Charlie Bauer
Charlie Bauer, né le à Marseille et mort le à Montargis dans le Loiret, est un militant révolutionnaire d'extrême gauche.
| Naissance | Marseille |
|---|---|
| Décès | |
| Nom de naissance |
Charles Henri Bauer[1] |
| Nationalité | |
| Formation | |
| Activités |
Prisonnier (jusqu'en ), brigand, révolutionnaire |
Ancien complice de Jacques Mesrine, il a été détenu 25 ans en prison, dont neuf dans les quartiers de haute sécurité (QHS).
Biographie
modifierCharlie Bauer naît dans le quartier de l'Estaque à Marseille, fils d’ouvriers juifs, communistes et résistants[3].
Enfance et Adolescence
modifierAdhérent des Jeunesses communistes, il rompt avec celles-ci au moment du vote par le PCF de crédits militaires pour la guerre d'Algérie. Il soutient dès lors le Front de libération nationale, pendant la guerre d’Algérie, pour lequel il vole des armes, et détourne des conteneurs sur le port de Marseille[4].
Prison
modifierArrêté à l'âge de 19 ans (la majorité est alors à 21 ans), il est condamné à plusieurs reprises pour des vols, qu’il considère comme une « pratique politique »[5]. En bande organisée et armée[6], il dévalise trains et magasins de luxe afin de redistribuer les marchandises[7]. L'expression « tombé du camion » viendrait de là.
Arrêté en 1962, la dernière année de la guerre d'Algérie, il est torturé à l'électricité par des policiers [réf. nécessaire] puis reste 15 ans en prison.
Tentative d'évasion de la prison de Clairvaux en 1971
modifierIl tente de s'évader de la prison de Clairvaux, en 1971, par les égouts. Les surveillants inondent les sous-sols pour l'en empêcher. Les évadés manquent de se noyer et doivent passer sous une haie de matraques avant de regagner leurs cellules.
Libération conditionnelle en février 1977
modifierEn , il est transféré à la prison de la Santé, où il rencontre brièvement Pierre Goldman qui s'apprête à en sortir et donne des cours dans différentes disciplines aux détenus. Il bénéficie d'une libération conditionnelle en et se voit hébergé par Pierre Goldman les premiers jours. « Quand je suis sorti en 1977, on a nourri le projet de monter un groupe d'intervention antifasciste », racontera-t-il, mais « sans lendemain » car Goldman est rapidement pris par la création d'un club de jazz à la Chapelle des Lombards[8]. Bauer s'est ainsi engagé dans un groupe antifasciste de réfugiés politiques d'Amérique latine[9], en compagnie de Pierre Goldman[10].
Alors qu'il préparait un livre qui sortira en 2006, le commissaire Lucien Aimé-Blanc accusera en le même Goldman, via une déclaration rapportée quatre ans plus tard par Fred Guilledoux dans La Provence le , d'avoir en 1979 tenté de s'être attaqué aux groupes antibasques montés par la police espagnole (Groupes antiterroristes de libération, GAL), en tentant de « monter un groupe armé pour contrer ces anti-ETA »[8], aboutissant à ce que « des truands marseillais l'ont alors tué avec Maïone », ce que Lucien Aimé-Blanc affirmait en 2010 au journaliste de La Provence « avoir pu vérifier »[8].
Soupçonné de complicité avec Mesrine
modifierSur la base d'informations de policer erronées, reprises par la presse, il est considéré comme le complice de Jacques Mesrine, traqué par toutes les polices[11],[12], dans deux affaires l'enlèvement du milliardaire Lelièvre, et la tentative de meurtre du journaliste de Minute Jacques Tillier. Il sera acquitté dans les deux.
Le complice de Jacques Mesrine dans l'enlèvement d'Henri Lelièvre en 1979 ne sera découvert qu'après la mort de ce dernier, malgré de nombreux indices. Il s'agit de Michel Schayewski, 35 ans, recherché par la police comme membre du « gang à Nénesse », spécialisé dans le racket, le proxénétisme et les attaques à main armée au sud de la région parisienne[13].
La police s'intéresse à cette nouvelle piste seulement en novembre, car Bauer, arrêté le jour de la mort de Mesrine, a rapidement démontré son innocence. Il avait a été mis sur écoute six semaines avant, acceptant une invitation de Mesrine au restaurant, une autre pour acheter des meubles avec des billets provenant de la rançon, qu'on retrouvera chez lui, mais dont le nombre n'a jamais été précisé[14]. Henri Lelièvre a entre-temps versé 500 000 francs en octobre à un émissaire de Mesrine. Ayant vu la photo de Mesrine dans Détective, il a le même mois cru reconnaître Charlie Bauer lors de l'enquête de police, mais n'en est plus sûr au procès[15].
Bauer sera aussi finalement blanchi après avoir été aussi, un temps, soupçonné d'avoir séquestré le , avec le même Jacques Mesrine, Jacques Tillier, journaliste de l'hebdomadaire d'extrême-droite Minute, qui sera retrouvé nu et à moitié mort[11].
