Blanchité

concept politique

La blanchité est le statut social, effectif ou perçu, des personnes identifiées comme « blanches » dans leur société.

Ce néologisme, traduit de l'anglais « whiteness », également sous les formes blanchitude ou blancheur[1], est devenu en usage dans la recherche en sciences sociales au début du XXIe siècle. Depuis, il est utilisé pour décrire un ensemble de concepts interdisciplinaires utilisés en sciences politiques, sociologie, droit, histoire, et plus particulièrement par la théorie critique de la race, les études postcoloniales, les études de genre, les études culturelles, et dans certaines analyses sur la construction socioculturelle.

Ainsi, la notion de blanchité peut décrire : un mode de problématisation des rapports sociaux de race ; l’hégémonie sociale, culturelle et politique blanche à laquelle sont confrontées les minorités ethnoraciales ; ou encore, aux États-Unis d'Amérique, un ensemble d'éléments considérés caractéristique des Blancs américains. On parle alors de « critical whiteness studies » pour les pays anglophones ou « estudos da branquitude » pour les pays lusophones.

Étymologie

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La chercheuse Judith Ezekiel (es) a été une des premières chercheuses à utiliser le terme « blanchité » en sciences sociales, au début du XXIe siècle.

L'usage universitaire contemporain du concept de « blanchité » ou « blanchitude » renvoie aux « whiteness studies » anglophones[2].

Le terme « blanchité » est la traduction du terme anglais « whiteness ». Cette traduction a commencé à être utilisée en sciences sociales en langue française, avec la notion sociétale développée dans cet article, entre la fin du XXe siècle[3] et le début du XXIe siècle ; l'invention de ce terme dans le champ de la recherche est parfois attribuée à la chercheuse Judith Ezekiel (es) (1956-) en 2002, dans le cadre de ses travaux en études féministes et afro-américaines pour l'Université d'État Wright (Ohio) et Université Toulouse-Jean-Jaurès)[4],[5],[2]. Ezekiel préfère ce dernier terme à « blanchitude », puisque celui-ci consisterait en « une affirmation de ce qui serait positif dans une culture « blanche », ce qui est parfaitement contradictoire avec le concept [de whiteness] »[2]. En effet, selon Judith Ezekiel, blanchitude renverrait à négritude, le mouvement littéraire et artistique des années 1920-1940 cherchant à valoriser les aspects positifs de la culture ou de l'identité noire, modèle sur lequel s'est ensuite basée la philosophe spécialiste du féminisme Marie-Josèphe Dhavernas[6] pour créer le mot de « féminitude » en 1978, pour « désigner ce féminisme qui valorisait une soi-disant « nature » féminine (qu'on a plus tard appelé différentialisme ou essentialisme) »[2]. Le terme de blanchitude effacerait, par le renvoi à la négritude, le caractère asymétrique des rapports et le statut hégémonique du « whiteness »[7].

Définitions

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Dans son livre dédié au concept[8], le sociologue britannique Steve Garner[9] définit la blanchité comme l’hégémonie sociale, culturelle et politique blanche à laquelle sont confrontées les minorités ethnoraciales, aussi bien qu’un mode de problématisation des rapports sociaux de race[10].

Dans ses recherches, Maxime Cervulle pense que, le concept de blanchité ne renvoie pas à un type corporel, ni à une origine définie, mais à un construit social aux modalités dynamique par lesquelles, en certains contextes socio-historiques, certains individus ou groupes peuvent adhérer (selon un processus d'allo-identification) ou adhérer (selon un processus d'auto-identification) à une identité "blanche" socialement gratifiante[7]

Histoire

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L'écrivaine Toni Morrison est une des pionnières de l'étude de la blanchité.

