Catherine Coquery-Vidrovitch
Catherine Coquery-Vidrovitch, née le à Paris, est une historienne française, spécialiste de l'Afrique et professeure émérite de l'université Paris Diderot.
| Présidente Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire | |
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Catherine Vidrovitch |
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Michel Coquery (d) |
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Natacha Coquery (d) |
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Distinguished Africanist Award (d) () Commandeur de la Légion d'honneur () Grande officière de l'ordre national du Mérite () |
Formation et carrière universitaire
modifierCatherine Coquery-Vidrovitch est ancienne élève de l'École normale supérieure de Sèvres (1956L)[1] et agrégée d'histoire (1959). Elle soutient en 1966 une thèse de 3e cycle intitulée Brazza et la prise de possession du Congo. La mission de l'ouest africain, 1883-1885[2], sous la direction d'Henri Brunschwig, à l'École pratique des hautes études, puis elle réalise en 1970 une thèse d'État, intitulée Le Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires : 1898-1930[3], en 1970. Elle a été élue en 1975 professeure à l'UFR Géographie, histoire et sciences de la société (GHSS) de l'Université Paris-Diderot[4].
Elle a bénéficié d'une réelle reconnaissance internationale. Elle ainsi effectué divers séjours aux Etats-Unis, au Woodrow Wilson Center for International Scholars (1987), au Shelby Cullom Davis Center for Historical Studies de l'Université de Princeton (1992) ainsi qu'au Humanities Research Centre de l'Université de Canberra (1995),
Elle a fondé et dirigé, à la fin des années 1970, le laboratoire Connaissance du Tiers-Monde/Afrique, devenu d'abord SEDET, Sociétés en développement : études transdisciplinaires[5] puis, en 2014, composante du Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques (CESSMA UMR 245)[6]. Elle a pris sa retraite en 2001 et a été nommée professeure émérite.
Elle est devenue membre du Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire, dont elle est élue présidente en 2009[7].
Elle a dirigé environ 175 thèses d'histoire, dont celles de nombreux universitaires et personnalités politiques, africains et français[8],[9].
Recherches scientifiques
modifierSes travaux portent sur l'Afrique, notamment sur les enjeux politiques de la colonisation ainsi que sur le concept d'impérialisme et de capitalisme en Afrique[10].
Sa thèse d'État (1970) étudie la mise en place d'une « économie coloniale »[11] par la France en Afrique équatoriale entre 1898 et 1930. Elle considère que, durant ces trois décennies, une transition s'est opérée, d'une activité de traite exclusivement commerciale, qui s'accompagnait d'une occupation territoriale discontinue, essentiellement autour de postes côtiers (Libreville et Loango), ou situés le long des fleuves (Brazzaville, Ouesso), à une activité tournée vers les cultures de plantation, l'exploitation de ressources forestières, des gisements miniers, qui s'accompagnait de l'établissement d'une « administration coloniale ». Elle s'intéresse à l'étude des modalités politiques de cette transformation, à son impact sur les populations, notamment en termes de mobilité géographique, de la mise en place de « nouvelles structures économiques » qui ont, selon elle, configuré l'économie de l'Afrique contemporaine[12].
Elle s'intéresse également aux femmes dans le contexte colonial[13], essayant de mettre en valeur leur rôle et leur fonction dans la société[14]. La perspective de Catherine Coquery-Vidrovitch est double : à la fois chronologique, elle étudie la situation des femmes en Afrique précoloniale, à la campagne et à la ville, puis coloniale et postcoloniale, avec la transition urbaine, et thématique, elle étudie des questions liées à l'éducation des filles, la place des femmes en politique, le rapport à la sexualité et leur place dans les mouvements d'émancipation[15].
Activités en lien avec l'histoire de l'Afrique
modifierCatherine Coquery-Vidrovitch est membre du bureau du CISH (Comité international des sciences historiques) de 2000 à 2005[16].
Elle fait partie du conseil historique qui supervise la série documentaire Les Routes de l'esclavage, réalisée par Daniel Cattier, Juan Gélas et Fanny Glissant, en 2018[17].
