Bortchou
Bortchou ou Bo’ortchu, également connu sous le nom de Borghochin, est une figure historique mongole du XIIIe siècle. Compagnon de la première heure (nökör (en)) de Gengis Khan (alors nommé Temüjin), il devient l'un de ses généraux les plus influents et l'un des quatre commandants en chef de sa garde impériale (kheshig).
Biographie
modifierBortchou est le fils unique de Naqu Bayan, un éleveur appartenant au lignage Arulad. Cette lignée fait partie des roturiers (dürlükin), un ensemble de lignées considérées comme libres mais non nobles au sein de la confédération mongole. Selon la mythologie turco-mongole, ce clan tire son origine des rescapés des clans historiques (notamment les Nukuz et les Kiyat) réfugiés dans l'Ergenekon. Ils se seraient introduits en Mongolie vers la fin du XIe siècle[1].
Sa rencontre avec Temüjin a lieu durant leur adolescence, alors que Bortchou est âgé de 13 ans. Tandis qu'il trait les juments de son père, il voit passer Temüjin qui poursuit des voleurs ayant dérobé ses huit chevaux castrés. Bortchou décide immédiatement de se joindre à la poursuite, permettant ainsi la récupération du bétail. Après un bref retour auprès de sa famille, et avec l'accord de son père, il rejoint définitivement le camp de Temüjin, devenant son tout premier compagnon officiel (nökör (en))[2].
Bortchou accompagne Gengis Khan tout au long de son ascension, partageant les privations et les campagnes militaires du conquérant. Les sources historiques soulignent sa loyauté constante à travers ces épreuves, bien que les détails des récits varient. Il est associé à Boroqoul, Muqali et Chila'un pour former le groupe des « quatre destriers » (dörben külüg), les lieutenants les plus proches du khan[2]. Les chroniques littéraires plus tardives l'intègrent également dans le cercle des neufs champions personnels (yisun örlüg) illustrés dans un récit épique où ils affrontent une armée de 300 guerriers Tayitchi'out[3].
Lors du couronnement et de la réorganisation de l'Empire mongol en 1206, les responsabilités de Bortchou s'accroissent. Il reçoit le commandement de l'intégralité de l'aile droite de l'armée mongole. À l'instar des trois autres « destriers », il assure le commandement titulaire de la garde impériale (kheshig), dont il dirige la gestion par roulement durant trois jours sur douze. Il se voit attribuer un apanage de 17 300 foyers situés à Guangping (près de Handan), dans le nord de la Chine[2].
Postérité
modifierL'influence de Bortchou s'est étendue à sa descendance et à son clan. Les membres du clan Arulad ont continué à occuper de hautes fonctions politiques et militaires au sein des États successeurs de l'Empire mongol, notamment sous la dynastie Yuan en Chine ainsi que dans le khanat de Djaghataï[2]. Une statue monumentale de Bortchou trône aujourd'hui sur la place centrale d'Oulan-Bator, aux côtés de Gengis Khan et de Muqali[1].
Dans la littérature et le folklore mongol, Bortchou occupe une place centrale, notamment au sein des chroniques du XVIIe siècle telles que l'Altan Tobči (1655). Dans ces cycles légendaires, Bortchou n'est plus seulement associé aux « quatre destriers », mais figure au sommet des neufs champions personnels de Gengis Khan. Il y est dépeint comme le modèle absolu du héros loyal et le confident du Khan. À ce titre, l'Histoire secrète des Mongols rapporte une louange métaphorique que le Khan lui adresse pour sa fidélité lors de sa période d'errance : « Quand je n'avais d'autre compagnon que mon ombre, tu es devenu mon ombre. »[3]
Bortchou est le protagoniste majeur d'un récit épique traditionnel narrant l'affrontement entre Gengis Khan, accompagné de six de ses paladins, et une troupe de 300 guerriers Tayičiyud. Monté sur son coursier beige, Bortchou y exerce la fonction de harangueur et de porte-parole de l'empereur face à l'ennemi, avant de mener la charge victorieuse dans la steppe. Ce récit préserve un « chant de selle », un poème que les cavaliers mongols récitent en chevauchant, qui est dédié à Bortchou et utilise des métaphores animalières antithétiques pour illustrer les vertus du guerrier idéal[3].
Littérature
modifier- Le Loup mongol : roman d'Homéric dont Bortchou est le narrateur et personnage principal (avec Gengis Khan).
Notes et références
modifier- 1 2 (en) Nenad Vidaković, « Rani Mongoli – etnopolitička povijest do 13. stoljeća », Migracijske i etničke teme, vol. 31, no 1, , p. 65–114 (ISSN 1333-2546 et 1848-9184, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 (en) Christopher Pratt Atwood, Encyclopedia of Mongolia and the Mongol Empire, Facts On File, (ISBN 978-0-8160-4671-3, lire en ligne), p. 44
- 1 2 3 Larry V. Clark, « From the Legendary Cycle of Činggis-qaγan: The Story of an Encounter With 300 Tayičiγud from the Altan Tobči (1655) », Mongolian Studies, vol. 5, , p. 5–39 (ISSN 0190-3667, lire en ligne, consulté le )