Catastrophe du boulevard Lefebvre
La catastrophe du boulevard Lefebvre est l'effondrement de l'extrémité d'un immeuble en construction, dans l'après midi du , au numéro actuel 133 du boulevard Lefebvre dans le 15e arrondissement de Paris. Cet accident tue au moins 20 ouvriers et en blesse 18[1].
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Cette catastrophe, qui eut à l'époque un important retentissement, mit en lumière les conditions de travail critiquables sur les grands chantiers de construction de logements, en particulier dans la région parisienne.
Contexte
modifierL'Office d'HLM de la ville de Paris était maître d'ouvrage d'un certain nombre de constructions d'immeubles à loyers modérés entrant dans une opération de rénovation urbaine de grande ampleur face à la crise du logement aggravée par l'afflux des rapatriés d'Algérie.
Pour mener à bien ces opérations dans des délais limités, il était fait appel à des modes de constructions nouveaux où entrait une grande part de préfabrication. Le premier adjudicateur ayant fait faillite, ce sont les sociétés Lefort et Quillery, regroupées en consortium et à l'origine de ce mode de construction qui reprirent le chantier en . Une autre entreprise spécialisée en charpente métallique, Schmid-Bruneton-Morin (SBM), participait également à la réalisation. Compte tenu de délais tendus, celle-ci confia l'assemblage à un sous-traitant.
Dans l'immeuble concerné, dont le concepteur était l'architecte Georges Tourry, une structure complète autoportante était érigée et contreventée avant de recevoir des planchers préfabriqués en béton.
Causes
modifierL'enquête mit en évidence la difficulté de mise en œuvre de cette technique de construction, un suivi de chantier défaillant et un personnel d'exécution non qualifié. La tenue des délais avait conduit à déplacer des entretoises d'une partie de l'édifice pour en contreventer une autre alors que l'ordre de mise en place des planchers n'était pas respecté. L'équilibre de la structure était ainsi rompu et l'ensemble s'effondra sur lui-même.
De plus, compte tenu des méthodes d'embauches quotidiennes, il fut difficile de connaître avec précision les personnes présentes sur le chantier à ce moment et le nombre exact des victimes. Les questions de la méconnaissance des règles d'hygiène et de sécurité sur les chantiers furent rapidement posées aussi bien par les syndicats que par les politiques[2].
Suites judiciaires
modifierAprès quatre ans d'enquêtes, c'est la 6e chambre du tribunal correctionnel de la Seine qui fut chargée d'établir les responsabilités et de se prononcer au cours du mois de . Dans ses attendus rendus en , elle a souligné un défaut de contrôle et de coordination où les dix acteurs décideurs inculpés portaient tous une part de responsabilité.
Pour leur défense, les trois architectes impliqués dans l'opération déclarèrent ne pas se sentir responsables de la tenue des chantiers de réalisation et les maîtres d'œuvre n'avaient pas été sensibilisés aux risques de ce type de technique.
Le jugement final infligea des amendes allant de 2 000 à 20 000 francs et des peines de prison avec sursis s'échelonnant de deux à huit mois[3].
La partie effondrée fut reconstruite à la fin de l'année et l'ensemble immobilier, dit résidence Les Périchaux[4], ne porte plus aucune trace de l'événement dans son état actuel.
Conséquence légale
modifierFace à l'émoi suscité et à nombre d'autres accidents mortels sur les chantiers du bâtiment, les règlements de sécurité sur ces chantiers qui étaient encore régis par le Code du travail mais plus précisément par un décret datant de , modifié à cinq reprises entre et en [a], furent revus et donnèrent naissance au décret plus complet du [b].
Notes et références
modifier- ↑ « L'immeuble s'est effondré comme un « château de cartes » »
, Le Monde, . - ↑ « Questions orales sans débat : 7845. — . — M. Lolive expose à M. le ministre du travail ... », Journal officiel de la République française. Débats parlementaires. Assemblée nationale, no 12 AN « Questions remises à la présidence de l'Assemblée nationale », , p. 503 (lire en ligne [PDF]).
- ↑ « La catastrophe du boulevard Lefebvre », dans Journal de l'année : - , Paris, Larousse, , p. 586 (lire en ligne).
- ↑ PSS-Archi.
Dans le Journal officiel de la République française (JORF) ou de l'État français (JOEF), sur légifrance ou Gallica :
- ↑ Décret du portant règlement d'administration publique pour l'exécution des dispositions du livre II du Code du travail (titre II, bygiène et sécurité des travailleurs) en ce qui concerne les mesures particulières de protection et de salubrité applicables dans les chantiers du bâtiment et des travaux publics, JORF, no 190, , p. 8040–8042. Modifié par :
- Décret du , JORF, no 289, , p. 12066–12069.
- Décret no 5197 du , JOEF, no 14, , p. 249–250.
- Décret no 2206 du , JOEF, no 235, , p. 2571.
- Décret no 46-2726 du , JORF, no 280, , p. 10189–10191.
- Décret no 48-1254 du , JORF, no 187, , p. 7816–7818.
- ↑ Décret no 65-48 du portant règlement d'administration publique pour l'exécution des dispositions du livre II du Code du travail (titre II : Hygiène et sécurité des travailleurs) en ce qui concerne les mesures particulières de protection et de salubrité applicables aux établissements dont le personnel exécute des travaux du bâtiment, des travaux publics et tous autres travaux concernant les immeubles, JORF, no 16, , p. 519–534 [version initiale].
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- [Paskins 2012] (en) Jacob Paskins, Social experience of building construction work in and around Paris during the 1960s (thèse de PhD en architecture), University College London, (présentation en ligne).
- [Paskins 2013] (en) Jacob Paskins, « The Boulevard Lefebvre Disaster : A Crisis in Construction », Architectural Histories (en), European Architectural History Network, vol. 1, no 1, , article no 25 (DOI 10.5334/ah.ax, lire en ligne) : analyse critique de l'évènement et de son traitement médiatique.
- [Paskins 2016] (en) Jacob Paskins, chap. 5 « Building Site Accidents : Construction in Crisis », dans Paris Under Construction : Building Sites and Urban Transformation in the 1960s (texte remanié de Paskins 2012), New York et Londres, Routledge (Taylor & Francis), coll. « Routledge Research in Planning and Urban Design », , XVI-218 p. (ISBN 978-1-138-93999-8, 978-0-8153-8195-2, 978-1-315-67453-7 et 978-1-317-37945-4, DOI 10.4324/9781315674537
), p. 171–205 (lire en ligne
) (lire en ligne
).