Une des autrices pionnières des whiteness studies est l'écrivaine afro-américaine Toni Morrison (1931-2019) qui, dans Playing in the Dark (en), publié en 1992, réalise une méta-analyse critique de l’expression de la « blanchité » et du « blackness » dans la littérature canonique américaine dont les auteurs sont « Blancs ». Elle y présente la blanchité (« whiteness ») comme une construction sociale occidentale.

En 1993, la sociologue féministe Ruth Frankenberg publie son livre White Women, Race Matters: The Social Construction of Whiteness (1993), qui analyse le discours de femmes « blanches » qu’elle a interviewé de 1984 à 1986. Elle conclut notamment que la race est un élément modeleur de la vie des femmes blanches tout comme de celle des femmes noires.

Dans son ouvrage Dans le blanc des yeux. Diversité, racisme et médias (2013), le spécialiste des cultural studies Maxime Cervulle[11] utilise le terme de « blanchité » dans sa présentation de la généalogie des whiteness studies. Il y rend notamment compte des débats, dont l'opposition en son sein entre les approches inspirées du marxisme (Noel Ignatiev (en), David Roediger (en)) et celles inspirées des théories féministes (Ruth Frankenberg, Peggy McIntosh).

Parmi les auteurs antécédents, masculins : W. E. B. Du Bois (1868-1963), James Baldwin (écrivain) (1924-1987), Theodore W. Allen (1919-2005). Parmi les autres auteures féministes dénonciatrices de la blanchité : Ruth Frankenberg (1957-2007)...

En France

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Limites de l'universalime républicain

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La militante antiraciste Rokhaya Diallo a travaillé au débat public en France sur les limites de l'universalisme républicain.

L'idéologie officielle de la République française est l'universalisme républicain, dont les limites ont fait l'objet de critiques.

Les auteurs antiracistes Mame-Fatou Niang et Julien Suaudeau, dans leur ouvrage Universalisme, affirment ainsi qu'il s'agit d'une arme doctrinale à laquelle on a assigné trois fonctions principales : refouler l’histoire du colonialisme français, maîtriser le roman national et présenter le racisme comme un objet lointain, étranger, obsolète, sans aucune réalité ni actualité dans la France d’aujourd’hui.

Le racisme est un système qui crée des inégalités dans la société française, comme l'a conclu l'enquête Trajectoires et Origines en 2021 : « il ressort des résultats que le racisme affecte très inégalement les membres de la société française, à la fois dans son ampleur et dans ses manifestations », au détriment des personnes « originaires d’Afrique subsaharienne, d’un DOM ou du Maghreb »[12].

Selon plusieurs auteurs antiracistes comme Rokhaya Diallo, pour mettre fin au racisme, on doit l'étudier, et pour cela le nommer, en désignant les différentes groupes sociaux concernés, qu'ils soient minorisés ou majoritaires[13]. Ainsi, pour observer et problématiser dans la société française les rapports sociaux racialisés, la majorité appelée « blanche » doit être étudiée et sa blanchité, caractérisée.

Apparition du terme dans le champ politique

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L'essayiste anticolonial Frantz Fanon est un des pionniers de la réflexion en langue française sur la caractérisation de la blanchité.

En 1952, Frantz Fanon, psychiatre révolutionnaire anticolonial martiniquais et algérien, en parle quand il dit "Le blanc est enfermé dans sa blancheur" dans son ouvrage Peau noire, masques blancs.

En 2005, à la suite des révoltes des quartiers populaires, en réaction aux meurtres de Zyed Benna et Bouna Traoré, aux votes au sein du parlement français d'une loi polémique faisant la promotion des bienfaits de la colonisation française, et de l'Incendie de l'hôtel Paris-Opéra ou résidaient de nombreuses personnes précaires et de l'immigration post-coloniale, enclenche une nouvelle séquence.

