Bedil Dehlavi
Abd-al-Qadir Bedil, plus connu sous le nom de Bedil Dehlavi, né en 1644 et mort en 1720-21, est le principal représentant de la période tardive de l'école indienne de poésie persane, appelée aussi poésie indo-persane.
Biographie
modifierLes sources s'accordent pour dire que Mirza ʿAbd al-Qadir b. ʿAbd al-Khaliq Arlas Bidil (ou Bedil) est né en 1644 à Azimabad (aujourd'hui Patna), dans le nord-est de l'Inde[1],[2]. Son père, Abd al-Khāliq, serait d'origine chaghatay[2]. Soldat, ce dernier est aussi membre de la Qadiriyya, une confrérie soufie[1]. C'est en référence au fondateur de l'ordre qu'il nomme son fils Abd al-Qadir[2]. Bedil perd ses parents alors qu'il est enfant. Il est confié à ses oncles Mirza Qalandar puis Mirza Zarif. Il étudie le Coran et apprend l'arabe et le persan. Sa langue maternelle est le bengali, mais il connaît aussi l'ourdou et le sanskrit[2],[3]. Il rencontre des soufis célèbres en ce temps comme Mawlānā Kamāl, Shah Malouk, Shāh Yaka Āzād[1]. Il rejoint l'armée d'un des fils de Shah Jahan, et la quitte lors des luttes de succession entre les fils du Shah[2]. Il part pour la province d'Orissa avec son oncle Mirza Zarif en 1660[2]. Il commence à écrire des vers à partir de l'âge de dix ans, dans le style persan classique[1]. Il adopte le nom de plume de Ramzi, puis de Bidil[2].
À la mort de Mirza Zarif en 1664, il se trouve démuni et part s'installer à Delhi. Il est initié au mysticisme par Shāh Qāsim Huwallāhī. Il découvre, par le biais de Zuhuri Turshizi (en), Taleb Amoli et Ṣāʿib Tabrizi, la poésie persane de style indien (poésie indo-persane), qu'il adopte désormais[1]. Il écrit son premier masnavi en 1667. Il entre brièvement au service de Muhammad Azam Shah, mais démissionne lorsqu'on lui demande d'écrire un éloge du prince[3]. Après avoir voyagé, il s'établit à Delhi en 1685 où il demeure jusqu'à la fin de sa vie. Il meurt de la fièvre typhoïde le 5 décembre 1720[1] et est inhumé dans sa propriété[2].
Œuvre
modifierSes Kulliyat (œuvres complètes) ont été éditées en quatre volumes, dont trois de poésie et un de prose.
Poésie
modifierLe premier volume de ses œuvres consiste en 2 800 ghazals totalisant environ 35 000 vers[1]. Mais il a aussi écrit environ 11 000 vers dans des formes poétiques variées : qasidas (éloges en particulier du prophète Mahomet et de l'imam Ali), rubayat, mukhammas (en) (poèmes composés de strophes de cinq vers)[1] et tarkīb-band (poèmes composites, où chaque strophe a sa propre rime)[2]. Son style se caractérise par une pointe de scepticisme. L'intellectualisation, caractéristique de la poésie indo-persane, trouve son point culminant chez Bedil et rend sa lecture difficile d'accès[3].
Il est connu pour quatre masnavis.
Le Muhīṭ-i aʿẓam (« Le vaste océan »), écrit en 1667 en mètre mutaqarib, est une réponse au Saqi nameh de Zuhuri Turshizi[1],[2]. Il y expose la doctrine d'Ibn Arabi[1],[3].
Ṭilism-i ḥayrat (« Charme du ravissement »), en 1669, en mètre hajaz. Sous forme allégorique, il décrit l'essence et les attributs de Dieu, la Création, et la relation entre l'âme et le corps. Il suit la forme du Mantiq al-tayr d'Attar[3].
Ṭūr-i maʿrifat (« La colline du savoir »), écrit lors d'un séjour à Bairat, décrit sous forme allégorique le voyage vers l'Un puis le retour vers le monde d'ici-bas[2]. Il comporte une description des paysages de Bairat[1].
Irfān (« Gnose »), achevé en 1712, décrit la descente de l'Âme éternelle dans le monde matériel puis la création de l'homme. Il aborde certaines croyances hindoues, comme la transmigration des âmes. Il adopte le même mètre que Sana'i dans Ḥadīqat al-ḥaqīqa. Les thèmes sont empruntés à la pensée d'Ibn Arabi[1],[2].
Prose
modifierSon œuvre en prose la plus connue est Chahār ʿunṣūr (« Les quatre éléments »), achevée en 1704. c'est une autobiographie en prose rimée, entrecoupée de poèmes. C'est une source d'information importante pour sa biographie. Il y décrit son enfance, ses rencontres avec des personnalités soufies et ses expériences spirituelles, et aborde des points de doctrine soufie. Le livre comporte aussi un intérêt historique, puisqu'il décrit les luttes de succession entre les enfants de Shah Jahan, et dresse un portrait du peintre Anup Chatar[4].
Nukat, en prose rimée, aborde des sujets mystiques et philosophiques.
Ruqaʿāt : il s'agit de sa correspondance, surtout avec des officiels moghols.
Postérité
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Il est reconnu comme le principal représentant de la période tardive du style indo-persan[1],[3].
Sa tombe devient un lieu de pèlerinage : des rassemblements y sont organisés pour commémorer les séances de lecture qu'il organisait de son vivant[2]. Mais par la suite, sa tombe est profanée lors d'invasions successives, de sorte qu'on n'en retrouve pas la trace[3].
En Iran et en Inde, sa célébrité est éclipsée par celle de Ṣāʾib Tabrīzī. Mais il jouit d'une renommée qui ne se dément pas en Asie centrale (Tadjikistan et Afghanistan). Ses poèmes figurent dans les manuels scolaires et ont fourni les paroles de chansons folk[2].
Il a influencé Mirza Ghalib et Mohamad Iqbal[2],[3]. Sadriddin Aini a écrit des ghazals à la manière de Bidil[3].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 (en-US) Ève Feuillebois, « Bīdil, ʿAbd al-Qādir » [archive du ]
, sur Encyclopaedia of Islam, THREE (DOI 10.1163/1573-3912_ei3_COM_25304, consulté le ) - 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 (en-US) Yadollah Jalali Pandari, « Bīdil (Bedil) », Encyclopaedia Islamica Online, vol. 4, (DOI 10.1163/1875-9831_i, lire en ligne [archive du ]
, consulté le ) - 1 2 3 4 5 6 7 8 9 (en-US) Moazzam Siddiqi, « BĪDEL, ʿABD-AL-QĀDER », sur Encyclopaedia Iranica, (consulté le )
- ↑ (en-US) Sharif Husain Qasemi, « ČAHĀR ONṢOR », sur Encyclopaedia Iranica, (consulté le )
Liens externes
modifier- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :