Chedli Kallala
Chedli Kallala (arabe : شاذلي قلالة), également orthographié Chedly Kallala, né en à Monastir et mort le , est un militant nationaliste tunisien, l'un des compagnons de lutte les plus proches d'Habib Bourguiba durant la lutte pour l'indépendance de la Tunisie.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 64 ans) |
| Nationalité | |
| Activité |
| Partis politiques |
Destour (- Néo-Destour (à partir de ) |
|---|
Issu d'une famille modeste du Sahel tunisien, il adhère au Destour dès 1925, rejoint Bourguiba en 1932 et participe au congrès de Ksar Hellal qui donne naissance au Néo-Destour en 1934. Plusieurs fois arrêté, emprisonné et exilé, il fait partie en 1949 des « Onze noirs », groupe clandestin chargé de coordonner la lutte armée. Représentant du Néo-Destour en Libye puis au Caire de 1953 à 1955, il rentre en Tunisie à l'automne 1955 pour participer aux dernières négociations menant à l'indépendance.
Ferme dans ses convictions mais d'un naturel discret, son nom est désormais porté par une rue de Tunis, dans le quartier de Lafayette.
Jeunesse et formation politique
modifierNé en à Monastir, dans ce qui constitue alors un caïdat du Sahel tunisien, Chedli Kallala grandit dans une famille modeste[1]. Monastir est alors une ville du Sahel qui voit émerger dans les années 1920 et 1930 une génération de militants nationalistes issus de la petite bourgeoisie littorale, parmi lesquels Habib Bourguiba, avocat sahélien qui commence à fustiger le régime du protectorat dès 1930.
Dès 1925, Kallala adhère au Destour[2], qui compte alors environ 45 000 adhérents, majoritairement recrutés parmi les notables, artisans, commerçants et petits propriétaires. En 1932, il se rallie à Bourguiba et fonde la cellule destourienne de Monastir[2]. En 1934, il est l'un des artisans du congrès de Ksar Hellal qui consacre la rupture avec le Destour et porte Bourguiba à la tête du Néo-Destour[1], parti moderniste qui revendique clairement l'indépendance et dénonce l'impérialisme français.
Militant sous le protectorat
modifierEmprisonnements et exils (1934–1943)
modifierL'engagement de Kallala au Néo-Destour lui vaut rapidement la répression des autorités coloniales françaises. Dès 1934, à la suite des vagues d'arrestations menées par le résident général Marcel Peyrouton contre les dirigeants du parti, il est assigné à résidence forcée à Bordj le Bœuf[3], où sont regroupés de nombreux militants néo-destouriens. Il est ensuite emprisonné successivement à Alger, à Lambèse — ancienne colonie pénitentiaire militaire en Algérie — et enfin au fort Saint-Nicolas à Marseille[1].
Un épisode révélateur survient en 1943 : libéré des prisons françaises avec d'autres dirigeants du Néo-Destour par les autorités d'occupation allemandes après l'entrée de l'Axe en Tunisie fin 1942, Habib Bourguiba est sollicité par Radio Bari, la radio italienne du régime de Mussolini, pour y faire une déclaration de soutien. Conscient du risque de compromettre la cause nationaliste par une association avec les puissances de l'Axe, Bourguiba consulte ses compagnons, dont Kallala, pour rédiger collégialement un texte soigneusement pesé qui permette de ménager les occupants sans cautionner leur idéologie. Le manuscrit de cette déclaration du , abondamment raturé et annoté de la main de Bourguiba, est versé en 2022 aux archives nationales de Tunisie[4].
« Onze noirs » et mission en Égypte (1949–1955)
modifierEn 1949, Chedli Kallala est désigné pour faire partie des « Onze noirs », groupe clandestin de chefs de la résistance chargés par Bourguiba de déclencher et coordonner une lutte armée dans diverses régions du pays[1].
De 1953 à 1955, il est dépêché en Libye puis au Caire, où le Néo-Destour dispose d'un bureau servant de point de ralliement aux militants maghrébins. Il s'y emploie à porter le message de Bourguiba sur la scène arabe et internationale, et est également chargé de renouer le contact avec les partisans de Salah Ben Youssef, reflétant les tensions internes au mouvement national à cette période[1]. Durant ces années d'exil, il vit de ressources très limitées[2]. De nombreuses lettres que Bourguiba lui adresse depuis ses propres lieux d'exil, portant des instructions pour intensifier la lutte, attestent de l'importance du rôle de coordination qui lui est confié[4].
Retour en Tunisie (1955–1962)
modifierPersonnalité
modifierFerme et irréductible dans ses convictions, Chedli Kallala est décrit par ses contemporains comme d'un naturel calme et discret, agissant avec vigueur et efficacité sans rechercher la notoriété[5]. Bourguiba lui-même le qualifiait de « la moitié du parti »[6],[5].