C'est la création d'organisations politiques ayant à vocation de défendre les droits des personnes racisées ou issues de l'immigration post-coloniale, comme le Parti des indigènes de la République (PIR) ou le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) qui porter une discours d'analyse politique assumant de nommer le groupe majoritaire comme "Blanc". On peut se rappeler une citation de Houria Bouteldja sur le plateau de Ce Soir ou Jamais, affirmant :

"On met toujours la focale sur les quartiers populaires […] en déficit de connaissances, de conscience politique, il faut les éduquer, etc. et on occulte complètement le reste de la société et ses privilèges […] et moi, j'ai envie de dire : c'est le reste de la société qu'il faut éduquer, […] c'est le reste de la société occidentale, enfin de ce qu'on appelle, nous, les souchiens — parce qu'il faut bien leur donner un nom —, les Blancs, à qui il faut inculquer l'histoire de l'esclavage, de la colonisation… […] la question de l'identité nationale, elle doit être partagée par tout le monde et c'est là qu'il y a un déficit de connaissances.

Dans son livre, La mécanique raciste (2007) Pierre Tevanian y consacre un chapitre éponyme. Dans son ouvrage, il explique que le racisme est un système conceptuel, de perceptions et d'affects. Il propose également une réflexion critique sur le fait d'être blanc. Il nous explique qu"être blanc ce n'est pas une affaire de couleurs de peau [...] mais plutôt : de ne pas être identifiée comme noir(e), arabe, asiatique ou musulman(e) - bref, ne pas porter certains stigmates" ; "Être blanc, c'est avant tout ne pas subir la discrimination comme la subissent les non-blanc(he)s la subissent" [C'est] un rang social" Cela nous renvoie encore à l'idée de construit social abordé par Maxime Cervulle.

Émergence du terme dans la recherche
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Le chercheur Éric Fassin en 2019.

La question blanche apparait également autour des années 2005 dans le champ de la recherche.

Une nouvelle période que l'on peut résumer avec un extrait du texte introductif de l'anthologie De la question sociale à la question raciale sortie en 2006 d'un ensemble chercheur-ses et dirigé par Éric Fassin et Didier Fassin : « La nouveauté, c'est qu'on prend conscience aujourd'hui - comme l'on a toujours su dans les colonies, comme on ne l'a jamais oublié après les décolonisations, et comme on continue de l'énoncer sans ambages, par exemple dans le monde antillais, qu'il y a des Blancs[14]. »

On observe deux journées d'études en février et octobre, respectivement à l'École normale supérieure de Paris et à l'École des hautes études en sciences sociales. C'est une nouvelle séquence avec comme prémisse les tensions raciales autour du vote de la loi portant sur les signes religieux à l'école. Elle-même réaction à succession de polémiques ou affaires lié aux ports du hijab dans certains espaces. Et cette attention portée sur les corps des femmes musulmanes rappellent les cérémonies de Dévoilement forcés en observant les traces historiques de l'histoire coloniale française.

Le concept de blanchité est également abordé dans l'anthologie dirigé par Sylvie Laurent et Thierry Leclère, De quelle couleur sont les blancs ? Des "petits blancs" des colonies au "racisme anti-Blancs" sortie en 2013.

En 2018, Mathilde Cohen et Sarah Mazouz organisent une journée d'études portant sur « La condition blanche. Réflexion sur une majorité française » à École des hautes études en sciences sociales à Paris[15].

En 2019, Magali Bessone organise une autre journée d'étude intitulée « Whiteness Studies : Réflexion sur un rapport social » à l'université Paris-1 Sorbonne[16].

Apparition du terme dans la littérature, les arts, le spectacle vivant francophone

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En 2019, l'humoriste Fary commence son discours introductif à la Cérémonie des Molières, par un sarcastique "Salut les Blancs !"[17].

En 2023, Léonora Miano aborde le sujet dans son livre sur la blancheur. Elle donne des interview ou elle définit la blancheur ou blanchité comme une modalité du pouvoir[18].

En Belgique

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Depuis 2019, il y a le compte SansBlancDeRien[19] qui aborde les questions antiracistes. Estelle Depris, est une créatrice de contenus et formatrice en éducation antiraciste. Elle cherche à transmettre des clés de compréhensions du racisme systémique et de la blanchité.

