Camp Ashraf 3

localité en Albanie, siège des moudjahiddines du peuple d'Iran

Camp Ashraf 3 (en persan : اشرف۳) est un camp de réfugiés et une localité en Albanie servant de siège à l'Organisation des moudjahiddines du peuple iranien. Il est situé à Manëz, dans la préfecture de Durrës.

Camp Ashraf 3
Géographie
Pays
Coordonnées
Démographie
Population
2 300 hab. ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Histoire
Origine du nom
Ashraf Rabiei (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fondation
Carte
Ashraf-3, 2020

En 2013, avant la fermeture du Camp Liberty de Bagdad, des membres de l'organisation des Moudjahidines du peuple sont transférés vers plusieurs pays européens, principalement en Albanie. En , les autorités albanaises mènent un raid contre le camp et saisissent du matériel électronique.

Localisation et protection

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Camp Ashraf 3 est une localité à part entière, située sur une route de campagne albanaise, à Manëz, dans la préfecture de Durrës[1],[2], une zone entre Tirana et la ville côtière de Durrës[3]. Le camp se situe à 30 minutes de la capitale Tirana[4].

Camp Ashraf 3 est lourdement protégé, avec une enceinte barbelée de plusieurs mètres de haut, surveillée par des caméras. Le complexe est gardé par une société de sécurité privée, ARB Security, leader du secteur en Albanie[4].

Histoire

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En 2013, avant la fermeture du camp Liberty de Bagdad, des membres de l'organisation des Moudjahidines du peuple sont transférés vers plusieurs pays européens mais principalement en Albanie, pour des raisons humanitaires[5],[6]. les autorités albanaises acceptent la demande des États-Unis d'accueillir environ 3 000 membres de l'Organisation des moudjahiddines du peuple iranien (Mujaheddin-e-Khalq, MEK)[7],[8],[9]. Le camp est construit à 24 kilomètres à l'ouest de Tirana, sur une superficie de 34 hectares de terres agricoles[10],[11]. En 2015, l'Albanie et le gouvernement américain signent un partenariat stratégique constituant un effort de coopération pour la sécurité dans la région[12].

L'Albanie refuse d'accorder le statut de réfugié aux résidents du camp, cependant les Nations unies leur versent une allocation de 30 000 lekë par mois (environ 300 euros), qui expire en 2018[10]. Le sénateur républicain américain John McCain déclare que « Compte tenu de l'histoire de la répression brutale du régime iranien contre ces résidents », les membres de l'OMPI devraient bénéficier d'une protection internationale en vertu de la Convention relative au statut des réfugiés de 1951[13].

À partir de 2013, les Moudjahiddines du peuple organisent des réunions et invitent des personnalités telles que l'ancien vice-président américain Mike Pence et l'ancien secrétaire d'État Mike Pompeo[14],[15]. Le , une conférence intitulée « 120 ans de lutte pour la liberté en Iran » se tient à Camp Ashraf 3. L'ancien sénateur américain Joe Lieberman y prononce un discours et des personnalités influentes du camp républicain les soutiennent, comme John Bolton et Rudy Giuliani[16]. Ce dernier témoigne son admiration au pays d'accueil, déclarant qu'il a « le plus grand respect pour l'Albanie, tant le parti au pouvoir que l'opposition, qui, malgré leurs batailles politiques, s'accordent sur le statut de réfugié pour ces combattants de la liberté »[17]. Mike Pence leur exprime également son soutien, décrivant comme un grand honneur d'assister à une cérémonie de l'OMPI à Achraf 3[18].

La police albanaise déjoue avec succès de nombreuses attaques planifiées par des agents iraniens contre le camp. Le directeur général de la police, Ardi Veliu, déclare que les institutions de sécurité albanaises ont découvert une cellule active de l'unité des opérations extérieures de la Force Al-Qods, rattachée au Corps des gardiens de la révolution islamique[19]. Plus généralement, l'accueil par l'Albanie de réfugiés membres de l'OMPI dégrade considérablement les relations du pays avec l'Iran, qui réplique par une diplomatie agressive et des opérations d'ingérence auxquelles doit faire face le Service de renseignement de l'État[4].

Vie quotidienne

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Les activités quotidiennes du camp sont axées sur le soutien au mouvement de « résistance intérieure » mené par des dissidents en Iran. Le camp dispose d'une salle de presse où les membres recueillent des informations sur les abus du régime iranien, qu'ils jugent essentielles compte tenu de la censure des médias en Iran[20]. Le camp comprend également une salle de sport, une cafétéria, un musée retraçant l'histoire du mouvement et un studio d'enregistrement où sont produits des chansons et des clips vidéo anti-régime destinés à être diffusés sur les réseaux sociaux iraniens[11],[21]. Les résidents de Camp Ashraf vivent en quasi-autarcie, ayant très peu de contacts avec les habitants albanais locaux[4].

