Blocus de la bande de Gaza depuis 2023
Le blocus de la bande de Gaza depuis 2023 est un blocus économique, médiatique et humanitaire, imposé par Israël à la bande de Gaza dans le cadre de la guerre de Gaza, en réponse à l'attaque du 7 octobre du Hamas contre Israël. Mis en place le , il accentue considérablement le blocus israélo-égyptien de l'enclave en vigueur depuis 2007, et s'apparente à un siège militaire. Ses conséquences sont particulièrement lourdes pour la population civile qui souffre en totalité de malnutrition, et dont une partie est même en état de famine depuis .
| Date |
Depuis le (2 ans, 11 mois et 13 jours) |
|---|---|
| Changements territoriaux | Bande de Gaza |
Guerre à Gaza depuis 2023 - Conflit israélo-palestinien
Blocus
modifierUn premier blocus total de Gaza est annoncé le par le ministre israélien de la défense, Yoav Galant. Il dure du au [1], et se révèle être un blocus initial strict, pendant lequel aucune aide significative (et très peu de biens vitaux) n'ont pu rentrer dans Gaza.
« Nous assiégeons complètement Gaza… Pas d'électricité, pas de nourriture, pas d'eau, pas de gaz - tout est fermé » annonce-t-il[2],[3]. « Nous combattons des animaux humains et nous agissons en conséquence » ajoute-t-il[4],[5],[6]. Le porte-parole du ministre israélien de l'énergie (en), Israël Katz, déclare que ce dernier a ordonné l'interruption de l'approvisionnement en eau de Gaza, avec effet immédiat[7]. Des chars et des drones israéliens sont chargés de surveiller les ouvertures dans la barrière frontalière entre la bande de Gaza et Israël et de faire respecter le blocus[2].
En raison du blocus, la seule centrale électrique de la bande de Gaza est à l'arrêt par manque de carburant le à 14 h, ce qui entraîne une coupure d'électricité à Gaza. Pour éviter une crise humanitaire, l’Organisation des Nations unies (ONU) et les États-Unis demandent l'ouverture d’un couloir humanitaire pour permettre de ravitailler la population avec des biens de première nécessité, l'acheminement de médicaments et de carburant pour la production de l’électricité. Le , le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) annonce que le stock de carburant qui permet le fonctionnement des générateurs des hôpitaux, sera épuisé « dans quelques heures »[8],[9].
Le , le ministre israélien des Communications, Shlomo Karhi, annonce que la bande de Gaza sera privée d'accès à Internet à partir du lendemain[10]. Le , après de nombreux appels en ce sens, Elon Musk annonce que son service Starlink fournira aux « organisations d'aide internationalement reconnues » une connexion internet par satellite pour contourner le blocus[11],[12]. Shlomo Karhi déclare qu'Israël utilisera l'ensemble des « moyens à sa disposition » pour empêcher cela[13]. Le , Shlomo Karhi annonce finalement que Musk a accepté de ne pas activer Starlink pour Gaza sans l'accord préalable d'Israël[14].
Le second blocus s'étend du au . Le , Israël décide d’interrompre l’entrée de toutes les marchandises et de l'aide humanitaire à Gaza, en ce compris le carburant, afin de faire pression sur le Hamas dans le contexte des négociations de cessez-le-feu et de la libération des otages[15].
Blocus humanitaire et famine
modifierDeux périodes de blocus ont été imposées à Gaza par Israël entre le et le .
La première, du 9 au [16]. La seconde, du [15] au [17].
Les deux périodes de blocus ont accentué une détérioration de la situation humanitaire, jusqu'à une déclaration de situation de famine dans le Gouvernorat de Gaza en par l'IPC[18].
Après la fin du premier blocus, la reprise des livraisons d'aide humanitaire le marque la fin du premier blocus de l'enclave de Gaza par Israël. L'OCHA déclare toutefois que « bien que cette augmentation soit bienvenue, un volume d’aide beaucoup plus important est nécessaire sur une base régulière afin d’éviter une nouvelle détérioration de la situation humanitaire désastreuse, y compris des troubles civils »[19].
Les ressources alimentaires sont pillées par des clans mafieux, dont les attaques sont soutenues systématiquement par des drones israéliens « dans le but de préparer l’éviction des agences de l’ONU et d’y créer le chaos »[20].