Un livre reprenant ses 5 années de travail sur la question antiraciste et la blanchité sort en  : Mécanique du privilège blanc[20].

Au Brésil

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Au Brésil, la blanchité appelé « branquitude » est étudiée dans le champ académique des études de la blanchité « estudos da branquitude ».

Domaines et concepts étudiés

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Définition de la blanchité

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Sur sa page dédiée au concept[21], le musée national de l'histoire et de la culture afro-américaines reprend un tableau récapitulatif[22] de la consultante en anti-racisme Judith Katz, résumant selon elle un certain nombre d'éléments caractéristiques des Américains blancs. Ces éléments incluent :

  • un individualisme farouche (« rugged individualism (en) »), basé sur l'autonomie et l'indépendance, avec l'individu comme unité de base, qui est supposé contrôler son environnement (« on reçoit ce qu'on mérite »),
  • une forte orientation à la compétition et à l'envie de victoire, avec une orientation à l'action et une prise de décision majoritaire (là où les Blancs sont la majorité),
  • une justice basée sur le droit anglais, protégeant la propriété et les droits, où l'intention compte,
  • une communication polie et non intrusive, évitant le conflit et la démonstration d'émotions,
  • des congés basés sur les religions chrétiennes, l'« histoire blanche » et des leaders masculins,
  • une histoire focalisée sur l'expérience des immigrants américains issus d'Europe du Nord, avec une focalisation forte sur l'Empire britannique et une primauté des traditions occidentale (gréco-romaine) et judéo-chrétienne,
  • une éthique du travail protestante, où le travail est la clé du succès, il faut travailler avant de jouer et un échec est mis sur le compte d'un manque d'efforts,
  • un accent sur la méthode scientifique, notamment une pensée objective, rationnelle et linéaire, avec des relations de cause à effet, et un accent quantitatif,
  • une forte valorisation de la richesse, une identification de l'individu avec son travail, un respect de l'autorité,
  • une vision du temps comme une ressource et des plannings rigides, une tendance à faire des plans pour l'avenir, à chercher le progrès et à s'attendre à « des lendemains meilleurs »,
  • une famille à structure nucléaire avec mari, femme et 2 ou 3 enfants, un mari qui gagne l'argent et une femme au foyer, des enfants indépendants avec si possible leur propre chambre,
  • une esthétique basée sur la culture européenne, une beauté féminine basée sur la blondeur et la minceur, une attractivité masculine basée sur le statut économique, le pouvoir et l'intelligence,
  • une vision de la religion avec le christianisme comme norme et les religions non judéo-chrétiennes comme étrangères, et un refus de la déviation du concept de dieu unique[23].

Réaction des Blancs

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L'éducation des Blancs

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L'identité blanche

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L'identité blanche (en) désigne l'état, objectif ou subjectif, qui consiste à se percevoir comme une personne blanche et à s'identifier à cette condition. L'identité blanche a fait l'objet de recherches fondées sur des données et des sondages, tant d'un point de vue historique que dans le domaine des sciences sociales. L'étude de l'identité blanche a véritablement pris son essor lorsque le domaine des études modernes sur la blanchité a émergé dans la recherche universitaire au milieu des années 1990. Les travaux de Ruth Frankenberg ont examiné en particulier la relation entre la blanchité et l'identité blanche en tentant de « démêler intellectuellement l'une de l'autre »[24]. En 1999, Charles A. Gallagher, de l'université La Salle, a avancé que la perception d'un double standard racial créait « les fondements d'une identité blanche fondée sur la conviction que les Blancs sont désormais assiégés »[25].

Le privilège blanc

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La ségrégation raciale aux États-Unis, à l'époque des lois Jim Crow, imposait l'utilisation de fontaines à eau distinctes pour les Afro-Américains.

