Bibliothèque privée
Une bibliothèque privée est une bibliothèque qui, contrairement aux institutions publiques, est une propriété privée, utilisée par un petit nombre de personnes, voire une seule. Comme dans les bibliothèques publiques, certaines personnes utilisent des ex-libris — tampons, cachets ou vignettes — qui montrent l'appartenance du livre. Certaines personnes vendent leur bibliothèque privée à de grandes institutions telles que la Bibliothèque nationale de France ou la lèguent après leur mort, par un testament.

Histoire
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Les plus anciennes bibliothèques ressemblaient aux archives modernes et appartenaient aux temples et aux administrations. L'accès était réservé à la noblesse, l'aristocratie, les érudits ou les théologiens. La bibliothèque d'Assurbanipal (7e siècle av. J-C) à Ninive, et celle découverte à Ougarit (vers 1200 av. J-C) font partie des plus anciennes bibliothèques connues.
Mésopotamie
modifierLes bibliothèques privées existaient déjà en Mésopotamie, où certaines possédaient des collections de plus de 400 tablettes[1]. Le noyau de ces bibliothèques était principalement des textes transcrits par les propriétaires eux-mêmes, du temps où ils ont acquis leur éducation dans l'art de l'écriture[1]. Aussi insignifiantes qu'elles puissent être, ces bibliothèques ont établi la base de la collection de la bibliothèque d'Assurbanipal[1].
Égypte
modifierEn Égypte ancienne, les bibliothèques privées existent mais ne sont pas courantes. Un des problèmes pour identifier des potentielles bibliothèques privées est qu'il est souvent difficile de distinguer entre une bibliothèque personnelle et une associée à un temple[2]. Dans tous les cas, les bibliothèques privées ont survécu et sont peut-être plus nombreuses que ce que l'on pensait traditionnellement. Plusieurs tombes privées ont exposé de nombreux textes savants[2]. La période du Moyen-Empire (2055-1650 av. J.-C.) offre les meilleurs indices de la présence de bibliothèques privées en Égypte ancienne.
Par exemple, une sépulcre contenait un coffre avec des livres sur les relations bureaucratiques, des hymnes et des incantations. Au total, la cachette contenait une bibliothèque de vingt volumes[2]. Une collection assez grande de la treizième dynastie suggère une bibliothèque appartenant à un docteur ou un nécromancien[2]. Une bibliothèque privée de grande taille est attribuée à un certain Kenherkhepshef. Cette bibliothèque inclut presque cinquante manuscrits sur différents sujets, de correspondances, d'écrits astrologiques ou d'interprétation des rêves[2]. Cette bibliothèque en particulier a traversé plusieurs générations en passant d'un membre de la famille à un autre ce qui lui a donné cette importance[2].
Un manuscrit connu sous le nom du papyrus Westcar, de cette même période, fait allusion à une personne dont la résidence possède une bibliothèque privée[2]. Le texte du manuscrit est une narration fantaisiste; cependant, il prouve que certains citoyens ordinaires étaient lettrés et ont accumulé des documents pour leur propre usage[2]. Une autre tombe, d'un soigneur et d'un prêtre lecteur, contenait plus de vingt ouvrages, dont un désormais célèbre : le Conte du Paysan éloquent[3].
Grèce antique
modifierEn 600 av J.-C., les bibliothèques et collections d'archives étaient courantes en Grèce antique[4]. Bien que les bibliothèques publiques disponibles à tous les citoyens étaient établies dans certaines cités, comme Athènes, la plupart des citoyens ne pouvaient pas lire. Cependant, le nombre de collections privées de livres possédées par des élites ou des citoyens importants grandissait[4]. Les bibliothèques privées n'étaient pas construites seulement par les riches, mais également par des professionnels qui avaient besoin d'informations proches, comme les docteurs ou les savants. Des figures de savants notables tels qu'Euripide, Hérodote, Thucydide, et même Platon avaient leur propre bibliothèque privée avec de grandes collections. Une des figures les plus notables de Grèce antique qui possédait une bibliothèque était Aristote[4]. Établissant sa propre collection à la bibliothèque du Lycée, Aristote autorisait ses étudiants et collègues savants à l'utiliser. Après sa mort, sa collection grandit en incluant les travaux de Théophraste et des recherches d'étudiants. Malheureusement, la collection aurait été dispersée après la mort de Théophraste par Nélée. Alors que la plus grande partie de la collection aurait été amenée à Rome et à Constantinople, d'autres pièces ont été vendues à la bibliothèque d'Alexandrie, pour ensuite être détruites plus tard avec celle-ci.
