Buste d'Arles

buste présumé de César

Le buste d'Arles est un buste en marbre grandeur nature d'un homme découvert en 2007 dans le Rhône près d'Arles, par des plongeurs du Département français de la recherche archéologique subaquatique.

Buste d'Arles
Le buste en marbre trouvé dans le Rhône près d'Arles.
Artiste
Inconnu
Type
Hauteur
67 cmVoir et modifier les données sur Wikidata
Lieux de découverte
No d’inventaire
RHO.1984.05.1943Voir et modifier les données sur Wikidata
Localisation

L'affirmation par ses découvreurs qu'il ait pu s'agir d'un portrait de Jules César qui lui serait contemporain a été abondamment relayée par la presse et les autorités culturelles françaises. Puis elle a été largement reconsidérée par des spécialistes, qui contestent tant l'identité du personnage que la datation de l'objet.

Exposé un temps au Musée du Louvre, il fait aujourd'hui partie de la collection du Musée de l'Arles antique.

Description

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Le buste en marbre, un peu plus grand que nature, figure un homme d'âge moyen, de physionomie réaliste, avec une ligne de cheveux légèrement dégarnie au niveau des tempes, et un long cou marqué d'« anneaux de Vénus » prononcés[1]. D’après le traitement du bord inférieur du buste, il semble avoir été sculpté pour être placé sur un « hermès », un simple pilier de pierre qui remplace le corps[2]. Il est représenté sans la toge, dans une forme conventionnellement considérée comme « héroïque », où la nudité exprime métaphoriquement une distinction « plus qu'humaine »[2].

Découverte

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Il est découvert en - dans le Rhône, près d'Arles, par des plongeurs du Département français de la recherche archéologique subaquatique. Au cours de la même campagne, des plongeurs mettent également au jour des statues plus petites de Marsyas, de style hellénistique, et une sculpture en marbre grandeur nature de Neptune, datant d'après son style du IIIe siècle apr. J.-C.

Les archéologues suggèrent alors qu'il s'agirait d'un portrait de Jules César, à dater d'environ Ils arguent d'un réalisme sans compromis du portrait, qui le place dans la tradition du portrait romain tardif républicain et des sculptures de genre du Ier siècle av. J.-C. Ils suggèrent en outre que le buste a pu être discrètement éliminé après l'assassinat de Jules César en , quand la possession de ses portraits serait devenue politiquement dangereuse.

La découverte prend une tournure nationale, et les plus hautes instances de l’État s'en mêlent[3] : la Ministre de la culture, Christine Albanel, affirme publiquement qu'il s'agit de « la plus ancienne » représentation connue de César[4], et pousse à orchestrer un battage publicitaire d'importance[5]. L'histoire fait l'objet de dizaines d'articles de journaux, de deux films documentaires, d'une exposition à Arles puis au Louvre, tandis que le buste apparaît même sur des timbres-poste français en [6].

Analyse

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Assez rapidement, l'historienne Mary Beard objecte qu'il n'y a aucune base pour identifier le buste à César, et accuse les découvreurs d'avoir organisé un coup publicitaire[7]. Dès 2008, elle constate que l'identification ne tient pas la route, pas plus que le danger de la possession du portrait d'une personnalité aussitôt divinisée après sa mort, qui a été jeté avec la sculpture de Neptune découverte lors de la même campagne[7].

D'autres historiens contestent également l'identification, parmi lesquels Paul Zanker (de), archéologue et spécialiste allemand de César et d'Auguste[5]. Beaucoup notent le manque de ressemblance avec les portraits de César émis sur les pièces de monnaie au cours des dernières années de la vie du dictateur, et avec le buste de César trouvé à Tusculum[8]. Ce dernier est accepté comme une représentation de Jules César de son vivant, sur la base de sa similitude avec les portraits de pièces[9].

Au terme d'un colloque organisé en pour une série de chercheurs au nombre desquels figurent Jean-Charles Balty, Emmanuelle Rosso et Paul Zanker, le portrait d’Arles ne se rattache pas à la somme des connaissances des portraits de César, qui reste toutefois imparfaite[10]. Emmanuelle Rosso explique qu’« un portrait qui ressemble à César a plus de chances de ne pas représenter César que de le représenter »[10]. Au terme d'une analyse comparative, Jean-Charles Balty avance que « l’existence (…) du « type Tusculum », datable des dernières années de vie du dictateur, rend tout à fait improbable qu’un autre type iconographique l’ait précédé de deux ou trois ans. Le beau portrait du Rhône n’a guère de chances de figurer César. S’il faut bien le dater de ce moment – mais je n’en suis vraiment pas assuré – on y verra l’image d’un contemporain qui n’aurait pas hésité à se faire représenter selon les canons iconographiques adoptés pour les effigies du dictateur (...) »[9]. Le buste rhodanien s'apparenterait alors aux « nombreux « Caesargesichter »[11] de [la] seconde moitié du Ier siècle, encore qu’on puisse même en remonter quelque peu la date »[9]. Paul Zanker date ainsi le buste d'Arles de la période augustéenne[12].

D'un autre côté, des chercheurs comme Flemming Johansen, Luc Long et Paolo Moreno, sans que cela ne prouve l'identification à César du portrait d’Arles, mettent en avant une série d’indices qui laissent penser qu'il pourrait s'agir du dictateur romain[10] : le lieu de sa découverte (une colonie césarienne), la qualité exceptionnelle de l’œuvre, sa ressemblance avec César[10]... Si aucun de ces éléments n’est décisif en soi, et si rassemblés ils ne constituent pas une preuve, ils n'en maintiennent pas moins le débat ouvert[10].

Valeur historiographique

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Au tournant des années 2020, les archéologues et historiens de l’art modernes sont encore divisés sur l'identité et la signification de cette oeuvre[6]. Les sceptiques soulignent à quel point la tête provenant du Rhône semble globalement différente du portrait de César visible sur les monnaies contemporaines, ainsi que des autres portraits connus généralement identifiés à lui[6]. Les partisans de l’identification, de leur côté, soulignent la similitude de la tête avec certains traits des portraits monétaires, notamment les rides au niveau du cou et la pomme d’Adam proéminente[6]. Quelques-uns enfin, sans vraiment convaincre, vont jusqu'à affirmer que la raison pour laquelle la sculpture n'a pas d'équivalent est le fait qu’il s’agit d’une image originale, sculptée d'après le modèle de son vivant[6].

L'historien Giusto Traina, ayant quelque peu moqué l'épisode de la découverte et des annonces tonitruantes qui ont suivi, conclut également qu'il s'agit vraisemblablement du portrait d'un notable local, qui se serait fait représenter à l'imitation du grand homme[5], flatté sans doute à l’idée que son apparence puisse rappeler celle du dictateur[12]. Mais cette découverte demeure pour lui un élément archéologique intéressant, ne fût-ce que pour le témoignage qu'il porte de l'attachement des notables locaux envers le dictateur. César avait en effet promu Arelate en , au détriment de sa rivale Marseille qui avait résisté au vainqueur des Gaules[5].

Enfin, pour Mary Beard, quelle que soit son identité, ce visage est un candidat sérieux pour trouver une place au XXIe siècle dans la succession des portraits de César, et qui ont dominé un temps l'imagination populaire ou savante, avant d’être supplantés par un autre prétendant[6].

Notes et références

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  1. Koortbojian 2013, p. 107.
  2. 1 2 Koortbojian 2013, p. 108.
  3. Mario Denti, « Idéologie et culture de la recherche sur le portrait gréco-romain : le « César » du Rhône », dans La sculpture romaine en Occident : Nouveaux regards, Publications du Centre Camille Jullian, coll. « Bibliothèque d’archéologie méditerranéenne et africaine », , 83–95 p. (ISBN 978-2-491788-09-4).
  4. Original communique (13 mai 2008) ; second communique (20 mai 2008) ; report (20 mai 2008).
  5. 1 2 3 4 Giusto Traina et Éric Vial, « Nos ancêtres les classiques : Postface à l'édition gallo-romaine », dans Giusto Traiana, Le livre noir des Classiques : Histoire incorrecte de la réception de l'Antiquité, Les Belles-Lettres, (ISBN 978-2-2514-5476-4), p. 129-131.
  6. 1 2 3 4 5 6 (en) Mary Beard, Twelve Caesars : Images of Power from the Ancient World to the Modern, Princeton University Press, (ISBN 978-0-691-22236-3), p. 43-46.
  7. 1 2 (en) Mary Beard, « The face of Julius Caesar? Come off it! » [archive du ], sur timesonline.typepad.com, (consulté le ).
  8. the "Tusculan bust": image at the AERIA library.
  9. 1 2 3 Jean-Charles Balty, « Le « César » d’Arles et le portrait des consuls de l’année 46 av. J.-C. », dans Vassiliki Gaggadis-Robin et Pascale Picard (dirs.), La sculpture romaine en Occident : Nouveaux regards. Actes des Rencontres autour de la sculpture romaine 2012, Publications du Centre Camille Jullian, coll. « Bibliothèque d’archéologie méditerranéenne et africaine », (ISBN 978-2-491788-09-4).
  10. 1 2 3 4 5 Daniel Roger, « Rendre à César : Questions autour du portrait des grands hommes de la République romaine », dans Vassiliki Gaggadis-Robin et Pascale Picard (dirs.), La sculpture romaine en Occident : Nouveaux regards, Publications du Centre Camille Jullian, coll. « Bibliothèque d’archéologie méditerranéenne et africaine », , 15–24 p. (ISBN 978-2-491788-09-4).
  11. Mot calqué sur Zeitgesichtes ou « visage de l'époque », pour désigner des portraits à l'imitation de personnalités.
  12. 1 2 (de) Paul Zanker, « Der Echte war energischer, distanzierter, ironischer », sur Süddeutsche.de, Suddeutsche Zeitung, (consulté le ).

Bibliographie

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  • Michael Koortbojian, The divinization of Caesar and Augustus : Precedents, consequences, implications, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-5211-9215-6), p. 107-110.
  • Vassiliki Gaggadis-Robin et Pascale Picard, La sculpture romaine en Occident : Nouveaux regards. Actes des Rencontres autour de la sculpture romaine 2012, Publications du Centre Camille Jullian, coll. « Bibliothèque d’archéologie méditerranéenne et africaine », (ISBN 978-2-491788-09-4).
  • Jean-Luc Martinez, Daniel Roger et Claude Sintes, Arles, les fouilles du Rhône: un fleuve pour mémoire, Actes sud, (ISBN 978-2-330-00639-6).

Voir aussi

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