Carnaval de Bailleul
Le carnaval de Bailleul est une fête carnavalesque organisée chaque année à Bailleul, dans le département du Nord, autour du Mardi gras. Organisé dans sa forme actuelle par la Société philanthropique de Bailleul, fondée en 1852 par Émile Colpaert[1], il est attesté depuis 1853 comme une fête à la fois populaire, festive et charitable. Son principal géant processionnel est Gargantua[2], inspiré du personnage de François Rabelais.

Histoire
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Le carnaval de Bailleul est à l’origine une manifestation caritative. En 1853, la Société philanthropique organise une fête au profit des pauvres, dont le cortège réunit déjà le géant Gargantua, ses marmitons, une harmonie, des chars et le docteur Francisco Piccolissimo. La fête, d’abord concentrée sur le Mardi gras, s’étend progressivement sur plusieurs jours et devient l’un des principaux rendez-vous festifs de la ville[3].
Le carnaval est interrompu par les destructions de la Première Guerre mondiale, qui touchent aussi le géant Gargantua. Relancé après la guerre, il connaît de nouvelles interruptions et transformations au XXe siècle, avant de reprendre durablement après la Seconde Guerre mondiale. Il conserve aujourd’hui une forte dimension associative et philanthropique, portée par la Société philanthropique et par les groupes locaux participant aux cortèges[4].
Déroulement
modifierIl se déroule sur cinq jours, démarrant un vendredi par un cortège nocturne.
Un cortège de chars réalisés par des associations est organisé le dimanche. Au passage des chars devant les spectateurs, les membres de ces associations lancent des confettis.
Le lundi soir se déroule un concours de masques et d'intrigues. L'intrigue, permise par le port d'un masque, constitue un véritable jeu lors du concours : elle consiste à apostropher et taquiner des personnes connues (ou non) sans s'en faire reconnaître. Les vainqueurs sont ensuite annoncés à la salle des fêtes où se tient un bal animé par l'Harmonie municipale de Bailleul.
Le sommet du carnaval est le cortège du mardi gras. Le matin, un personnage, le docteur Picolissimo, est accueilli à la mairie de Bailleul. En début d'après-midi, le cortège parcourt la ville avec le char du géant Gargantua, accompagné de marmitons et d’écossais, jusque vers 18 heures. Le docteur Picolissimo opère à la scie et à la hache des malades atteints de sinistrose. Le carnaval se clôture avec la rentrée du géant Gargantua dans ses quartiers[2].
Le carnaval de Bailleul se différencie de celui de Dunkerque par certains chants traditionnels bien particuliers comme "Piele Wiele Wit", "Treeze" ou encore "Henryke de coiffeur". L'air du géant "Gargantua Galaffre", rythmé de phrases en français et en flamand, rappelle l'origine des Bailleulois.
Le géant
modifierLe géant du carnaval de Bailleul, Gargantua, a connu plusieurs avatars.
Gargantua I
modifierLa première version du géant de Bailleul est construite en 1853 pour le carnaval créé par la société philanthropique dirigée alors par Émile Colpaert[5].
Constitué d’une carcasse en osier, le géant mesure 12 mètres de haut et doit être manipulé par 16 porteurs. Le personnage, portant une barbe noire et coiffé d’un chapeau rond et plat, est représenté assis à table, découpant un mouton entier. Il tient une fourchette de sa main droite, son bras gauche, articulé, porte un gobelet qu’il peut porter à sa bouche. La tête est également articulée, et peut se mouvoir de bas en haut et de gauche à droite.
En 1894, les porteurs s’étant mis en grève à cause du danger représenté par le tangage du géant en cas de vent, sont remplacés par un char à roues, tiré par deux chevaux.
Le géant est détruit lors des bombardements de Bailleul en 1918.
Gargantua II
modifierAprès la Première Guerre mondiale, un nouveau Gargantua est construit pour le mardi gras 1921. Plus petit, il ne mesure que 6 mètres de haut, pour pouvoir passer en dessous des fils électriques ayant fait leur apparition dans les rues de la ville.
Lors de l’Occupation, les troupes allemandes utilisent son manteau pour tapisser leur quartier général. La carcasse disparaît ensuite à une date inconnue.
Gargantua III
modifierUne troisième version est créée en 1947 par de M. et Mme Deschodt, d'Hazebrouck. Il ne ressemble pas aux géants précédents : ses jambes et ses pieds sont visibles, et il a l'air plus jeune ; mais il est toujours installé devant une table bien garnie. Il porte un toqué, sorte de chapeau à petit bord recouvert de velours, et est vêtu d'un pourpoint à manches larges avec une collerette et un manteau flottant pourpre.
Il est détruit lors de l'incendie du hangar de la Société philanthropique, le .
