Bureau national des exorcistes
Le bureau national des exorcistes est l'organisme chargé par la conférence des évêques de France de coordonner les exorcistes français.
Ses prises de positions, notamment dans les années 1990-2000, sont critiquées par Gabriele Amorth (cofondateur de l'association internationale des exorcistes) qui dénonce ses contradictions avec l'enseignement de l'Église catholique. Le bureau national des exorcistes a une approche plus psychiatrique et psychologique des cas de possession que les exorcistes italiens, et ne travaillerait pas aussi sérieusement qu'eux la démonologie.
Histoire
modifierDepuis 1977, il existe un congrès annuel organisé par la conférence épiscopale française réunissant initialement une quinzaine d'exorcistes[1]. Le secrétaire en est René Chenesseau, qui cofonde plus tard l'association internationale des exorcistes, et l'exorciste de Paris Henri Gesland[2] y est également très actif[1].
Un changement radical se produit en 1984 : Henri Gesland est remplacé à Paris par Robert Gauthier[3] — qui, selon Gabriele Amorth, « n'a jamais pratiqué d'exorcismes et qui ne croyait qu'en la psychiatrie » — et le nouveau secrétaire est l'exorciste de Rennes Isidore Froc[1]. Selon Amorth, Isidore Froc, connu pour son ministère auprès d'un hôpital psychiatrique tout en n'ayant jamais pratiqué d'exorcisme[4], prend une « influence déterminante » sur l'assemblée et la formation des nouveaux exorcistes[5].
En 1987, il y a une soixantaine d'exorcistes français[3].
En 2001, les exorcistes catholiques français sont, selon Amorth, les seuls dans le monde à se réunir chaque année en assemblée promue par la conférence épiscopale elle-même[1]. Il affirme que seuls cinq d'entre eux, sur une centaine, croient au diable et pratiquent des exorcismes, et les autres orientent vers des psychiatres[4]. En Bretagne, le seul exorciste qui fasse des exorcistes est un moine cistercien de Timadeuc, jouissant d'une autorité suffisante pour s'opposer à Isidore Froc[6].
En 2012, il y a 70 exorcistes en France[7]. En 2026, le bureau national des exorcistes coordonne 120 exorcistes français[8].
Organisation
modifierLe bureau national des exorcistes est composé de trois exorcistes diocésains, d'une personne laïque, et d'un théologien[9]. Il est accompagné par un secrétaire adjoint de la conférence des évêques de France, et placé sous la responsabilité d'un des évêques français de la Commission épiscopale pour la liturgie et la pastorale sacramentelle (CELPS)[9].
Sa mission est de « former et suivre les exorcistes au nom des évêques de France, leur permettre de se rencontrer et d’échanger sur les questions que leur pose leur ministère »[9],[10].
Il organise tous les deux ans durant trois jours[11] une session nationale des exorcistes français, au nombre d'environ 120 en 2026[8],[12].
On trouve sur son site internet les coordonnées de tous les prêtres exorcistes en France[13].
Prises de position et critiques
modifierEn 1992, Isidore Froc demande à René Marlet de présenter un rapport aux exorcistes français. Ce rapport affirme que le diable ne serait pas une personne mais un masque, qu'il ne serait pas un être individuel mais serait vu par Jésus selon les usages de son temps, que peu importe si Si Satan est vu comme la personnification du mal universel[14]. Selon Gabriele Amorth, toutes ces affirmations sont condamnées par le discours de 1972 par Paul VI : celui qui les soutient « sort du cadre de l'enseignement biblique et ecclésiastique »[14],[15],[16].
En 1997, l'exorciste Isidore Froc, secrétaire de l'assemblée des exorcistes y ayant un rôle central d'influence et de formation, publie à la demande de la conférence des évêques de France le livre Exorcistes, préfacé par le secrétaire général de la conférence des évêques Bernard Lagoutte[17] avec un avant-propos de Jean Vernette[18],[19]. Froc y déclare que les exorcismes ne méritent pas qu'on en parle, que la mission des exorcistes consiste à accueillir compatir et conseiller, éduquer à la prière mais ne dit rien sur la réalisation des exorcismes[20]. Il y relativise les exorcismes réalisés par Jésus et rapportés par les évangiles, affirmant qu'il s'agit plutôt de « récits de faits selon la mentalité des contemporains de Jésus », et s'opposant ainsi au document Foi chrétienne et démonologie de la congrégation pour la Doctrine de la foi en 1975[20],[21]. Froc cite également le rapport de René Marlet, ajoute : « face à la question de savoir si le diable existe ou non, il n'est pas toujours possible de donner une réponse précise », et remet en cause les signes de possession du rituel des exorcismes[14]. Gabriele Amorth affirme se demander si Isodore Froc sait ce qu'est un exorcisme[22].
