Bébé sur mesure
Un bébé sur mesure (ou bébé à la carte) est un bébé conçu par fécondation in vitro et dont le patrimoine génétique a été intentionnellement sélectionné ou modifié, généralement pour exclure certains gènes associés à des maladies ou pour obtenir des caractéristiques souhaitées[1],[2]. Il est parfois sélectionné pour être un bébé-médicament. Ce processus repose généralement sur le diagnostic génétique préimplantatoire (DPI)[3]. Si le dépistage de maladies liées à un seul gène est déjà pratiqué, le dépistage polygénique des embryons se développe également, bien que seules quelques entreprises le proposent. Cette méthode utilise des algorithmes qui combinent les effets estimés de nombreuses variations génétiques afin d'évaluer le risque qu'un individu développe une maladie ou présente un caractère particulier[4].
Une autre méthode consiste à modifier directement le génome de l'embryon avant la naissance, notamment au moyen de techniques telles que CRISPR-Cas9. Un cas controversé est celui des jumelles chinoises Lulu et Nana, nées en 2018 après une modification de leur génome visant à les rendre résistantes à l'infection par le VIH. Cette intervention a suscité de nombreuses critiques et des débats juridiques[5].
C’est en Californie que le docteur Jeffrey Steinberg fait de la sélection des embryons un business pour la première fois avec la création d’un programme de sélection génétique en fondant le New York Fertility Institute en 1986. L'institut propose aux couples des fécondations in vitro et monnaye jusqu'à 40 000 dollars le don d'ovocytes[6].
Ces pratiques soulèvent la question de la modification génétique de la lignée germinale, qui consiste à introduire des modifications génétiques dans un embryon ou dans des cellules germinales parentales. Cette intervention est interdite dans certains pays, mais les réglementations diffèrent selon les États[7]. Les modifications apportées de cette manière peuvent être transmises aux générations suivantes, ce qui suscite d'importantes controverses scientifiques et éthiques[8]. Certains scientifiques défendent le recours à ces techniques pour prévenir ou traiter des maladies génétiques, tandis que d'autres mettent en garde contre leur utilisation à des fins non médicales, notamment pour modifier l'apparence ou d'autres caractéristiques humaines[9].
Diagnostic génétique préimplantatoire
modifierLe diagnostic génétique préimplantatoire (DPI) est une technique permettant d’analyser les embryons avant leur implantation. Elle est utilisée dans le cadre de la fécondation in vitro (FIV) afin d’examiner le génome des embryons obtenus. Il est également possible de procéder à l’analyse des ovocytes avant leur fécondation. Cette technique a été utilisée pour la première fois en 1989[10].
Le DPI est principalement utilisé pour sélectionner les embryons destinés à être transférés dans l’utérus lorsqu’il existe un risque d’anomalie génétique. Il permet de détecter des mutations génétiques ou des allèles associés à certaines maladies, afin d’écarter les embryons porteurs des anomalies recherchées. Cette technique est particulièrement utile lorsque l’un des parents ou les deux sont porteurs d’une maladie héréditaire.Le DPI peut également être utilisé pour sélectionner des embryons selon leur sexe, notamment lorsque certaines maladies sont liées au sexe. C’est le cas de certaines maladies liées au chromosome X, comme l’hémophilie, qui touche plus fréquemment les hommes. Les enfants nés à la suite d’une sélection embryonnaire fondée sur des caractéristiques génétiques sont parfois qualifiés de bébés sur mesure[11] .
Une autre application du DPI est la conception de « bébés sauveurs » (saviour siblings), c’est-à-dire des enfants conçus dans le but de fournir des cellules ou un organe à un frère ou à une sœur atteint d’une maladie potentiellement mortelle. Ces enfants sont conçus par FIV, puis soumis à un DPI afin d’évaluer leur compatibilité génétique avec l’enfant malade nécessitant une greffe, dans le but de réduire le risque de rejet de la greffe[10].
