Bruno Lussato
Bruno Lussato, né le à Tunis et mort le à Paris, est un spécialiste des organisations, théoricien du management, théoricien de l'information, littérateur et enseignant français.
| Naissance |
Tunis, Protectorat français de Tunisie |
|---|---|
| Décès |
(à 76 ans) Paris 14e, France |
| Nationalité | Française |
| Domaines | Organisation, Système d'information |
|---|---|
| Diplôme | CNAM |
| Renommé pour | Son travail sur la micro-informatique et sur l'organisation |
| Distinctions | Commandeur de la Légion d'honneur |
Biographie
modifierBruno Lussato est professeur et fondateur de la chaire d'organisation au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) et professeur à la Wharton School de l'université de Pennsylvanie.
Dès 1973, il annonce l'avènement du micro-ordinateur et combat « les tenants des grandes organisations inhumaines »[1],[2]. Ainsi, il est réputé entre autres pour son opposition très précoce — dès le début des années 1970 — à la concentration des moyens informatiques, qu'il considérait comme une grave erreur, et à la « loi de Grosch » qu'il dénonçait comme modèle erroné de la réalité.
Dans son livre Le Défi informatique, il développe la métaphore « du grand et du petit chaudron » et critique les « gros chaudrons » (l'informatique centralisée et gros systèmes) qui selon lui favorise la centralisation étatique et rend la société vulnérable face aux pannes, sabotages, piratages, fuites de secrets, escroqueries etc.[3]. A l'inverse, il préconise le « principe de subsidiarité technologique » : prendre les décisions au niveau le plus bas possible, ce qui implique que la taille de la machine doit être la plus petite possible pour la tâche demandée (par exemple, préférer un support local comme le vidéodisque plutôt qu'un serveur centralisé géant)[3].
Les années suivantes lui donnèrent en grande partie raison, surtout à partir du milieu des années 1980. Il revendique l'invention du mot microinformatique. Son collègue Michel Godet aime à rapporter son franc-parler en la matière : « La question de l'utilisation de l'ordinateur à l'école n'est pas plus importante que celle de la craie. » (Futuribles, 1988).
Lors de l'éclatement de la bulle internet en 2000, son livre L’imposture informatique estime que le minitel fut « un enfant naturel du plan calcul »[4], dont l'abandon a marqué un « choc frontal entre deux conceptions : celle gaullienne de la prédominance de l’État dans les « grands chantiers du pays » dont l’informatique fait partie, et celle anglo-saxonne du tout libéral, où le privé a tout pouvoir, ce qui a engendré les GAFA »[4].
Passionné d'art et de musique classique, il consacre sa vie à former ce qu'il appelle affectueusement ses « élèves » au travers de rencontres artistiques. Il est précurseur dans le domaine de l'organisation et du management. Il est le fondateur du Centre culturel des Capucins à Montfort-l'Amaury, destiné à enseigner la culture générale aussi bien aux cadres qu'aux simples employés, dans l'optique d'augmenter leur adaptabilité aux changements[5]. Il est racheté par la suite par l'entreprise L'Oréal. Le livre Décodage reprend un certain nombre des cours qu'il y enseigna.
Fait chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneur par le ministre de l'Éducation nationale, officier de la Légion d'honneur par le ministre des Finances, et commandeur de la Légion d'honneur au titre de la recherche et de l'enseignement universitaire le [6], il décède deux ans après le dans le 14e arrondissement de Paris[7], à la suite de complications liées à une infection nosocomiale[8].
Les zébulons
modifierDans la lignée du « renard » d'Albert Ducrocq, mais avec les moyens informatiques des années 1970, il mit au point les « zébulons » : il s'agissait de chariots de manutention sans conducteurs, munis d'une électronique embarquée, et qui officiaient dans les entrepôts du Bazar de l'Hôtel de Ville (BHV) sans surveillance humaine, prenant leurs instructions par un système radio. Le système fonctionna avec les performances et fonctionnalités prévues mais, si l'on en croit Lussato lui-même[9], les équipes ultérieures du BHV ne purent ou ne surent en assurer la maintenance, et l'expérience n'eut pas de développements ultérieurs.
L'entretien (Apocalypsis cum Figuris)
modifierGrande œuvre de sa vie, en perpétuelle évolution, ce journal de plusieurs tomes a été donné, puis continué pour la Bibliothèque nationale de France où il est conservé au Département des manuscrits anciens[10]. Ces livres sont conçus comme une sorte de livre d'heures ; il y regroupe tout ce qui peut l'inspirer dans son travail ou dans ses passions : enluminures, musique classique, calligraphie, montages photographiques, art moderne. Chaque livre se découpe en séquences qui s'entremêlent et racontent une histoire différente. Il y écrit par à-coups, et chaque tome est sur un thème particulier et sous une forme différente. Il semble qu'un tome ait disparu pendant plusieurs années. Il est à noter que certains de ces sujets ont fait l'objet d'une forte autocensure du fait de leur caractère sensible.
Fondation Bruno Lussato
modifierBruno Lussato a créé à Uccle (Bruxelles) une fondation qui porte son nom, avec le financement d'un mécène russe inconnu et placée sous la direction de Constantin Chariot. Située dans une villa relevant de l’esthétique Art déco et construite en 1926 par Antoine Pompe, un élève de Victor Horta, la fondation conserve et amplifie une importante collection d'art Mingei, l'art populaire japonais. L'inauguration officielle a lieu en , alors qu'une maison conçue pour la cérémonie du thé, un jardin japonais et un auditorium le sont en 2013.
