Chaîne Libyque
La chaîne Libyque est le nom donné par les archéologues et historiens à l’extrémité orientale du plateau Libyen qui prend en Égypte la forme d'un escarpement de falaises long de plusieurs centaines de kilomètres et qui sépare très distinctement le désert occidental d'Égypte de la vallée du Nil[3],[4],[5].
| Chaîne Libyque | |
Carte topographique de l'Égypte avec les reliefs de la chaîne Libyque surlignés en rouge. | |
| Géographie | |
|---|---|
| Altitude | 586 m, Al Humrah ash Shamikhah[1] |
| Longueur | 800 km |
| Administration | |
| Pays | |
| Géologie | |
| Âge | Éocène[2] |
| Roches | Calcaire et marne[2] |
| modifier |
|
Toponymie
modifierL'appellation de chaîne Libyque remonte au géographe Strabon qui dès l’Antiquité décrivait l’Égypte comme un pays organisé sur les rives du Nil et naturellement protégé par la chaîne Libyque à l'ouest et par la chaîne Arabique à l'est[6]. Ces deux chaînes bordent en effet presque parfaitement la vallée du Nil de la frontière soudanaise au sud jusqu'à la pointe du delta du Nil au nord. Mais contrairement à la chaîne Arabique qui est une véritable chaîne de montagnes, la chaîne Libyque n'est que la limite d'un plateau de basse altitude. Ainsi, d'un point de vue géographique et géologique, la « chaîne » Libyque ne forme pas un relief isolé (elle n'apparaît pas en tant que telle sur les cartes topographiques) mais fait partie intégrante du plateau Libyen du désert occidental d'Égypte[2]. L'appellation de chaîne Libyque a été popularisée dans les milieux égyptologiques[3],[4],[5],[7],[8],[9] par les savants européens qui ont redécouvert et exploré l'Égypte au XIXe siècle[3],[4],[5].
Géographie
modifier
La chaîne Libyque fait partie du plateau Libyen, un plateau calcaire hyper-aride qui constitue une grande partie du désert occidental d'Égypte[10]. La chaîne Libyque et le plateau Libyen sont très majoritairement composés d'une formation géologique appelée formation de Thèbes qui date de l'Éocène inférieur et contient du calcaire et de la marne[2],[10]. Au niveau des falaises qui bordent la vallée du Nil, la chaîne contient également par endroits des formations du Crétacé supérieur (argile et marne) ou du Pliocène. La chaîne Libyque s’étend sur plus de 800 kilomètres de la frontière sud de l’Égypte jusqu’à la région du Fayoum. Elle longe la rive ouest du Nil et ne laisse par endroits que de fines bandes de terres de moins de dix kilomètres de large entre le fleuve et les falaises. L'altitude moyenne varie entre 100 et 200 mètres en Moyenne-Égypte et entre 200 et 400 mètres en Haute-Égypte avec des zones à 500 mètres près d'Assouan et d'Esna[2] (dont le point le plus haut, Al Humrah ash Shamikhah (25° 18′ 11″ N, 32° 23′ 47″ E), qui culmine à 586 mètres[1]).
Entre Nag Hammadi et Armant, le tracé nord-sud assez régulier du relief est altéré lorsque la chaîne Libyque s'avance brusquement vers l'est sur un peu plus de cinquante kilomètres, altérant le tracé rectiligne du Nil[2]. Le fleuve forme ainsi une boucle qui contourne ce relief, appelée « coude de Qena »[11],[12].
- Vue de la rive ouest du Nil à Louxor dominée par la chaîne Libyque.
Histoire
modifierPendant l'Antiquité, la chaîne Libyque forme une frontière naturelle entre la Libye et l'Égypte qui, selon Strabon, protège cette dernière des agressions venues de l’ouest[6].

