Bureau central des cultes
Le bureau central des cultes (BCC) est un service du ministère de l'Intérieur français, dépendant de la sous-direction des cultes et de la laïcité (SDCL) au sein de la Direction des libertés publiques et affaires juridiques (DLPAJ)[1].
| Fondation |
10 mai 1912 |
|---|---|
| Prédécesseur |
Direction des cultes |
| Sigle |
BCC |
|---|---|
| Type | |
| Domaine d'activité | |
| Pays |
| Cheffe |
Parvine Lacombe (depuis 2024) |
|---|
Créé par un décret du , il succède à la Direction des cultes, qui, après une phase de transition, avait été rendue sans objet par la loi du 9 décembre 1905 concernant séparation des Églises et de l'État[2].
Un bureau spécifique de la SDCL de la DLPAJ traite de la gestion des cultes en Alsace-Moselle avec l'application du droit local des cultes, la nomination des ministres des cultes sous le régime concordataire dans ces trois départements et le suivi de leurs carrières.
Le BCC a quatre missions[3] :
- l’application du droit des cultes et des congrégations religieuses ;
- les relations entre l’État et les cultes ;
- la connaissance et le suivi du fait religieux en France ;
- la sécurité des lieux de culte et la lutte contre les actes antireligieux.
Histoire
modifierLa Direction des cultes, ancêtre du bureau central des cultes (1801-1911)
modifierLa Direction des cultes est créée sous le Consulat, après le Concordat de 1801, et est confiée au juriste Jean-Etienne-Marie Portalis. Après avoir été élevée au rang de ministère en 1804 et maintenue durant le Premier Empire, elle est supprimée sous la Restauration, qui institue un ministère des affaires ecclésiastiques et de l’instruction publique le 26 août 1824[4],[2].
A nouveau créée par arrêté du 12 juin 1839[5] à partir de structures administratives éparses et rattachée d’abord au ministère de la justice, la direction des cultes change fréquemment de ministère tout au long du XIXème siècle, la justice, l’instruction publique et les beaux-arts ainsi que l’intérieur prenant la direction sous leur égide. Ses fonctions sont l’élaboration du droit des cultes et la gestion administrative des ministres des cultes reconnus. Elle est au cœur de l’actualité de la Troisième République dans la mise en œuvre des mesures de laïcisation, qui culminent dans la crise des années 1902-1904 avec l’expulsion des congrégations et la rupture des relations diplomatiques avec le Saint-Siège.
La loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État ne fait pas disparaître immédiatement la direction des cultes. Louis Méjean, haut-fonctionnaire qui avait joué un rôle important dans la rédaction du rapport d’Aristide Briand avant le vote de la loi et des textes d’application de cette loi, est nommé directeur des cultes le 12 mars 1907, avec pour mission de liquider cette administration en organisant la redistribution de certaines compétences à d’autres services. La direction des cultes est définitivement supprimée par le décret du 17 août 1911[6].
L’évolution du bureau central des cultes depuis 1912
modifierLe décret du 10 mai 1912 crée deux bureaux jumeaux au sein de la direction du personnel et du secrétariat du ministère de l’intérieur : le bureau des cultes et le bureau des associations. Ils fusionnent en 1934 avant d’être de nouveau séparés dans les années 1950[2.1].
A la fin de la Seconde Guerre mondiale, une sous-direction des cultes et associations est créée par l’ordonnance du 16 novembre 1944 au sein de la direction de l’administration régionale, départementale et communale du ministère de l’intérieur. Les cultes sont ensuite transférés au sein de la sous-direction des affaires politiques de la direction du personnel des affaires politiques par le décret du 7 juin 1951, qui comprend le bureau des affaires politiques, le bureau des cultes et le bureau des associations[2.2]. Indépendamment des changements de directions, le bureau va demeurer dans une sous-direction chargée des affaires politiques jusqu’en 2008.
Par arrêté ministériel du 28 novembre 2008[7], le bureau des cultes est rattaché, avec tous les bureaux de l’ancienne sous-direction des affaires politiques et de la vie associative (à l’exception du bureau des élections et des études politiques) à la direction des libertés publiques et des affaires juridiques (DLPAJ)[8]. Il est intégré à la sous-direction des libertés publiques.