Rome antique
modifierPour ce qui est de la Rome antique, la tradition romaine est avant tout tournée vers les bibliothèques privées, possessions des familles issues de la noblesse sénatoriale et les membres de l’élite intellectuelle[5.1]. Les premiers exemples de grandes bibliothèques personnelles qui viennent en tête sont notamment celles de Cicéron, de Caton ou encore celle de Varron[6.1].
L'influence grecque
modifierÀ Rome, les premières bibliothèques ont subi une importante influence de la culture grecque. C’est effectivement durant le IIe et le Ier siècle av. J.-C. qu’ont lieu de nombreux transferts de bibliothèques privées grecques vers Rome[6.1]. Ces transferts étaient de différentes natures. Une des plus documentées est, par la suite des victoires militaires dans le monde hellénistique, l’envoi à Rome de butins de guerre contenant les ouvrages de bibliothèques locales[7]. Par exemple, lors de la Troisième guerre de Macédoine, le consul Paul Émile l’emporte sur Persée, le fils de Philippe V, à Pydna en 168 av. J.-C. Le consul s’empare alors, à titre personnel, de la bibliothèque du roi qu’il transfère à Rome[5.1]. Autre exemple se déroulant à l’occasion de la Première Guerre pontique, Lucius Cornelius Sylla conquiert Athènes en 86 av. J.-C. et se saisit de la bibliothèque d’Apellicon. Cette dernière contenait entre autres les anciennes collections d’Aristote et de Théophraste. Sylla léguera ensuite son gain à son fils, Faustus Cornelius Sylla, qui la conservera comme bien privé[5.2]. Ainsi, plusieurs grandes collections privées romaines se sont constituées par la suite de campagnes victorieuses.
L'élite romaine
modifierLes bibliothèques privées jouent également un rôle de distinction sociale pour l’élite romaine. Une norme s’instaure peu à peu selon laquelle toute famille aisée se doit de posséder une bibliothèque plus ou moins fournie[5.1]. Cela entraîne une forme de concurrence où certains nobles se constituent des bibliothèques qui se veulent une manifestation de leur niveau de culture[5.3]. Le développement de bibliothèques chez les familles les plus aisées s’inscrit également dans le style de vie que l’aristocratie romaine préconise, soit celui de l’otium. On privilégie ainsi les loisirs studieux, les agréments de la vie et les intérêts artistiques et culturels. La bibliothèque comme lieu du « délassement savant et de la culture de la vertu et de la sagesse »[5.4] trouve alors sa place dans le mode de vie des nobles romains.
Les bibliothèques personnelles des Romains peuvent également être comprises comme un lieu de discussions et de rencontres. Les propriétaires accordent l’accès à leur bibliothèque à leur cercle d’amis et de proches. Parfois même, certains savants, voyageurs ou amateurs y étaient invités. Par exemple, il est dit que l’homme d'État et général romain Lucius Licinius Lucullus avait l’habitude de leur donner librement accès à ses livres. Il n’hésitait alors pas à élargir par l’occasion son cercle d’amis[5.5]. L’historien du livre, Frédéric Barbier, avance ainsi l’idée selon laquelle ces bibliothèques possédaient un fort aspect communautaire au sein de la haute société romaine[5.6].
