Bernd et Hilla Becher

photographes allemands
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Bernd et Hilla Becher sont un couple de photographes allemands connus pour leurs photographies frontales d'installations industrielles[1].

  • Bernd Becher est né le à Siegen et mort le (à 75 ans) à Rostock.
  • Hilla Becher, née Wobeser, est née le à Potsdam et morte le (à 81 ans) à Düsseldorf[2].
Bernd & Hilla Becher
(Prix Érasme 2002)
Hilla Becher en 2011.

Parcours

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Hilla Wobeser est née en 1934 dans une région rattachée après la Seconde Guerre mondiale à l'Allemagne de l'Est, tandis que Bernd Becher est né en 1931 dans une région rattachée à l'Allemagne de l'Ouest. Hellen Wobeser passe à l'Ouest à 20 ans en 1954. Déjà formée à la photographie, elle intègre comme photographe professionnelle une agence publicitaire de Düsseldorf et y rencontre trois ans plus tard celui qu'elle choisit comme époux[3]. Bernd a étudié la peinture et le dessin et aborde la photographie sans formation initiale. Ils commencent à travailler ensemble en 1959[3], en photographiant des mines de charbon dont la fermeture était annoncée[4]. Ils se marient en 1961[5].

Ils entreprennent de documenter méthodiquement l'architecture des bâtiments industriels des XIXe et XXe siècles en Europe et en Amérique du Nord, avec un protocole toujours identique (vue frontale, centrage du sujet, etc.). Ce projet d’une vie, couronné par le Lion d'or de la sculpture à la Biennale de Venise en 1990, est reconnu pour son influence sur l'art conceptuel des années 1960 et 1970[6].

En , les Becher participent à l'exposition New Topographics: Photographs of a Man-Altered Landscape, organisée à la George Eastman House de Rochester. Cette manifestation, devenue une référence dans l'histoire de la photographie, réunit plusieurs artistes explorant les paysages transformés par l'activité humaine et contribue à faire connaître internationalement leur travail ainsi que leur méthode fondée sur la neutralité descriptive et la série photographique.[réf. nécessaire]

En , Bernd Becher est nommé professeur à l'académie des beaux-arts de Düsseldorf où il ouvre la première classe de photographie artistique[3]. Mais Hilla y tient souvent le laboratoire photographique[3]. Quelques-uns de ses élèves ont acquis à leur tour une notoriété : Andreas Gursky, Thomas Ruff, Thomas Struth, Candida Höfer, Elger Esser

Aspects du travail photographique

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À partir de 1959, la démarche de Bernd et Hilla Becher consiste à établir un inventaire rigoureux et systématique du bâti industriel en photographiant des ensembles (usines, mines, hauts fourneaux, chevalements de mines…) menacés d'obsolescence et souvent à l'abandon (principalement en Allemagne[7], plus largement en Europe, mais aussi aux États-Unis), avec une dimension documentaire. Ils procèdent selon une démarche scientifique dans le sens où tous leurs clichés sont classés et archivés selon la localisation géographique (Allemagne, Belgique, États-Unis…) ou les fonctionnalités (châteaux d'eau, silos, gazomètres, hauts fourneaux…) des bâtiments photographiés.

Pour donner à leurs photos ce caractère de documentaire « objectif », elles sont toutes prises selon le même protocole immuable : une lumière neutre (ciel couvert) et chaque photo d'une même série est composée de manière identique (angle de vue et cadrage). Il faut ajouter à cela l'utilisation du noir et blanc, d'un téléobjectif pour éviter les déformations et d'une chambre Linhof 8x10, ainsi qu'une présentation spécifique des œuvres (photo sous marie-louise blanche et cadre en plastique blanc), conservées au cours des années.

Une caractéristique esthétique prédomine : les constructions photographiées apparaissent comme des formes géométriques ou tortueuses qui se répètent au long des séries. Ce phénomène de sérialité est caractéristique de la syntaxe photo-conceptuelle qu'ils mettent en pratique dans leur œuvre. Les photographies parfaitement neutres isolent ainsi l'infrastructure. On peut alors comparer les variations formelles entre les bâtiments photographiés, désignés comme des « sculptures anonymes », selon le titre de leur premier ouvrage publié en 1970.

Le travail des Becher joue un rôle dans le renforcement de l'intérêt public pour le patrimoine industriel[8].

Typologies

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Bernd et Hilla Becher désignent leurs ensembles photographiques comme des « typologies ». Les images ne sont pas conçues pour être regardées isolément, mais sont regroupées en séries de neuf, douze, quinze ou davantage de tirages représentant une même catégorie d'édifices  châteaux d'eau, hauts fourneaux, gazomètres, silos, tours de refroidissement ou chevalements de mines. Présentées sous forme de grilles, ces séries mettent en évidence les ressemblances et les différences entre des constructions répondant à une même fonction. Le classement privilégie les caractéristiques formelles plutôt que les critères géographiques ou chronologiques. Les légendes se limitent généralement au lieu et à la date de la prise de vue[9].