Depuis l’arrêté ministériel du 30 septembre 2021, il fait partie de la sous-direction des cultes et de la laïcité, qui comprend le bureau central des cultes, le bureau des cultes du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle et le bureau de la laïcité[9], créé en 2021 dans la continuité du remplacement de l’Observatoire interministériel de la laïcité par le Comité interministériel de la laïcité.
Missions
modifierLe BCC a quatre missions principales[3].
L’application du droit des cultes et des congrégations religieuses
modifierLe BCC participe à l’élaboration des projets de textes législatifs et réglementaires sur le droit des cultes. Il a ainsi contribué à la rédaction de la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République (dite « loi CRPR »), qui a modifié le droit des cultes (création de la déclaration de la qualité cultuelle, renforcement des obligations de gouvernance et de transparence des associations exerçant le culte, création d’un contrôle des financements étrangers, etc.)[10].
Il exerce aussi une mission de conseil juridique auprès des autorités et des préfectures dans l’application du droit des cultes, issu de la loi du 9 décembre 1905, de la loi du 2 janvier 1907 et de la loi du 24 août 2021[3].
Le BCC met en œuvre le droit des congrégations religieuses sur le fondement du titre III de la loi du 1er juillet 1901 (reconnaissance légale, abrogation du titre d’existence légale, approbation des modifications statutaires)[11].
Le dialogue de l’État avec les cultes
modifierLe BCC a des relations avec l’ensemble des cultes. Dans la pratique, il a des échanges plus réguliers avec les principaux cultes suivants [1]:
- Le culte bouddhiste, avec l’Union bouddhiste de France (UBF) ;
- Le culte catholique, avec la Conférence des évêques de France (CEF) ;
- Le culte juif, avec le Consistoire central de France ;
- Le culte musulman, avec le Conseil français du culte musulman (CFCM) jusqu’en 2021 et depuis le Forum de l’islam de France (FORIF) ;
- Le culte orthodoxe, avec l’Assemblée des évêques orthodoxes de France (AEOF) ;
- Le culte protestant, avec la Fédération protestante de France (FPF) ;
Concernant le culte musulman, le Conseil français du culte musulman (CFCM), créé en 2003 à l’initiative du ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, n’est plus l’interlocuteur de l’État depuis 2021. Plusieurs fédérations ont quitté le CFCM en 2021 après des désaccords sur le contenu d’une charte des principes pour l'islam de France[12] puis sur l’opportunité de la convocation d’un bureau exécutif pour désigner un nouvel aumônier national musulman des prisons[13]. Le 12 décembre 2021, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a déclaré que le CFCM n’était « plus l’interlocuteur des pouvoirs publics »[14]. Le culte musulman n’ayant pas de structure nationale représentative, le BCC anime le Forum de l’islam de France (FORIF), créé en 2022, et qui constitue le cadre de dialogue entre l’Etat et les acteurs du culte musulman au niveau national[15]. Il s’articule avec les Assises territoriales de l’islam de France (ATIF) au niveau départemental.
La connaissance du fait religieux en France
modifierLorsque le bureau est créé en 1912, le paysage religieux français se limite essentiellement aux cultes catholique, protestant réformé, protestant luthérien et juif, c’est-à-dire les cultes reconnus avant la loi de Séparation.
Avec l’accroissement de la diversité religieuse en France, le développement de l’islam, du protestantisme évangélique et du bouddhisme notamment, et la sécularisation croissante de la société, le BCC a développé sa connaissance du fait religieux et son suivi de la vie des religions[1].
Depuis 2015, le gouvernement, désireux de soutenir la recherche en islamologie ainsi qu’en sciences humaines et sociales sur l’islam en France et en Europe, a confié au BCC la création, la gestion et l’organisation de l’appel à projet « Islam et société »[16]. Cette décision répond à un besoin de connaissance de l’administration dans ces domaines et fait suite au constat d’un déclin de l’islamologie en France[17].