Localisation et matérialité
modifierLes aristocrates romains installaient principalement leurs bibliothèques dans leurs villas de campagne ou de banlieue[8.1] présentes dans les grands domaines ruraux. On en retrouve des mentions dans les écrits antiques. Ainsi, Cicéron conserverait des livres dans sa villa d’Antium, de Cumes et de Tusculum[8.2]. La richesse de la bibliothèque de Cicéron peut être saisie grâce à sa correspondance à Atticus [Cicéron, Lettres à Atticus, I, 10, 4 (67 av. J.-C.)][7]. La bibliothèque devient alors une composante nécessaire d’une villa[5.4].
Pour ce qui est de l’installation matérielle de ces bibliothèques privées de l’antiquité classique, il ne subsiste que très peu de sources autres que textuelles. Il ne reste que très peu de vestiges archéologiques. Soit elles ont été détruites, soit elles sont difficilement identifiables, étant donné l’absence de signes distinctifs[5.7]. Toutefois, les vestiges de la Villa des Papyrus, à proximité d’Herculanum, constituent le meilleur exemple de bibliothèque privée ancienne qui nous soit parvenu. Cette villa et sa bibliothèque, ayant possiblement appartenu à Lucius Calpurnius Piso, beau-père de Jules César, ont été figées par l’éruption du Vésuve survenue en 79 apr. J.-C., puis redécouvertes en 1752. La bibliothèque était couplée avec un atelier de production de livres et contenue dans une petite salle de douze pieds de long. Le plancher était orné de mosaïques et le mobilier se composait d’étagères de près de deux mètres de hauteur et d’une table. On y a retrouvé 1 838 rouleaux de papyrus. Ceux-ci, en partie conservés, ont permis d’estimer qu’il s’agissait d’une bibliothèque philosophique grecque[5.8].
Renaissance en Europe
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La Renaissance a fait naître un renouveau dans l'intérêt de conserver les nouvelles idées des grands penseurs du moment. À travers toute l'Europe, des rois créèrent d'impressionnantes bibliothèques, dont certaines sont devenues des bibliothèques nationales. De plus, certaines personnes aisées formaient et développaient leurs propres bibliothèques.
La Bibliothèque nationale de France à Paris a été créée en 1368 en tant que bibliothèque royale du roi Charles V. D’abord sous le nom de Bibliothèque du roi, elle est installée au Louvre. Elle contient quelque 1200 manuscrits majoritairement en français et traitant de domaines variés, comme la religion, les sciences, la littérature, l’histoire et le droit. Son but premier était de donner au roi et à ses conseillers les matériaux nécessaires à les aider à gouverner[6.2]. Son développement s’est poursuivi sur les deux siècles suivants, les rois Louis XI, Charles VIII, Louis XII et François Ier y consacrant tous leurs soins. Ce n’est qu’à partir de 1735 que les collections de la Bibliothèque du roi devinrent accessibles aux savants et aux érudits. Après 1789, elle s’ouvrait à un public plus large deux fois par semaine, les mardis et les vendredis[9].
À Florence, en Italie, Cosme de Médicis avait sa bibliothèque privée qui formait la base de la bibliothèque Laurentienne. La bibliothèque du Vatican a aussi été créée au XVe siècle. Le pape Nicolas V aida à rénover la bibliothèque du Vatican en faisant don de centaines de manuscrits personnel à la collection[4].
La création et le développement des universités a accéléré les dons des bibliothèques privées aux bibliothèques d'universités. Un don remarquable a été celui du duc de Gloucester Humphrey à l'université d'Oxford au début du XVe siècle.
Époque moderne
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Les bibliothèques privées sont devenues de plus en plus courantes avec l'apparition des livres de poche. Certaines organisations bénévoles maintiennent des bibliothèques spécialisées, qui sont souvent rendues disponibles aux chercheurs par rendez-vous. Beaucoup de cabinets d'avocats et d'hôpitaux conservent une bibliothèque de droit ou médicale pour le personnel. Certaines grandes entreprises maintiennent des bibliothèques avec des collections spécialisées dans le domaine de recherche spécifique de l'entreprise. Des établissements scientifiques sont particulièrement aptes à avoir une bibliothèque pour aider les scientifiques et les chercheurs.
