et de nombreux soldats, furent faits prisonniers et restèrent en captivité pendant plus de dix-sept mois[6].
Conséquences
modifierLorsque le gros de l'armée arriva à Ascalon, il y retrouva Gautier IV de Brienne et Hugues IV de Bourgogne, qui l'informèrent de la situation critique à Gaza. La force principale, emmenée par les chevaliers teutoniques, marcha alors sur Gaza et elle rencontra rapidement des réfugiés en fuite ainsi que leurs poursuivants musulmans. L'armée égyptienne, trop faible pour affronter l'ensemble des troupes croisées, se replia alors sur Gaza, tandis que les Francs prenaient possession du champ de bataille jonché de cadavres.
Thibaut IV de Champagne avait l'intention de poursuivre l'ennemi, mais y renonça lorsqu'Armand de Périgord lui fit remarquer que les musulmans tueraient leurs prisonniers en cas d'attaque. Cet affrontement, ainsi que l'engagement précédent mené par Pierre de Dreux, furent les seules batailles de la croisade des barons.
En , Richard de Cornouailles, à la tête de son propre contingent de croisés, conclut un accord avec Malik al-Salih Ayyoub, alors engagé dans une guerre civile contre son oncle Al-Salih Ismaël. Le , ils procédèrent à un échange de prisonniers musulmans contre des captifs chrétiens puis la croisade prit fin avec le départ de Richard, le [7].
Bibliographie
modifier- (en) Steven Runciman, The Kingdom of Acre and the Later Crusades : Frankish Defeat at Gaza (1239), , p. 214-215.
- (en) Peter Jackson, « The Crusades of 1239–1241 and Their Aftermath », Bulletin of the School of Oriental and African Studies, University of London, Cambridge University Press, vol. 50, , p. 32-60.
- (en) Michael Lower, The Barons' Crusade : A Call to Arms and Its Consequences, University of Pennsylvania Press, , p. 168–171.
- (en) Christopher Tyerman, God's War : A New History of the Crusades, Harvard University Press, (ISBN 9780674030701).
- (en) Jochen Burgturf, « Battle of Gaza », Conflict and Conquest in the Islamic World: A Historical Encyclopedia, .
- (en) Thomas Asbridge, The Crusades : The War for the Holy Land, , p. 573–576.
Références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Battle at Gaza (1239) » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Steven Runciman 1954, p. 214-215.
- ↑ Christopher Tyerman 2006, p. 755–780.
- ↑ Michael Lower 2005, p. 168–171.
- ↑ Thomas Asbridge 2012, p. 573–576.
- ↑ Jochen Burgturf 2011.
- ↑ (en) Sidney Painter, The Crusade of Theobald of Champagne and Richard of Cornwall, 1239–1241, The University of Wisconsin Press, , p. 475–477.
- ↑ Peter Jackson 1987, p. 32-60.