Le Ring
modifierEn 2005, Bruno Lussato, qui avait réuni la deuxième collection mondiale d'ouvrages et de documents sur cette œuvre[11], achève un ouvrage encyclopédique sur la tétralogie L'Anneau du Nibelung de Richard Wagner, Voyage au cœur du Ring, en étroite collaboration avec Marina Niggli. En deux tomes (Poème commenté et Encyclopédie), d'environ 800 pages chacun, il analyse ce qui est, pour lui, une œuvre majeure de l'art musical et théâtral, le « plus imposant monument dramatique de notre civilisation »[12]. L'ouvrage comporte un avant-propos de Pierre Boulez et éclaire les multiples facettes, lectures, analyses, aussi bien philosophiques, mythologiques, psychanalytiques, socio-économiques, politiques de cette œuvre labyrinthique.
Institute for System Development
modifierCertains de ses livres tels que Virus sont le produit de réflexion en think tank dans le cadre de l'ISD ou en collaboration avec Kevin Bronstein. Les manuscrit originaux sont alors "élagués" des informations qui pourraient bafouer le secret professionnel.
Collections
modifierBruno Lussato collectionnait les stylos et en fit un musée. Une partie importante de ces stylos a disparu lors d'un cambriolage mais la collection est encore exposée au musée du Stylo, situé à Paris, près de la place d'Iéna.
Ouvrages
modifier- Virus / Huit leçons sur la désinformation (2007 - Syrtes)
- Voyage au cœur du Ring. Wagner - L'Anneau du Nibelung (2005 - Fayard), avec Marina Niggli - en deux volumes : Poème commenté et Encyclopédie
- L'imposture informatique (2000 - Fayard), avec François de Closets
- La troisième révolution (1999 - Plon)
- L'échelle humaine (1998 - Robert Laffont), avec Olivier de Tissot et Philippe Delannoy
- Décodage (1997 - Interédition)
- La vidéomatique (1996 - Organisation), avec Bruno France-Lanord
- Claude Mediavilla (1996 - Paris Bibliothèques), avec Claude Mediavilla
- Du signe calligraphié à la peinture abstraite (1996)
- Un amour de stylo (1995 - Robert Laffont), avec Jean-Pierre Guéno et Kimiyasu Tatsuno
- La Théorie de l'empreinte (1991 - ESF)
- Bouillon de culture (1986) - Robert Laffont, avec Gérald Messadié
- Le Défi informatique (1981 - Fayard)
- Les structures de l'entreprise (1981 - Organisation)
- Introduction critique aux théories d'organisation (1977 - Bordas)
- La micro-informatique : introduction aux systèmes répartis (1974 - Éditions d'informatique), avec Bruno France-Lanord et Pierre Bouhot.
Distinctions
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Chevalier de la Légion d'honneur, par le ministre de l'Éducation nationale,
Officier de la Légion d'honneur, par le ministre des Finances, le [6].
Commandeur de la Légion d'honneur, au titre de la recherche et de l'enseignement universitaire, le [6].
Notes et références
modifier- ↑ La micro-informatique : introduction aux systèmes répartis, par Bruno Lussato, Bruno France-Lanord et Pierre Bouhot, en 1974 aux Éditions d'informatique
- ↑ Notice en 1974 sur le site des Éditions Fayard
- 1 2 « Grand et petit chaudron », sur Le Monde
- 1 2 « Plan calcul contre Gafa », sur www.revuemethode.org (consulté le )
- ↑ « Des stages de culture générale pour les cadres. », sur Le Monde
- 1 2 3 Décret du 13 juillet 2007 portant promotion, Légifrance (lire en ligne)
- ↑ Insee, « Extrait de l'acte de décès de Bruno Elie Lussato », sur MatchID
- ↑ Bruno Lussato ou la marque de la liberté et de l'éclectisme, Jean-Pierre Thiollet, France Soir, 2 octobre 2009, http://www.francesoir.fr/actualite/politique/mort-bruno-lussato-43440.html
- ↑ Bruno Lussato, « Journal du 3 juin 2007 », sur brunolussato.com (consulté le ).
- ↑ France Soir, Notice nécrologique
- ↑ Collection déposée à la Bibliothèque nationale de France, qui consacre du 14 novembre 1994 au 4 janvier 1995 une exposition « Wagner : le Ring en images », basée sur les fonds iconographiques de cette collection .
- ↑ Voyage au cœur du Ring, introduction, Fayard, 2005, p. 11.
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierBibliographie
modifier- « Bruno Lussato, ce singulier « mélimélomane » », in 88 notes pour piano solo, Jean-Pierre Thiollet, Neva Éditions, 2015, p. 116-121. (ISBN 978-2-3505-5192-0)
- Camille Paloque-Bergès, Loic Petitgirard. La micro-informatique, outil et enjeu d’innovations dans les formations du Cnam (1970-1990). Cahiers d’histoire du Cnam, 2022, L’informatique entre à l’école : vers une histoire de l’enseignement des sciences et techniques informatiques vol.15 (1), pp. 143-156. [lire en ligne]
Liens externes
modifier- Ressource relative à la recherche :