Processus
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Les embryons destinés au diagnostic génétique préimplantatoire (DPI) sont obtenus par fécondation *in vitro* (FIV), au cours de laquelle l’ovocyte est fécondé artificiellement par un spermatozoïde. Les ovocytes de la femme sont prélevés après une stimulation ovarienne contrôlée, qui consiste à administrer un traitement hormonal afin de favoriser la maturation de plusieurs ovocytes. Après leur prélèvement, les ovocytes sont fécondés *in vitro*, soit par mise en contact avec plusieurs spermatozoïdes dans un milieu de culture, soit par injection intracytoplasmique de spermatozoïde (ICSI), une technique consistant à injecter directement un spermatozoïde dans l’ovocyte. Les embryons obtenus sont généralement cultivés pendant 3 à 6 jours, jusqu’à ce qu’ils atteignent le stade de blastomère ou de blastocyste[12].
Lorsque les embryons atteignent le stade de développement souhaité, certaines de leurs cellules sont prélevées par biopsie, puis soumises à une analyse génétique. La méthode de dépistage utilisée varie en fonction de la nature de l’anomalie génétique recherchée. La réaction en chaîne par polymérase (PCR) est une technique permettant d’amplifier des séquences d’ADN afin d’obtenir un grand nombre de copies d’un même fragment. Elle permet ainsi d’analyser des échantillons et de détecter des gènes spécifiques[13]. Cette technique est notamment utilisée pour rechercher des maladies monogéniques, telles que la mucoviscidose.
Une autre technique de dépistage, l’hybridation in situ en fluorescence (FISH), repose sur l’utilisation de sondes fluorescentes qui se lient spécifiquement à des séquences hautement complémentaires situées sur les chromosomes. Ces séquences peuvent ensuite être visualisées par microscopie à fluorescence[14]. La FISH est fréquemment utilisée pour détecter des anomalies chromosomiques, notamment les aneuploïdies. Elle constitue ainsi un outil de dépistage utile pour rechercher certaines anomalies, telles que celles associées au syndrome de Down.
À l’issue du dépistage, les embryons présentant la caractéristique recherchée, ou ne présentant pas la caractéristique indésirable, telle qu’une mutation génétique, sont transférés dans l’utérus de la mère, où leur développement embryonnaire se poursuit naturellement.
Selon le type d’analyse réalisée, les tests génétiques préimplantatoires se distinguent en plusieurs catégories[15] :
- PGT-M (test génétique préimplantatoire pour les maladies monogéniques) : cette technique est utilisée dans le cadre de la fécondation in vitro (FIV) pour détecter les maladies héréditaires causées par des mutations ou des altérations de la séquence d’ADN affectant un seul gène[16].
- PGT-A (test génétique préimplantatoire pour les aneuploïdies) : cette technique permet de détecter les anomalies du nombre de chromosomes, appelées aneuploïdies[17].
Réglementation
modifierLa réglementation du diagnostic génétique préimplantatoire (DPI) relève des gouvernements de chaque pays. Certains pays, notamment l’Autriche, la Chine et l’Irlande, en interdisent totalement l’utilisation[18].
Dans de nombreux pays, le DPI est autorisé uniquement à des fins médicales et sous des conditions très strictes, comme en France, en Suisse, en Italie et au Royaume-Uni[19],[20]. En Italie et en Suisse, le DPI n’est autorisé que dans certaines circonstances, mais les critères encadrant sa réalisation ne sont pas clairement définis, et la sélection des embryons en fonction de leur sexe est interdite. En France et au Royaume-Uni, la réglementation est plus détaillée, des organismes spécialisés étant chargés d’établir le cadre applicable au DPI[21],[22]. La sélection des embryons selon leur sexe peut être autorisée dans certaines circonstances, et les maladies génétiques pour lesquelles le DPI est permis sont précisées par les organismes compétents de chaque pays.