Vie privée
modifierElle a été l'épouse de Michel Coquery (1931-2011), géographe et ancien directeur de l'ENS Fontenay-Saint-Cloud[18]. Elle a quatre enfants. Sa fille Natacha Coquery est enseignante-chercheuse, notamment à l'Université de Lyon, et est spécialiste d'histoire urbaine, de la consommation et du luxe au XVIIIe siècle[19]. Sa fille Marina Coquery est quant à elle directrice de recherche à l'Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture[20].
Controverses
modifierDifférends historiographiques
modifierEn 2009, après un article dans la revue Afrique & histoire consacré à l'histoire coloniale en France au cours de la période des années 1960-1980, elle est accusée par Daniel Rivet d'y avoir sous-estimé « l'hégémonie scientifique exercée par la pensée marxiste léniniste » à l'époque[21]. En 2012, Guy Pervillé, qu'elle venait de décrire comme comptant « parmi les plus conservateurs » des auteurs rassemblés dans l'ouvrage collectif Histoire de la colonisation, l'accuse à son tour, en réponse, d'avoir participé aux deux tomes d'un livre publié à la même époque, au début des années 1990, L'Histoire de la France coloniale, dont les auteurs, pour « la plupart appartenaient à une tendance marxiste ou marxisante », selon Guy Pervillé, même si le livre revendiquait une pluralité de sensibilités[22]. Un autre historien, Daniel Lefeuvre, a contesté quant à lui les données sur les échanges économiques entre la métropole et ses colonies africaines[23],[24]. En fait, après avoir en effet suivi une orientation engagée au sein des courants qui remettaient en cause une conception de "l'histoire nationale" trop fidèle aux héritages de l'impérialisme colonialiste, elle a réorienté sa trajectoire intellectuelle et scientifique en contribuant à l'approfondissement des réflexions sur les valeurs et les modes d'action de l'empire colonial et en insistant sur les dérives antihumanistes, comme à propos de l'esclavage ou des inégalités sociales au sein des communautés de l'Afrique coloniale. Elle aura incarné une vision de l'histoire dite "progressiste" qui aura équilibré l'histoire dite "nationale" et l'histoire critique des cheminements d'une colonisation dominatrice. Cela justifiait qu'elle devienne la conseillère scientifique de l'exposition organisée en 2017 au musée Quai-Branly-Jacques Chirac - d'où le livre: L’Afrique des routes : histoire de la circulation des hommes, des richesses et des idées à travers le continent africain (ISBN 2330057040). Et elle a fait partie du conseil historique qui a supervisé la série documentaire Les Routes de l'esclavage, réalisée par Daniel Cattier, Juan Gélas et Fanny Glissant, en 2018.
Distinctions
modifierEn 1999, elle reçoit le Distinguished Africanist Award décerné par l'association nord-américaine African Studies Association (en)[25]
Décorations
modifierPublications
modifierOuvrages
modifier- Le Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires, 1898-1930, Paris, Éditions de l´EHESS, 2001 (rééd. de 1972) (ISBN 9782713212918), en ligne Tome 1 et Tome 2, thèse d'État.
- Afrique noire : permanences et ruptures, Éditions Payot, 1985.
- Afrique noire. Permanences et ruptures (Payot 1985) 2e éd. révisée, L´Harmattan 1992 (ISBN 978-2738417831)
- Histoire des villes d´Afrique noire : Des origines à la colonisation, Albin Michel, 1993 (ISBN 9782226063304)
- Les Africaines. Histoire des femmes d'Afrique du XIXe au XXe siècle, Paris, Desjonquères, 1994 (ISBN 9782904227806)
- L'Afrique et les Africains au XIXe siècle, Paris, Colin, 1999 (ISBN 2200250576)
- « Le postulat de la supériorité blanche et de l’infériorité noire », in Marc Ferro (dir.), Le livre noir du colonialisme. XVIe – XXIe siècles : de l’extermination à la repentance, Paris, Robert Laffont, 2003, p. 646-685
- Des victimes oubliées du nazisme : les Noirs et l'Allemagne dans la première moitié du XXe siècle, Le Cherche-Midi, 2007 (ISBN 978-2-7491-0630-4).