La notion de privilège blanc désigne le privilège social dont bénéficient les personnes dites blanches dans certaines sociétés, par rapport aux personnes dites « non blanches » ou « de couleur », quand elles sont placées dans les mêmes circonstances sociales, politiques ou économiques.

Cette notion trouve ses racines dans le colonialisme et l’impérialisme européens, ainsi que dans la traite transatlantique des esclaves. Elle s’est développée dans un contexte qui a largement cherché à protéger les privilèges raciaux des Blancs, certaines nationalités et d’autres droits ou avantages particuliers.

Dans l’étude du privilège blanc et dans le domaine plus large des études sur la blanchité, qui ont tous deux émergés aux États-Unis, des perspectives académiques telles que la théorie critique de la race utilisent ce concept pour analyser comment le racisme et les sociétés racialisées affectent la vie des personnes blanches ou à la peau blanche. Par exemple, l’universitaire américaine Peggy McIntosh a décrit les avantages dont bénéficient les Blancs dans les sociétés occidentales et dont ne bénéficient pas les non-Blancs comme « un ensemble invisible d’avantages non mérités ».

Le privilège blanc désigne à la fois des avantages passifs évidents et moins évidents dont les personnes blanches ne se rendent pas toujours compte, ce qui le distingue des préjugés ou des discriminations manifestes. Il s’agit notamment de la reconnaissance culturelle de sa propre valeur, d’un statut social présumé supérieur, ainsi que de la liberté de se déplacer, d’acheter, de travailler, de se divertir et de s’exprimer librement. Ses effets sont observables dans les contextes professionnels, éducatifs et personnels.

Le concept de privilège blanc implique également le droit de présumer de l’universalité de ses propres expériences, en qualifiant les autres de différents ou d’exceptionnels tout en se percevant soi-même comme normal.

Certains chercheurs affirment que ce terme utilise la notion de blanchité comme substitut à la classe sociale ou à d’autres privilèges sociaux, ou comme une diversion par rapport à des problèmes d’inégalités sous-jacents et plus profonds. D’autres affirment que ce n’est pas tant que la blanchité serve de substitut, mais que de nombreux autres privilèges sociaux y sont étroitement liés, ce qui nécessite une analyse complexe et minutieuse pour identifier en quoi la blanchité contribue à ce privilège. D’autres commentateurs argumentent que le concept de privilège blanc ignore des différences importantes entre les sous-populations et les individus blancs, et suggèrent que la notion de blanchité ne peut englober l’ensemble des personnes blanches. Ils soulignent la difficulté de reconnaître la diversité des personnes de couleur et des origines ethniques au sein de ces groupes.

Certains commentateurs ont observé que ce concept suscite parfois une attitude défensive et des malentendus chez les personnes blanches, en partie parce que ce concept a été rapidement propulsé dans le débat public grâce à des campagnes militantes telles que Black Lives Matter. En tant que concept académique récemment entré dans le débat public, le privilège blanc est souvent mal interprété par les non-universitaires ; certains universitaires, qui ont étudié ce sujet sans être dérangés pendant des décennies, ont été surpris par l’opposition récente des critiques de droite depuis environ 2014, qui ont reproché à ce concept son essentialisme.

Le déclin démographique des Blancs

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Évolution de la part d'Américains qui s'identifient comme Blancs dans chaque État des États-Unis de 1960 à 2020.

Le déclin démographique des Blancs est la diminution de la part de la population définie comme « blanche » au sein d'une ville, d'un État, d'une sous-région ou d'un pays. Il a été enregistré dans certains de ces territoires. Le phénomène a été observé à la fois dans des pays qui enregistrent spécifiquement le nombre de résidents blancs lors des recensements nationaux, comme les États-Unis et le Royaume-Uni, et dans les juridictions où les données ethniques ne sont pas explicitement collectées par le gouvernement, comme en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud.

