Camp Barkhale
Le Camp Barkhale (en anglais : Barkhale Camp, [bɑːkheɪl kæmp]) est une enceinte à fossés interrompus du Néolithique, site archéologique situé sur Bignor Hill, dans les South Downs, dans le Sussex de l'Ouest, en Angleterre. Les enceintes à fossés interrompus sont construites en Angleterre à partir de peu avant 3700 av. J.-C. et jusqu’au moins 3500 av. J.-C. Elles se caractérisent par l’enclosure totale ou partielle d’un espace au moyen de fossés discontinus, séparés par des passages ou « chaussées ». Leur fonction demeure incertaine : elles ont pu servir d’habitats, de lieux de rassemblement ou d’espaces rituels.
| Camp Barkhale | ||
Chemin traversant le site néolithique de Camp Barkhale. | ||
| Localisation | ||
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| Pays | ||
| Nation | ||
| Région | Angleterre du Sud-Est | |
| Comté | Sussex de l'Ouest | |
| Type | Enceinte à fossés interrompus | |
| Protection | Scheduled monument (1967) | |
| Coordonnées | 50° 54′ 17″ nord, 0° 36′ 49″ ouest | |
| Superficie | 2,79 ha = 27 900 m2 | |
| Histoire | ||
| Culture | Néolithique | |
| Géolocalisation sur la carte : Angleterre
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L’enceinte de Camp Barkhale est identifiée pour la première fois en 1929 par John Ryle, puis relevée l’année suivante par E. Cecil Curwen, qui la mentionne comme site possiblement néolithique dans un article publié en 1930, première tentative de recensement systématique des enceintes à fossés interrompus d’Angleterre.
Un petit sondage est réalisé en 1930 par Ryle, puis une campagne de fouilles plus étendue est menée par Veronica Seton-Williams entre 1958 et 1961. Ces travaux confirment le relevé de Curwen et mettent au jour un assemblage lithique caractéristique du Néolithique. Peter Leach entreprend une nouvelle intervention avant le défrichement de la partie méridionale du site en 1978. Il examine plusieurs tertres à l’intérieur de l’enceinte et tente de reconstituer le tracé du fossé et du talus le long de la limite sud.
Aucun matériau exploitable pour une datation au radiocarbone n’est découvert, ce qui empêche une datation précise du site. Leach propose néanmoins une attribution au Néolithique ancien, entre 4000 et 3300 av. J.-C.
Le site appartient aujourd’hui au National Trust. Il est protégé en tant que scheduled monument depuis 1967.
Contexte
modifierLe Camp Barkhale est une enceinte à fossés interrompus[1], une forme de terrassement construite en Europe du Nord-Ouest, notamment dans les îles Britanniques méridionales, au Néolithique ancien[2],[3]. Les enceintes à fossés interrompus sont des espaces totalement ou partiellement délimités par des fossés séparés par des interruptions, ou « chaussées », laissées intactes, souvent associés à divers aménagements de terre et à des palissades[4].
L’usage de ces enceintes fait depuis longtemps l’objet de débats[2]. Les chaussées sont difficiles à interpréter d’un point de vue militaire, puisqu’elles offrent plusieurs points de passage permettant à d’éventuels assaillants de franchir les fossés et d’entrer dans l’enceinte, bien qu’il soit parfois proposé qu’elles servent de sorties pour permettre aux défenseurs de lancer des contre-attaques[5]. Des traces d’attaques observées sur certains sites étayent l’hypothèse d’habitats fortifiés[2].
Ces enceintes peuvent également servir de lieux de rassemblement saisonniers, utilisés pour l’échange de bétail ou d’autres biens, comme la céramique. Des indices montrent aussi qu’elles jouent un rôle dans les pratiques funéraires : des dépôts intentionnels de nourriture, de poterie et de restes humains sont placés dans les fossés[2]. Leur construction ne prend qu’un temps relativement court, ce qui implique un degré élevé d’organisation sociale, compte tenu de la main-d’œuvre nécessaire pour défricher le terrain, préparer les arbres destinés aux poteaux ou aux palissades, et creuser les fossés[4].
Plus de soixante-dix enceintes à fossés interrompus sont identifiées dans les îles britanniques[2], ce qui en fait l’un des types de sites néolithiques anciens les plus fréquents d’Europe occidentale[4]. Environ un millier d’exemples sont connus au total. Leur apparition se produit à des périodes différentes selon les régions d’Europe : les datations vont d’avant 4000 av. J.-C. dans le nord de la France à peu avant 3000 av. J.-C. dans le nord de l’Allemagne, au Danemark et en Pologne[4].