La préface de l'ouvrage de Habib Belaïd, signée par le professeur Nabil Khaldoun Grissa, insiste sur ce que l'auteur qualifie de « totale abnégation » : un engagement patriotique exercé au profit de la cause collective, sans ambition personnelle[6]. C'est précisément cette discrétion qui explique que sa mémoire soit restée longtemps dans l'ombre malgré la place centrale qu'il occupait dans l'appareil destourien.
Sa trajectoire est caractéristique d'une partie de la génération militante sahélienne des années 1920–1950 : des hommes issus de milieux modestes, sans ressources ni mandat officiel, qui ont structuré de l'intérieur un mouvement national dont l'histoire a surtout retenu les chefs visibles.
Postérité
modifierMémoire familiale
modifierLe fils de Chedli Kallala, Ahmed Kallala, perpétue la fidélité familiale à Bourguiba bien au-delà de la mort de son père. Présent notamment en à Paris lors du démarrage des négociations pour l'indépendance[7], il reste proche du « Combattant suprême » jusqu'à la mort de ce dernier en 2000, y compris durant ses années d'isolement à Monastir après sa destitution par Zine el-Abidine Ben Ali le [7]. Les archives personnelles et l'album-photo qu'il conservait constituent, selon le site Leaders, une source précieuse pour les historiens[7].
Hommages
modifier
Une rue de Tunis, la rue Chedly-Kallala, située dans le quartier de Lafayette à proximité de la Grande synagogue de Tunis, porte son nom[8]. Elle porte anciennement le nom de Marcellin Berthelot sous le protectorat français.
Ouvrage de Habib Belaïd (2022)
modifierÀ l'occasion du 60e anniversaire de sa disparition, l'historien Habib Belaïd, enseignant-chercheur à l'Institut supérieur de l'histoire de la Tunisie contemporaine, publie en 2022 aux éditions Leaders un ouvrage en arabe intitulé Chedli Kallala, compagnon de Bourguiba : un parcours de lutte et de loyauté. L'auteur s'appuie sur les archives familiales transmises par Ahmed Kallala, ainsi que sur les fonds des archives nationales de Tunisie et de l'Institut supérieur de l'histoire de la Tunisie contemporaine[1]. L'ouvrage s'articule en deux parties : la première retrace le parcours militant, la seconde rassemble correspondances inédites avec Bourguiba, témoignages et photographies[1]. La préface est signée par Nabil Khaldoun Grissa, professeur d'histoire à la faculté des lettres, des arts et des humanités de La Manouba[5].
Le livre est présenté le au Club des retraités de Monastir à l'initiative de l'association Nadi Al Ajial[9].
Dépôt aux archives nationales (2022)
modifierLe , lors d'une cérémonie tenue aux archives nationales de Tunisie, Ahmed Kallala remet au directeur général Hédi Jalleb un ensemble de lettres et manuscrits inédits d'Habib Bourguiba conservés dans les archives familiales[4]. Parmi les documents versés figurent notamment le manuscrit de la déclaration faite par Bourguiba à Radio Bari le ainsi que des lettres d'exil portant des instructions de lutte. Jalleb souligne l'importance de ces pièces pour enrichir la mémoire nationale et les mettre à la disposition des chercheurs[4].
Bibliographie
modifier- (ar) Habib Belaïd (préf. Nabil Khaldoun Grissa), الشاذلي قلالة رفيق درب بورقيبة : مسيرة نضال ووفاء [« Chedli Kallala, compagnon de Bourguiba : un parcours de lutte et de loyauté »], Tunis, Leaders, , 263 p. (ISBN 978-9938997699).
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 « Vient de paraître : Chedli Kallala, compagnon de lutte de Bourguiba », Le Temps, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 3 4 « Chedli Kallala : le parcours d'un combattant », sur Leaders, (consulté le ).
- ↑ Borj le Bœuf désigne un site d'internement administratif en Tunisie utilisé par les autorités du Protectorat pour y confiner les militants nationalistes jugés dangereux, sans jugement préalable.
- 1 2 3 4 « Des lettres inédites de Bourguiba versées par la famille Kallala aux Archives nationales », sur Leaders, (consulté le ).
- 1 2 3 « Vient de paraître : Chedli Kallala, compagnon de lutte de Bourguiba », sur Nessma, (consulté le ).
- 1 2 « Vient de paraître : Chedli Kallala, compagnon de lutte de Bourguiba », sur arabesque.tn, (consulté le ).
- 1 2 3 « Exclusif : les dernières photos de Bourguiba ? », sur Leaders, (consulté le ).
- ↑ « Avenue Chedly Kallala », sur mapcarta.com (consulté le ).
- ↑ « Monastir : présentation du livre Chedli Kallala, compagnon de lutte de Bourguiba », sur Leaders, (consulté le ).