A la fin du 2e blocus, le , après onze semaines de blocus total, des distributions de nourritures en quantité minimale sont autorisées à Gaza, confiées par Israël à des sociétés privées. Elles donnent lieu à des fusillades quotidiennes sur les Palestiniens par l'armée israélienne. Le Haut-Commissariat aux droits de l'Homme de l'ONU déplore ainsi en la mort, en deux mois, de plus de 1 000 personnes qui cherchaient à obtenir de l'aide humanitaire, principalement dans les centres de la Fondation humanitaire de Gaza (GHF). La GHF est une organisation soutenue par les États-Unis et Israël, apparue en , et dont le financement est décrit comme opaque par la presse. Selon Mediapart, la GHF a permis à « Tel-Aviv et à Washington de casser les circuits traditionnels de distribution d’aide, éprouvés depuis des décennies ». Israël aurait ainsi voulu prendre le contrôle de l'aide humanitaire à Gaza, alors qu'auparavant les ONG et les agences de l'ONU pouvaient intervenir auprès de la population de façon étroite, avec 400 points d'aide humanitaire sur le territoire gazaoui. Les tirs sur la population venue chercher de l'aide proviendraient à la fois de l'armée israélienne et des mercenaires américains venus protéger les sites de la GHF[21],[22]. La BBC ajoute que la GHF elle-même pourrait avoir participé aux tueries. Notamment, un ancien agent de sécurité de la GHF a déclaré « qu'il avait vu ses collègues ouvrir le feu à plusieurs reprises sur des Palestiniens affamés qui ne représentaient aucune menace, y compris avec des mitrailleuses »[23].
Selon Jens Laerke, porte-parole du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha), il s'agit de « l'une des opérations d'aide humanitaire les plus entravées, non seulement aujourd'hui dans le monde, mais aussi dans l'histoire récente »[24],[25].
En , de nouvelles critiques sont émises contre la GHF : une enquête de la BBC indique qu'une dizaine de motards américains du Infidels Motorcycle Club font partie de sa sécurité. De nombreux groupes anti-musulmans utilisent pour se désigner le terme « infidèles », et la BBC a trouvé sur les réseaux sociaux des « discours de haine antimusulmans » et a relevé que les membres du Infidels Motorcycle Club avaient organisé un barbecue avec de la viande de porc pendant le ramadan et vendu des chapeaux avec l’inscription « 1095 », date de la première croisade[26],[27].
Réactions
modifierL'Organisation des Nations unies considère que le « siège complet » de la bande de Gaza est prohibé par le droit international humanitaire et s'y oppose[28], tout comme l'Union européenne[29].
Pour l'ONG Amnesty International, les « crimes de guerre » du Hamas ne doivent pas dispenser Israël de respecter le droit international humanitaire et de protéger les populations civiles. Israël doit donc lever le blocus de la bande de Gaza[30].
Karim Khan, procureur de la Cour pénale internationale, considère qu'« empêcher l’accès de l’aide humanitaire peut constituer un crime ». De plus, il indique que « les écoles, les hôpitaux et les mosquées » ne doivent pas être des cibles militaires. Dans le même temps il demande la libération des otages détenus à Gaza par le Hamas[31].
Une enquête menée par l'Associated Press et l'organisation d'investigation israélienne Shomrim révèle que les États-Unis et Israël ont autorisé des dons déductibles d'impôts totalisant plus de 200 000 dollars à plusieurs groupes extrémistes d'extrême droite israéliens impliqués dans le blocage et la perturbation de l'acheminement de l'aide humanitaire vers la bande de Gaza[32].
Le , la France accuse Israël de provoquer la famine. Pour le ministère français des Affaires étrangères, « cette situation est le résultat du blocus imposé par Israël. La France condamne avec la plus grande fermeté les tirs israéliens visant des Palestiniens de Gaza tentant d’obtenir de l’aide humanitaire, qui auraient tué plus de mille personnes lors des deux derniers mois selon l’Onu »[33].
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « October 2023 Israeli blockade of the Gaza Strip » (voir la liste des auteurs).
