Boulevard Léopold II

voie de Molenbeek-Saint-Jean et Koekelberg, Belgique

Le boulevard Léopold II (en néerlandais : Leopold II-laan) est une artère de la ville de Bruxelles, de Molenbeek-Saint-Jean et de Koekelberg dans la Région de Bruxelles-Capitale en Belgique. Sur toute sa longueur, il surplombe deux tunnels : le tunnel autoroutier Annie Cordy et le tunnel de la ligne 2 du métro.

Boulevard Léopold II
Vue sur le boulevard Léopold II.
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Situation

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Localisation

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Cette voie des communes bruxelloises de Bruxelles, de Molenbeek-Saint-Jean et de Koekelberg mène du canal vers une perspective sur la basilique de Koekelberg. Le boulevard se trouve à proximité de Tour et Taxis.

Ce site est desservi par les stations de métro : Ribaucourt et Simonis.

Historique

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Genèse du projet (1862–1873)

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En , Victor Besme, inspecteur-voyer, propose un plan d'extension de Bruxelles vers le nord-ouest, incluant le prolongement du boulevard d'Anvers jusqu'au plateau de Koekelberg[1].

En , un arrêté royal approuve la création du futur boulevard Léopold II, destiné à structurer un nouveau quartier autour du parc Élisabeth et de la future basilique[1]. Le roi Léopold II aspire à voir naître un deuxième « quartier Royal », après celui du quartier Léopold, proche du palais royal de Bruxelles, mais situé cette fois à proximité du château de Laeken. En , la Compagnie Foncière du Quartier royal de Bruxelles et du Quartier de la Nouvelle Gare de Lille voit le jour et passe tout de suite à un appel d'offres pour « l'exécution de 90 000 m3 de terrassement » afin d'y aménager le futur boulevard[2].

Origine du nom

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Sa dénomination rend hommage au roi Léopold II (1835-1909)[3].

Développement du boulevard (1873–1910)

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Il manque toutefois encore des fonds. Pour parvenir à les rassembler, le roi lance, en , le projet d'organiser une exposition universelle, en , sur le plateau de Koekelberg. Un crédit de 10 millions francs est alors voté[4]. En , le boulevard reçoit officiellement le nom de « boulevard Léopold II »[1].

Mais on a oublié de prévoir le financement et la planification du pont nécessaire pour relier le boulevard d'Anvers. Entre-temps, le projet d'exposition est déplacé vers le parc du Cinquantenaire. En , la compagnie fait faillite. Pour relancer le projet et l'intérêt des investisseurs potentiels, en , un projet de Panthéon national est proposé pour Koekelberg, puis en celui d'un hippodrome, projets qui n'aboutissent pas. Une nouvelle société est alors créée, la S.A. du Quartier Léopold II, qui parvient à faire construire, en , un pont provisoire en bois à la porte de Rivage. En , le tir national envisage brièvement de déménager à Koekelberg ; en , on parle à nouveau d'un panthéon ; en , d'un nouveau jardin zoologique ; puis, en , d'un vélodrome. En , le pont en bois est fermé pour des réparations, puis à nouveau en . Par la suite, un projet d'exposition universelle est de nouveau envisagé, cette fois pour , mais la décision est prise de la tenir à Liège. Par contre, la même année, on pose la première pierre de la basilique de Koekelberg et, en , un double pont est finalement inauguré pour relier les boulevards d'Anvers et de Léopold II au-dessus du canal[5].

Configuration avant l'Expo 58

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Avant les préparatifs de Bruxelles pour l'Expo 58, le boulevard faisait 45 m de mur en mur, répartis comme suit : aux extrémités, des trottoirs de 2,64 m et 3,40 m respectivement, suivis des chaussées de part et d'autre de 9 m et 9,90 m de large, comportant chacune deux voies pour les trams et une pour les voitures. Au milieu, un terre-plein de 20 m de large, avec deux rangées d'arbres et une piste cyclable bidirectionnelle, ainsi que beaucoup d'espace pour les promeneurs. D'un côté, les voies de tramways sont en site propre ; de l'autre, elles peuvent être empruntées par les voitures. L'existence de deux fois deux voies de tram s'explique par le fait que les unes sont réservées aux tramways bruxellois et les autres aux chemins de fer vicinaux[6].

Le viaduc du boulevard Léopold II

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Construction (1956–1958)

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En , le boulevard accueille 40 000 véhicules par jour et la place Sainctelette est constamment embouteillée. Contrairement à d'autres endroits similaires de la ville, pour lesquels ingénieurs, fonctionnaires et politiciens proposent des passages souterrains, les experts de l'époque déclarent cette solution impossible à cet endroit en raison de la présence du canal et de la Senne. On fait donc construire, par De Waele, un viaduc de 724 m de long. Pour atténuer les désagréments qu'il causerait aux riverains et pour éviter de construire deux rangées de colonnes, on construit, entre et , un viaduc à trois bandes sur une seule rangée de piliers. Face aux critiques concernant l'esthétique de l'ouvrage, celui-ci est présenté comme « provisoire », pouvant être démonté une fois l'Expo terminée. Une fois construit, le viaduc déplace les encombrements au-delà de Ribaucourt ; il est donc immédiatement prolongé pour atteindre 1 430 m de long. Les travaux durent de à , et le viaduc est prêt pour l'Expo[7]. Le matin, deux bandes sont ouvertes dans le sens périphérie – centre-ville et une dans l'autre sens. Inversement, le soir, une bande va dans le sens périphérie – centre-ville et deux en direction de la périphérie[8].

