Benjamin de la Fuente
Benjamin de la Fuente, né le à Bordeaux, est un compositeur, violoniste et improvisateur français. Pensionnaire de la Villa Médicis en 2001–2002, il mène en parallèle une activité de compositeur de concert, de cofondateur de la coopérative artistique Sphota et de membre du groupe de musique expérimentale Caravaggio. Son œuvre cherche à faire de l'écoute une expérience physique et dramaturgique, en mettant fréquemment en friction la musique avec d'autres formes artistiques — cinéma, danse, théâtre, photographie.
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Formation
modifierBenjamin de la Fuente commence sa formation musicale comme violoniste avant de se tourner vers la composition. Il étudie d'abord à l'CNR de Toulouse dans la classe de composition électroacoustique de Bertrand Dubedout, dont il sort avec les prix d'orchestration, d'analyse et de composition électroacoustique[1].
Il intègre ensuite le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, où il suit les cours de composition de Gérard Grisey et d'improvisation générative d'Alain Savouret (1994–1999). Sous l'impulsion de ces deux personnalités, il développe une réflexion sur les conditions du faire musical et la notion d'invention sonore. En parallèle, il obtient une maîtrise de musicologie à l'Université Paris VIII (L'Entendre aujourd'hui ou la réappréhension du son musical)[2].
Il effectue le Cursus de composition et d'informatique musicale de l'IRCAM en 1998–1999, puis est sélectionné comme pensionnaire de la Villa Médicis à Rome pour dix-huit mois (2001–2002)[1].
Carrière
modifierSphota
modifierEn 2000, Benjamin de la Fuente cofonde avec Samuel Sighicelli et Benjamin Dupé, rencontrés au Conservatoire, la coopérative artistique Sphota, dédiée à l'invention musicale et aux spectacles pluridisciplinaires. La compagnie monte sept spectacles qui circulent dans les festivals européens (Musica, Tage für Neue Musik, Traiettorie, Agora, Berliner Festspiel, San Sebastian, Roma Europa)[2]. Parmi ses productions notables : Dans la solitude des champs de coton (2012) d'après Bernard-Marie Koltès, Folk Blues Remains (2017) avec Bruno Chevillon, The Other (In)side (2018) avec l'ensemble TM+, et Sonata (2022) pour violon et piano amplifiés[3].
Caravaggio
modifierEn 2003, il cofonde avec Samuel Sighicelli le groupe de musique expérimentale Caravaggio, avec Bruno Chevillon (basse, contrebasse) et Éric Échampard (batterie, percussions). Au sein du groupe, il joue du violon et de la guitare électriques. Le groupe publie plusieurs albums et développe une esthétique à la frontière du rock expérimental, de la musique électronique et du jazz[2].
Compositeur de concert
modifierBenjamin de la Fuente reçoit des commandes de nombreuses institutions : Radio France, l'IRCAM, le GRM, le GRAME, le Festival Présences, le Festival d'Aix-en-Provence, Ars Musica (Bruxelles) et l'Ensemble Ictus. Il collabore avec l'Orchestre Philharmonique de Radio France, l'Orchestre National de Jazz, l'Ensemble intercontemporain, l'ensemble Court-Circuit, l'ensemble TM+ et les Percussions de Strasbourg[4].
Son œuvre On Fire (2014) pour comédienne, piano, orchestre et sampler, sur des extraits de discours de Malcolm X, est créée et enregistrée au 104 lors du Festival Présences 2015, par l'Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par Joshua Dos Santos. Fluid Mechanics (2020–2021), pour ensemble de dix musiciens dont quatre amplifiés réunissant l'ensemble Court-Circuit et Caravaggio, est une commande de Radio France créée au Festival Présences 2021[3].
RuptuR 1 & 3 (2023–2024), pour trois percussionnistes des Percussions de Strasbourg et le groupe Caravaggio, est une commande du Festival Musica et du GRAME, avec le soutien de la Fondation Francis et Mica Salabert. L'œuvre est créée au Festival B!ME 2024 à Lyon[3].
Résidences
modifierBenjamin de la Fuente est compositeur en résidence à la Maison de la Musique de Nanterre en 2017–2018. Il est ensuite en résidence, avec Sphota et Samuel Sighicelli, au Centre culturel André Malraux de Vandœuvre-lès-Nancy[2].
Esthétique
modifierBenjamin de la Fuente distingue nettement ses activités de compositeur et d'improvisateur, intégrant rarement de l'improvisation dans ses pièces écrites. Son œuvre est portée par l'ambition de créer une expérience physique et dramaturgique du sonore, par l'invention de contextes d'écoute originaux à chaque projet — travaillant sur la mémoire, l'altérité, l'hétérogénéité. Il met fréquemment sa musique « en friction » avec d'autres arts : le cinéma (Vers Ras Muhammad, 1994), la danse, le théâtre (La Fausse suivante, 1997 ; Dans la solitude des champs de coton, 2012), et la photographie (Folk Blues Remains, 2017)[2].