Durant l'Égypte pharaonique, la chaîne Libyque a aussi une grande symbolique religieuse et funéraire. En effet, tous les soirs le soleil se couche derrière les montagnes de la chaîne Libyque qui marque ainsi l'entrée du domaine des morts. Les tombes en Égypte sont donc construites quasi systématiquement sur la rive ouest du Nil, voire directement dans la montagne comme à Assiout ou à Thèbes[13]. La chaîne Libyque a une importance majeure à Thèbes (l'actuelle ville de Louxor). Directement en face de la ville, la chaîne adopte la forme d'impressionnantes falaises verticales hautes de plus de 100 mètres et surplombées par un sommet de forme pyramidale appelé la Cime. On appelle cette partie de la chaîne Libyque la montagne thébaine. En raison du symbolisme associé au lieu, la rive ouest de Thèbes et la montagne thébaine sont aménagées en nécropole dès les premiers temps de la civilisation pharaonique. Au Nouvel Empire, alors que Thèbes est la capitale du royaume, la montagne thébaine devient nécropole royale. La vallée des Rois est le plus célèbre oued de la chaîne Libyque[14].
Références
modifier- 1 2 (en) « Al Humrah ash Shamikhah », sur peakery.com
- 1 2 3 4 5 6 Survey of Egypt 1928.
- 1 2 3 Jollois et de Villiers du Terrage 1818.
- 1 2 3 Maspero 1875, chap. 1.
- 1 2 3 Perrot et Chipiez 1882, chap. 2.
- 1 2 Tardieu 1867, Livre XVII, chap. I.
- ↑ Haeny 1966, p. 203.
- ↑ Rantier 1999.
- 1 2 Elbasiouny et Elbehiry 2019, p. 99-100.
- ↑ Desplancques 2010, chap. 2.
- ↑ Beshr et al. 2021, p. 999-1001.
- ↑ Perrot et Chipiez 1882, chap. 3.
- ↑ Aubry et al. 2009, p. 237-241.
Bibliograpie
modifier- Jean-Baptiste Prosper Jollois et Édouard de Villiers du Terrage, « Description générale de Thèbes », dans Description de l'Égypte : Antiquités, Descriptions, t. II, Paris, Imprimerie impériale, (lire en ligne), Introduction : Aperçu général des anciens monumens de Thèbes
- Amédée Tardieu, Géographie de Strabon : Traduction nouvelle, t. I, Paris, Hachette, (lire en ligne)
- Gaston Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient, Paris, Hachette, (lire en ligne)
- Georges Perrot et Charles Chipiez, Histoire de l'art dans l'Antiquité, t. I : L’Égypte, Paris, Hachette, (lire en ligne)
- (en) Survey of Egypt, Atlas of Egypt, Giza, Egyptian Government Press, (lire en ligne)
- Gerhard Haeny, « L’origine des traditions thébaines concernant Memnon », Bulletin de l'Institut français d'archéologie orientale, t. 64, , p. 203-212 (lire en ligne)
- Yann Rantier, « Village de Gournah, à l'ouest de Thèbes », sur CNRS,
- (en) Marie-Pierre Aubry, William A. Berggren, Christian Dupuis, Holeil Ghaly, David Ward, Chris King, Robert W.O’B. Knox, Khaled Ouda, Moustafa Youssef et Wael Fathi Galal, « Pharaonic necrostratigraphy: a review of geological and archaeological studies in the Theban Necropolis, Luxor, West Bank, Egypt », Terra Nova, vol. 21, , p. 237-256 (lire en ligne)
- Sophie Desplancques, L'Égypte ancienne, PUF, coll. « Que sais-je? », , 2e éd. (ISBN 9782130576808)
- (en) Heba Elbasiouny et Fathy Elbehiry, « Geology », dans Hassan El-Ramady, Tarek Alshaal, Noura Bakr, Tamer Elbana, Elsayed Mohamed, Abdel-Aziz Belal (eds.), The Soils of Egypt, Springer, (ISBN 9783319955155, lire en ligne)
- (en) Ahmed M. Beshr, Adel Kamel Mohamed, Ahmed El-Galladi, Ahmed Gaber et Farouk El-Baz, « Structural characteristics of the Qena Bend of the Egyptian Nile River, using remote-sensing and geophysics », Egyptian Journal of Remote Sensing and Space Science, vol. 24, no 3, , p. 999-1011 (lire en ligne)