Burkinabè au Ghana

La diaspora burkinabè vivant au Ghana

Les Burkinabè au Ghana désignent les ressortissants du Burkina Faso établis au Ghana, ainsi que, dans une acception plus large, les Ghanéens d’origine burkinabè. Cette population est issue de mobilités anciennes entre les territoires correspondant aux deux États actuels, de migrations de travail, de migrations familiales et de déplacements liés aux crises économiques ou politiques régionales.

Burkinabè au Ghana
Description de cette image, également commentée ci-après
Drapeau du Burkina Faso et Drapeau du Ghana
Populations importantes par région
Population totale Entre 1,5 et 3 millions (estimations)
Ambassade du Burkina Faso à Accra.

Le Ghana constitue l’une des principales destinations de la diaspora burkinabè, avec la Côte d'Ivoire, le Mali, le Niger et d’autres pays d’Afrique de l'Ouest[1].

L’ambassadeur du Burkina Faso au Ghana est le colonel-major David Kabré.

Histoire et peuplement

modifier

Mobilités anciennes

modifier

Les mobilités entre l’actuel Burkina Faso et le Ghana sont antérieures à la création des frontières coloniales. Elles sont liées aux échanges commerciaux, au pastoralisme, à l’agriculture, aux liens de parenté et à la présence de groupes culturels répartis de part et d’autre de la frontière contemporaine.

Les Mossi, les Bissa, les Gourmantché, les Dioula, les Lobi et les Peuls figurent parmi les populations présentes dans les espaces frontaliers ou ayant développé des liens sociaux et économiques entre les territoires correspondant aujourd’hui au Burkina Faso et au Ghana[2].

Période coloniale

modifier

Durant la période coloniale, les migrations depuis la Haute-Volta vers la Côte-de-l'Or britannique se développent, notamment à destination des zones agricoles et des centres urbains. Ces déplacements sont associés à la recherche d’emplois, au commerce et aux besoins de main-d’œuvre dans l’économie coloniale ghanéenne.

Après l’indépendance du Ghana en 1957 et celle de la Haute-Volta en 1960, les mouvements migratoires se poursuivent. Le Ghana demeure alors l’une des destinations régionales des travailleurs originaires de la Haute-Volta[3].

Aliens Compliance Order de 1969

modifier

Le 18 novembre 1969, le gouvernement ghanéen dirigé par le Premier ministre Kofi Abrefa Busia adopte l’Aliens Compliance Order. Cette mesure impose aux étrangers ne disposant pas d’un permis de résidence valide de régulariser leur situation ou de quitter le Ghana dans un délai initial de quatorze jours[4].

Cette politique touche plusieurs communautés étrangères, dont des ressortissants originaires de la Haute-Volta, du Togo, du Nigeria, du Mali et de la Côte d’Ivoire. Elle entraîne des départs importants d’étrangers et contribue à la réorientation d’une partie des migrations burkinabè vers la Côte d’Ivoire[5].

Depuis les années 2000

modifier
Frontière entre le Ghana et le Burkina Faso.

La crise sociopolitique ivoirienne des années 2000 contribue à réactiver ou à renforcer certains flux migratoires vers le Ghana. Les réseaux familiaux et communautaires déjà établis facilitent l’installation de nouveaux migrants burkinabè, notamment dans les zones frontalières, les villes du nord et les centres économiques du pays[6].

Les migrations contemporaines comprennent des travailleurs indépendants, des salariés, des commerçants, des artisans, des agriculteurs, des étudiants, des cadres et des membres de familles établies de longue date. Une partie des descendants de migrants burkinabè possède la nationalité ghanéenne ou se définit à la fois par des appartenances burkinabè et ghanéennes[3].

Données démographiques

modifier

Population

modifier

Au Ghana, il y a trois générations de Burkinabè. La génération arrivée pendant la période coloniale ou après les indépendances, celle née au Ghana et celle issue de parents nés au Ghana. Notons que la majorité de ceux qui y sont nés ont opté pour la nationalité du pays d’accueil. Il y a aussi les Burkinabè présents dans le pays pour des raisons professionnelles[7],[8].

Le nombre de burkinabè vivant au Ghana est estimé à plus de trois millions de personnes. La plupart de ces ressortissants sont concentrés dans le Nord du pays[7].

Répartition géographique

modifier

La population burkinabè est présente dans plusieurs régions du Ghana. Elle est notamment implantée dans le nord du pays, dans les régions de l’région du Haut Ghana oriental, de l’région du Haut Ghana occidental et de la région du Nord, qui entretiennent des liens historiques et géographiques étroits avec le Burkina Faso.

Des communautés burkinabè sont également présentes dans les régions d’Ashanti, de Brong-Ahafo, du Grand Accra et dans plusieurs villes ghanéennes, notamment Accra, Kumasi, Tamale et Bolgatanga[6].