La sécurité des lieux de culte et la lutte contre les actes antireligieux
modifierLa sécurité des lieux de culte et la lutte contre les actes antireligieux est une mission confiée au BCC depuis 2023, auparavant dévolue à la Délégation ministérielle aux Partenariats, aux Stratégies et aux Innovations de Sécurité (DPSIS)[18].
En 2026 un premier bilan des actes antireligieux a été réalisé qui dresse un état des lieux précis des actes antireligieux recensés entre 2010 et 2025, explicite les grandes tendances, leurs caractéristiques et évolutions notables, réalise un état détaillé des actes antireligieux commis en 2025 et présente les différents leviers d’action du ministère de l’Intérieur[19]. Il réunit périodiquement les forces de sécurité intérieure et les représentants des cultes chrétien, juif et musulman pour évaluer régulièrement la menace et, le cas échéant, ajuster les dispositifs de protection[20].
Liste des chefs de bureau (non exhaustive)
modifier- 1994-2001: Philippe Le Carpentier
- 2001-2004 : Vianney Sevaistre
- 2004-2008 : Didier Leschi
- 2009-2011 : Bertrand Gaume
- 2011-2013 : Louis-Xavier Thirode
- 2013-2016 : Pascal Courtade
- 2016-2019 : Arnaud Schaumasse
- 2019-2023 : Clément Rouchouse[21]
- 2023-2024 : Juliette Part
- depuis 2024 : Parvine Lacombe
Références
modifier- 1 2 3 « Dans le secret du bureau des cultes, « saint des saints » de la laïcité », sur La Vie.fr, 2021-05-28cest10:38:28+02:00 (consulté le )
- 1 2 V. Ploquin et C. Tieri, « Le bureau central des cultes : « un tout petit objet qui fait de grandes choses » », AJDA, nos 39/2025, 10 novembre 2025, p. 2012
- 1 2 3 [vidéo] « Le rôle du chef du bureau central des cultes - #AgentsEngagés avec Parvine L. », Ministère de l'Intérieur, , 4:21 min (consulté le )
- ↑ « Ministère de l'Education Nationale », sur Comité d'histoire, (consulté le )
- ↑ Archives nationales, « France. Direction des cultes (1839-1911) », sur https://francearchives.gouv.fr (consulté le )
- ↑ La rédaction, « La laïcité en France depuis la Révolution : chronologie », sur https://www.vie-publique.fr, (consulté le )
- ↑ « Arrêté du 28 novembre 2008 portant organisation et attributions de la direction des libertés publiques et des affaires juridiques - Légifrance » [archive du ], sur www.legifrance.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « La direction des Libertés publiques et des Affaires juridiques | Ministère de l'Intérieur », sur www.interieur.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « Sous-direction des cultes et de la laïcité - Annuaire | Service Public », sur lannuaire.service-public.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « Loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République », sur https://www.vie-publique.fr, (consulté le )
- ↑ « Loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d'association - Légifrance » [archive du ], sur www.legifrance.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « Charte de l’islam : trois fédérations du Conseil français du culte musulman refusent de signer le texte en l’état », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Jean-Marie Guénois, « Un nouvel épisode dans la crise interne qui secoue le CFCM », sur Le Figaro, (consulté le )
- ↑ « Islam de France: le CFCM dénonce les propos de Darmanin sur la "mort" de cette instance », sur BFM, (consulté le )
- ↑ « Clôture de la 2e session du Forum de l’islam de France (FORIF): des avancées concrètes pour l’avenir | Ministère de l'Intérieur », sur www.interieur.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « Appels à projets (AAP) « Islam et société » | Ministère de l'Intérieur », sur www.interieur.gouv.fr, (consulté le )
- ↑ « Livre blanc » [archive du ], sur majlis-remomm.fr (consulté le )
- ↑ « Direction des entreprises et partenariats de sécurité et des armes | Ministère de l'Intérieur », sur www.interieur.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « Publication du bilan national détaillé des actes antireligieux 2025 | Ministère de l'Intérieur », sur www.interieur.gouv.fr, (consulté le )
- ↑ « Actes antireligieux - Tendances 2025 | Ministère de l'Intérieur », sur www.interieur.gouv.fr, (consulté le )
- ↑ La Croix, « Un nouveau chef pour le bureau des cultes », sur La Croix (consulté le ).