Cette méthode rapproche leur travail des classifications scientifiques et naturalistes du XIXe siècle tout en inscrivant leurs photographies dans une réflexion sur la sculpture, l'architecture et la répétition des formes industrielles. Leur premier ouvrage, Anonyme Skulpturen Sculptures anonymes »)[10], publié en 1970, affirme déjà cette lecture des bâtiments industriels comme des objets sculpturaux[11].

Influence

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L'influence de Bernd et Hilla Becher dépasse largement le champ de la photographie documentaire. Leur démarche a contribué à renouveler la place de la photographie dans l'art contemporain en montrant qu'un protocole rigoureux, fondé sur la répétition, la série et l'observation objective, pouvait constituer une véritable pratique artistique.

À partir de 1976, Bernd Becher dirige la première classe de photographie de l'Académie des beaux-arts de Düsseldorf, avec la collaboration étroite de Hilla Becher[12], qui participe notamment à l'encadrement technique et au laboratoire photographique. De cet enseignement naît ce que l'on appellera l'« École de Düsseldorf » ou « École Becher ». Parmi leurs élèves figurent notamment Andreas Gursky, Thomas Ruff, Thomas Struth, Candida Höfer, Axel Hütte, Elger Esser, Laurenz Berges, Jörg Sasse et Simone Nieweg[13].

Bien que chacun développe une pratique personnelle, ces photographes partagent plusieurs principes hérités des Becher : emploi de la chambre photographique, précision descriptive, neutralité apparente du point de vue, travail en série et intérêt pour les transformations du paysage contemporain. Leur rayonnement international contribue à faire de l'École de Düsseldorf l'un des courants les plus influents de la photographie des XXe et XXIe siècles[14].

Œuvres

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Publications

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Principales expositions

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Récompenses et distinctions

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Notes et références

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  1. « La Nouvelle Objectivité Allemande », sur video.arte.fr, (consulté le )
  2. (de) « Fotografin: Hilla Becher ist tot », sur Spiegel-online, (consulté le )
  3. 1 2 3 4 Anaïs Feyeux, « Hilla Becher », dans Luce Lebart et Marie Robert (dir.), Une histoire mondiale des femmes photographes, Éditions Textuel, , p. 306
  4. Claire Guillot, « Mort de Hilla Becher, témoin des vestiges de l’ère industrielle », Le Monde, (lire en ligne)
  5. Claire Guillot, « Bernd Becher », Le Monde, (lire en ligne)
  6. Philippe Guillaume, « À lire entre les grilles : Bernd & Hilla Becher », Magazine Ciel variable, Montréal, QC, Canada, , p. 65-66 (lire en ligne, consulté le )
  7. Le Moniteur, « Des photos et des friches », [[Le Moniteur|Le Moniteur]], no 5840, , p. 13
  8. Paul Smith, « L'invention du patrimoine industriel », sur Cité de l'architecture et du patrimoine, (consulté le ).
  9. (en) Jeff L. Rosenheim (dir.), Bernd & Hilla Becher, New York et New Haven, The Metropolitan Museum of Art et Yale University Press, (ISBN 978-1-58839-755-3)
  10. (de) Bernd Becher et Hilla Becher, Anonyme Skulpturen. Eine Typologie technischer Bauten, Düsseldorf, Art-Press Verlag,
  11. (en) « Bernd and Hilla Becher: Landscape/Typology », sur Museum of Modern Art (consulté le )
  12. (de) « Ehemalige Professor:innen », sur Kunstakademie Düsseldorf (consulté le )
  13. (de) Martin Engler (dir.), Fotografien werden Bilder. Die Becher-Klasse, Munich, Hirmer, (ISBN 978-3-7774-2773-7)
  14. (de) « Fotografien werden Bilder. Die Becher-Klasse », sur Städel Museum (consulté le )

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Claire Lejeune, Typologies anciennes : Bernd & Hilla Becher (catalogue d'exposition, Musée des arts contemporains de la communauté française de Belgique, Hornu), Bruxelles, La Lettre volée, coll. « Memento » (no 4), , 118 p.
  • « La photographie conceptuelle », dans L'Art moderne et contemporain, Larousse, , p. 244.
  • (en) Susanne Lange (trad. Anne Heritage), Industrial Landscapes / Bernd & Hilla Becher, Cambridge (Mass.), Londres, The MIT press, , 11-180 p.
  • Clémentine Mercier, « Becher : comme un miroir sans fin », Libération, (lire en ligne).
  • Jérôme Thélot, « Révélation du monde », dans Critique de la raison photographique, Encre Marine, , p. 93-117.
  • Armin Zweite et Quentin Bajac, Bernd et Hilla Becher (catalogue d'exposition), Paris, Centre Pompidou, , 93 p. (ISBN 2-84426-249-X)

Liens externes

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