À l’inverse, aux États-Unis, la législation fédérale n’encadre pas spécifiquement le DPI, et aucun organisme spécialisé ne définit de cadre réglementaire fédéral auquel les professionnels de santé doivent se conformer. La sélection du sexe à la demande des parents y est autorisée et représentait environ 9 % des cas de DPI[19]. La sélection d’embryons présentant certaines caractéristiques souhaitées, telles que la surdité ou le nanisme, y est également pratiquée[23].
Dépistage par score de risque polygénique (PRS)
modifierDans les années 2020, des entreprises telles qu’Orchid Bioscience ont commencé à proposer l’analyse des scores de risque polygénique(PRS) pour les embryons dans le cadre de la fécondation in vitro (FIV). Le PRS permet d’estimer la probabilité de présenter des caractères complexes, tels que la taille et l’intelligence, ou de développer des maladies comme le diabète, en agrégeant les données issues de milliers de marqueurs génétiques[24].
Cependant, de nombreux généticiens et bioéthiciens estiment que les prédictions fondées sur les PRS manquent de validité clinique et favorisent des pratiques eugénistes susceptibles de privilégier des caractéristiques considérées comme socialement souhaitables. Selon eux, cette approche risque de renforcer des biais sociaux en s’appuyant sur des prédictions génétiques dont la fiabilité peut être limitée. Elle soulève également des préoccupations concernant l’autonomie et l’identité de l’enfant, dont les perspectives de vie pourraient être envisagées à travers le prisme de ces prédictions génétiques.Une étude publiée en 2021 a montré que les scores de risque polygénique n’expliquaient que 5 à 10 % de la variation du niveau d’éducation atteint, soulignant ainsi leurs capacités prédictives limitées[25].
Modification génétique de la lignée germinale humaine
modifierLa modification génétique de la lignée germinale humaine est un procédé consistant à modifier le génome humain au sein d’une cellule germinale, telle qu’un spermatozoïde ou un ovocyte, ce qui entraîne des modifications héréditaires, ou au sein du zygote ou de l’embryon après la fécondation[26]. Cette technique entraîne des modifications du génome qui sont présentes dans toutes les cellules du corps de l’individu issu de cette modification embryonnaire. Elle se distingue de la modification génétique des cellules somatiques, qui n’entraîne pas de changements héréditaires.La plupart des expériences de modification génétique de la lignée germinale humaine sont réalisées sur des cellules isolées et des embryons non viables, qui sont détruits à un stade très précoce de leur développement. Toutefois, en novembre 2018, un scientifique chinois, He Jiankui, a annoncé avoir créé les premiers bébés humains génétiquement modifiés par édition de la lignée germinale[27].
Le génie génétique repose sur la connaissance des informations génétiques humaines, rendue possible notamment par des recherches telles que le Projet génome humain, qui a permis d’identifier la position et la fonction des gènes du génome humain[28]. En 2019, les techniques de séquençage à haut débit permettaient déjà de séquencer les génomes très rapidement, rendant cette technologie largement accessible aux chercheurs[29].
La modification de la lignée germinale est généralement réalisée à l’aide de techniques permettant d’introduire un nouveau gène dans une région précise du génome de l’embryon ou de la cellule germinale. Cela peut se faire en introduisant directement l’ADN souhaité dans la cellule afin qu’il s’intègre au génome, ou en remplaçant un gène par un autre présentant les caractéristiques recherchées. Ces techniques peuvent également servir à supprimer ou à inactiver des gènes indésirables, notamment ceux qui contiennent des séquences mutées[30].
Bien que la modification génétique de la lignée germinale ait principalement été étudiée chez les mammifères et d’autres animaux, les recherches sur les cellules humaines in vitro se développent. Parmi les techniques utilisées sur les cellules humaines figurent la thérapie génique germinale et le système d’édition génétique CRISPR-Cas9, qui repose sur des nucléases modifiées[30].
Modification génétique de la lignée germinale
modifierLa thérapie génique consiste à introduire un acide nucléique, généralement de l’ADN ou de l’ARN, dans une cellule afin de traiter une maladie[31].Elle est le plus souvent réalisée à l’aide d’un vecteur de thérapie génique, qui transporte l’acide nucléique, généralement de l’ADN codant un gène thérapeutique, jusqu’à la cellule cible. Un vecteur peut permettre d’introduire une copie fonctionnelle d’un gène à un emplacement précis afin qu’il soit exprimé selon les besoins. Une autre possibilité consiste à insérer un transgène pour perturber intentionnellement un gène indésirable ou muté, empêchant ainsi la transcription et la traduction des produits défectueux de ce gène, dans le but d’éviter l’apparition d’un phénotype pathologique.Chez les patients, la thérapie génique est généralement réalisée sur des cellules somatiques afin de traiter certaines maladies, notamment certaines leucémies et des maladies vasculaires[32],[33],[34].En revanche, la thérapie génique germinale humaine est limitée à des expériences in vitro dans certains pays, tandis que d’autres l’interdisent totalement, notamment l’Australie, le Canada, l’Allemagne et la Suisse[35].
Aux États-Unis, les Instituts nationaux de la santé (NIH) n’autorisent actuellement pas les essais cliniques portant sur le transfert de gènes dans la lignée germinale in utero, mais les essais in vitro sont autorisés[36].Les directives des NIH indiquent que des études supplémentaires sont nécessaires pour évaluer la sécurité des protocoles de transfert de gènes avant d’envisager des recherches in utero. Les études actuelles doivent notamment démontrer l’efficacité de ces techniques en laboratoire[37]. Ces recherches utilisent actuellement des embryons non viables afin d’étudier l’efficacité de la thérapie génique germinale dans le traitement de maladies telles que certaines maladies mitochondriales héréditaires[38].
Le transfert de gènes dans les cellules s’effectue généralement à l’aide de vecteurs. Ceux-ci sont habituellement répartis en deux catégories : les vecteurs viraux et les vecteurs non viraux.
Implications éthiques
modifierCertains auteurs font valoir que si les technologies de modification génétiques sont un jour sécuritaires et efficaces, l’autonomie des parents implique qu’on leur laisse un maximum de latitude dans le choix des caractéristiques génétiques pour leurs enfants.
À l’opposé, des éthiciens estiment que la conception de bébés sur mesure et l’augmentation des capacités soulèvent des questions éthiques et sociales fondamentales qui devraient être débattues dans l’espace public[39].
Débats sur un bébé de mesure
modifierBien que la plupart des interventions soient actuellement limitées à la prévention de maladies génétiques graves, certaines avancées en matière de génie génétique ont soulevé des préoccupations éthiques et sociales. L'idée d'un "bébé parfait" personnalisé, en fonction des désirs des parents, pose la question du respect de la diversité humaine et des conséquences potentielles d'une telle sélection sur la société. Selon un article publié dans Nature, les récentes percées en matière de CRISPR et d'édition génomique ont conduit à des discussions sur la régulation de ces pratiques à l'échelle mondiale, soulignant l'importance d'un débat public sur les limites éthiques de la modification de l'ADN humain (Smith, 2021).
Le concept de dignité humaine occupe une place essentielle dans les discussions sur la modification génétique. Selon certains penseurs éthiques, intervenir sur les embryons pour sélectionner des traits non liés à la santé porte atteinte à la dignité intrinsèque de l’enfant, qui risque alors d’être perçu comme un "objet" ou un "produit" façonné selon des critères prédéfinis[40].
Implications religieuses et philosophiques
modifierDans certaines traditions religieuses, altérer la génétique d’un embryon pour des raisons non médicales est souvent perçu comme une violation du principe selon lequel la vie humaine est un don divin. Bien que les points de vue puissent diverger, il existe généralement une réticence à approuver la sélection de caractéristiques, notamment lorsqu’elle ne vise pas à prévenir une maladie grave.
CRISPR-Cas9
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La génétique moléculaire a fait un grand progrès avec la technique CRISPR-Cas9, suggérant la possibilité de modifier le génome des cellules humaines[41], et donc celui de l'embryon, avant implantation.
Notes et références
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Voir aussi
modifierBibliographie
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