Les installations de fabrication sont également susceptibles d'avoir une bibliothèque d'ingénierie pour aider au dépannage et à l'assemblage de pièces compliquées. Ces bibliothèques ne sont généralement pas ouvertes au public.
Bibliothèques privées connues
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- La bibliothèque de la reine Elizabeth II, à Windsor castle
- Le Pavillon Tianyi, la plus vieille bibliothèque privée d'Asie, qui se trouve à Ningbo, dans le Zhejiang, en Chine
- La bibliothèque de Sir Thomas Browne
- La bibliothèque d'Hakim Syed Zillur Rahman, à Aligarh, en Inde
- La bibliothèque de Friedrich Nietzsche
Références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Private library » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 3 Simo Parpola, « Assyrian Library Records », University of Chicago Press, vol. 42, no 1, , p. 1–29 (DOI 10.1086/372983, JSTOR 544744, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Webb, K. (2013). The House of Books: Libraries and Archives in Ancient Egypt. Libri, 63(1), 21-32.
- ↑ « Libraries », Reshafim.org.il (consulté le )
- 1 2 3 4 Stuart A.P. Murray, The Library : An Illustrated History, New York, NY, Skyhorse Publishing, , 320 p. (ISBN 978-1-61608-453-0)
- Frédéric Barbier, Histoire des bibliothèques: D’Alexandrie aux bibliothèques virtuelles, Paris, Armand Colin, coll. « Mnémosya », (ISBN 978-2-200-64307-2, DOI 10.3917/arco.barbi.2026.01, lire en ligne)
- R. Guinard, « Une brève histoire des bibliothèques », dans Charlotte Hénard, Le métier de bibliothécaire, Paris, Éditions du Cercle de libraire, , 13e éd.
- 1 2 Louis Holtz, « Des bibliothèques antiques aux bibliothèques médiévales », dans André Vernet (dir.), Histoire des bibliothèques françaises, Paris, Éditions du Cercle de la Librairie, (lire en ligne), 11-27, p. 13
- (en) Katarzyna Pietruczuk, Chasing the Idea of Completeness: Great Book Collections in the Roman World, Berlin, Boston, De Gruyter, (lire en ligne)
- ↑ Graham Keith Barnett (trad. Thierry Lefèvre et Yves Sardat), Histoire des bibliothèques publiques en France de la Révolution à 1939, Paris, Éditions du Cercle de la Librairie, (ISBN 978-2-903181-56-7, DOI 10.3917/elec.barn.1987.01, lire en ligne), p.14
Bibliographie
modifier- Frédéric Barbier, Histoire des bibliothèques: D'Alexandrie aux bibliothèques virtuelles, Paris, Armand Colin, coll. «Mnémosya», 2026. (ISBN 978-2-200-64307-2)
- Geddes-Brown, Leslie. Books Do Furnish a Room. London: Merrell, 2009. (ISBN 1-85894491-0)
- Graham Keith Barnett (trad. Thierry Lefèvre et Yves Sardat), Histoire des bibliothèques publiques en France de la Révolution à 1939, Paris, Éditions du Cercle de la Librairie, 1987. (ISBN 978-2-903181-56-7)
- Hayes, Kevin J. and Wolf, Edwin. The Library of Benjamin Franklin. Philadelphia : American Philosophical Society/Library Co. of Philadelphia, 2006. (ISBN 0871692570)
- Houston, George W. Inside Roman Libraries: Book Collections and their Management in Antiquity. Chapel Hill : The University of North Carolina Press, 2014, (ISBN 1469617803)
- (en) Katarzyna Pietruczuk, Chasing the Idea of Completeness: Great Book Collections in the Roman World, Berlin, Boston, De Gruyter, 2025.
- Louis Holtz, « Des bibliothèques antiques aux bibliothèques médiévales », dans André Vernet (dir.), Histoire des bibliothèques françaises, Paris, Éditions du Cercle de la Librairie, 2008, 11-27.
- R. Guinard, « Une brève histoire des bibliothèques », dans Charlotte Hénard, Le métier de bibliothécaire, Paris, Éditions du Cercle de libraire, 2019, 13e éd.