Dans le sud de la Grande-Bretagne, ces enceintes apparaissent peu avant 3700 av. J.-C. et continuent d’être construites pendant au moins deux siècles ; dans certains cas, elles restent utilisées jusqu’entre 3300 et 3200 av. J.-C[1],[2].
Site
modifierLe site, classé scheduled monument[6], se situe dans les South Downs, à environ 6,4 km au nord-ouest d’Arundel, dans le Sussex de l'Ouest ; il occupe Bignor Hill, sur un versant orienté au sud. L’enceinte présente une forme ovale et comprend treize segments de fossé et de talus, séparés par des chaussées, tous situés au nord d’un chemin traversant le site[7],[2], qui remonte probablement au début du XIXe siècle[1].
Lors du relevé de 1930 ayant permis d’identifier les fossés, la zone située au sud du chemin est trop envahie par la végétation pour être étudiée ; elle est depuis dégagée par le National Trust, propriétaire du site. L’enceinte subit d’importants dommages dus au labourage, et les talus ne dépassent plus aujourd’hui 0,5 mètre de hauteur, mais le tracé des fossés et des chaussées n’est pas entièrement effacé[2],[7].
La limite de l’enceinte délimite une superficie de 2,8 hectares[2]. Une étude publiée en 2001 sur les surfaces enclose par les enceintes à fossés interrompus distingue trois groupes de dimensions ; Camp Barkhale appartient au groupe intermédiaire, compris entre 1,4 et 5,5 hectares[1].
Les enceintes à fossés interrompus peuvent être regroupées de manière générale selon le paysage physique dans lequel elles s’insèrent. Nombre d’enceintes situées en terrain élevé semblent implantées de façon à être facilement visibles depuis la campagne environnante, mais Camp Barkhale se révèle moins visible que la plupart des enceintes voisines. Cette discrétion s’explique par sa position sur un éperon qui le rend invisible depuis le nord, ainsi que par la morphologie du versant, qui le masque depuis les terrains plus bas au sud. Il est possible que le site soit conçu pour être vu depuis les hauteurs proches[1],[8].
Deux tumulus circulaires de type bowl barrow se trouvent au nord du site[2],[8] ; ils sont généralement datés de l’âge du bronze[7].
Fouilles archéologiques
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Ryle et Curwen, 1929-1930, et Curwen, 1936
modifierEn 1929, John Ryle remarque les terrassements du site. La partie nord est relevée en 1930 par E. Cecil Curwen et G. P. Burstow, qui identifient un fossé interrompu à l’aide d’une tarière de sol et d’un boser, outil servant à détecter la présence ou l’absence de substrat rocheux en écoutant le son produit lorsqu’un lourd pilon frappe le sol[9],[10]. Il n’est pas possible d’examiner la partie méridionale du site, alors fortement envahie par la bruyère, les fougères et les épineux[9]. Curwen repère treize segments de fossé au nord du chemin traversant le site[10].
Curwen inclut Camp Barkhale dans une liste d’enceintes à fossés interrompus possibles en 1930, tout en soulignant que l’état d’envahissement du terrain rend nécessaire une fouille[9]. Ryle ouvre une tranchée la même année, mais les seules informations conservées indiquent qu’elle est creusée « en diagonale à travers l’un des fossés » et qu’« aucun silex taillé, aucune poterie, ni os ou coquillages ne sont découverts »[10]. L’une des tranchées creusées ultérieurement par Veronica Seton-Williams (la tranchée K sur le plan) révèle des traces d’une excavation moderne, ce qui correspond peut-être à l’emplacement de la tranchée de Ryle[10].
En 1936, le père de Curwen, Eliot Curwen, publie un article consacré aux pointes de flèches en silex dans le Sussex et signale la découverte, à l’intérieur de l’enceinte de Camp Barkhale, d’« une grande pointe de flèche large, présentant un côté convexe en forme de feuille et l’autre anguleux, évoquant une pointe losangique »[11].
Seton-Williams, 1958-1961
modifierEn 1958, Veronica Seton-Williams entreprend une série de fouilles à Camp Barkhale, qu’elle utilise comme terrain de formation pour des étudiants extra-muros de l’Université de Londres. Les travaux s’étendent sur quatre saisons. Elle ne publie pas ses résultats, mais ses archives inédites sont rassemblées en 1976 par John Clipson dans un mémoire de maîtrise. Ce travail sert ensuite de source principale à Peter Leach pour sa synthèse de l’historique du site publiée en 1983[10].
