Bernd das Brot
Bernd das Brot est un dessin animé allemand créé en 2000 par Thomas Krappweis pour la chaine KiKA[1]. Il met en scène une tranche de pain dépressive dont l'une des phrases favorites est « Mein Leben ist die Hölle » (ma vie est un enfer)[2].
Production
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Le personnage de Bernd a été créé en 2000 par Norman Cöster et Tommy Krappweis de la société de production Bumm Film à Munich, en Bavière[3]. KiKA avait sollicité plusieurs sociétés de divertissement, dont The Jim Henson Company, pour la création d'une nouvelle mascotte[3]. Un soir, Krappweis et Cöster dînaient dans une pizzeria et, en observant une corbeille à pain, griffonnèrent des croquis sur une serviette[3]. Cöster s'exclama : « Le pain, c'est marrant ! » Krappweis prit alors un pain carré auquel il donna le visage de son collègue Norman Cöster, qui partage d'ailleurs de nombreux traits de caractère avec Bernd[3]. C'est à partir de cette idée que Bernd, puis les autres personnages, furent créés[4].
De même, Krappweis lui-même a servi de modèle pour Chili le mouton (Chili das Schaf en Allemand) qui, tout comme Krappweis dans sa jeunesse, agace son entourage par ses pitreries absurdes. Quant à Briegel der Busch, il est inspiré d'un autre producteur de la série, Michael Briegel.
Les personnages de Bernd et Briegel le buisson (Briegel der Busch en Allemand) ont été dessinés par Georg Graf von Westphalen. Bernd est interprété et doublé par le marionnettiste Jörg Teichgraeber[5].
Réception
modifierBien que Bernd ait été créé en 2000 et soit diffusé à la télévision depuis 2001[6], il n'a véritablement connu la célébrité qu'en 2003[6]. Jusqu'alors, KiKA partageait sa fréquence satellite avec la chaîne franco-allemande Arte, mais après 2003, KiKA a obtenu sa propre fréquence. En tant que chaîne pour enfants, KiKA ne diffusait pas de programmes entre 21h00 et 6h00, mais au lieu d'afficher une simple mire, les programmateurs ont décidé de diffuser chaque soir une émission en boucle mettant en scène Bernd[6],[7],[8]. Dans la version 2005 de l'émission, Bernd répétait sans cesse qu'il en avait assez de la télévision et qu'il rentrait chez lui, conseillant aux téléspectateurs d'en faire autant[9]. Cette émission en boucle est toujours diffusée aujourd'hui[3]. Elle a permis aux téléspectateurs adultes nocturnes de découvrir Bernd. Ces téléspectateurs discutaient ensuite du personnage sur des forums Internet, achetaient des produits dérivés et des CD de Bernd-das-Brot malgré l'absence de publicité, et participaient à des concours KiKA sur le thème de Bernd[6]. Le nombre d'adultes regardant Bernd reste inconnu, car KiKA est une chaîne pour enfants dont les programmes se terminent officiellement à 21h00. Par conséquent, aucune mesure d'audience n'est effectuée pour KiKA pendant la nuit, au moment de la diffusion de la boucle nocturne de Bernd. De plus, le public principal de KiKA étant les enfants, les adultes ne sont pas comptabilisés, même dans les mesures d'audience réalisées aux heures de diffusion officielles[6].
Bernd compte des milliers (voire des dizaines ou des centaines de milliers) de fans, enfants et adultes confondus, en Allemagne[10] et jouit d'une grande popularité[6],[11]. Jeremy Wasser, de Spiegel Online, écrivait que « Bernd incarnait le pessimisme fondamental ressenti par nombre d'Allemands, sinon la plupart, à propos de… presque tout. (…) Que les Allemands s'attachent à un personnage comme Bernd et soient prêts à se livrer à cette forme d'introspection et d'autodérision est, à mon sens, à saluer. Que les habitants du pays de Goethe et de Schiller aient choisi comme guide dans cette quête spirituelle un pain déprimé est peut-être simplement un autre élément improbable de l'esprit allemand de l'époque. »[9] David Frogier de Ponlevoy, également de Spiegel Online, commentait que les émissions de Bernd étaient « un mélange réussi de burlesque et d'ironie qui met irrésistiblement les familles de bonne humeur. »[6] La Süddeutsche Zeitung écrivait que l'idée de faire d'un pain déprimé la vedette d'une chaîne pour enfants était d'un humour fou[3].
En 2004, Bernd das Brot a remporté le prix Adolf Grimme, l'équivalent allemand des Emmy Awards[10] pour avoir incarné « le droit à la mauvaise humeur » et pour avoir résisté « au règne de la bonne humeur omniprésente à la télévision »[7],[8]. La Deutsche Welle a commenté que « le jury a très probablement réalisé à quel point l'attitude de Bernd das Brot est subversive, alors que de nombreuses personnes sont aujourd'hui prêtes à tout pour accéder à la gloire et à la fortune à la télévision »[10].