Selon l'exorciste italien Gabriele Amorth en 2001, seuls cinq exorcistes français, sur une centaine, croient au diable et pratiquent des exorcismes, et les autres orientent vers des psychiatres[4]. Amorth, qui affirme avoir réalisé plus de 30 000 exorcismes sur des personnes dont certaines lui ont été envoyées par des psychiatres, ajoute que les assemblées françaises d'exorcistes ramènent tout à la psychologie et la psychiatrie[6].
En 2017, le bureau national des exorcistes publie un ouvrage intitulé Protection, délivrance, guérison, pour guider l'usage des prières de délivrance[9].
En 2025, il publie un avertissement contre le film Nefarious qui pourrait, selon lui, jeter le trouble dans les esprits des adolescents[23].
En 2026, il émet des réserves concernant le film Délivre-nous du Mal pourtant approuvé par l'association internationale des exorcistes et distribué par Saje distribution[24]. Selon le président de Sage, Hubert de Torcy, le bureau national des exorcistes français a une approche plus psychiatrique que les exorcistes italiens et l'association internationale des exorcistes[24]. Ces derniers seraient les « seuls à travailler sérieusement la question avec des chaires de démonologie », alors qu'il n'y a « plus rien de tel depuis longtemps » en France[24].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 Amorth 2000, p. 34.
- ↑ Robert Solé, « L'exorciste reçoit le mercredi », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 « L'exorciste reçoit sur rendez-vous... », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 3 (it) Stefano Maria Paci, « Il fumo di Satana nella casa del Signore » [« La fumée de Satan dans la maison du Seigneur »], 30 Giorni, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Amorth 2000, p. 34-35.
- 1 2 Amorth 2000, p. 35.
- ↑ Olivier Jarrige, « Possessions et exorcisme : l’esprit du Mal frappe tous les jours à sa porte », Le Républicain lorrain, (lire en ligne).
- 1 2 Tion 2026.
- 1 2 3 4 Kérimel 2017.
- ↑ « "Satan, va-t'en!": prêtre exorciste, un vrai sacerdoce », La République des Pyrénées, (lire en ligne).
- ↑ Maguelone Peuchot, « Combattre le diable : qu'est-ce que l'exorcisme ? », RCF, (lire en ligne).
- ↑ « Le père Yves Pelen exerce la mission d’exorciste depuis cinq ans au diocèse de Saint-Étienne », Le Pays roannais, (lire en ligne).
- ↑ Montalembert 2026.
- 1 2 3 Amorth 2000, p. 37-38.
- ↑ « La nécessité de combattre le démon », Questions Actuelles (La Croix), (lire en ligne).
- ↑ Paul VI, Libérez-nous du Mal : Discours de l'audience générale du 15 novembre 1972, Rome, (lire en ligne).
- ↑ « Nécrologie. Mgr Lagoutte était l'ancien « patron » des évêques », La Presse de la Manche, (lire en ligne).
- ↑ Amorth 2000, p. 36.
- ↑ Isidore Froc, Exorcistes, Mame : Plon, coll. « Encyclopédie des Phénomènes Spirituels », (ISBN 978-2-259-18503-5, présentation en ligne).
- 1 2 Amorth 2000, p. 36-37.
- ↑ Congrégation pour la Doctrine de la foi, Foi chrétienne et démonologie, Rome, (lire en ligne)
- ↑ Amorth 2000, p. 38-39.
- ↑ « Communiqué du Bureau National des Exorcistes de la CEF concernant le film NEFARIOUS », sur Diocèse de Quimper et Léon (consulté le ).
- 1 2 3 Louis de La Houplière, « Délivre-nous du mal : un documentaire à voir malgré quelques réserves », Famille chrétienne, (lire en ligne).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (it) Gabriele Amorth, Esorcisti e psichiatri [« Exorcistes et psychiatres »], EDB, , 232 p. (ISBN 978-8810521045, lire en ligne)
- Guy de Kérimel, Présentation du livre de célébrations et prières « Protection, délivrance, guérison », (lire en ligne)
- Jean-Marie Guénois, « En France, le nombre d'exorcismes en nette augmentation », Le Figaro, (lire en ligne)
- Claire Lesegretain, « Prêtre exorciste, un ministère qui ne s’improvise pas », La Croix, (lire en ligne)
- Verónica Giménez Béliveau, « Exorcisme catholique en France contemporaine, entre thérapeutique et régulation institutionnelle », Social Compass, SAGE Publications Ltd, vol. 69, no 4, , p. 515–535 (ISSN 0037-7686, DOI 10.1177/00377686221122981, lire en ligne)
- Ghislain de Montalembert, « Le bureau national des exorcistes, cet organisme qui sauve ceux qui se sentent sous l’emprise du diable », Le Figaro, (lire en ligne)
- Guillaume Tion, « «Casser le mythe d’être “possédé par le diable”» : plongée dans le sacerdoce d’exorciste, activité au succès d’enfer face aux malheurs du monde », Libération, (lire en ligne)
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Bureau national des exorcistes, Église catholique en France