Batterie Oldenburg
La batterie Oldenburg est une batterie d'artillerie côtière de la Kriegsmarine, implantée à Calais durant l'Occupation allemande. Constituée de deux canons de 24 cm SK/L 50, son déploiement commence dès l'été 1940 par la mise en place des pièces d'artillerie en encuvement, qui seront mises sous casemate l'année suivante.
| Batterie Oldenburg | |
| Lieu | Calais |
|---|---|
| Construction | 1940 - 1941 |
| Ouvert au public | Partiellement |
| Appartient à | Conservatoire du Littoral |
| Effectifs | 175 militaires (1943) |
| Coordonnées | 50° 58′ 31,31″ nord, 1° 54′ 12,28″ est |
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Intégrée au Mur de l'Atlantique en 1942, la batterie constitue, à la Libération, l'un des derniers bastions allemands du secteur.
Une conséquence de l'opération Seelöwe
modifierEn juin 1940, après la défaite de la France, l'Allemagne nazie souhaite poursuivre le combat contre le Royaume-Uni : le 16 juillet 1940, Hitler publie la directive n°16 ordonnant les préparatifs de l'opération Seelöwe, un débarquement sur les côtes du Kent suivi de l'invasion de la Grande-Bretagne. Cette directive mentionne, entre autres, que
"2. d) le glacis côtier devra être dominé par une puissante artillerie côtière et complètement protégée par son tir ;
3. b) le plus grand nombre de pièces d'artillerie lourde devront être engagées pour assurer la sécurité du passage et la couverture des flancs contre des actions ennemies venues de la mer... Toutes les batteries de siège les plus lourdes disponibles devront être installées sous béton en face du détroit du pas de Calais, de telle façon qu'elles puissent résister aux plus violentes attaques aériennes et qu'elles maintiennent ainsi, en toute circonstance et de façon durable, le détroit sous leur feu"[1].
En conséquence, la Kriegsmarine implante, entre Boulogne et Calais, cinq batteries lourdes à partir de l'été 1940 : Oldenburg (Calais), Prinz Heinrich (Sangatte), Grosser Kurfürst (cap Gris-Nez), Siegfried (rebaptisée Todt, Audinghen) et Friedrich August (Wimille). Des batteries sur rails effectueront quant à elles des tirs de contrebatterie sur le territoire britannique.
Oldenburg, pouvant engager une cible marine à une distance maximale de 26 km[2], est la seule dont la portée est inférieure à 30 km. Un document d'août 1940 indique que la batterie doit faire feu « contre les cuirassés, les croiseurs et les convois[3]. »
Un déploiement rapide
modifierAvant même leur déploiement à Calais, les canons d'Oldenburg avaient déjà une histoire longue : initialement fabriqués par Krupp avec un calibre de 25,4 cm, ils furent capturés en 1917 sur l'île d'Ösel par les Russes, puis redonnés à l'Allemagne dans l'entre-deux-guerres, précédant la réduction de leur calibre à 23,8 cm. Ils sont ensuite installés sur l'île de Borkum au nord de l'Allemagne, avant de rejoindre le Westwall, près de Meisenbühl, en 1938[4].
L'emplacement de la batterie sur les côtes françaises est défini le 22 juillet 1940 à l'est de Calais, près du Fort Vert : le lieu devait être sélectionné selon le camouflage naturel qu'il offrait, ainsi qu'un accès aisé au site[5].
Le 26 juillet, le déploiement de la batterie est arrêté[6] :
- chaque canon, placé à ciel ouvert, sera encadré par deux soutes à munitions permettant de stocker trente coups chacune, puis par deux bunkers pour le personnel, chacun devant loger trente militaires. En arrière de la pièce doit se trouver un bunker pour groupe électrogène ;
- à l'ouest de la batterie, une tour en bois de 22 m de haut, occupant une surface de 4 m sur 6 m, supportera le télémètre et d'autres instruments. Au pied se trouve un bunker abritant l'appareil de calcul des données sur la cible, avant la transmission de ces informations aux pièces d'artillerie.
Les travaux commencent dans la foulée.