Les chercheurs ont tenté de s'attaquer aux sous-facteurs et aux résultats attendus du déclin démographique des Blancs dans les sociétés concernées. Le terme « minorité majoritaire » est utilisé pour désigner une région où un déclin, de ce que l'on définit au niveau national comme étant des Blancs, a conduit une ancienne majorité à devenir une minorité. Les États-Unis et le Brésil en sont des exemples[26],[27]. La théorie du démographe Eric Kaufmann, dans l'essai La révolution démographique : populismes, migrations et identités, prédit la transformation des classifications de la blanchité à mesure que des majorités métisses émergent, et les recherches de la sociopsychologue Jennifer Richeson sur les conditions de changement ethnique, qui décrit comment l'hostilité des Blancs envers les autres groupes ethniques augmente de façon proportionnelle à leur prise de conscience d'une baisse du pourcentage de blancs dans la population.

Les experts de l'extrémisme et du terrorisme ont également montré que la démographie nationale relative aux Blancs était exploitée par des groupes de droite radicale, y compris l'adhésion aux théories du complot[28],[29]. Cette inquiétude sur la pérennité démographique et existentielle des blancs se manifeste par un sentiment anti-avortement[30],[31].

La socialisation des Blancs

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Critiques du concept

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Critique de la construction du terme

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Le journaliste historien Emmanuel Debono aborde cette question avec un regard critique, dans un article publié dans Le Monde, le , en argumentant que « Le néologisme blanchité est problématique en ce qu’il associe le terme de blancheur – donné biologique dont on ne peut se départir – et celui d’identité qui se définit aussi bien par des éléments immuables que par des éléments choisis. La blanchité est de fait un concept qui tend, qu’on le veuille ou non, à enfermer[32] ».

Critique d'un concept américain importé

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Le journaliste Eliott Mamane, dans une tribune du Le Journal du dimanche s'insurge en déclarant dans une tribune liée à des propos ayant été prononcé durant un débat sur BFM TV, avec Benjamin Duhamel, le dimanche , entre Mathilde Panot et Marion Maréchal sur le racisme en France : « L'explication bancale renvoie à des travaux de la sociologie structuraliste dont le versant américain a théorisé la notion de « racisme systémique ». Établissant un continuum de l’esclavage au XXIe siècle, c’est la « blanchité » des sociétés occidentales qui provoquerait le racisme. Celui-ci serait ainsi un sujet moins biologique que social. Selon les universitaires américains convaincus par cette idéologie, malgré les changements institutionnels opérés depuis la guerre de Sécession, les États-Unis restent alimentés par des schémas de représentation intrinsèquement racistes. L’originalité de la notion du racisme systémique est de ne pas se préoccuper des personnes qui, à titre individuel, seraient ethnodifférentialistes. Le propos se situe exclusivement à l’échelle macrosociale : que des individus soient racistes ou non à l’échelle micro n’influencerait en rien le caractère structurel du racisme dans les sociétés occidentales. Cette analyse, dont le seul objectif est de reprocher aux Occidentaux leur « blanchité », a traversé l’Atlantique[33] ».