Seton-Williams fouille six des treize segments de fossé identifiés par Curwen au boser et ne relève aucune erreur dans son plan[10]. Les fossés correspondent exactement au relevé, tandis que le talus est presque entièrement arasé par le labour. Dans les tranchées K et T, des vestiges du talus sont encore visibles, avec une hauteur d’environ 0,6 mètre et une largeur de 6 mètres, bien que le labour ait probablement étalé les matériaux. Leach conclut que la hauteur d’origine ne dépasse vraisemblablement jamais 1,5 mètre. Les chaussées entre les fossés présentent une couche de silex et d’argile reposant sur la craie ; Leach propose que cet aménagement vise à améliorer la surface de circulation, puisqu’il s’agit des accès à l’enceinte[10].
Des tranchées supplémentaires sont ouvertes au-delà des limites du relevé de Curwen. La tranchée A, située dans une zone peut-être affectée par le labour, ne livre aucune preuve de fossé ou de talus. La tranchée D se trouve dans un secteur perturbé par les racines d’arbres, ce qui ne permet qu’une identification très incertaine des structures[10].
Les quatre campagnes de fouilles livrent environ 200 tessons de céramique[10]. La profondeur des découvertes ne constitue pas un indicateur chronologique fiable, car des déplacements importants après dépôt sont observés[10]. Ainsi, dans la tranchée R, deux tessons jointifs, provenant manifestement du même vase, sont retrouvés à une distance verticale de 0,62 mètre l’un de l’autre[1].
La majorité du mobilier est attribuée à l’âge du bronze ou à des périodes ultérieures, mais quelques fragments néolithiques sont identifiés, dont deux comparables à des tessons de bols provenant de Camp Whitehawk, une autre enceinte néolithique à fossés interrompus du Sussex. Certains vestiges de l’âge du bronze pourraient appartenir à une urne en seau et à une urne à collerette[10]. Quelques tessons de l’âge du fer ainsi que de rares fragments romano-britanniques et post-romains sont également mis au jour.
Le mobilier lithique comprend des grattoirs, des pointes et des lames ; l’ensemble est caractéristique d’un site du Néolithique ancien. Peu de silex proviennent de contextes clairement stratifiés, mais l’ensemble des données soutient l’attribution néolithique de l’enceinte[10].
Leach, 1978
modifierEn 1978, Camp Barkhale appartient au National Trust, qui décide de défricher la zone située au sud du chemin et sollicite la Sussex Archaeological Field Unit afin d’examiner le site avant le début des travaux. La fouille a lieu en septembre 1978 sous la direction de Peter Leach. Celui-ci étudie plusieurs tertres situés à l’intérieur de l’enceinte et tente de déterminer le tracé du talus d’enclosure dans la partie méridionale du site[10]. Les tertres, ainsi qu’une dépression également fouillée, se révèlent récents.
Deux tranchées sont ouvertes à travers la limite de l’enceinte ; elles montrent que le fossé mesure environ 3 mètres de largeur et plus de 1 mètre de profondeur. Le remplissage paraît résulter d’un envasement naturel[10],[2].
Des silex sont découverts dans les tranchées des tertres et du fossé, et certains sont également recueillis en surface. La plupart des éclats taillés correspondent à des déchets de débitage ; les autres pièces comprennent des grattoirs, des nucléus et quelques éclats retouchés. La tranchée V livre quarante-quatre silex éclatés par le feu, probablement plus modernes[10].
Une douzaine de tessons néolithiques sont mis au jour, tous issus de la tranchée VIII, et un tesson de l’âge du fer provient de la tranchée II. Un fragment de céramique sigillée romaine est découvert dans la tranchée III[10].
La tranchée II, ouverte à travers le fossé de l’enceinte, fait l’objet d’une analyse malacologique. La proportion relative des espèces de gastéropodes vivant exclusivement en milieu ombragé et de celles vivant en terrain découvert permet en effet d’indiquer si le fossé est creusé en zone boisée ou dans un espace déjà défriché. Très peu de coquilles sont retrouvées, ce qui empêche toute conclusion définitive ; il est toutefois notable que toutes les espèces identifiées sont inféodées aux milieux ombragés, et que l’assemblage présente des similitudes avec celui observé à Offham, une autre enceinte à fossés interrompus. K. D. Thomas, chargé de l’analyse des mollusques, suggère que le site peut avoir été construit à une époque où la zone est encore boisée. Une autre interprétation envisage cependant que les coquilles proviennent uniquement d’espèces ayant vécu dans les fossés eux-mêmes, sans apport significatif depuis les terrains ouverts environnants[10].
