Bataille du Suriname
La bataille de Suriname est une opération militaire menée par le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande pour s'emparer de la colonie néerlandaise du Suriname, en 1804 à l'occasion des guerres napoléoniennes. La colonie est défendue avec une seule faible garnison sous le commandement d'Abraham van Batenburg (en) et cède au bout de plusieurs jours de combat face au corps expéditionnaire britannique mené par Samuel Hood.
| Date | au |
|---|---|
| Lieu | Suriname |
Soutiens |
| King's Royal Rifle Corps Royal Artillery |
| 2 148 hommes 31 navires |
1 garnison |
Contexte
modifierEn , Charles Green (en), accompagné des 16e et 64e régiments d'infanterie, arrive à la Barbade depuis la Grande-Bretagne, et des plans sont immédiatement établis pour prendre la colonie hollandaise du Suriname, alors sous contrôle de la République batave, elle-même sous domination républicaine[1]. L'année précédente, les colonies hollandaises de Démérara, Essequibo et Berbice avaient été occupées pacifiquement, et les Britanniques croyaient que les habitants du Suriname se montreraient également favorables, même si les autorités locales opposeraient probablement une résistance, notamment dû à la garnison présente sur place. La force d'invasion se compose d'une escadre britannique de 31 navires commandée par Samuel Hood, transportant 2 148 soldats issus des 16e et 64e régiments d'infanterie, des 60e fusiliers, des volontaires d'infanterie légère du York (en) et du 6e régiment des Caraïbes et de l'artillerie royale[2].
Les eaux côtières du pays sont très peu profondes, ce qui rend tout débarquement impossible en dehors de la marée haute. Le terrain est plutôt difficile à pénétrer, recouvert d'une jungle épaisse descendant jusqu'au rivage[3]. Le moyen de déplacement le plus aisé reste la navigation par les rivières et criques, mais celle-ci est périlleuse en raison des bas-fonds et des hauts-fonds fréquents. De plus, les Hollandais édifient une série de fortifications le long de ces voies. À l'embouchure de l'estuaire du fleuve Suriname, à Braamspunt (nl), se dresse une batterie de sept canons de 18 livres. Plus en amont, sur la même rive, se trouvent le fort Frederick, puis, un kilomètre plus loin, le fort Leyden, chacun doté de douze canons de gros calibre. Sur l'autre rive, presque en face de Leyden, se situe le fort Purmerend, armé de dix pièces lourdes. À la jonction avec la rivière Commewine (en), le fort Nieuw-Amsterdam (en), avec ses 80 canons de divers calibres, défend l'accès à Paramaribo, où se trouve encore le fort Zeelandia, armé de dix canons lourds[4]. Ainsi, pour s'assurer la prise de la capitale, les Britanniques doivent remonter sur dix milles un estuaire solidement défendu, où tout navire échoué sur un haut-fond se retrouve à la merci du feu croisé des fortifications[3].
Invasion
modifierL'expédition arrive au large du Suriname le , après vingt-deux jours de traversée[5]. Le lendemain, la corvette Hippomenes, un transport et trois autres navires armés débarquent le brigadier-général Frederick Maitland (en) et un corps de plus de 600 hommes à Warapee Creek[6]. Ce détachement, composé de soldats des 16e et 64e régiments d'infanterie, du 6e régiment des Caraïbes et d'une batterie d'artillerie légère, reçoit l'ordre de progresser par voie fluviale depuis leur position, à 30 milles à l'est du fleuve Suriname, pour atteindre l'arrière du fort Nieuw-Amsterdam[4].
La même nuit, le capitaine du HMS Emerald, James O'Brien, reçoit l'ordre d'assister le brigadier-général William Carlyon Hughes dans la prise de Braamspunt. Une barre de sable empêche cependant l'Emerald d'entrer dans le fleuve, mais O'Brien force le passage à marée montante, suivi par les navires Pandour et Drake. Ancrés à proximité, les trois bâtiments britanniques neutralisent rapidement la batterie batave de canons de 18 livres. Des soldats du 64e débarquent ensuite et s'emparent du fort sans subir de pertes. Une sommation de reddition est alors envoyée au gouverneur de la colonie[7].