Catalogue sélectif
modifierMusique pour orchestre et grand ensemble
modifier| Titre | Année | Formation | Notes |
|---|---|---|---|
| Redbone | 1997 | Orchestre de chambre et électronique | Créée au festival MANCA (2000) |
| On Fire | 2014 | Comédienne, piano, orchestre, sampler | Commande Radio France ; OPRdF, Festival Présences 2015 |
| In Vino Veritas | 2015 | Orchestre National de Jazz | Créée au Carreau du Temple, Festival Manifeste |
| Fluid Mechanics | 2020–2021 | Ensemble de 10 musiciens (dont 4 amplifiés) | Commande Radio France ; Court-Circuit & Caravaggio, Présences 2021 |
Musique de chambre instrumentale et mixte
modifier| Titre | Année | Formation | Notes |
|---|---|---|---|
| Cassure d'âme | 2000 | Violon, 2 percussions, électronique | Créée à l'IRCAM ; EIC |
| Accord d'argile | 2000–2002 | 10 musiciens et bande | Commande de l'Itinéraire ; Ensemble ICTUS |
| Manège | 2001 | Batterie et bande/sampler | Commande du GRM |
| Prima di tutto all interno del legno | 2001–2003 | Alto solo | Créée par Gérard Caussé, Villa Médicis |
| Trafic | 2008 | 2 percussionnistes et électronique | Éditions Jobert |
| Au seuil de la ligne d'ombre | 2008 | Violon et piano | Commande d'Ars Mobilis |
| La longue marche | 2008 | Violon(s) et bande | Disque Aeon ; Grand prix Charles-Cros 2009 |
| Outside/Virage | 2009–2018 | Violon et électronique | Créée au 104, Festival Présence Electronique 2009 |
| Flip | 2011 | 2 batteries et sampler | Commande d'ICTUS |
| Freewheel | 2011 | 2 clarinettes, 2 percussions, basse électrique | Grand prix lycéen 2010 |
| Piège | 2012 | Percussion solo | Créée par Laurent Mariusse |
| Quatuor à cordes n° 1 | 2013 | Quatuor à cordes | Créé par le Quatuor Tana, Ars Musica 2016 |
| Animal | 2017 | 6 musiciens | Gaîté Lyrique, Ensemble Soundinitiative |
| Ex Nihilo | 2020 | Violon et électronique | Festival Bruits Blancs #10 ; disque solo |
| RuptuR 1 & 3 | 2023–2024 | 3 percussionnistes et Caravaggio | Commande Festival Musica / Grame / Fondation Salabert ; Festival B!ME 2024 |
Projets transversaux
modifier| Titre | Année | Notes |
|---|---|---|
| Le Cri de l'Oie | 2007–2008 | Spectacle musical, texte de Christophe Tarkos ; Phénix de Valenciennes |
| Dans la solitude des champs de coton | 2012 | D'après Bernard-Marie Koltès ; mise en scène Aimée-Sara Bernard |
| Folk Blues Remains | 2017 | Avec Bruno Chevillon et Mat Jacob (vidéo) ; musique et photographie |
| The Other (In)side | 2018 | 7 musiciens de l'ensemble TM+ ; mise en scène Jos Houben |
| Zones Libres | 2019 | Ensembles Sillages et Nautilis ; Théâtre de Lorient |
| Sonata | 2022 | Violon et piano amplifiés (Benjamin de la Fuente & Samuel Sighicelli) |
Discographie
modifierAlbums solos et de chambre
modifier- La longue marche, œuvres pour violon et électronique – Aeon, 2009 (puis réédité)
- Contrecoup – Signature / Radio France (Harmonia Mundi), 2016 (monographie)
- Europa – Roma (avec l'Orchestre National de Jazz) – ONJ Records, 2016
- Mosaïques – Label Musivi / Soundpainting collection (avec François Cotinaud et l'ensemble Multilatérale), CD-DVD, 2017
- Turn Up – Label La Buissonne, 2017 (Caravaggio)
- Tempus Fugit – Eole Records, 2020
- Ex Nihilo – 2021
Albums avec Caravaggio
modifier- Caravaggio – INA/GRM, 2004
- Caravaggio #2 – Label La Buissonne, 2012
- Turn Up – Label La Buissonne, 2017
Distinctions
modifier- 1990 : 1er prix du concours international de composition d'Aquitaine (ADAMA)
- 1996 : Maîtrise de musicologie, Université Paris VIII
- 2002 : Prix Hervé Dugardin de la SACEM
- 2005 : Bourse de l'Académie des beaux-arts
- 2009 : Grand prix national du disque de l'Académie Charles-Cros pour La longue marche
- 2009 : Prix André Caplet de l'Académie des beaux-arts de l'Institut de France, décerné par l'Institut de France
- 2010 : Grand prix lycéen des compositeurs pour La longue marche
- 2017 : Coup de cœur Musique Contemporaine de l'Académie Charles-Cros pour Contrecoup, proclamé le 3 janvier 2018 dans l'émission Le concert du soir d'Arnaud Merlin sur France Musique[5]
Notes et références
modifier- 1 2 « Benjamin de la Fuente », sur Éditions Henry Lemoine (consulté le )
- 1 2 3 4 5 « Biographie – Benjamin de la Fuente », sur Ressources IRCAM (consulté le )
- 1 2 3 « Compositions – Benjamin de la Fuente », sur sphota.org (consulté le )
- ↑ « Benjamin de la Fuente », sur Babelscores (consulté le )
- ↑ « Coup de cœur Musique Contemporaine 2017 », sur Académie Charles-Cros (consulté le )