Le 1er septembre est annoncé que tous les bunkers ont été bétonnés[7]. La construction des casemates englobant tous les éléments attenant au canon, excepté les abris du personnel, peut commencer : démarrant à la fin octobre 1940[8], les chantiers se terminent en mars 1941[9]. La construction de ces monolithes aux dimensions impressionnantes, répartis sur plusieurs niveaux, a permis la création de nouvelles soutes à munitions ou encore de salles réservées aux sanitaires[4]. Les servants devaient loger à l'intérieur, pour permettre un accès plus direct et sécurisé à la pièce d'artillerie.
Les bunkers abritant les pièces sont baptisés en référence à l'histoire des canons : la casemate ouest est nommée Ösel (81 m sur 37 m), Borkum pour la casemate est (62 m de long pour 34 m de large)[4]. Leur taille imposante facilitant leur détection par l'aviation alliée, les casemates seront noyées sous des filets de camouflage pourvus d'arbustes factices, dans le but de se morfondre dans l'environnement dunaire[10]. Enin, la fenêtre de tir est fermée par un rideau d'acier[11].
D'autres travaux se poursuivent à l'intérieur et à l'extérieur des bunkers, notamment pour camoufler les installations. Un bunker-hôpital est par ailleurs construit en arrière du site[4]. Par ailleurs, une batterie de canons de 7,5 cm est installée à l'est pour la défense aérienne[12]. Leur tir sera dirigé depuis un poste d'observation bétonné, placé sur la Türm Ösel en mai 1942[13]. La batterie Oldenburg aurait disposé d'un radar Seetakt pour la détéction de nuit[14].

Le Mur de l'Atlantique : une défense et un Leitstand augmentés
modifierEn 1942, après l'entrée en guerre des États-Unis, Hitler ordonne la construction du Mur de l'Atlantique, une ligne de fortifications s'étandant de la Norvège aux Pyrénées destinée à repousser un débarquement allié. Hitler ordonne de tenir les ports à tout prix, et en parallèle, les côtes de la Manche figurent, pour la Wehrmacht, parmi les lieux les plus susceptibles d'accueillir l'assaut anglo-américain.
Et c'est dans ce cadre que va s'inscrire la batterie Oldenburg qui, après l'ajournement de l'opération Seelöwe, disposait d'une mission exclusivement défensive. Elle participe à la défense du port de Calais, qui revêt une importance stratégique aux yeux de l'armée allemande.

En parallèle, la défense du site, se développe : en mars 1943 s'y trouvent, un canon français de 7,5 cm, deux canons antichar de 5 cm, deux pièces de 4 cm Flak, deux de 2 cm Flak, deux mortiers belges, une MG 34, trois MG 13, cinq mitrailleuses françaises lourdes, quatre pistolets mitrailleurs, 170 fusils (permettant à la quasi-totalité de l'équipage d'en disposer) et dix pistolets[15].
Pour abriter un canon antichar est construit, juste devant la batterie un Regelbau 629, permettant de loger à la fois la pièce et le personnel qui y est affecté. Également, deux Regelbauten 612 (bunker pour canon de campagne), un des modèles de bunker les plus couramment construits sur l'Atlantikwall, croisent leur feu vers la mer à presque 200 m de la batterie. Ceux-ci devaient abriter un canon de 7,5 cm, quatre pièces de ce calibre étant présentes sur place début 1944[16].
Dans le même temps, des Tobrouks (bunker pour mitrailleuse doté d'une ouverture circulaire sur son toit) et des postes pour mitrailleuses parsèment le site, tandis qu'un bunker L 411A, au nord-ouest du site, abrite un projecteur utile pour la défense antiaérienne[4]. A signaler que le site de la batterie Oldenburg est encerclé par un champ de mines, sauf sur la partie qui fait face à la mer, selon une carte allemande reproduite par l'armée canadienne pour la libération du Calaisis[17].
Surtout, le bunker de direction de tir s'étoffe de plusieurs étages pour devenir un bloc imposant, alors qu'il se trouvait jusque là au ras du sol[10], et sur un seul niveau. En janvier 1944, l'ouvrage figure sur la liste des installations en construction "décisives pour le combat" pour la Marine allemande sur les côtes de la Manche[18]. Cependant, les événements de 1944 ont empêché la finalisation des travaux : un premier étage a été construit, un second était en chantier mais est resté à l'état de ferraillage[11]. Il semble que le bunker ait été converti en infirmerie vers la fin de la guerre, comme en témoignent les croix rouges sur sa façade.
Effectifs
modifierBatterie de la Marine de guerre allemande, Oldenburg est servie par le Marine-Artillerie-Abteilung 244 (244e bataillon d'artillerie de Marine) : cette unité a en charge les batteries de la Kriegsmarine implantées sur Calais.
En mars 1943, Oldenburg est servie par 175 militaires : 3 officiers, 34 sous-officiers et 138 militaires de rang[15]. Plusieurs officiers se sont succédé à son commandement, dont l'Oberleutnant Werner Lokau[19] (1906 - 2000), qui sera muté à la tête de l'une des plus importantes batteries du Mur de l'Atlantique : la batterie Lindemann[20], à Sangatte.
Durant la guerre, plusieurs servants de la batterie seront jugés par l'antenne calaisienne du tribunal du commandement maritime des côtes de la Manche : ainsi, le soldat Karl Herwes écope, en août 1942, de cinq mois de prison pour "vol sur camarade"[21], alors que le militaire Wilhelm Schmidt sera acquitté dans une affaire de moeurs en novembre[22].
Des bombardements meurtriers
modifierLes rapports allemands font état d'attaques aériennes dès les premiers moments de la batterie à Calais. Cependant, celui du 9 mai 1944, en prévision du Débarquement de Normandie, a marqué l'histoire du lieu puisqu'il y fait au moins 13 victimes allemandes[23], inhumées au cimetière que la Kriegsmarine avait implanté dans le parc de la Colonne de la Grande Armée, au nord de Boulogne-sur-Mer[24].
Un des derniers bastions allemands de Calais
modifierIl semble qu'Oldenburg n'a pas eu un rôle de premier plan dans le déroulement des combats pour la prise de la poche de Calais. Début septembre 1944, Calais et ses environs immédiats, défendus par la Wehrmacht, sont encerclés par l'armée canadienne. L'attaque provenant des terres et les canons d'Oldenburg étant exclusivement orientés vers la mer, seule la défense périphérique de la batterie pouvait donc agir.
Le 24 septembre 1944, il est annoncé que les mouvements ennemis dans le secteur ont été visés par l'artillerie allemande, à l'exception des batteries Oldenburg et Lindemann[25]. Au soir, des bombardiers ennemis bombardent Calais et Oldenburg, causant des dégâts militaires mineurs[26]. Le lendemain, l'opération Undergo, qui a pour but la prise de la poche de Calais, commence. Le 28, l'amiral Dönitz envoie un message radio aux batteries lourdes du Pas-de-Calais, exaltant l'importance de leur résistance contre "l'offensive occidentale sur la patrie", "le peuple allemand attend[ant] [d'elles] un engagement sans faille", mais Oldenburg n'y est pas citée[27].
Au soir du 30 septembre, alors que Calais est sur le point d'être libérée, "un intense feu d'artillerie est dirigé sur Oldenburg". Une attaque de char était prévue, mais "apparemment annulée en raison de l'obscurité". Il est précisé que le commandant de la Kriegsmarine dans le nord de la France, retranché dans la poche de Dunkerque, a rétabli le contact radio avec Calais, mais seulement avec la batterie Oldenburg parait-il[28].
Le même jour, Friedrich Frisius, à la tête de ce commandement, apprend que Heinrich Garde, commandant du 244e bataillon d'artillerie de Marine, a quitté son PC de Blériot-Plage pour rejoindre Oldenburg[29].
Le témoignage d'un soldat de la batterie recueilli après la Libération vient apporter des précisions sur les dernières heures précédant la prise d'Oldenburg : il indique tout d'abord que la batterie a effectivement pris part aux combats, mais aussi que les officiers, à l'exception du chef de batterie, se sont retranchés dans leurs bunkers et qu'aucune coopération n'était effectuée entre les batteries. Le militaire a ordonné, au rebours des ordres émis, de détruire tous les documents et matériels. Il indique aussi que la batterie fut finalement encerclée "par des chars et des mortiers", et que la capitulation du lieutenant-colonel Schröder, commandant la place de Calais, le 30 septembre, entraîna la capture de la garnison d'Oldenburg le lendemain après des négociations[30].
Le 1er octobre 1944, Frisius écrit dans son journal : "tôt dans la matinée, depuis Calais, j'ai reçu les dernières nouvelles de Garde. Apparemment, le drame là-bas touche à sa fin"[31].