Notes et références

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  1. ↑ Frantz Fanon, dans Pierre Bouvier, Fanon, éd. Universitaires, Paris, 1971, p. 7
  2. 1 2 3 4 Horia Kebabza, « « L’universel lave-t-il plus blanc ? » : « Race », racisme et système de privilèges », Les cahiers du CEDREF. Centre d’enseignement, d’études et de recherches pour les études féministes, no 14,‎ , p. 145–172 (ISSN 1146-6472, lire en ligne, consulté le ).
  3. ↑ Philosophie et droits de l'homme : actes de la 5ème Semaine philosophique de Kinshasa du 26 avril au 1er mai 1981, Faculté de Théologie Catholique de Kinshasa, 1982, p.57 : « Nous disons que le rapport d'opposition qu'on veut établir entre le Négro-Africain et le premier homme de notre texte, le rapport d'opposition, en somme, entre notre tradition et la modernité est faux, parce que, d'une part, il s'est opéré un glissement sémantique entre la modernité et la blanchité établissant une assimilation malheureuse entre moderne et être blanc de telle sorte que, pour beaucoup d'entre nous, vouloir la modernité, c'est par là même vouloir devenir Blanc. Ou tout au moins devenir comme un blanc. La modernité est ainsi confondue à la blanchité ».
  4. ↑ Léonora Miano, L'Opposé de la blancheur : réflexions sur le problème blanc, 2023, Le Seuil : « C’est l’universitaire Judith Ezekiel, spécialiste en études sur le genre et la race, qui a proposé le terme « blanchité », lequel se répand de plus en plus sans que son origine et les raisons de sa formulation soient connues. Il s’agissait de remplacer le mot « blanchitude », alors en usage dans les sciences sociales ».
  5. ↑ Ezekiel, Judith. "‘’La Blanchité’’ du mouvement des femmes américain." Conférence internationale «Ruptures, résistances et utopies». Université de Toulouse le Mirail. vol. 20, 2002.
  6. ↑ Bibliothèque Nationale de France, « Marie-Josèphe Dhavernas », sur data.bnf.fr (consulté le )
  7. 1 2 Maxime Cervulle, Dans le blanc de yeux, Paris, Amsterdam, , 212 p. (ISBN 978-2-35480-239-4), p. 72
  8. ↑ (en) Steve Garner, Whiteness : an introduction, Routledge, , 216 p. (ISBN 978-0-203-94559-9, présentation en ligne)
  9. ↑ (en) « Dr Steve Garner », sur Cardiff University (consulté le )
  10. ↑ Maxime Cervulle, « La conscience dominante. Rapports sociaux de race et subjectivation », Cahiers du Genre (n° 53), pp. 37-54,‎ , p. 40 (lire en ligne)
  11. ↑ « CEMTI (Univ. Paris 8) - Centre d'études sur les médias, les technologies et l’internationalisation », sur univ-paris8.fr via Internet Archive (consulté le ).
  12. ↑ https://books.openedition.org/ined/996
  13. ↑ Rokhaya Diallo, Racisme, mode d'emploi, p. 178 : « Pour être à même de protester contre une situation de domination, il faut pouvoir considérer le critère constitutif de la minoration, le nommer et l’assumer. Il est parfois nécessaire de se constituer en tant que groupe pour invoquer les valeurs universelles que l'on souhaite voir appliquer dans l'optique de faire disparaître la minoration. Le groupe minoré pourtant construit par les majoritaires peut alors devenir un groupe réel et entrer dans la danse avec cette étiquette, à l'instar des créateurs de l'État d'Israël ou du mouvement des Black Panthers aux États-Unis. »
  14. ↑ Didier Fassin et Éric Fassin, De la question sociale à la question raciale, Paris,
  15. ↑ voir le programme
  16. ↑ Voir le programme
  17. ↑ « "Salut les blancs" : Fary pointe avec humour le manque de diversité aux Molières », sur Mouv', .
  18. ↑ https://www.youtube.com/watch?v=2q2hO4r89U0&t=120s sur France Culture
  19. ↑ Estelle Depris, « Site officiel de SansBlancDeRien », sur Sans Blanc De Rien | Et si on arrêtait de faire semblant de ne rien voir ?, (consulté le )
  20. ↑ Binge Audio, « Mécanique du privilège blanc », sur Collecte de fonds pour lancement du livre, (consulté le )
  21. ↑ (en) « Whiteness », sur National Museum of African American History and Culture, (consulté le )
  22. ↑ (en-US) Judith H. Katz, The Kaleel Jamison Consulting Group, Inc., « Some Aspects and Assumptions of White Culture in the United States : While different individuals might not practice or accept all of these traits, they are common characteristics of most U.S. White people most of the time. » [PDF], sur cascadia.edu, (consulté le )
  23. ↑ (en-US) Mairead McArdle, « African American History Museum Publishes Graphic Linking ‘Rational Linear Thinking,’ ‘Nuclear Family’ to White Culture », sur MSN, (consulté le )
  24. ↑ Aimee Carrillo Rowe et Sheena Malhotra, « (Un)hinging Whiteness » in Whiteness, Pedagogy, Performance: Dis/Placing Race, 2007, Lexington Books, p. 271-298.
  25. ↑ Abby L. Ferber, White Man Falling: Race, Gender, and White Supremacy, 1999, Rowman & Littlefield Publishers, p. 147.
  26. ↑ Iwan Morgan, « Why the US outstrips Europe for population growth », BBC,‎ (lire en ligne)
  27. ↑ Hope Yen, « Rise of Latino population blurs US racial lines », Associated Press,‎ (lire en ligne)
  28. ↑ (en) José Pedro Zúquete, The identitarians : the movement against globalism and Islam in Europe, Notre Dame (Ind.), University of Notre Dame Press, , 466 p. (ISBN 978-0268104214)
  29. ↑ Monica Toft, « White right? How demographics is changing US politics », Salon,‎ (lire en ligne)
  30. ↑ Katha Pollitt, Pro : Reclaiming Abortion Rights, Picador, (ISBN 978-1250072665)
    « Anti-feminism, shaming of sexually active girls and single women, fears of white demographic decline and conservative views of marriage and sexuality, or outright misogyny. »
  31. ↑ Marlene Fried, Women's Review of Books, vol. 32, Old City Publishing, , « Review: A Positive Social Good », p. 3-5.
  32. ↑ https://www.lemonde.fr/blog/antiracisme/2020/06/28/la-blanchite-ou-lincrimination-a-fleur-de-peau-5-7/
  33. ↑ article