Gargantua IV
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Le , la Société philanthropique de Bailleul demande l'aide financière de la population pour reconstruire le géant. La municipalité passe commande d’un géant à tête d’argile et corps d'osier auprès de Madeleine Béat, à Lille. Sa création s’inspire d’un portrait de l’amiral Michiel de Ruyter par Jacob Jordaens.
Le géant, d’une taille de 5 mètres, est représenté assis sur un char tiré par deux chevaux, avec une futaille entre les jambes, un gigot dans la main droite et un hanap dans la main gauche. Coiffé d’un béret Renaissance avec une longue plume d'autruche, il est vêtu d'un pourpoint de velours bleu et d'une collerette avec un manteau flottant en velours rouge et un collier autour du cou.
La tête est soutenue par un pilier de bois dont la base est montée sur un roulement à billes, ce qui lui permet de bouger de gauche à droite. Les bras sont mobiles verticalement, pour donner l'impression qu'il mange et boit.
Les autres personnages traditionnels
modifierLe Docteur Francisco Piccolissimo
modifierLe personnage du docteur Francisco Piccolissimo s’inscrit dans la tradition européenne des médecins-charlatans et des personnages burlesques de carnaval. Son nom à consonance italienne, formé sur ''piccolissimo'', superlatif de ''piccolo''[6], évoque l’univers comique des noms de théâtre populaire. Sans qu’une filiation directe puisse être établie, le personnage rappelle les types de la commedia dell’arte et des théâtres de foire, où le faux savant, le médecin grotesque ou l’opérateur charlatanesque mettent en scène un savoir médical parodique, à l'instar de Dottore Balanzone.
À Bailleul, cette tradition prend une forme carnavalesque locale : le docteur, venu fictivement de Pampelune, en Espagne, est accueilli comme un personnage officiel avant de soigner publiquement la « sinistrose », maladie imaginaire qui symbolise la tristesse et la morosité[7],[8]. Son rôle relève ainsi moins de la médecine que du renversement carnavalesque, où la ville se moque de ses propres maux en les transformant en spectacle collectif.
Ce mélange de références italiennes et ibériques est évocateur de la géographie culturelle des anciens Pays-Bas habsbourgeois, dont Bailleul fit partie avant son rattachement à la France : un espace flamand situé dans l’orbite politique de la monarchie espagnole, mais traversé par des formes culturelles venues de l’Europe méridionale[9],[10].
Jacques Grember, qui endossait le rôle du docteur Francisco Piccolissimo de 2016 à 2025[11], fut élu maire de Bailleul en 2026[12].
Pour approfondir
modifierBibliographie
modifier- Régis Sénéchal et Marc Gengembre, Histoire du Carnaval de Bailleul, , 428 p.
- Véronique Durand, « À Bailleul, le carnaval se moque des classes sociales », La Vie, (lire en ligne, consulté le ).
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- « Bienvenue sur le site officiel du Carnaval de Bailleul », sur Société Philanthropique de Bailleul (consulté le )
- Gargantua sur le site du Cercle d’Histoire de Bailleul
Sources et références
modifier- ↑ « Histoire de la Société Philanthropique du Carnaval de Bailleul », sur Société Philanthropique de Bailleul (consulté le )
- 1 2 « Le Carnaval de Bailleul, Gargantua », sur NordMag (consulté le ).
- ↑ « Traditions », sur Ville de Bailleul (consulté le )
- ↑ (en-US) « Au pays de Gargantua : le carnaval comme art de vivre en Flandre – Le Carnaval de Bailleul – Patrimoines Invisibles » (consulté le )
- ↑ Sous les jupes des géants de Christine Cordron et Jean-Pierre Filattrau - Édité par La Voix du Nord (1999) (ISBN 2-84393-016-2)
- ↑ « Définition de piccolissimo | Dictionnaire français », sur La langue française, (consulté le )
- ↑ Philippe, « Docteur Picollissimo », sur Cercle d'histoire et d'archéologie de bailleul, (consulté le )
- ↑ « Histoire du Docteur Francisco Piccolissimo du Carnaval de Bailleul », sur Société Philanthropique de Bailleul (consulté le )
- ↑ Alan Howe, « Une troupe de comédiens français et italiens aux Pays-Bas espagnols en 1604 », Revue belge de Philologie et d'Histoire, vol. 57, no 3, , p. 596–601 (DOI 10.3406/rbph.1979.3246, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Violet Soen, « Philippe II et les anciens Pays-Bas (1555-1598). Les limites d’un gouvernement à distance dans un empire global », Histoire, économie & société, vol. 38, no 3, , p. 11–32 (ISSN 0752-5702, DOI 10.3917/hes.193.0011, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Simon Caenen, « « Habemus Piccolissimus », qui va endosser la prestigieuse fonction de médecin du carnaval de Bailleul ? », sur La Voix du Nord, (consulté le )
- ↑ [vidéo] « Municipales 2026 à Bailleul : la réaction de Jacques Grember, élu dès le premier tour : Actualités - Orange », (consulté le )
