Bataille de l'indice des prix

L'expression Bataille de l'indice des prix désigne un conflit politique survenu en France au cours des années 1950 entre l'Institut national de la statistique et des études économiques français, récemment créé, et les administrations, autour du calcul de l'indice des prix à la consommation. Si un indice des prix était calculé en France depuis 1913, l'introduction par l'Insee en 1950 d'un nouvel indice marque deux ruptures majeures : une base beaucoup plus large, avec 213 produits, et des pondérations fondées sur des enquêtes sur les budgets ouvriers, correspondant aux consommations effectives et non à un panier normatif (ce que l'administration estime qu'ils devraient consommer).

À partir de 1952, cet indice des prix sert de base aux revalorisations du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG), lui aussi créé en 1950, dans un contexte de forte tensions inflationnistes tant sur les prix que sur les salaires. À cette époque, le gouvernement français (au travers de la Direction générale des prix, rattachée au Ministère des Finances) dispose de la possibilité de bloquer les prix de manière quasi-discrétionnaire. Afin de limiter les augmentations du SMIG, cette direction bloque spécifiquement les prix des biens composant l'indice (dont elle échoue cependant à obtenir la composition détaillée), et cherche à connaître la liste des magasins dans lesquels l'Insee effectue ses relevés. Une guerre d'influence a lieu au sein de l'administration française pendant toute la décennie, et en 1957, le gouvernement impose sa liste de 157 produits comme base de calcul, les pondérations et lieux d'observation restant déterminées par l'Insee. Celle-ci, toutefois, continue de publier l'indice fondé sur 213 produits, dont la liste non seulement évolue, mais sera, à partir des années 1960, tenue rigoureusement secrète, y compris pour les autres administrations.

L'assise de l'indice des prix sur un panier reflétant les consommations effectives, puis, à partir des années 1960, la protection de son calcul par des règles de confidentialité vis-à-vis des autres administrations sont considérées comme des éléments-clefs établissant l'indépendance de l'Insee envers le pouvoir exécutif, ainsi que le primat de l'objectivité et de l'impartialité sur les considérations politiques.

Bibliographie

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Cinquante ans d'Insee ou La conquête du chiffre [1946-1996], Paris, Insee, , 222 p. (lire en ligne), p. 59-61

Béatrice Touchelay, « Les ordres de la mesure des prix », Politix, vol. N° 105, no 1, , p. 117–138 (ISSN 0295-2319, DOI 10.3917/pox.105.0117, lire en ligne, consulté le )