- Enjeux politiques de l'histoire coloniale, Marseille, Agone, 2009 (ISBN 978-2-7489-0105-4)
- Petite Histoire de l'Afrique : l'Afrique au sud du Sahara de la préhistoire à nos jours, La Découverte, 2010 (ISBN 978-2-7071-6713-2).
- Mission Pierre Savorgnan de Brazza / Commission Lanessan (préface), Le Rapport Brazza, Mission d'enquête du Congo, Rapport et documents (1905-1907), Paris, Le Passager clandestin, 2014 (ISBN 978-2-36935-006-4).
- « Afrique : une histoire universelle. », Projet 2/2016 (no 351), p. 12-20
- Les Routes de l'esclavage. Histoire des traites africaines VIe – XXe siècles, Paris, Albin Michel, 2018, 288 p. (ISBN 978-2226400741)
- Le Choix de l'Afrique, La Découverte, , 304 p. (ISBN 2348068001, lire en ligne).
Direction et co-direction d'ouvrages
modifier- L’Afrique noire, de 1800 à nos jours, avec Henri Moniot, Paris, PUF, coll. « Nouvelle Clio », 2005 (1re éd. 1974)
- L'Afrique et la crise de 1930 (1924-1938), Paris, Revue française d'histoire d'outre-mer, tome LXIII, no 232-233, 1976, [lire en ligne].
- Avec Charles-André Julien et Magali Morsy (éd.) Les Africains, Paris, [Jeune Afrique], 1977.
- Sociétés paysannes du Tiers-Monde, Lille, Presses universitaires de Lille, 1981 (rééd. L'Harmattan, 1991).
- Avec Odile Goerg, L´Afrique occidentale au temps des Français, colonisateurs et colonisés, c. 1860-1960, Paris, La Découverte, 1992 (ISBN 2707121460)
- La Découverte de l'Afrique : l'Afrique noire atlantique, des origines au XVIIIe siècle, L´Harmattan, collection Archives, 2003 (ISBN 9782747552585)
- (dir.) L’Afrique des routes : histoire de la circulation des hommes, des richesses et des idées à travers le continent africain, Paris, Musée du quai Branly — Jacques Chirac, 255 p. (ISBN 2330057040)
Notes et références
modifier- ↑ « L'annuaire | a-Ulm », sur www.archicubes.ens.fr (consulté le )
- ↑ Thèse de 3e cycle, notice Sudoc.
- ↑ Thèse d'État, 1970, notice Sudoc, consultée en ligne le 15.06.15.
- ↑ Fiche BNF, consultée en ligne, 16.06.15.
- ↑ Laboratoire SEDET, page consultée en ligne le 16.06.16.
- ↑ Site du laboratoire universitaire CESSMA, page consultée en ligne le 15.06.15.
- ↑ Compte rendu de l'AG du 17 janvier 2009 .
- ↑ Pierre Boilley, Achille Mbembe, Laurent Gbagbo, Ferdinand Nahimana, Facinet Béavogui, Jean-Louis Triaud, Jean-Jacques Vigoureux, Sumda Nurukyor, Muya Bia-Lushiku-Lumana, Mohamed Mbodj, Idrissa Kimba, Pierre Boussoukou-Boumba, Monique Lakroum, Jean-Didier Alavo, Serge Nédelec, Bernard Salvaing, Odile Goerg, Ibrahima Thioub…
- ↑ Liste des directions de thèses, notice Sudoc.
- ↑ Biographie de Catherine Coquery-Vidrovitch, Société française d'histoire d'outre-mer, consulté sur sfhom.free.fr, le 15 juillet 2010
- ↑ Le Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires, 1898-1930, p. 12
- ↑ Le Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires, 1898-1930, p. 13.
- ↑ Femmes et genre en contexte colonial, colloque Centre d’histoire de Sciences Po, comité scientifique, 2012, page consultée en ligne le 16.06.15.
