Bisexualité au Brésil

Histoire de la communauté bisexuelle au Brésil, pays d'Amérique latine

La bisexualité au Brésil est l'orientation sexuelle d'au moins un million de personnes en 2019 (sur plus de 150 millions d'adultes que compte le pays)[1]. Pour autant, les personnes bisexuelles brésiliennes sont exposée à la biphobie, l'invisibilité, l'isolement et le manque de communauté. Le mouvement bisexuel brésilien se structure à partir des années 2000.

Pancarte "fierté d'être bisexuel" à la marche des fiertés de São Paulo de 2024.
Pancarte "fierté d'être bisexuelle" à la marche des fiertés de São Paulo de 2024.

Statistiques

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La première enquête sur l'orientation sexuelle de la population brésilienne est réalisée en 2019 par l'IBGE ; les bisexuels représentent 1,1 millions de personnes, soit 0,7% de la population adulte du pays[2]. Une autre étude menée en 2018, basée sur l'attraction des répondants, estime que les bisexuels forment 2,12% de la population[3].

Il existe plusieurs façons de recenser l'orientation sexuelle : autodéclaration, attirances, comportements sexuels... De fait, les personnes bisexuelles se retrouvent souvent occultées par les statistiques, dans une approche souvent réductrice qui ne tient pas compte de la diversité et fluidité des désirs, attirances et expressions bi[4.1]. Par exemple, des personnes bisexuelles peuvent déclarer n'avoir des partenaires que d'un seul genre, ou pas de partenaires sexuels[4.2]. D'autres études agrègent les bisexuels avec les gays et lesbiennes, sans tenir compte de leur spécificité[4.2].

Invisibilisation et biphobie

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La bisexualité au Brésil est peu visible : souvent, elle est réduite à un élément d'une liste plus générique comme le sigle LGBT, quant elle n'est pas totalement occultée[4.3]. Dans les travaux universitaires, la première étude consacrée aux bisexuels date de 1999 ; depuis les années 2010, une théorie bisexuelle brésilienne se développe[5.1]. D'autres travaux ultérieurs soulignent que les bisexuelles, victimes du monosexisme, doivent jongler entre les stéréotypes sur leur supposée hypersexualité et leur invisibilisation, reléguant leur orientation dans la sphère privée et les forçant à performer la monogamie pour éviter les clichés biphobes[4.4]. Une chercheuse étudie la bisexualité sous l'angle du matérialisme dialectique, soulignant qu’elle entre directement en contradiction avec la binarité de genre et la binarité sexuelle homo-hétéro[4.4].

Néanmoins, les travaux universitaires centrés sur la bisexualité sont, en 2024, encore peu nombreux[4.2] et mal connus parmi les études de genre ou études queer[5.2].

Les femmes bisexuelles en milieu rural sont souvent isolées, dans un milieu généralement conservateur et avec peu de personnes LGBT+. De même, les jeunes bi sont fortement à risque de mourir par suicide. De manière générale, il existe peu de lieux de socialisation ou médias dédiés aux personnes bisexuelles et ces dernières sont souvent rejetées par leur famille[4.5]. La santé mentale des personnes bisexuelles (notamment impactée par les discriminations) est un sujet important pour les militants et les études bisexuelles en psychologie[5.3].

Communauté et militantisme bi

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Les personnes bisexuelles militent au Brésil depuis les années 1970 pour la reconnaissance des droits des gays et lesbiennes. Cependant, les bisexuels ne sont pas considérés comme des membres de la communauté LGBT. En 2003, les bisexuels sont exclus d'une rencontre nationale entre gays, lesbiennes et travestis. En réponse, les militants bisexuels s'organisent et créent les premières organisations en 2004[6]. On compte par exemple le Coletivo Brasileiro de Bissexuais actif de 2005 à 2007[6] ou le Núcleo Bis à Brasília, membre de l'ONG homosexuelle Estruturação[5.3].

Dans les années 2000, les questions de genre et de sexualité deviennent de plus en plus présents dans le débat public brésilien, les mouvements LGBT et féministes se structurent. En réponse, une forte opposition de groupes conservateurs se développe, portant une rhétorique « anti-genre ». C'est dans ce contexte que se développe l'activisme bisexuel[5.1].

Marche des fiertés à l'Université de Brasília en juin 2018, pancarte visiBIlidade importa (la visiBIlité compte, jeu de mots entre visibilité et bisexualité).

En 2021 a lieu le premier séminaire national d'études bisexuelles, revenant sur plus de 30 ans de recherche sur la bisexualité au Brésil. L'évènement est organisé par des étudiants en psychologie, réunis au sein du Grupo Amazônida de Estudos sobre Bissexualidade. L'organisation s'étend ensuite à tout le pays et devient la Rede Brasileira de Estudos sobre Bissexualidade e Monodissidência ou Rebim (réseau brésilien d'études sur la bisexualité et la monodissidence)[4.5].

