Biodiversité de Bornéo

L'île de Bornéo se situe sur le plateau continental de Sunda, qui est une région d'Asie du Sud-Est d'une importance exceptionnelle du point de vue de la biodiversité, de la biogéographie et de la phylogéographie de la faune et de la flore, qui a éveillé l'intérêt de nombreux biologistes. Bornéo est traversée dans la plus grande longueur par l’équateur.

La biodiversité de Bornéo est remarquablement riche en raison du climat équatorial de l'île, chaud et humide. La pluviométrie à Bornéo est très importante, en moyenne de 2 000 millimètres par an sur les côtes à 4 000 millimètres dans l’intérieur. En moyenne la température est de 30° à 33° le jour, elle baisse en altitude à 20° la nuit, et à 14° en montagne au-dessus de 1 000 mètres d’altitude. Ce sont des facteurs favorables à la croissance de la végétation.

On estime que la forêt tropicale de Bornéo abrite plus de 15 000 espèces de plantes, dont plus de 60 % sont endémiques et dont certaines ont une valeur médicinale[réf. souhaitée].

Forêt tropicale

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Il existe différentes catégories de la forêt tropicale humide à Bornéo, dont les principales sont les suivantes (de la côte vers les zones montagneuses) :

  • forêt de mangroves ;
  • forêts du littoral ;
  • forêts des marais ;
  • forêts de plaines ;
  • forêts du long des rivières ;
  • forêts de tourbières ;
  • forêts des massifs karstiques ;
  • forêts de piémonts ;
  • forêts de montagnes ;
  • forêts d’altitude.

Espèces d'arbres

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Les botanistes ont recensé plus de 3 000 espèces d'arbres.

Les forêts denses de plaine sont les plus riches à Bornéo. Il faut citer l’arbre « roi de la forêt », le Koompassia (K. malaccensis, K. excelsa), qui atteint jusqu’à 70 mètres de haut (genre des Légumineuses). Le fameux « bois de fer » de Bornéo, belian ou ulin d’après ses noms malais, Eusideroxylon zwageri T. de B., est imputrescible et résistant au climat équatorial. Il donne notamment du bois pour la charpente et l’ossature des maisons et greniers dayak et malais. C’est aussi le domaine particulier de la famille des diptérocarpacées, dont le berceau se trouve à Bornéo. On estime à plus de 400 le nombre d’espèces de diptérocarpacées. Le genre Shorea, également un peuplement de la forêt de plaine, est l’un des plus exploités dans la construction et le mobilier, l’artisanat en général.

Les variétés de bois les plus recherchées sont actuellement les suivantes (il s’agit de bois plus connus par leurs noms malais-indonésiens) :

Nom malais-indonésien Nom scientifique Caractéristique
Menggeris/Manggris Koompassia spp. très dur
Ulin/Belian Eusideroxylon zwageri très dur
Durian Durio zibethinus dur
Meranti (blancs, jaunes, rouges) Shorea spp. mi-dur
Kapur Dryobalanops spp. mi-dur
Keruing Dipterocarpus hasseltii mi-dur
Bengkirai/Bangkirai Hopea mengarawan mi-dur
Gerunggang Cratoxylum arborescens léger
Jelutung Dyera costulata très léger
Lempung Shorea parvifolia léger
Nyatuh Palaquium rostratum léger
Pelai/pulai Alstonia spp. très léger
Jeune mâle nasique.

La faune est constituée de :

  • mammifères : 222 espèces dont 44 endémiques de Bornéo.

Il y a le fameux « homme de la forêt » l’orang-outan et d’autres primates comme le nasique – Nasalis larvatus ou beketan appelé aussi monyet belanda à cause de sa couleur rougeâtre et de la forme de son nez – et aussi des gibbons et des macaques sans oublier le tarsier occidental (Tarsius bancanus).

Parmi les mammifères de taille imposante se trouvent le rhinocéros à deux cornes (Dicerorhinus sumatrensis), aujourd’hui en voie d’extinction et l'éléphant pygmée de Bornéo qui forme une espèce endémique (Elephas maximus borneensis vit seulement au Sabah). Mentionons aussi l'éléphant d'Asie, le banteng, l'ours malais, la panthère nébuleuse de Bornéo, le chat marbré et le chat doré de Bornéo, le chat-ours binturong, la civette des palmiers (paradoxurus hermaphroditus) , la loutre de Sumatra, le pangolin...

  • oiseaux : 420 espèces dont 74 endémiques de Bornéo.

Il y a de gros oiseaux comme l'argus géant et le faisan noble, le serpentaire bacha, la cigogne de Storm, le calao à casque rond, le calao rhinocéros et le calao largup... ; et de plus petits oiseaux comme la brève à tête bleue et la brève à ailes bleues, l'eurylaime de Horsfield, le loriot à gorge noire, le pic porphyroïde, le tchitrec azuré et le tchitrec de paradis...

  • reptiles : 254 espèces dont 91 endémiques de Bornéo.

