Cheikh Mansour
Cheikh Mansour, né Ouchourma en 1762 et mort en 1794 à Schlüsselbourg, est un chef de guerre et chef religieux islamique tchétchène. Il dirige de 1785 à sa capture en 1791 un mouvement insurrectionnel résistant à l'autorité de l'Empire russe dans le Nord-Caucase, quelques décennies avant le début des guerres du Caucase.
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| Nom dans la langue maternelle |
Мансур |
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Chef militaire (d) |
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| Conflits |
Guerre du Caucase Soulèvement de Cheikh Mansour Prise d'Anapa (en) Battle of the Sunja (en) |
Biographie
modifierMansour naît dans l'aoul d'Aldi près de la Sounja. Il aurait été éduqué dans l'école soufie de la Naqshbandiyya, soit en se rendant à Boukhara, soit dans l'Empire ottoman dans un but de déstabilisation anti-russe, soit plus probablement par un naqshbandi se rendant à La Mecque[1]. Sa chaîne d'initiation soufie exacte n'est pas connue et l'historien Michael A. Reynolds remet en doute son appartenance à la confrérie Naqshbandiyya, une histoire qui aurait selon lui été inventée après sa mort[2].
Devenu imam, il va s'efforcer d'enrôler la population tchétchène et d'unifier les peuples du Caucase, alors encore fortement marquées par des pratiques polythéistes ou animistes, dans un combat unifié contre les incursions russes sous la bannière de l'islam. Il va ainsi lutter contre le culte des ancêtres, l'utilisation du tabac, introduit des concepts islamiques dans les conventions sociales (adats), et déclare une guerre sainte qui permet d'unifier les taïp du pays tchétchène.
Les autorités russes tentent dans un premier temps de le discréditer, puis lancent en 1785 une expédition punitive de 5 000 hommes pour l'arrêter, mais il leur échappe. Le village d'Aldi est pillé et Mansour proclame alors la guerre sainte contre les Russes. Plusieurs centaines de soldats russes sont capturés et tués à la bataille de Sounja le . Ce succès permet au cheikh Mansour de rallier des appuis jusqu'en pays tcherkesse ; ses troupes comptent jusqu'à 12 000 hommes, mais il ne parvient pas à étendre l'insurrection aux plaines et échoue devant le fort de Kizliar.
Les Russes réagissent par un repli de leurs positions en Géorgie vers la ligne du Terek, abandonnant par là-même le fort de Vladikavkaz qui ne sera réoccupé qu'en 1803. Poursuivant son travail d'unification religieuse et militaire, Mansour arrive à mobiliser le Daghestan, les tribus turques du Caucase (Koumyks, Nogaïs), la Kabarda et pousse jusqu'en Adyguée dans le contexte de la guerre russo-turque de 1787-1792.
Il est cependant capturé dans la forteresse d'Anapa sur la côte de la mer Noire en [2] et emmené en captivité à Saint-Pétersbourg. Il meurt dans la forteresse de Schlüsselbourg en .
Il est considéré comme un pionnier de l'islamisation du Caucase et de la résistance face à la domination impériale russe, ainsi qu'un précurseur de Chamil. Le soufisme naqshbandi connaît après sa mort 30 ans d'éclipse au Caucase mais réapparaît ensuite comme vecteur de lutte antirusse.
En 2014, après l'annexion de la Crimée par la Russie, une unité de volontaires tchétchènes combattant aux côtés des Forces armées ukrainiennes adopte le nom de bataillon Cheikh Mansour pour lui rendre hommage. La majorité de ses membres sont des vétérans des première et seconde guerres de Tchétchénie[3].
Notes et références
modifier- ↑ Chantal Lemercier-Quelquejay, Alexandre Bennigsen, « L'“islam parallèle” en Union soviétique. Les organisations soufies dans la République tchétchéno-ingouche », in : Cahiers du monde russe et soviétique, vol. XXI, no 1, janvier-mars 1980, p. 50.
- 1 2 (en) Michael A. Reynolds, « Muslim Mobilization in Imperial Russia’s Caucasus », dans Islam and the European Empires, Oxford University Press, , 0 p. (ISBN 978-0-19-966831-1, lire en ligne)
- ↑ « L'Ukraine, le nouvelle guerre d'un bataillon de vétérans tchétchènes », sur 20 Minutes, (consulté le )
Bibliographie
modifier- Alexandre Benningsen, « Un mouvement populaire au Caucase au XVIIIe siècle : La "guerre sainte" du sheikh Mansur (1785-1791), page mal connue et controversée des relations russo-turques », Cahiers du monde russe et soviétique, vol. 5, no 2, , p. 159-205