- ↑ « Cessez-le-feu "fragile" à Gaza : l'aide humanitaire reprend, Trump menace d'envoyer des troupes pour "redresser" le Hamas », sur information.tv5monde.com,
- 1 2 (en) « Israel announces ‘total’ blockade on Gaza », aljazeera.com, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) Brandon Livesay, « Hamas attacks on Israel 'an act of sheer evil' - Biden », BBC, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) Emanuel Fabian, « Defense minister announces ‘complete siege’ of Gaza: No power, food or fuel », The Times of Israel, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) Amos Harel, « The Rising Threat of a Second Front in Israel's North », Haaretz, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) « IDF Spokesperson: Israel regained full control of Gaza border villages », i24News, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) Ted Regencia, Virginia Pietromarchi, Umut Uras, Edna Mohamed et Dalia Hatuqa, « Israel-Hamas war updates: Gaza under ‘total blockade’, refugee camp hit », Al Jazeera, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Guerre Israël-Gaza : la seule centrale électrique de Gaza à l'arrêt faute de carburant », sur RTBF, (consulté le )
- ↑ « Dans la bande de Gaza bombardée : «Nous n’avons pas d’abri, nous marchons dans les rues sans but précis» », Libération, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (ar) « وزير الاتصالات الإسرائيلي: سنقطع خدمات الإنترنت عن قطاع غزة ابتداء من يوم غد #الحدث » [« Ministre israélien des Communications : Nous couperons les services Internet dans la bande de Gaza à partir de demain #Al-Hadath »], sur Nabd, (consulté le )
- ↑ Pierre Berthoux, « "Starlink for Gaza": les appels lancés à Elon Musk pour rétablir Internet se multiplient », sur BFM TV, (consulté le )
- ↑ « Gaza: Elon Musk garantit la connexion Starlink des organisations "reconnues" », sur France 24, (consulté le )
- ↑ (ar) Bassam Ramadan, « وزير الاتصالات الإسرائيلي: سنمنع إيلون ماسك من تزويد منظمات الإغاثة بغزة بالإنترنت » [« Ministre israélien des Communications : nous empêcherons Elon Musk de fournir Internet aux organisations humanitaires à Gaza »], Al-Masri al-youm, (consulté le )
- ↑ (en) « Israel says Elon Musk agrees not to activate Starlink over Gaza without approval », Dawn, (consulté le )
- 1 2 « Israël suspend l’aide humanitaire à Gaza, le Hamas dénonce une violation du cessez-le-feu », sur Le Monde,
- ↑ « Guerre Israël- Gaza : une trentaine de camions d’aide humanitaire sont entrés à Gaza dimanche », sur rtbf.be,
- ↑ « Levée partielle du blocus à Gaza : une centaine de camions d’aide attendus dans l'enclave », sur news.un.org,
- ↑ (en) « Famine Review Committee Report Gaza August 2025 », sur IPC,
- ↑ « Alors que les rapports des médias font état de la poursuite des violences dans la bande de Gaza, toujours soumise à des bombardements intensifs par l’armée israélienne, une petite lueur d’espoir est apparue sur le front humanitaire », sur news.un.org,
- ↑ Pierre Prier, « Gaza. Entre néant et chaos », sur Orient XXI,
- ↑ « Plus de 100 organisations humanitaires alertent sur la «famine de masse» à Gaza », sur RFI, (consulté le )
- ↑ Gwenaelle Lenoir, « Gaza : la mécanique des massacres de la faim », sur Mediapart, (consulté le )
- ↑ « Fondation humanitaire de Gaza : Quelle est cette agence d'aide controversée ? », sur bbc.com, (consulté le )
- ↑ « "C'est du jamais-vu dans l'aide humanitaire" : pourquoi les distributions de nourriture dans la bande de Gaza virent au chaos », sur Franceinfo, (consulté le )
- ↑ « Dans la presse - "Une famine de masse se propage à Gaza" », sur France 24, (consulté le )
- ↑ « À Gaza, un gang de motards américains pour sécuriser les sites d’aide humanitaire », sur Courrier international, (consulté le )
- ↑ « Aide humanitaire à Gaza : des bikers anti-islam engagés pour la sécurité d'une organisation privée », sur TF1 Info, (consulté le )
- ↑ « Attaques en Israël : L'ONU s'oppose au siège total de Gaza au nom du droit humanitaire », sur BFM TV, (consulté le ).
- ↑ « Guerre Israël-Hamas : l'UE opposée au blocus de Gaza », sur RFI, (consulté le ).
- ↑ « Israël et territoires palestiniens occupés. Alors que la centrale électrique de Gaza est à court de carburant, Israël doit lever son blocus illégal et inhumain », sur Amnesty International, (consulté le ).
- ↑ « À Rafah, le procureur de la Cour pénale internationale appelle au respect des lois de la guerre », Le Monde, (consulté le ).
- ↑ (en) « Far-right groups that block aid to Gaza receive tax-deductible donations from US and Israel », sur AP News, (consulté le ).
- ↑ « Gaza : la France accuse Israël de provoquer la famine, l’État hébreu se défend et accuse le Hamas », Ouest-France, (consulté le )