Il y a l'agame versicolore Calotes versicolor, le gecko-chat Aeluroscalabotes felinus et le gekko smithii ainsi que le crocodile marin, des tortues de terre et de rivière, des varans, des serpents pythons et cobras...

  • amphibiens : 149 espèces dont 114 endémiques de Bornéo.

Il y a par exemple la grenouille à tête plate de Bornéo barbourula kalimantanensis et la toute petite grenouille microhyla borneensis....

  • poissons : 430 espèces dont 160 endémiques de Bornéo.

Ce sont le poisson-chat marcheur clarias batrachus, le scleropage d'Asie scleropages formosus...

  • et invertébrés : des milliers d'espèces d'insectes, d'arthropodes...

Citons des papillons comme le papilio karna carnatus, le papillon feuille kallima inachus, le très grand papillon attacus atlas, le papillon lune indien actias selene ; des scarabées en particulier le scarabée violon mormolyce et le scarabée tortue casside ; la cigale de 6 heures megapomponia merula et la cigale dundubia vaginata ; la limace ibycus rachelae ; la mante orchidée hymenopus coronatus : l'araignée leucauge sarawakensis ; la fourmi camponotus saundersi[1]...

Il faut de plus mentionner les dauphins d’eau douce des lacs du fleuve Mahakam (Orcaella brevirostris ou ikan pesut) à Kalimantan Est et les dugong dans les zones côtières.

Menaces sur la biodiversité

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Les principales menaces qui pèsent sur la biodiversité de l'île sont[2] :

  • le braconnage et le commerce illégal d'espèces sauvages ;
  • l'exploitation de bois tropicaux donnant lieu à une déforestation ;
  • l'exploitation minière (notamment le charbon), visant à satisfaire la demande en pleine croissance tant au niveau national qu'international, également responsable de la déforestation ;
  • l'agriculture, notamment la production d'huile de palme tant dans la partie indonésienne que dans la partie malaise, qui engendre aussi de la déforestation.

Selon une étude de 2016 parue dans Scientific reports, 18,7 millions d’hectares de forêts primaires ont disparu sur l’île de Bornéo sur les 55 millions d’hectares recensés en 1973. Mais les mécanismes en œuvre sont complexes. Les chercheurs ont ainsi déterminé que l’huile de palme est la troisième cause de déforestation derrière l’exploitation du bois et la culture d’arbres à croissance rapide pour l’industrie papetière[3],[4].

Conséquences de la perte de biodiversité

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Les estimations du WWF indiquent que si l’île de Bornéo maintient le rythme actuel de déforestation, elle sera sévèrement touchée par le changement climatique, avec des risques d’inondations et d'incendies de forêt amplifiés, des répercussions sur la santé humaine, des bouleversements des rendements agricoles et des dommages causés aux infrastructures. Enfin, les espèces marines, les reptiles et amphibiens seront gravement affectés et potentiellement décimés par tout réchauffement au-dessus des deux degrés[2].

La déforestation affecte gravement les peuples autochtones (Dayak, Punan, etc.) qui vivent de la forêt.

En particulier, la culture des Dayaks, un peuple riche d'environ 4 millions d'âmes qui vit dans et de la forêt de Bornéo, est durement menacée par la déforestation qui ravage leurs terres ancestrales, l’un des écosystèmes les plus riches en biodiversité de la terre. Benyamin Efraim, directeur de l’Institut Dayakologi, alerte : « Les traditions, les rituels, la médecine, bref l’identité des Dayaks est étroitement liée au cycle agricole et à leur gestion des ressources naturelles. L’extinction de leurs pratiques agricoles et forestières entrainera irrémédiablement l’extinction de leur culture »[5].

Sources

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  • Antoni Guerreiro, « Conservation de la biodiversité et gestion des ressources. Le dilemme du développement à Kalimantan », Revue Le Banian, 15 : 70-87, 2012
  1. Lan Cook, Renée Chaspoul et Manuela Guastella (trad. Nathalie Chaput, ill. Stacey Thomas), 24 heures dans la jungle, Usborne, , 64 p. (ISBN 978-1-80131-801-3), p. 13, 20-21, 31, 35-36, 40-41, 42, 46, 50, 58, 59, 60
  2. 1 2 Bornéo : une forêt tropicale entre les océans Indien et Pacifique
  3. Loïc Chauveau, « La déforestation par les palmiers à huile est bien difficile à arrêter ! », Sciences et avenir, 20 septembre 2018, lire en ligne, consulté le 28 janvier 2022
  4. David L.A.Gaveau1, Douglas Sheil2, Husnayaen1, MohammadA. Salim1, SanjiwanaArjasakusuma1, MarcAncrenaz, Pablo Pacheco1 & Erik Meijaard, « Rapid conversions and avoided deforestation: examining four decades of industrial plantation expansion in Borneo », Scientific reports, 8 septembre 2016, llire en ligne, consulté le 28 janvier 2022
  5. « À Borméo, les Dayaks font face à la crise écologique », Bénédicte Fiquet, 2015-2021, lire en ligne

Voir aussi

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