Pendant un temps, les Moudjahiddines du peuple sont financés partiellement par l'ONU, mais celle-ci retire son soutien en 2018. Les États-Unis continuent d'apporter leur aide et l'organisation se finance elle-même, avec des ressources diverses, notamment des dons privés. La sécurité du camp est elle financée grâce à des ressources d'origine inconnue[4].

En 2018, le correspondant à Téhéran, Arron Merat, rapporte qu'environ 2 300 membres du mouvement vivent dans le camp. Il dit avoir interrogé des dizaines de transfuges qui affirment que les commandants de l'OMPI utilisaient la torture pour contrôler leurs membres[10],[11]. En réponse, un porte-parole déclare : « Les individus décrits comme d'anciens membres sont utilisés dans le cadre d'une campagne de diabolisation contre le MEK. »[22],[10]. En , Patrick Kingsley, journaliste au New York Times, interroge Somayeh Mohammadi au camp[11]. Elle affirme que son père est un agent infiltré de la république islamique d'Iran et qu'elle a rejoint l'OMPI volontairement en 1998, « en quête de liberté et de démocratie pour l'Iran »[23].

En 2022, Associated Press rapporte que 3 000 personnes habitent dans le camp près de Tirana[24]. Ce nombre est confirmé en 2025 par Intelligence Online qui indique que les résidents du complexe sont assez âgés et sont principalement des hommes[4].

Raid de la police albanaise

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Contexte

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Avant le raid, en 2022, l'Albanie subit une cyberattaque que son gouvernement et des multinationales technologiques attribue au ministère iranien des Affaires étrangères[25]. Cette attaque aurait été menée en représailles à la volonté de l'Albanie d'accueillir le camp de l'OMPI, un important groupe opposition iranien. Cette attaque pousse le gouvernement albanais à suspendre ses relations diplomatiques avec l'Iran. Le ministère iranien des Affaires étrangères nie toute implication et souligne que l'Iran lui-même subit des cyberattaques organisées par les Moudjahiddines du peuple[7].

Le camp fait l'objet de l'attention des médias albanais et des partis d'opposition concernant les termes de l'accord de 2014 et des soupçons grandissent concernant les activités présumées de l'OMPI sur le sol albanais. L'ancien chef des renseignements militaires albanais, Ylli Zyla, accuse le groupe d'avoir violé la loi albanaise[10]. Certains médias et analystes suggèrent que le raid est lié aux négociations entre les États-Unis et l'Iran[26],[8],[27].

Déroulement

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Le , la police albanaise mène un raid sur Camp Ashraf 3, au cours duquel au moins un membre a été tué[1]. Des centaines de policiers prennent d'assaut le complexe, qui est protégé par une équipe de sécurité privée contre d'éventuelles attaques d'agents iraniens[28]. L'opération est organisée par le Parquet spécial de lutte contre le crime organisé et la corruption, avec l'accord du département d'État américain[4].

Des images obtenues par The Independent montrent des hommes et des femmes âgés face à de nombreux agents de police les aspergeant de gaz lacrymogène[28],[29],[9].

Le ministre de l'Intérieur, Bledar Çuçi, déclare aux médias que la police ne fait qu'« appliquer une ordonnance du tribunal » visant à saisir des appareils électroniques et du matériel car le parquet spécial prétend avoir des « doutes raisonnables » sur la nature des activités à l'intérieur du camp. Il suggère que les membres du MEK se livrent à des activités politiques, ce qui est interdit en vertu des termes de leur accord de séjour en Albanie[30],[31],[32],[33],[34].

Conséquences

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Le raid fait un mort et 36 blessés, dont des résidents de Camp Ashraf 3[1]. Muhamet Rrumbullaku, commandant de la police nationale albanaise, déclare que des membres de l'OMPI comme des policiers ont été blessés pendant le raid[7],[33]. Selon Intelligence Online, le bilan est de 15 blessés parmi les forces de l'ordre contre environ une vingtaine côté moudjahiddines[4].

Le Conseil national de la résistance iranienne, une organisation affiliée au mouvement, affirme que le raid a été mené à la demande du gouvernement iranien. Ils ajoutent qu'il s'est produit quelques jours seulement après que les autorités françaises ont interdit le rassemblement d'opposition prévu à Paris pour la première fois, invoquant la crainte d'éventuels « troubles à l'ordre public » et le risque de représailles iraniennes[35]. Cependant, une semaine plus tard, un tribunal parisien annule l'interdiction, permettant aux membres de se rassembler place Vauban à Paris[36].