« Je suis convaincu que, réalisé de la sorte, ce viaduc apportera au quartier … un élément d'attrait et que ce quartier ne sera pas déparé, bien au contraire. »

— Omer Vanaudenhove, ministre des travaux publics, en 1956[9]

Le viaduc, qui pendant trente ans passait à la hauteur du premier étage des maisons de maître, est finalement démoli en . Contrairement à ce qu'on peut parfois lire dans la presse[10],[11], il n'a pas été offert à la Thaïlande en , car il s'agissait d'un viaduc en béton. En revanche, un viaduc provisoire et démontable du même type que celui installé dans le prolongement du viaduc en béton (et utilisé à bien d'autres endroits lors de grands chantiers) a été offert pour permettre de passer au-delà de la place Simonis (à l'extrémité du boulevard) durant les travaux de construction du métro. Il a été reconstruit sur place en dix jours et porte aujourd'hui l'appellation de « Thaï-Belgium Flyover Bridge »[12],[13].

Tunnel Annie Cordy

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Origine du projet

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Quand, en , l'avenue Charles-Quint est aménagée en double voie rapide, débarrassée des rails de trams et séparée par une berme centrale, on commence à discuter l'encombrement du viaduc, qui lui n'a que trois bandes[14].

Les discussions s'accélèrent quand la décision est prise de construire un tunnel de métro en dessous de toute la longueur du boulevard. Différentes visions s'affrontent alors sur comment y faire passer les voitures :

La commune de Koekelberg, dirigée alors par Paul Bossaert, propose, suivi là-dedans par le ministre des Travaux publics, de construire un tunnel qui lie l'avenue Charles-Quint au boulevard Léopold II, en contournant les fondations de la basilique, côtoyant le tunnel du métro à hauteur de la place Simonis. Le viaduc existant serait raccourci vers le canal et élargi à quatre bandes. En dessous des carrefours entre viaduc et Simonis, de courts tunnels seraient construits comme à Trône[14].

Les associations, comme l'ARAU et Inter-Environnement Bruxelles, soutenues par l'Agglomération bruxelloise, voient dans ces projets centrés sur la voiture une des causes de l'exode urbain à renverser et demandent un boulevard à deux fois deux bandes plus deux bandes latérales d'accès aux parkings et de vastes trottoirs arborés, donc ni tunnel, ni viaduc[14].

Construction

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En , commencent les travaux, côté Simonis. Officiellement limités au métro, mais en passant on construit déjà un tronçon de 250 m de tunnel autoroutier – sans que celui-ci figure dans le permis…[15].

C'est le projet du ministre des Travaux publics, Jos Chabert, qui est décidé par la suite, en  : un tunnel de 1 400 m de long, de la place d'Yser à Simonis. Pour Cécile Goor-Eyben, secrétaire d'État des affaires bruxelloises, le tunnel permet la réparation de la surface[16]. En , on entame la prolongation du tunnel Rogier jusqu'au boulevard Jacqmain et en le projet initial contournant la basilique. Pendant toute la durée des travaux, la circulation automobile est maintenue, grâce à un système de viaducs temporaires qu'on déplace au fur et à mesure[15]. Est né le plus long tunnel de Belgique (2,3 km), le tunnel Léopold II, rebaptisé tunnel Annie Cordy lors de sa rénovation en .

Réaménagement du boulevard

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Travaux en surface

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Pendant neuf ans, le boulevard ressemble à un « vaste champ de fouilles », aucun commerçant n'a jamais obtenu le moindre dédommagement[15]. Le réaménagement de la surface fait partie des conditions pour le permis de bâtir, mais aucun délai d'exécution n'y est lié. C'est l'administration des Routes qui doit l'exécuter aux frais du budget des Travaux publics, sur base d'un plan à élaborer par la Région bruxelloise. L'administration des Routes essaie d'y obtenir deux fois deux bandes de circulation séparées par une berme centrale, pour « permettre l'absorption du trafic en cas de fermeture du tunnel »… Les comités de quartier obtiennent de l'exécutif régional la suppression de la berme centrale, la réduction de la chaussée centrale et l'augmentation des zones de passage et des réfuges latérales[17],[18],[19]. Le , le boulevard est inauguré[20].

Le viaduc détruit, le projet de rénovation du boulevard est le suivant : « quatre bandes de circulation principales, deux voies de dessertes locales avec stationnement, des trottoirs et des pistes cyclables »[21].

Aménagement paysager

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Pour donner au boulevard Léopold II un brin de son aspect royal d'origine, deux rangées d'arbres sont plantées afin d'avoir « un alignement en perspective vers le parc Elisabeth et la Basilique »[22].