Aucun matériau susceptible de faire l’objet d’une datation au radiocarbone n’est découvert, ce qui ne permet pas d’établir une chronologie précise. Leach propose néanmoins, sur la base des similitudes avec d’autres sites datés, une attribution au Néolithique ancien, entre 4000 et 3300 av. J.-C[10].
RCHME, 1995, et Gathering Time, 2011
modifierLa Commission royale sur les monuments historiques d'Angleterre inclut Camp Barkhale dans une étude multi-sites publiée en 1995[7]. Le rapport qui en résulte réexamine le mobilier issu des fouilles et suggère que l’enceinte n’est jamais occupée de manière permanente[1].
Le rapport revient également sur l’histoire des deux tumulus situés au nord du site. En 1934, Leslie Grinsell signale que tous deux sont endommagés, vraisemblablement par des antiquaires ou des pillards. En 1962, le labour a nivelé les dépressions résultant des dégradations observées par Grinsell. La plupart des tessons découverts par Seton-Williams dans la tranchée ouverte à travers l’un des tumulus ne peuvent être datés, mais ceux provenant des niveaux les plus bas de la coupe sont considérés comme préhistoriques[1].
Gathering Time est un projet financé par English Heritage et par l’Arts and Humanities Research Council, visant à réexaminer par analyse bayésienne les datations radiocarbone d’environ quarante enceintes à fossés interrompus[12],[2]. Les résultats sont publiés en 2011 par Alasdair Whittle, Frances Healy et Alex Bayliss. Camp Barkhale est intégré au projet ; toutefois, l’acidité du sol empêche la conservation des ossements et aucun matériau approprié ne peut être prélevé pour une nouvelle datation[2].
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Barkhale Camp » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) Alastair Oswald, Carolyn Dyer et Martyn Barber, The creation of monuments: neolithic causewayed enclosures in the British Isles, Londres, English heritage, (ISBN 978-1-873592-42-7), p. 156
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 (en) A. W. R. Whittle, Frances Healy, Alex Bayliss et Michael J. Allen, Gathering time: dating the early Neolithic enclosures of southern Britain and Ireland, Londres, Oxbow Books, (ISBN 978-1-84217-425-8), p. 1–16.
- ↑ (en) Alastair English Heritage, Caroline Dyer et Martyn Barber, The creation of monuments: neolithic causewayed enclosures in the British Isles, Londres, English Heritage, (ISBN 978-1-873592-42-7), p. 3
- 1 2 3 4 (en) Niels H. Andersen, « Causewayed Enclosures in Northern and Western Europe », dans Chris Fowler, Jan Harding, Daniela Hofmann, The Oxford Handbook of Neolithic Europe, Oxford, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-883249-2), p. 795–812
- ↑ (en) M. E. Cunnington, « Knap Hill Camp », Wiltshire Archaeological and Natural History Magazine, no 37, , p. 42-65 (lire en ligne
) - ↑ (en) « Barkhale Camp causewayed enclosure, Bignor - 1007880 | Historic England », sur historicengland.org.uk (consulté le )
- 1 2 3 4 (en) « MNA127734 | National Trust Heritage Records », sur heritagerecords.nationaltrust.org.uk (consulté le )
- 1 2 (en) Alastair Oswald et Carolyn Dyer, Barkhale Camp, Arundel, West Sussex, Cambridge, RCHME (Cambridge), , 18 p. (lire en ligne), p. 1-18
- 1 2 3 E. Cecil Curwen, « Neolithic Camps », Antiquity, vol. 4, no 13, , p. 22–54 (ISSN 0003-598X et 1745-1744, DOI 10.1017/s0003598x00004178, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 (en) Peter E Leach, « The Excavation of a Neolithic Causewayed Enclosure on Barkhale Down, Bignor Hill, West Sussex », Sussex Archaeological Collections, vol. 121, , p. 1130 (DOI 10.5284/1085500, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) E Cecil Curwen, « On Sussex Flint Arrow-Heads », Sussex Archaeological Collections, vol. 77, , p. 1625 (DOI 10.5284/1085525, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Alison Sheridan, « Alasdair Whittle, Frances Healy & Alex Bayliss. Gathering time: dating the Early Neolithic enclosures of southern Britain and Ireland. xxxviii+992 pages, 640 illustrations, 107 tables, 2 volumes. 2011. Oxford: Oxbow; 978-1-84217-425-8 hardback £ 45. », Antiquity, vol. 86, no 331, , p. 262–264 (ISSN 0003-598X et 1745-1744, DOI 10.1017/S0003598X00062670, lire en ligne, consulté le )