Blanche ou l'oubli
Blanche ou l'Oubli a été écrit par une plume maladroite et estompée de Louis Aragon, dont cette œuvre fut publiée en 1967 soit vers sa fin de vie.
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Légèrement axé sur le registre autobiographique, Louis Aragon a désigné son narrateur masculin par le prénom et nom de Geoffroy Gaiffier. Celui-si se dépeint comme étant âgé, en tous cas beaucoup plus que son deuxième personnage de papier sous le prénom composé de Marie-Noire.
La litote de la vieillesse est décuplé sous l'effet syntaxique de la comparaison à cette jeune femme.
Par ailleurs, l'antinomie de leur mode de vie : lui restreint, calculé et elle insouciante et spontanée accélère la prise de conscience de la portée de l'âge sur la personne via son protagoniste masculin, âgé comme son auteur au moment du récit.
L'auteur a créé une trame syntaxique élaborée sur la quête de mémoire via l'écriture de Geoffroy Gaiffie : il écrit comme lui : son auteur même Louis Aragon via la magnifique mise en abyme de l'écriture dans le texte pour valoriser l'effet réaliste, comme le théâtre de Brecht, on peut montrer les trames du décors lors de la mise en scène, le spectateur en ressort toujours plus percuté par l'effet apparent
; la trame nous pousse à suivre sa passion stylistique dactylographique via l'obsession d'une jeune femme fougueuse
dont le prénom même évoque l'écriture et l'encre " Noire " avec son alliance comme une sacralisation du mariage " Marie " avec elle qui lui inspire l'énergie du moins un sens au quotidien dans sa quête de mémoire de l'objet de son désir perdu, la femme Blanche, qui évoque également ses réticences dans son entreprise syntaxique, sa mauvaise condition de vieillard face à la tentation asthénique ou paralysie de page : " Blanche ", comme le trou de mémoire également ou le blanc, ce silence parfois lourd de sens.
cherche à comprendre les raisons de sa rupture avec sa femme Blanche trente ans plus tôt. Le roman se présente comme une réminiscence de trente années, où s'enchevêtrent les plans temporels : passé, présent, mémoire, oubli, ainsi que le blanc et le noir, de même que les points de vue narratifs ou instances d'énonciation, l'autobiographie allégorique et l'histoire.
Blanche incarne la femme aimée par le passé à travers l'allégorie - de la page blanche et de l'oubli - d'un auteur en proie à sa solitude, qui se confronte à son écriture afin de retrouver, dans l'encre noire et grâce à la représentation du personnage dénommée Marie-Noire, l'essence du présent d'une mémoire qu'il semble s'obstiner à ne pas vouloir oublier.
Analyse
modifierRéférences
modifierLe livre combine des références les événements qui ont mené en Indonésie à près d'un million de morts de et aux autres événements de 1952 comme la manifestation contre le général Ridgway, faisant un rapprochement entre les deux[1]. En , Aragon avait visité Maurice Thorez en URSS puis vanté sa pensée, au retour, dans L'Humanité, pour expliquer qu'il s'opposait à l'ouvriérisme[1]. Selon les mémoires de Pierre Juquin publiées en 2014, aux Editions de l'Archipel, ce sont Auguste Lecoeur et Jacques Duclos qui avaient "lancé la manifestation contre le général Ridgway"[1] et Aragon avait annoncé en le retour de Thorez en écrivant un poème que L'Humanité n'a pas publié[1].
Références à la conférence de Bandung
modifierEn toile de fond sont exposés les événements qui ont mené en Indonésie à l'accession au pouvoir du Président Soekarno après l'indépendance du pays et à la conférence de Bandung.
"Au cours de la seconde moitié du chapitre « Tout l’orge de l’avenir », des interrogations douloureuses vont crescendo"[2]. Le narrateur égaré « au cœur de comme d’une île déserte, après un naufrage », doute de pouvoir « reconstituer le navire perdu ». La phrase se brise qui tente de revenir à Sukarno en 1952, à la recherche du "maillon manquant dans le déroulement des faits qui a conduit à cette horreur"[2].
Références à Luna-Park
modifierDans ce roman, Louis Aragon fait de nombreuses références à Luna-Park, roman de sa compagne Elsa Triolet paru en 1959, dont il reprend le personnage de Blanche Hauteville.