Charlie Bauer a passé vingt-cinq ans de sa vie en prison, dont neuf en Quartier de haute sécurité. Il tentera de s'évader huit fois[16]. Il passe par Paris, Marseille et Lisieux où il rencontre sa femme, Renée, professeur de philosophie[17].
Lors de son séjour en prison, il passe deux licences universitaires, en psychologie et en philosophie, et un doctorat d’anthropologie sociale[18]. Farouche opposant des prisons et des QHS, Charlie Bauer deviendra un défenseur acharné des droits des prisonniers, en luttant notamment pour qu’ils aient droit à la télévision dans les cellules et puissent avoir accès aux livres et aux journaux.
Auteur
modifierDeux ans après sa libération en 1988, Charlie Bauer rédige une autobiographie, Fractures d'une vie, qui se vend à 150 000 exemplaires[19]. En 1990, il prépare un ouvrage sur Marseille avec Robert Doisneau qui décède durant ce projet[20].
Acteur
modifierCharlie Bauer est conseiller technique sur le film L'Ennemi public no 1 de la saga Jacques Mesrine en 2008. Son personnage est interprété par Gérard Lanvin. Toutefois, les critiques soulignent que Charlie Bauer a une trentaine d'années dans les années 1970, alors que Gerard Lanvin a cinquante-huit ans lors du tournage. Il tient un rôle dans le film Lumière noire de Med Hondo en 1996 et un autre dans l'adaptation théâtrale de récits de la Kolyma de Varlam Chalamov[21].
Mort
modifierVie privée
modifierCharlie Bauer est le père de Sarah Illioucha Bauer.
Ses idées ont été qualifiées d'anarcho-communistes[10].
Publications
modifier- Fractures d'une vie, Marseille, Agone, , 445 p. (ISBN 2-7489-0025-1, OCLC 469532787)
- Le Redresseur de clous : une violence révolutionnaire, Paris, Le Cherche midi, , 334 p. (ISBN 978-2-7491-1706-5, OCLC 671465606)
Audio
modifier- Interview audio par Daniel Mermet et Pascale Pascariello, France Inter
Notes et références
modifier- ↑ « Moteur de recherche des décès », sur matchid.io (consulté le ).
- ↑ Patricia Tourancheau, « Camarade n°1 », Libération, (lire en ligne).
- ↑ « Charlie Bauer, la mort du dernier révolutionnaire », sur parismatch.com, (consulté le )
- ↑ « Charlie Bauer : Révolution, Infraction, Prison », sur parismatch.com, (consulté le )
- ↑ « Charlie Bauer complice de Mesrine et révolutionnaire », sur Rue89, nouvelobs.com, .
- ↑ La dernière fracture d’une vie avec, dans les rôles principaux, Charlie Bauer et David Cameron, Dan Kaminski, La Revue Nouvelle, octobre 2011
- ↑ « pillant des boutiques de luxe pour distribuer le butin dans les quartiers populaires »
- 1 2 3 Fred Guilledoux, « Assassinat de Pierre Goldman, la main du Milieu marseillais », La Provence
- ↑ Franck Johannès, « Charlie Bauer », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Patricia Tourancheau, « Camarade n°1 », sur Libération,
- 1 2 14 AOÛT 2011 PAR G.MORÉAS "Charlie Bauer : vie et mort d’un truand"
- ↑ « Charlie Bauer : Révolution, Infraction, Prison », sur parismatch.com, (consulté le )
- ↑ « Arrestation d'un complice de Jacques Mesrine », Le Monde, (lire en ligne
, consulté le ) - ↑ « Charlie Bauer, la mort d'un insurgé », sur lejdd.fr, (consulté le )
- ↑ « AUX ASSISES DE PARIS M. Lelièvre : " J'ai eu de la chance " », Le Monde, (lire en ligne
, consulté le ) - ↑ « Charlie Bauer : fractures d'une vie », sur Là-bas si j'y suis, (consulté le )
- 1 2 Le Petit Bleu, « Charlie Bauer terrassé par une crise cardiaque », La Dépêche, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « arcane-17.com »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?)
- ↑ « Revue de presse autour de la réédition de Fractures d’une vie »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur Atheles.org.
- ↑ Marseille l'hebdo, 21 février 2007
- ↑ Télérama, 2 janvier 2006
Filmographie
modifierSur Charlie Bauer
modifier- Rouge Bandit, court métrage réalisé par Fred Nicolas
- Charlie Bauer Marathonien de l'espoir
Avec Charlie Bauer
modifier- Wild War - Graffiti Clashs From Paris : Vol. 1
Avec le personnage de Charlie Bauer
modifier- Mesrine
- L'Ennemi public no 1, interprété par Gérard Lanvin.
Liens externes
modifier- « Entretien avec Charlie Bauer sur son livre Fractures d’une vie. », sur France Inter, émission Là-bas si j’y suis
- « Entretien avec Charlie Bauer. », hebdomadaire Bakchich
- « Page myspace du projet Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent » Opus Slam avec Charlie Bauer, Djamal (Kabal In Vivo Torapamavoa), Julien Delmaire, MariPaule B, Dj Boulaone.