En 2020 est créé la Frente Bissexual Brasileira (Front bisexuel brésilien). En 2023, il organise la première rencontre nationale du mouvement bisexuel brésilien, revenant sur 20 ans de militantisme bisexuel au Brésil[6]. Une loi, défendue par Daiana Santos, vise à établir officiellement la journée de la fierté bisexuelle au Brésil ; des lois similaires ont été adoptées dans certaines villes comme Porto Alegre[7].

En 2025, le chercheur Inácio Saldanha créé le musée bissexuel brésilien pour rassembler des archives sur l'histoire de la bisexualité au Brésil. Le musée est présent en ligne et vise à préserver la mémoire de la communauté bi brésilienne[8].

Personnalités bisexuelles brésiliennes

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La députée, sociologue et militante Marielle Franco, assassinée le 14 mars 2018, est une femme bisexuelle, engagée pour les droits humains et LGBT+ et contre le racisme[9]. Son assassinat provoque une vague d'indignation dans tout le pays[10].

En 2022, l'ancien footballer international Richarlyson annonce publiquement sa bisexualité[11].

Dans le milieu de la musique, plusieurs artistes ont fait leur coming-out bisexuel, comme Caetano Veloso[12], Gilberto Gil[13], Anitta[14] ou Luísa Sonza[15].

Références

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  1. ↑ (pt-BR) Ana Carolina Vasconcelos et Lucas Salum, « ‘Brasil tem cada vez mais bissexuais’, diz pesquisador e fundador do Museu Bissexual Brasileiro », sur Brasil de Fato, (consulté le )
  2. ↑ (pt-BR) « Brasil tem 2,9 milhões de adultos que se declaram homossexuais ou bissexuais em 2019 », sur Brasil de Fato, (consulté le )
  3. ↑ (en) Giancarlo Spizzirri, Raí Álvares Eufrásio, Carmita Helena Najjar Abdo et Maria Cristina Pereira Lima, « Proportion of ALGBT adult Brazilians, sociodemographic characteristics, and self-reported violence », Scientific Reports, vol. 12, no 1,‎ , p. 11176 (ISSN 2045-2322, PMID 35778514, PMCID 9249838, DOI 10.1038/s41598-022-15103-y, lire en ligne, consulté le )
  4. (pt-BR) Marina Feijó, Luísa Chaves de Faria Brasil, Thaís de Castro Jury Arnoud et Ângelo Brandelli Costa, « Pesquisa em bissexualidade: panorama brasileiro e desafios metodológicos », dans Psicologia e populações vulnerabilizadas, EDUFBA, , 117–138 p. (ISBN 978-65-5630-663-6, DOI 10.7476/9786556308937.0007, lire en ligne)
    1. ↑ p. 125
    2. 1 2 3 p. 129
    3. ↑ p.122
    4. 1 2 p. 123
    5. 1 2 p. 124
  5. (pt-BR) Helena Monaco, Inácio Saldanha et Danieli Klidzio, « Bissexualidade em foco: diferentes cenários, política e produção de conhecimento », Tematicas, vol. 32, no 64,‎ , p. 6–16 (ISSN 2595-315X, DOI 10.20396/tematicas.v32i64.20059, lire en ligne, consulté le )
    1. 1 2 p. 7
    2. ↑ p. 6
    3. 1 2 p. 8
  6. 1 2 3 (pt-BR) Inácio Saldanha, « Por uma história visível: 20 anos de Movimento Bissexual no Brasil », sur Agência Diadorim, (consulté le )
  7. ↑ (pt-BR) « Sancionada lei que inclui o Dia da Visibilidade Bissexual no calendário da cidade | Prefeitura de Porto Alegre », sur prefeitura.poa.br, (consulté le )
  8. ↑ (pt-BR) « Conceito aberto, memória viva: no mês da visibilidade bi, conheça o Museu Bissexual Brasileiro », sur Arquivo Lésbico Brasileiro, (consulté le )
  9. ↑ « Brésil : vague d'indignation après le meurtre de Marielle Franco, militante ouvertement bisexuelle », sur KOMITID, (consulté le )
  10. ↑ « Marielle Franco, l'exécution qui révolte le Brésil », Politis.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  11. ↑ « Football: Richarlyson, un ancien international brésilien, annonce sa bisexualité », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  12. ↑ (en) Stefan Franzen, « Caetano Veloso: Brazil’s voice of the century - Elbphilharmonie Mediatheque », sur www.elbphilharmonie.de, (consulté le )
  13. ↑ (pt-BR) 'Correio Braziliense', « Gilberto Gil revela que já se relacionou com homens: 'Somos todos bissexuais' », sur Diversão e Arte, (consulté le )
  14. ↑ (en-US) Gabriella Ferlita, « Anitta addresses those 'fake bisexual' jibes after coming out in her docuseries », sur PinkNews, (consulté le )
  15. ↑ (pt-BR) Raquel Martins Ribeiro, « Luísa Sonza assume bissexualidade após beijar Carol Biazim em clipe », sur Metrópoles, (consulté le )

Voir aussi

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