Du mobilier urbain, à savoir des bancs, des luminaires, des arrêts de bus, est aussi installé. Son aspect royal passe également par la réunion du parc du Sacré-Cœur et du parc Elisabeth. Des ronds-points et des squares sont agencés afin de rompre la monotonie rectiligne du boulevard.

Le plan d'aménagement vise notamment à augmenter le potentiel du quartier gâché par le viaduc en développant ses aspects économiques et sociaux. Le boulevard Léopold II est entouré par trois îlots qui présentent des affectations diverses : résidentielle, commerciale et publique. Dans ces îlots se côtoient population bourgeoise qui borde le boulevard et population industrielle occupant les rues adjacentes. L'objectif du plan est de conserver cette mixité autant au niveau des habitants que des affectations nécessaires à la vie sociale du quartier. Cette diversité empêche le phénomène de spéculation immobilière qui provoquerait le remplacement des habitations par des bureaux[23].

Ce réaménagement a aussi pour objectif la conservation de l'architecture typique du boulevard. Les autorités n'ont pu détruire ou modifier certaines maisons en raison de leur intérêt architectural.

Le viaduc « provisoire » au cinéma

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Bâtiments remarquables et lieux de mémoire

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Notes et références

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  1. 1 2 3 « Koekelberg - Boulevard Léopold II », sur monument.heritage.brussels (consulté le )
  2. ↑ Jacques Dubreucq, Bruxelles 1000, une histoire capitale, vol. 4, la section du canal, Bruxelles, , p. 350
  3. ↑ « Boulevard Léopold II - Molenbeek - Koekelberg », sur ebru.be (consulté le )
  4. ↑ Dubreucq 1997, p. 350-351.
  5. ↑ Dubreucq 1997, p. 352-355.
  6. ↑ Bruxelles, Carrefour de l'Occident, Bruxelles, Ministère des Travaux Publics et de la Reconstruction, , p. 55-56
  7. ↑ Thierry Demey, Bruxelles, Chronique d'une capitale en chantier, t. 2 : De l'Expo '58 au siège de la C.E.E., Bruxelles, Paul Legrain, , p. 22, 23, 47
  8. ↑ F. Solvel, « Le tiercé perdant des viaducs bruxellois », sur brusselslife.be, (consulté le ).
  9. ↑ « Du viaduc au tunnels : Le boulevard Léopold II », dans ARAU, Bruxelles vu par ses habitants, Bruxelles, CFC, , 156 p.
  10. ↑ « A Bangkok, on rénove le « Thai-Belgian bridge », ex-viaduc de Koekelberg », RTBF Info,‎ (lire en ligne, consulté le )
  11. ↑ « Le viaduc Reyers ne connaîtra pas le même destin que celui du Léopold II », RTBF Info,‎ (lire en ligne, consulté le )
  12. ↑ « Le tiercé perdant des viaducs bruxellois », sur brusselslife.be (consulté le )
  13. ↑ « Viaduc Léopold II », sur reflexcity.net (consulté le )
  14. 1 2 3 Demey 1992, p. 48.
  15. 1 2 3 Demey 1992, p. 51.
  16. ↑ Demey 1992, p. 50.
  17. ↑ Demey 1992, p. 52.
  18. ↑ J.-C. V., « Le tunnel Léopold II en fonction : et maintenant, vite la surface ! » (Archives de la Ville de Bruxelles, Collection des archives privées, 1026 à 1028), Le Soir,‎
  19. ↑ L. Bertels, « Le boulevard Léopold II enfin sur la sellette » (Archives de la Ville de Bruxelles, Collection des archives privées, 1026 à 1028), La Dernière Heure,‎
  20. ↑ Demey 1992, p. 53.
  21. ↑ E. de Bellefroid, « Léopold II pourra enfin ressusciter » (Archives de la Ville de Bruxelles, Collection des archives privées, 1026 à 1028), La Libre Belgique,‎
  22. ↑ D. B., « Le réaménagement complet du boulevard Léopold II à l'horizon 88 » (Archives de la Ville de Bruxelles, Collection des archives privées, 1026 à 1028), La Lanterne,‎ .
  23. ↑ A.R.A.U., « Le boulevard Léopold II - planifier, reconstruire, embellir » (Archives de la Ville de Bruxelles, Collection des archives privées, 1026 à 1028), A.R.A.U.,‎ .

Voir aussi

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Articles connexes

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Bibliographie

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  • Jean Francis, La Chanson des rues de Molenbeek-Saint-Jean, Bruxelles, Louis Musin, , p. 72
  • « Du viaduc au tunnels : Le boulevard Léopold II », dans ARAU, Bruxelles vu par ses habitants, Bruxelles, CFC, , 156-159 p.
  • « Koekelberg : Boulevard Léopold II », sur Inventaire du patrimoine architectural, MRBC (consulté le )
  • Thierry Demey, Bruxelles, Chronique d'une capitale en chantier, t. 2 : De l'Expo '58 au siège de la C.E.E., Bruxelles, Paul Legrain, , 330 p.