Billet de banque en polymère
Un billet de banque en polymère est un billet de banque dont le support est une pellicule plastique (généralement à base de polypropylène) plutôt qu’un papier à fibres de coton[1]. Ce support permet notamment l’intégration de zones transparentes (« fenêtres ») et d’éléments optiques visibles recto-verso, souvent utilisés comme caractéristiques de sécurité[2],[3].



Définition
modifierLes billets en polymère reposent sur un film plastique souple et transparent, rendu partiellement opaque par des couches d’impression, tout en conservant des zones non imprimées (fenêtres) pouvant accueillir des éléments de sécurité spécifiques[1],[3]. Les banques centrales qui les utilisent soulignent en général des objectifs de sécurité (caractéristiques difficiles à imiter), de durabilité (meilleure résistance à l’usure en circulation) et de qualité (billets moins sujets aux salissures)[1],[3].
Historique
modifierDéveloppement et première mise en circulation
modifierLe développement des billets en polymère est généralement associé à l’Australie. Selon des sources institutionnelles australiennes, une coupure commémorative de 10 dollars a été émise en 1988 sur support polymère, et l’Australie a ensuite planifié une conversion plus large au polymère au début des années 1990[4]. Des travaux de recherche avaient été engagés auparavant pour répondre à des enjeux de contrefaçon et de performance en circulation[5].
Diffusion internationale
modifierAu Royaume-Uni, la Bank of England a conduit un programme de recherche et de consultation avant d’adopter le polymère pour plusieurs coupures, en mettant en avant une meilleure résistance à la contrefaçon, une plus grande durabilité et une meilleure qualité des billets en circulation[1],[2]. Au Canada, la Banque du Canada a lancé à partir de 2011 une nouvelle série de billets sur polymère, en présentant les nouveaux billets comme plus sûrs, plus durables et destinés à réduire les coûts de remplacement sur le long terme[6],[3].
Matériaux et fabrication
modifierLes billets en polymère sont généralement décrits comme étant composés d’un film plastique (souvent du polypropylène) conçu pour recevoir des encres et des dispositifs de sécurité fiduciaires[1]. La présence d’une ou plusieurs zones transparentes permet d’y intégrer des images métalliques/holographiques et d’autres effets optiques visibles au recto et au verso[2],[3].
Caractéristiques de sécurité
modifierLes caractéristiques de sécurité associées aux billets en polymère varient selon les pays et les séries. Parmi les éléments fréquemment mis en avant par les banques centrales figurent :
- une large fenêtre transparente (« see-through window ») facilitant la vérification visuelle[2] ;
- des éléments métalliques ou holographiques visibles des deux côtés[2],[3] ;
- des détails d’impression et des effets optiques (changement d’aspect selon l’inclinaison), selon les séries[2],[3] ;
- des éléments tactiles (impression en relief, points en relief selon coupures) destinés à aider l’authentification et, parfois, l’accessibilité[2].
Durabilité et cycle de vie
modifierLes banques centrales qui ont adopté le polymère indiquent généralement que ces billets sont plus durables que leurs équivalents en papier coton. La Bank of England indique ainsi que les billets en polymère peuvent durer au moins deux fois et demie plus longtemps que les billets en papier coton, ce qui réduit la fréquence des remplacements[1],[2]. La Banque du Canada mentionne aussi une durée de vie estimée au moins 2,5 fois supérieure à celle des billets papier, et indique que des retours d’expérience peuvent conduire à des durées de vie plus élevées selon les coupures[7],[3].
Plusieurs émetteurs mentionnent par ailleurs la possibilité de recycler les billets polymères en fin de vie via une filière plastique (granulés puis objets)[2],[7].
Enjeux environnementaux
modifierCertaines banques centrales publient des évaluations de cycle de vie comparant billets papier et billets polymères. La Banque du Canada indique que, dans son contexte de distribution, l’analyse de cycle de vie conclut à une incidence environnementale inférieure pour les billets en polymère, notamment en raison de leur plus grande durabilité et de la réduction des besoins de remplacement et de transport[7]. À titre de comparaison, l’Eurosystème publie également des évaluations de l’empreinte environnementale des billets en circulation (matières premières, fabrication, distribution, fin de vie) et décrit des mesures de réduction de l’impact, notamment sur les intrants et la gestion des déchets[8].
Adoption
modifierLa diffusion des billets en polymère s’est accélérée au XXIe siècle. Une revue scientifique publiée en 2023 estime que plus de 45 pays utilisent des billets en polymère au moment de sa publication, et anticipe une poursuite des transitions dans les années suivantes[9].
Limites et controverses
modifierLes billets en polymère ne sont pas insensibles aux conditions extrêmes. La Bank of England indique qu’ils commencent à rétrécir et à fondre au-delà d’environ 120 °C, ce qui peut les endommager au contact d’une source de chaleur élevée (par exemple un fer à repasser)[2].
Sur le plan de la manipulation, la Bank of England note que des billets polymères neufs peuvent sembler plus glissants et que des billets neufs peuvent parfois adhérer entre eux, phénomène décrit comme transitoire en circulation[2]. La Reserve Bank of New Zealand recommande également d’éviter l’agrafe ou l’épingle (perforations pouvant favoriser une déchirure), ainsi que l’exposition à une forte chaleur, et souligne qu’une déchirure peut se propager plus facilement une fois amorcée[10].
La Banque du Canada, dans un guide destiné aux professionnels manipulant des espèces, recommande notamment d’éviter d’agrafer, de froisser et d’abîmer les billets (les petites entailles pouvant s’agrandir), et de séparer les billets polymères et papier lors des dépôts afin de faciliter le traitement en période de transition[11].
Une controverse a aussi concerné, au Royaume-Uni, la présence de traces d’un additif d’origine animale (suif) utilisé en amont lors de la production des granulés servant à fabriquer le support polymère, information documentée par la Bank of England dans sa documentation dédiée et ayant donné lieu à une consultation et à des échanges avec des parties prenantes[2].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 (en) Ronan McClintock; Roy Whymark, « Bank of England notes: the switch to polymer » [PDF], sur Bank of England Quarterly Bulletin, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 (en) « Polymer banknotes Q&A library » [PDF], sur Bank of England (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 « Les nouveaux billets canadiens en polymère – Fiches de renseignements » [PDF], sur Banque du Canada, (consulté le )
- ↑ (en) « The Reinvention of Banknotes (Pocket Guide) », sur Reserve Bank of Australia – Museum (consulté le )
- ↑ (en) Colin Ward, « Polymer banknotes », sur CSIROpedia, (consulté le )
- ↑ (en) « Bank of Canada Announces Further Details on New Series of Polymer Bank Notes », sur Canada.ca, (consulté le )
- 1 2 3 « La durée de vie d’un billet de banque », sur Banque du Canada (consulté le )
- ↑ (en) « The environmental footprint of euro banknotes », sur European Central Bank (consulté le )
- ↑ (en) Amirmohammad Rafiei, Amirhossein Karimi et Mahdi Bodaghi, « Polymer Banknotes: A Review of Materials, Design, and Printing », Sustainability, vol. 15, no 4, , p. 3736 (DOI 10.3390/su15043736, lire en ligne)
- ↑ (en) « Tips for handling polymer banknotes » [PDF], sur Reserve Bank of New Zealand, (consulté le )
- ↑ (en) « Canada’s new polymer notes – employee handbook » [PDF], sur Bank of Canada, (consulté le )