Les Burkinabè du Ghana utilisent le français, langue officielle du Burkina Faso, et l’anglais, langue officielle du Ghana. Les langues burkinabè telles que le mooré, le dioula, le fulfulde, le bissa et le gourmantché sont également parlées dans certains milieux familiaux et communautaires. Les membres de la diaspora utilisent diverses langues du Ghana, notamment le twi, le dagbani et le haoussa.

Religion

modifier

La communauté comprend des personnes de confession musulmane, chrétienne ou pratiquant des religions traditionnelles africaines.

Vie économique

modifier

Les Burkinabè et les personnes d’origine burkinabè participent à plusieurs secteurs de l’économie ghanéenne. Ils sont présents dans l’agriculture, le commerce, l’artisanat, le transport, la restauration, la couture, la mécanique, les services, le travail domestique, l’enseignement et diverses activités du secteur informel.

Les migrants burkinabè peuvent également exercer comme entrepreneurs, opérateurs économiques, salariés du secteur privé, étudiants ou travailleurs d’organisations internationales. Leur situation professionnelle dépend notamment de leur titre de séjour, de leur nationalité, de leurs qualifications, de leurs réseaux sociaux et des règles ghanéennes relatives à l’emploi des étrangers[9].

Vie associative et participation citoyenne

modifier

Les Burkinabè vivant au Ghana sont organisés au sein d’associations, de regroupements communautaires, d’organisations de femmes et de jeunes, d’associations professionnelles et de réseaux religieux ou culturels. Ces structures participent notamment à l’accueil des nouveaux arrivants, à l’entraide, à la résolution de difficultés administratives, à la médiation sociale, à la promotion des cultures burkinabè et au maintien des liens avec le Burkina Faso.

La représentation diplomatique burkinabè au Ghana assure des services consulaires destinés aux ressortissants burkinabè. Le colonel-major David Kabré est nommé ambassadeur du Burkina Faso auprès de la République du Ghana en 2023[10]


Personnalités notables

modifier

Liste des Ambassadeurs du Burkina Faso au Ghana

modifier
  • 1961 - 1963 : John Boureima Kaboré, premier ambassadeur après les indépendances
  • 1964 - 1966 : Aïsse Mensah
  • 1969 - 1972 : Victor G. Kaboré
  • 1972 - 1979 : Paul T. Rouamba
  • 1979 - 1980 : Jean Baptiste Ilboudo
  • 1981 - 1983 : Jean Paul Bamogho
  • 1985 - 1988 : Maïmouna Ouattara
  • 1988 - 1989 : Emile Gouba
  • 1993 - 1994 : Jérôme Somé
  • 1995 - 2002 : Oubikiri Marc Yao
  • 2004 - 2013 : Sini Pierre Sanou
  • 2013 - 2017 : Clémence Traoré/Somé
  • 2017 - 2023 : Général Pingrenoma Zagré
  • Depuis juin 2023 : Général David Kabré[11],[12]

Notes et références

modifier
  1. « Étude sur la diaspora burkinabè au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, en Italie et en France », sur Organisation internationale pour les migrations, (consulté le )
  2. « ProGRES », sur progres.ujkz.gov.bf (consulté le )
  3. 1 2 Serge Noël Ouédraogo, « Les Burkinabè au Ghana : installation permanente ou provisoire de migrants et descendants de migrants », Djiboul, (lire en ligne, consulté le )
  4. (en) Meredith Terreta, « Ghana Must Go: Nativism and the Politics of Expulsion in West Africa, 1969–1983 », Past & Present, vol. 259, no 1, , p. 229-262 (lire en ligne, consulté le )
  5. (en) « The 1969 Ghana Exodus » [PDF], sur Migration Institute (consulté le )
  6. 1 2 « Compte rendu de la 10e séance des Ateliers de MOVIDA : migrants burkinabè dans l’espace public ghanéen », sur MOVIDA, (consulté le )
  7. 1 2 La rédaction, « Compte-rendu de la 10ème séance des Ateliers de MOVIDA : Migrants burkinabè dans l’espace public ghanéen », sur MOVIDA, (consulté le )
  8. « Les enjeux autour de la diaspora burkinabè : Burkinabè à l’étranger, étrangers au Burkina Faso », sur Dokumen.pub (consulté le )
  9. « Diaspora burkinabè : Celle du Ghana première pourvoyeuse de devises vers le pays - leFaso.net », sur lefaso.net (consulté le )
  10. « Nomination d’ambassadeurs du Burkina Faso », sur Ministère des Affaires étrangères, de la Coopération régionale et des Burkinabè de l’extérieur (consulté le )
  11. « Sini Pierre Sanou, ambassadeur du Burkina Faso au Ghana : « Plusieurs générations de Burkinabè vivent au Ghana » », sur lefaso.net (consulté le )
  12. « Le personnel – Ambassade du Burkina Faso à Accra au Ghana » (consulté le )

Voir aussi

modifier

Articles connexes

modifier

Bibliographie

modifier
  • Serge Noël Ouédraogo, « Les Burkinabè au Ghana : installation permanente ou provisoire de migrants et descendants de migrants », Djiboul, (lire en ligne).

Liens externes

modifier