Voir aussi

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Articles connexes

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Bibliographie francophone

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  • Frantz Fanon, Peau Noire Masques Blancs, Paris, Seuil, 1952 ; rééd. Points Seuil, 2015.
  • Colette Guillaumin, L'Idéologie raciste, genèse et langage actuel, Paris/La Haye, Mouton, 1972 ; rééd. Gallimard, Folio essais (no 410), 2002. (ISBN 2070422305).
  • Didier Fassin, Éric Fassin (dir.), De la question sociale à la question raciale, Paris, La Découverte, 2006 ; rééd. 2009.
  • Pierre Tevanian, La mécanique raciste, Paris, Éditions Dilecta, 2008 ; rééd. La Découverte, 2017.
  • Houria Bouteldja et Sadri Khiari, Nous sommes les indigènes de la République, Paris, Éditions Amsterdam, 2012.
  • Maxime Cervulle, Dans le blanc des yeux. Diversité, racisme et médias, Paris, Éditions Amsterdam, 2013.
  • Sylvie Laurent et Thierry Leclère (dir.), De quelle couleur sont les blancs ? Des "petits blancs" des colonies au "racisme anti-Blancs", Paris, La Découverte, 2013.
  • Patrick Simon, Christelle Hamon, (dir.), Enquêtes Trajectoires et Origines, 2013.
  • Mame-Fatou Niang, Julien Suaudeau, Universalisme, Paris, Anamosa, 2022.
  • Leonora Miano, L'opposé de la blancheur. Réflexions sur le problème blanc, paris, Seuil, 2023.
  • Douce Dibondo, La charge raciale, Paris, Fayard, 2024.
  • Claire Cosquer et Solène Brun, La domination blanche, Paris, Textuel, , 158 p. (ISBN 9782386290213)
  • Noel Ignatiev, Comment les Irlandais sont devenus Blancs, traduit de l'anglais (États-Unis) et préfacé par Xavier Crépin, Toulouse, Smolny, 2024.

Bibliographie anglophone

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