Enlèvement de la statue de Bernd
modifierÀ l'automne 2007[8], KiKA a fait don d'une statue de Bernd à la ville allemande d'Erfurt, en Thuringe, où se trouve son siège, pour célébrer le dixième anniversaire de la chaîne[7]. La statue mesure 2 mètres de haut, pèse 125 kilogrammes et est en plastique[3]. Elle se dresse sur le Fischmarkt (marché aux poissons), la place principale de la ville, à côté de l'hôtel de ville[11], et constitue une attraction touristique[8],[11],[12]. Le 21 janvier 2009, la statue a disparu[11],[13]. On l'a ensuite vu dans une vidéo diffusée sur YouTube, où un groupe d'activistes[8] se faisant appeler « Team 129 A » a revendiqué son enlèvement[11],[12]. Bernd a exprimé sa solidarité avec les militants dans la vidéo, ce qui a incité plusieurs médias à plaisanter sur le fait qu'il avait développé le syndrome de Stockholm[11],[12].
Des militants d'extrême gauche squattaient l'usine abandonnée Topf und Söhne, où étaient fabriqués les fours et les systèmes de ventilation des chambres à gaz du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau[14]. L'occupation visait à empêcher la ville d'Erfurt de réaménager le quartier en appartements et bureaux[12],[15]. Ce collectif avait d'abord revendiqué le vol afin de protester contre leur éviction programmée, avant de se rétracter[1],[12],[15].
La chaîne de télévision publique Mitteldeutscher Rundfunk, propriétaire des droits sur la statue de Bernd das Brot, a rapidement contraint YouTube à retirer la vidéo de sa plateforme[12] en déposant une plainte pour violation de droits d'auteur auprès de ses avocats[7]. Steffen Kottkamp, président de KiKA, a vivement condamné l'enlèvement de Bernd[12]. Krappweis a réclamé le retour de la statue, déclarant que « le kidnapping, quand bien même il s'agit du kidnapping d'une tranche de pain, n'est pas le bon moyen d'atteindre des objectifs politiques »[1].Des fans ont lancé une pétition en ligne pour demander le retour de la statue à Erfurt[7].
La statue de Bernd a finalement été retrouvée intacte par hasard le 1er février 2009 dans la cave d'une caserne désaffectée à Nohra, entre Erfurt et Weimar[8]. Selon Spiegel Online, cinq enfants exploraient les environs à la recherche d'objets d'époque avant la démolition du bâtiment. Ils ont alors découvert la statue de Bernd et ont alerté KiKA et la police. On ignore comment la statue s'est retrouvée là[7]. Après que des experts médico-légaux ont confirmé qu'il s'agissait de la véritable statue, elle a été sortie du sous-sol par sept policiers[7],[8],[13] et finalement ramenée à son emplacement d'origine sur le Fischmarkt, devant l'hôtel de ville d'Erfurt.
Notes et références
modifier- 1 2 3 Johanna Luyssen, « Bernd, tranche de pain neurasthénique et chouchou des Allemands », sur Libération.fr, (consulté le )
- ↑ (en) Jeremy Wasser, « Bernd das Brot: Who Says Germans Aren't Funny? », sur www.spiegel.de, Der Spiegel, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 (de) Titus Arnu, « Schwatzbrot in Not », sur Süddeutsche.de, (consulté le )
- ↑ (de) « 21 Fakten über “Bernd das Brot”, die du wahrscheinlich noch nicht kanntest », sur www.buzzfeed.de, (consulté le )
- ↑ (en) « Meet Bernd das Brot, a depressed loaf of bread that’s spent 25 years on TV », sur The Independent, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 (de) David Frogier de Ponlevoy, « Comedy-Kult: Buhei ums sprechende Brot », Der Spiegel, (ISSN 2195-1349, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 (de) « Ende einer Entführung: Polizei befreit Bernd das Brot », Der Spiegel, (ISSN 2195-1349, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 (de) MITTELDEUTSCHER RUNDFUNK, « "Bernd das Brot" ist wieder da! | MDR.DE » [archive du ], sur www.mdr.de, (consulté le )
- 1 2 (en) « Bernd das Brot: Who Says Germans Aren't Funny? », Der Spiegel, (ISSN 2195-1349, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 (en) « Give Us Our Daily Bernd », sur dw.com (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 (en-US) Ed Meza, « Anarchists kidnap Bernd das Brot », sur Variety, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 (en) « Erfurt squatters kidnap talking TV bread loaf », sur The Local Germany, (consulté le )
- 1 2 (en) « Picture This: Police Rescue Loaf of Bread », Der Spiegel, (ISSN 2195-1349, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « The Site and Its History », sur Topf & Söhne, (consulté le )
- 1 2 (de) Barbara Hans, « In der Hand der Hausbesetzer: Bernd, das indoktrinierte Brot », Der Spiegel, (ISSN 2195-1349, lire en ligne, consulté le )
Liens externes
modifier- Ressources relatives à la musique :