- ↑ Les Africaines. Histoire des femmes d'Afrique noire du XIXe au XXe siècle, Paris Desjonquères, 1994.
- ↑ Sophie Dulucq 1997, Clio. Histoire‚ femmes et sociétés.
- ↑ Liste des membres du bureau du CISH 1926-2010, consultée en ligne le 15.06.15.
- ↑ Rouguyata Sall, « Fanny Glissant : « Les 25 millions d’esclaves ont été déportés pour le profit et rien d’autre » », sur Bondy Blog, (consulté le )
- ↑ Armand Frémont, Michel Coquery, géographe, ancien directeur de l'ENS de Fontenay-Saint-Cloud, Le Monde, 29.11.11.
- ↑ « La transmission de l'histoire de mère en fille avec Catherine Coquery-Vidrovitch et Natacha Coquery. Documentaire de Séverine Liatard et Véronique Samouiloff », sur France Culture (consulté le )
- ↑ Yann Calbérac et Olivier Faron, « À la mémoire de Michel Coquery », sur ens-lyon.fr, École normale supérieure de Lyon (consulté le )
- ↑ Daniel Rivet, Post-scriptum aux souvenirs des années 1960-1980 de Catherine Coquery-Vidrovitch, Afrique & histoire, 2009/1 (vol. 7), p. 321 - 330, (ISBN 9782864325826)
- ↑ Guy Pervillé, Réponse au livre de Catherine Coquery-Vidrovitch : Enjeux politiques de l’histoire coloniale (2012), guy.perville.free.fr, 6 septembre 2012.
- ↑ Daniel Lefeuvre, Pour en finir avec la repentance coloniale, 2006.
- ↑ C. Coquery-Vidrovitch, «Vendre : le mythe économique colonial», dans P. Blanchard et al., Culture coloniale, 1871-1931, Paris, Autrement, 2003, p. 167
- ↑ Liste du prix, consultée en ligne le 16.06.15
- ↑ Réception de la Légion d'honneur, 14.04.2008, discours de C. Coquery-Vidrovitch, consulté en ligne le 16.06.15.
- ↑ http://www.legiondhonneur.fr/sites/default/files/onm_20140515.pdf Décret 14 mai 2014 Grand officier de l'Ordre du Mérite].
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Jean-Pierre Chrétien, « Catherine Coquery-Vidrovitch, Afrique noire. Permanences et ruptures », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, no 6 - 40e année, , p. 1408-1411 (lire en ligne) (compte rendu de lecture).
- Alfred Sauvy, « Catherine Coquery-Vidrovitch. Afrique noire. Permanences et ruptures », Le Monde, (lire en ligne)
- Mamadou Diouf, « Catherine Coquery-Vidrovitch. Une histoire de l'Afrique dans le temps du monde », dans André Burguière et Bernard Vincent (dir.), Un siècle d’historiennes, Paris, Des femmes-Antoinette Fouque, (ISBN 9782721006349), p. 45-62.
- Sophie Dulucq, « Catherine Coquery-Vidrovitch, Les Africaines. Histoire des femmes d'Afrique noire du XIXe au XXe siècle, Paris, Desjonquères, 1994, 291 p. », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés, vol. 6, (lire en ligne).
- Mélanges. Chantal Chanson-Jabeur, Odile Goerg (dir.) « Mama Africa », mélanges en hommage à Catherine Coquery-Vidrovitch, Paris, L'Harmattan, 2005 (ISBN 978-2747595551), 482 p.
- Daniel Lefeuvre, Pour en finir avec la repentance coloniale, Éditions Flammarion, .
- Julie Clarini, « La violence de l'esclavage n'a pas encore été saisie dans toute son ampleur », Le Monde, (lire en ligne).
- Pascale Barthélémy, « Catherine Coquery-Vidrovitch [1935] », dans Béatrice Didier, Antoinette Fouque, Mireille Calle-Gruber (dir.), Le Dictionnaire universel des créatrices, Éditions des femmes, (ISBN 9782721006318), p. 1053-1054.
Articles connexes
modifierLiens externes
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