Après l'événement, le ministère du Renseignement de la république islamique d'Iran adresse officiellement ses remerciements aux autorités albanaises pour le raid, ouvrant la voie à de nouveaux efforts de répression transnationale en déclarant : « Nous mènerons des opérations à l'étranger pour traquer les membres de l'organisation d'opposition des Moudjahiddines du peuple. »[37],[8].

Références

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(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Camp Ashraf 3 » (voir la liste des auteurs).
  1. 1 2 3 (en) « State Police controls in Mujahedin camp result in a victim and tens of injured », sur Euronews Albania, (consulté le )
  2. (en) « Albania severs diplomatic ties with Iran over cyber-attack », BBC, (lire en ligne, consulté le )
  3. (fa) « احتمال اسکان ۳ هزار عضو مجاهدین خلق در آلبانی », sur Deutsche Welle, (consulté le )
  4. 1 2 3 4 5 6 7 8 Pierre Gastineau, « Albanie • Vlora Hyseni fait entrer le renseignement albanais dans la cour des grands en Europe », Intelligence Online, (consulté le )
  5. (en) « Albanian Police Raid Iranian Opposition MEK Camp », sur iranintl.com, (consulté le )
  6. (fa) « از بغداد تا تیرانا: پایان سی سال حضور مجاهدین خلق در عراق » [« De Bagdad à Tirana : la fin de trente ans de présence du MEK en Irak »], sur BBC News, (consulté le )
  7. 1 2 3 (en) « Police raid Iranian opposition camp in Albania, seize computers », sur AP News, (consulté le )
  8. 1 2 3 (en) « US Says Albania’s Raid On Iranian MEK Compound Legal », sur iranintl.com, (consulté le )
  9. 1 2 (en) Maziar Motamedi, « Why was an Iran dissident group raided in Europe? », sur Al Jazeera (consulté le )
  10. 1 2 3 4 5 (en) Arron Merat, « Terrorists, cultists – or champions of Iranian democracy? The wild wild story of the MEK », The Guardian, (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
  11. 1 2 3 4 (en) Patrick Kingsley, « Highly Secretive Iranian Rebels Are Holed Up in Albania. They Gave Us a Tour. », The New York Times, (lire en ligne, consulté le )
  12. (en) « Remarks With Albanian Foreign Minister Ditmir Bushati », sur U.S. Department of State, (consulté le )
  13. (en) « Last members of Iranian Mujahedin-e-Khalq group leave Iraq for Albania », sur rudaw.net, (consulté le )
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  15. (en) Harun Karcic, « How Albania Ended Up in Iran’s Cyber Crosshairs », Foreign Policy, (consulté le )
  16. (en) Jonathan Harounoff, « The White House Once Labeled Them Terrorists. Now They're Being Called Iran’s Next Government », Haaretz, (consulté le )
  17. (en) Samira Gharaei, « "Utmost respect For Albania" Says Giuliani After MEK Event », sur en.radiofarda.com, (consulté le )
  18. (en) Fjori Sinoruka, « Mike Pence ‘Honoured’ to Visit Exiled Iranian Dissidents in Albania », sur Balkan Insight, (consulté le )
  19. (en) Benet Koleka, « Albania says it foiled Iranian plot to attack exiled dissidents », Reuters, (lire en ligne, consulté le )
  20. (en) « In Albania, Iranian dissidents plot a revolution », sur France 24, (consulté le )
  21. (en) Jonathan Masters, « Mujahadeen-e-Khalq (MEK) », sur Council on Foreign Relations, (consulté le )
  22. (en) « Albanian Goverment Turns Blind Eye to Human Rights Abuse in MEK Camp », sur exit.al, (consulté le )
  23. (en) « Iranian-Canadian father, mujahedeen daughter clash over Albania-based MEK - Tirana Times », Tirana Times, (consulté le )
  24. (en) « Terror threat cancels Iranian opposition's summit in Albania », sur AP News, (consulté le )
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  26. (en) Benjamin Weinthal, « Was raid on Iran opposition group tied to possible new Biden-Tehran nuclear talks? », sur Fox News, (consulté le )
  27. (en) « Albania police raid exiled Iran opposition camp, 1 member killed », sur Middle East Monitor, (consulté le )
  28. 1 2 (en) John Bowden, « France cancels major Iran opposition rally as Tehran’s opponents face police raid », sur The Independent, (consulté le )
  29. (en) « Albanian Police Raid Iranian Dissidents Camp », sur Voice of America, (consulté le )
  30. (en) Fjori Sinoruka, « One Dead as Albanian Police Raid Iranian Oppositionists’ Compound », sur Balkan Insight, (consulté le )
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  37. (en) « Iran pledges to hunt down exiled group in overseas operations », sur monitoring.bbc.co.uk, (consulté le )

Liens externes

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