Charles Terreault

ingénieur québécois

Robert Charles Terreault, né le à Montréal et mort le à Saint-Lambert, est un ingénieur québécois. Chercheur puis cadre chez Northern Electric (devenue Northern Telecom, puis Nortel) et Bell Canada, il est le principal instigateur de la numérisation du réseau téléphonique canadien : dès 1969, il conçoit un plan sur vingt ans prévoyant le passage intégral au numérique, une vision alors jugée prématurée par les Laboratoires Bell américains. Ses travaux mènent au lancement, en 1976, du programme Numérique universel de Northern Telecom et à la mise au point de la famille de commutateurs numériques DMS. Il est aussi, avec René Fortier, à l'origine du laboratoire de Recherches Bell-Northern (en anglais Bell-Northern Research - BNR) de l'Île-des-Sœurs, à Montréal, fondé en 1974. Il reçoit en 1985 le prix Edwin Howard Armstrong de la IEEE Communications Society et, en 1990, il est élu Fellow de l'IEEE.

Charles Terreault, en 2024. Photo familiale.

Biographie

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Formation et débuts

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Né le à Montréal[1], Terreault étudie au Collège Stanislas de Montréal puis à l'École polytechnique de Montréal, où il obtient un diplôme d'ingénieur en électricité en 1959[2]. Un stage à l'École nationale supérieure des télécommunications de Paris (1960-1961) lui fait entrevoir le potentiel de la commutation numérique, une intuition que confirme un séjour aux Laboratoires Bell du New Jersey en 1965-1966[3]. Il entre chez Bell Canada en 1959 comme ingénieur en transmission.

Le plan à vingt ans et le programme Numérique universel

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En 1969, alors directeur du service « Systèmes de transmission » aux laboratoires de recherche de Northern Electric à Ottawa, Terreault dirige une équipe d'une vingtaine de chercheurs qui produit en 18 mois un plan de développement du réseau sur 20 ans, la Long Term Network Evolution Study[3]. Les conclusions paraissent en 1972 dans la revue Telesis de BNR, puis en traduction française dans le Journal des télécommunications de l'Union internationale des télécommunications (UIT)[4],[5]. Le plan prévoit que la numérisation intégrale est l'avenir du réseau de télécommunications canadien[6].

Devenu vice-président de la division des systèmes à BNR, toujours à Ottawa, Terreault concentre ses efforts plus précisément sur la numérisation de la commutation. Il dirige des études de planification qui aboutissent en 1974 à la conclusion qu'un commutateur entièrement numérique deviendrait concurrentiel par rapport à un commutateur analogique vers 1980[7]. Le , un comité tripartite réunissant Bell, Northern Telecom et BNR approuve un budget de 140 millions de dollars sur cinq ans pour développer une gamme de commutateurs numériques, le DMS[3.1][8].

Le programme est annoncé publiquement le , avant même que le DMS n'existe ; des ingénieurs des Laboratoires Bell américains jugent alors le pari prématuré[3.2][8]. Le premier DMS entre en service en 1977 à Disney World, et le produit connaît un succès international, notamment auprès d'AT&T qui commandera plusieurs modèles pour son propre réseau dans les années 1980[8].

De 1978 à 1991, Terreault occupe divers postes de vice-président adjoint à Bell Canada, dont l'ingénierie de l'administration centrale, avant de prendre sa retraite en 1991[9].

Fondation du laboratoire de l'Île-des-Sœurs

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Durant sa période à BNR, Terreault milite activement pour l'implantation au Québec d'une antenne francophone de recherche, jusque-là concentrée à Ottawa[3.3]. Grâce à l'appui actif de René Fortier, vice-président exécutif de Bell, le laboratoire est établi à L'Île-des-Sœurs, à Montréal, en . L'année suivante, un protocole d'entente avec l'Institut national de la recherche scientifique (INRS-Télécommunications) permet à cette dernière de s'y installer — un modèle alors inédit en Amérique du Nord de coopération entre l'industrie et l'université[10]. Terreault préside alors le 10e Colloque international de commutation, tenu à Montréal en 1981[11].