Après-guerre, un usage diversifié du site
modifierDans le sillage de la Libération, un camp pour prisonniers de guerre est élevé derrière la batterie[32]. Il précède le centre aéré Jules Ferry arrivé dans les années 1960[33], et qui devient, à partir de janvier 2015, un centre d'accueil pour les personnes migrantes[34]. Se développe alors, autour du centre, la Jungle de Calais, démantelée en octobre 2016[35]. Un an plus tard, fin 2017, le centre Jules Ferry est détruit[36] pour laisser place à une zone naturelle, sous l'égide du Conservatoire du Littoral[37].
Notes et références
modifier- ↑ Paul Virilio, Bunkerarchéologie, Les Éditions du Demi-Cercle, 1991, réédition de 1994, pp. 182 et 183
- ↑ NARA, T1022-2995, p. 47.
- ↑ NARA, T1022-2992, p. 636.
- 1 2 3 4 5 Hans Sakkers et Marc Machielse, Artillerieduell der Fernkampfgeschütze am Pas de Calais 1940-1944, Helios Verlag, , p. 28 et s.
- ↑ NARA, T1022-4300, p. 14.
- ↑ BAMA, RM 45-IV/1199, p. 153
- ↑ NARA, T1022-2993, p. 387.
- ↑ BAMA, RM 45-IV/465, p. 122 et s.
- ↑ NARA, T1022-2993, p. 478.
- 1 2 BAMA, RM 45-IV/1450, pp. 90 et 91 (photos).
- 1 2 SHDMV MV 2DOC 1, Photos, Dossier n°3, p. 47 (photos).
- ↑ BAMA, RM 45-IV/215, p. 114.
- ↑ BAMA, RM 45-IV/215, p. 129.
- ↑ Alain Chazette, Les batteries côtières du Nord-Pas-de-Calais, Éditions Histoire et Fortifications, , pp. 32 et 33.
- 1 2 BAMA, RM 24-82/61K, p. 70.
- ↑ BAMA, RH 3/384, p. 103.
- ↑ Annexes du journal de guerre des North Nova Scotia Highlanders, septembre 1944 (p. 180 du PDF) : https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&id=927841&lang=eng&ecopy=e011388030
- ↑ NARA, T1022-2253, p. 255.
- ↑ BAMA, RM 17/76, p. 536.
- ↑ BAMA, RM 17/76, p. 550.
- ↑ BAMA, RW 60/2380, pp. 236 et 237.
- ↑ BAMA, RW 60/2380, pp. 198 et 199.
- ↑ NARA, T1022-2349, p. 830.
- ↑ « Gräberkartei »
- ↑ NARA, T1022-3973, p. 476.
- ↑ Kriegstagebuch der Seekriegsleitung 1939-1945. Teil A, Band 61/1, 1. bis 15. September 1944, Verlag E.S. Mittler & Sohn, , p. 699
- ↑ Ibid, p. 769.
- ↑ NARA, T1022-3973, p. 518.
- ↑ Patrick Oddone, Guy Bataille, Dominique Macaigne, Le journal du Vice-Amiral Friedrich Frisius. Commandant de la "Forteresse" de Dunkerque, Punch Éditions, , p. 59
- ↑ Hans Sakkers, Marc Machielse, Artillerieduell der Fernkampfgeschütze am Pas de Calais 1940-1944, Helios, , pp. 141 et 142
- ↑ Patrick Oddone, Guy Bataille, Dominique Macaigne, Le journal du Vice-Amiral Friedrich Frisius. Commandant de la "Forteresse" de Dunkerque, Punch Éditions, , p. 60
- ↑ SHDMV MV 2DOC 1 (p. 85) : https://www.memoiredeshommes.defense.gouv.fr/ark:40699/e006633420fd51f7/6633421049fa0.fiche=arko_fiche_669ed2bca8c7e.moteur=arko_default_66b0ec7881abb
- ↑ « Une brève histoire du centre Jules-Ferry », La Voix du Nord,
- ↑ « Migrants : le centre Jules-Ferry, une véritable fourmilière », France Bleu, (lire en ligne)
- ↑ « "Jungle" de Calais : le camp a été totalement démantelé », Les Échos, (lire en ligne)
- ↑ « Un an après le démantèlement du camp, la démolition du centre Jules-Ferry va commencer », La Voix du Nord,
- ↑ « Calais, la reconquête paysagère et écologique du site. »