Le , une réponse défavorable à l'ultimatum de Green parvient, et un projet de débarquement en vue d'attaquer le fort Purmerend échoue à cause de la marée basse et des marais. L'expédition poursuit alors sa progression sur le fleuve, parfois dans des eaux plus basses que le tirant d'eau des frégates, jusqu'à s'approcher des forts Leyden et Frederick. D'abord jugé impossible à cause des marais et de la jungle, un débarquement en aval devient envisageable lorsque, le , les Britanniques découvrent un sentier menant à l'arrière des forts. Peu après 22 heures, un détachement de 180 hommes du 64e et 6e régiment des Caraïbes, sous le commandement de Hughes, est guidé par des membres d'une tribu indigène[7]. Une pluie battante rend le chemin presque impraticable, mais après une marche exténuante de cinq heures à travers forêts et marécages, Hughes et ses hommes parviennent à lancer une attaque surprise qui entraîne la capture des deux forts. Pendant ce temps, la majeure partie de l'escadre britannique remonte le fleuve jusqu'à hauteur du fort Frederick, le général Maitland progresse le long de la rivière Commewine, et les troupes s'apprêtent à attaquer le fort Nieuw-Amsterdam. Confronté à cette situation, le commandant batave, le lieutenant-colonel Batenburg, se rend[8].
À la suite de cette victoire, Green est nommé gouverneur général du Suriname britannique[9]. C'est aussi lors de cette campagne que des obus shrapnel, inventés par le major Henry Shrapnel, sont utilisés pour la première fois au combat[10].
Ordre de bataille
modifier| Navire | Canons | Commandant | Notes |
|---|---|---|---|
| Centaur | 74 | amiral Samuel Hood | Navire amiral[11] |
| Pendour (en) | 44 | capitaine John Nash | Armées en flûte (en)[11] |
| Serapis | 44 | commandant Henry Waring | |
| Alligator | 28 | commandant Charles Richardson | |
| Hippomenes | 18 | capitaine Conway Shipley | |
| Drake | 16 | commandant William Ferris | |
| Unique | 10 | lieutenant George Brand | |
| Guachapin | 14 | commandant Kenneth M'Kenzie | Navire de transport[12] |
| Emerald | 36 | capitaine James O'Brien |
Notes et références
modifier- ↑ Fortescue 1910, p. 186.
- ↑ Fortescue 1910, p. 187.
- 1 2 Howard 2015, p. 120.
- 1 2 Fortescue 1910, p. 188.
- ↑ James 1827, p. 288.
- ↑ James 1827, p. 289.
- 1 2 Fortescue 1910, p. 189.
- ↑ James 1827, p. 290.
- ↑ Kruijer-Poesiat 2000, p. 194-197.
- ↑ Gooding 1965, p. 46.
- 1 2 James 1837, p. 288.
- ↑ James 1837, p. 289.
Bibliographie
modifier- (en) George Bruce, Harbottle's Dictionary of Battles, Van Nostrand Reinhold, (ISBN 0442223366)
- (en) John William Fortescue, A History of the British Army, vol. 5, Londres, MacMillan and Co., (OCLC 650331461)*
- (en) Sydney James Gooding, An Introduction to British Artillery in North America, Ottawa, Museum Restoration Service,
- (en) Martin Howard, Death Before Glory : The British Soldier in the West Indies in the French Revolutionary and Napoleonic Wars 1793-1815, Barnsley, Pen and Sword, (ISBN 978-1-78159-341-7)
- (en) William James, The Naval History of Great Britain, vol. 3 : 1800-1805, Londres, Conway Publishing, (ISBN 0-85177-907-7)
- (nl) Lies Kruijer-Poesiat, « An Inauguration in Suriname, 1804 », Studia Rosenthaliana, vol. 2, no 34, (JSTOR 41442164)