Manifestation contre le général Ridgway
modifierSelon l'historien Michel Pigenet, c'est Blanche ou l'oubli qui acheva de le convaincre de l'intérêt qu'il y avait à se pencher sur la manifestation contre le général Ridgway du [3]. Le soir même, le ministre de l'intérieur avait effectué une déclaration sur des « commandos armés » du PCF qui ont tenté un complot contre les institutions républicaines"[3], soutenu par le ministre de l'Information Raymond Marcellin, dénonçant des « coups de main »" dont les auteurs seraient « des nord-africains, des étrangers et des jeunes gens »[3]. Michel Pigenet a en effet étonné de trouver dans les archives une très forte différence dans l'attitude des habitants parisiens des rues où se produisaient les événements, qui ont très peu soutenu les manifestants pourchassés, alors qu'ils avaient eu une attitude inverse en [3].
« Nous étions déjà les gens d'un autre temps, il faut le croire », écrit Louis Aragon au sujet des événements de , par la voix du narrateur de Blanche ou l'Oubli, qui, évoquant la journée du de 1952, rencontre des ouvriers en cortège « sur le quai, près de chez Renault »[4]. Dans ce texte, la manifestation contre le général Ridgway, un des événements de 1952, "se dissout sous l’effet corrosif" du "doute principiel": le personnage Gaiffier, dans les pages 419-420, se moque de sa crédulité de manifestant et de celle du “peuple” abusé, lorsqu'il y repense : “Où commence, où finit la première personne du plu¬ riel ? Eux, ils s’étaient mis à l’abri. Des communistes. Cela me faisait mal, et pourtant moi, de quel nous étais-je bien ? [...] J’avais mal, Blanche, j’avais mal, de sentir en moi, comme un froid, une sorte de doute en moi, j’avais mal à notre âme, tu comprends ?"[5]. Résultat, ces événements blasons de la foi et de la vie communistes voient leur sens se déliter", selon Julia Kristeva.
Être « devenus des étrangers, pour les gens », en si peu de temps, « sept ans après la Libération, si complètement séparés d’eux, des autres », rend patente la dissolution du nous et pourrait ébranler au plus profond les convictions, la certitude d’avoir raison envers et contre tout, a estimé en 2014 Reynold Lahanque[2]. Pour Aragon, la manifestation contre le général Ridgway devient ainsi "l’échec d’une fraction du peuple-classe (les communistes) à vouloir incarner le peuple-nation"[6],[7].
Au début de 1952, Louis Aragon avait au contraire exprimé une foi inébranlable de retour d'URSS, dans celui qu'il présentait comme « un professeur d’énergie nationale », via l’article intitulé « Une visite à M. Thorez », publiée d’abord dans L'Humanité en [2]. Fin il avait écrit la première étape, par un simple article, de la brochure "Le Neveu de M. Duval", publiée ensuite en 1953 comportant aussi un écho du Congrès des Peuples, organisé à Vienne, en , où il décrit l'accueil chaleureux reçu par un Français qui venait de s'exprimer à la tribune[7], point qui alimentera "une autre séquence d’autocritique" d'Aragon, dès 1965, dans La Mise à mort, au chapitre « Murmure », sous la forme d’un aveu indirect sur le monstre stalinien et l’aveuglement de l’auteur face à lui[7].
Bibliographie
modifier- Reynold Lahanque, « Oublier Barrès, oublier l’Indonésie », dans Corinne Grenouillet, Erwan Caulet et Patricia Principalli, Aragon, 30 ans après, Presses universitaires de Strasbourg, coll. « Recherches croisées Aragon - Elsa Triolet » (no 15), (lire en ligne)
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 "De battre mon coeur n'a jamais cessé", par Pierre Juquin, aux Editions de l'Archipel en 2006[https://www.google.fr/books/edition/De_battre_mon_coeur_n_a_jamais_cess%C3%A9/lLjLDwAAQBAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=%22andr%C3%A9+stil%22+juquin&pg=RA1-PT109&printsec=frontcover}
- 1 2 3 4 Lahanque 2014.
- 1 2 3 4 "Au coeur de l'activisme communiste des années de Guerre froide. La manifestation Ridgway" par Michel Pigenet 1992
- ↑ "Renault Billancourt, 1950 – 1992. Le parti communiste et les ouvriers. Identités ouvrières et identité de parti" Thèse pour le doctorat d'histoire, par Alain VIGUIER, octobre 2017, sous la direction de Michel Pigenet
- ↑ "Irène, Blanche et l'oubli", par Julia Kristeva, dans la revue Textuel en 1999
- ↑ Corinne Grenouillet, Patricia Principalli. Déterminations politiques de l’écriture du peuple chez Aragon. Recherches croisées Aragon / Elsa Triolet, 2007, 11 (”Aragon politique”), pp.193-206.
- 1 2 3 "Écriture(s) polémique(s) et guerre froide : du journal au roman", article de Maryse Vassevière, dans la Revue des sciences humaines en 2021