Distinctions

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En 1985, la IEEE Communications Society lui décerne le prix Edwin-Howard-Armstrong[12]. En 1990, il est élevé au rang de Fellow de l'IEEE « pour sa contribution à la numérisation du réseau de télécommunications »[13].

Enseignement

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Après sa retraite de Bell Canada en 1991, Terreault devient professeur titulaire à l'École Polytechnique de Montréal et préside le groupe de travail « Poly 2000 », dont le rapport de 1993 porte sur la formation des ingénieurs du XXIe siècle. Il quitte Polytechnique en 1996, mais continue d'enseigner à l'Université du troisième âge pendant une vingtaine d'années[14].

Vie personnelle

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Marié avec Marie Rolland[15] le 10 septembre 1960[16], Charles Terreault est père de quatre enfants[2]. Il est le fils d'Antonia Clark et de Charles Terreault. Il meurt le à Saint-Lambert[17].

Publications choisies

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  • « Planning the Telecommunications Network of the Future », Telesis, Ottawa, vol. 2, n° 4, printemps 1972, p. 2-8 ; traduction française : « Planification du réseau de télécommunications de l'avenir », Journal des télécommunications, Genève, vol. 40, mai 1973, p. 259-266.
  • « Télématique : Éden ou enfer », Science & technologie, vol. 1, n° 2, 1982, p. 58.
  • « Les télécommunications se transforment en télématique », L'Ingénieur, n° 356, juillet 1983, p. 18-26.
  • Avec Jean-Pierre Béchard, « Télécommunications et mondialisation des marchés », Gestion, Montréal, vol. 15, n° 3, septembre 1990.
  • « La grande aventure du numérique », préface au livre de David Bensoussan, « Téléphonie numérique et téléphonie IP », Presses de l'Université du Québec (PUQ), Québec, 2008, 239 pages, p. i-iii.

Notes et références

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  1. « Charles Terreault », sur Dignity Memorial
  2. 1 2 Dossier Charles Terreault, Archives Bell Canada, septembre 1983, 25 pages + annexes. Cf. p. 1.
  3. 1 2 Jean-Guy Rens, L'empire invisible : histoire des télécommunications au Canada (tome 2), Québec, Presses de l'Université du Québec (PUQ), , 570 p. (ISBN 2-7605-0727-0), p. 385
    1. 387-8
    2. 391
    3. 256-7
  4. Charles Terreault, « Planning the Telecommunications Network of the Future », Telesis, Ottawa, vol. 2, n° 4, printemps 1972.
  5. Charles Terreault, « Planification du réseau de télécommunications de l'avenir », Journal des télécommunications, Genève, vol. 40, mai 1973, p. 259.
  6. Olga Bosak citant Rens (1993, vol. 2, p. 385-386); chapitre 6, « Les grands projets de Northern Telecom », p. 163-187; in Philippe Faucher (sous le direction de), Grands projets et innovations technologiques au Canada, Presses de l'Université de Montréal (PUM), 2000, 254. (ISBN numérique : 979-10-365-0395-5), p. 171.
  7. Charles Terreault (préface), in David Bensoussan, Téléphonie numérique et téléphonie IP, Québec, Presses de l'Université du Québec (PUQ), , 239 p. (ISBN 978-2-7605-1599-4), i-iii
  8. 1 2 3 Olga Bosak, idem, p. 168-9.
  9. Dossier biographique interne, Bell Canada, septembre 1983, p. 1-2 et 14.
  10. « RBN et INRS à l'Île des Sœurs », La Presse, 7 juin 1976.
  11. « Terreault of Canada », Telephony, 19 octobre 1981.
  12. (en) « Edwin Howard Armstrong Achievement Award », sur IEEE Communications Society
  13. (en) « IEEE Fellows 1990-1999 », sur IEEE Communications Society
  14. Mélanie Larouche, « Se former à tout âge », Plan, janvier-février 2023.
  15. « Marie Rolland », sur Dignity Memorial
  16. « Charles Terreault et Marie Rolland — Retours de mariages québécois, 1926-1997 », sur MyHeritage
  17. « Figures méconnues — Charles Terreault (1935-2026) : le génie discret qui a fait entrer le Canada dans l'ère du tout-numérique », sur La Presse,