Cheval au Maroc
Le cheval est, au Maroc, une tradition très ancienne, liée à l'histoire des cavaleries berbères et arabes. Les races Barbe et Arabe-Barbe y sont considérées comme un patrimoine national, en raison de leur élevage par de nombreuses tribus locales. La tbourida (fantasia marocaine) met cette utilisation militaire du cheval Barbe ou Arabe-barbe à l'honneur, et représente le sport équestre le plus populaire du Maroc. Le pays compte cinq haras nationaux situés à Marrakech, Meknès, Bouznika, Oujda et El Jadida. Il organise d'importants événements équestres à rayonnement international, tels que le Salon international du cheval d'El Jadida et le Morocco Royal Tour, ainsi que des événements sportifs nationaux, tels que la Semaine du cheval de Rabat.
| Cheval au Maroc | |
Tbourida marocaine à Beni Drar. | |
| Espèce | Cheval |
|---|---|
| Statut | natif (importé sous l'Antiquité) |
| Nombre | 160 000 (2005) |
| Races élevées | Barbe, Arabe-Barbe, Arabe, Pur-sang et Anglo-arabe |
| Objectifs d'élevage | Majoritairement Tbourida, plus rarement saut d'obstacles, dressage et endurance |
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Histoire
modifierLe cheval est lié à l'histoire des peuples Berbère et Arabe qui habitent le territoire marocain[1] ; par ailleurs, d'après Philippe Barbié de Préaudeau, le Maroc est probablement le pays du Maghreb qui a su préserver ses pratiques équestres avec la meilleure continuité[2].
Période du protectorat
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Durant le protectorat français, un Service des remontes et haras est créé en 1906 avec deux jumenteries à Témara et Meknès, et un dépôt d'étalons à Mazagan[2]. Plusieurs haras à vocation militaire sont donc créés sur le territoire marocain, dont le plus ancien est celui de Meknès, en 1912[3]. Les premiers travaux scientifiques en médecine vétérinaire équine paraissent sous l'impulsion du Laboratoire de recherches du service de l’élevage à Casablanca[4]. Des importations de chevaux arabes sont effectuées depuis la France, l'Algérie, la Tunisie et la Syrie[2], mais ces mouvements équins existent aussi en sens inverse, certains des meilleurs chevaux du Maghreb partant vers la France[5]. La fermeture de la jumenterie de Témara en 1927 entraîne le transfert du cheptel vers le haras national de Meknès[6]. En 1947, l'élevage équin passe de la tutelle militaire à celle du ministère de l'Agriculture[6].
Après l'indépendance du Maroc
modifierAprès l'indépendance du Maroc, un enseignement de médecine vétérinaire est créé à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan-II, en 1970, donnant lieu à des publications en médecine vétérinaire équine[4]. Un stud-book est créé pour le Pur-sang arabe du Maroc en 1982[6]. Au cours du XXe siècle, la filière équine marocaine décline, en raison de la raréfaction des usages du cheval[7]. Face à ce constat[7], depuis les années 2000, la famille royale marocaine soutient le développement des sports hippiques et l'organisation d'un nombre croissant d’événements équestres internationaux sur son sol[8]. La Société royale d'encouragement du cheval (SOREC) est créée en 2003 dans ce but[9],[3], alors que le cheptel national de 130 000 chevaux décline chaque année[7].
Des travaux de rénovation et d'équipement des cinq haras nationaux marocains sont entrepris dans les années 2010[3]. La qualité technique des haras marocains est désormais proche de celle des haras européens[3].
En 2007, le secteur équestres compte pour 3,4 milliards de dirhams dans le Produit intérieur brut du Maroc[7]. En fin d'année 2014, l'équitation est devenue le second sport le plus pratiqué au Maroc, derrière le football[8]. En 2012, 11 500 emplois marocains dépendent directement ou indirectement du cheval[10] ; en 2015, une autre estimation donne environ 30 000 emplois dans cette filière, soit 0,61 % du PIB marocain, correspondant à 6 milliards de dirhams[7].
Une clinique vétérinaire moderne, à l'institut agronomique et vétérinaire Hassan-II de Rabat, a ouvert en septembre 2016[11], puis effectué la première opération chirurgicale d'un cheval sur le sol marocain en novembre 2016[7].
Pratiques
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Selon la Fédération royale marocaine des sports équestres, la tbourida représente la première discipline équestre pratiquée dans le pays, loin devant le saut d'obstacles, le dressage et l'endurance[10]. Le secteur évolue d'une relation avec un animal de travail à des pratiques fondées sur le sport et les loisirs[12].
L'équitation et les sports équestres restent cependant peu démocratisés au Maroc, où l'on compte environ 20 000 cavaliers dans des centres équestres ou des écuries privées[10]. Les cavaliers marocains peuvent passer quatre grades attestant de leurs compétences équestres, nommés « Fariss »[10]. Depuis 2012, les performances du cavalier marocain Abdelkebir Ouaddar sont très remarquées[13]. Il a accédé au plus haut niveau grâce au roi Mohammed VI, qui a acheté pour lui l'étalon Selle français Quickly de Kreisker à un cavalier breton, Benjamin Robert[13]. Depuis 2017, sa fille Soukaina Ouaddar fait ses débuts en épreuves d'obstacle de niveau international[14].
Le tourisme équestre est très présent[10], et se développe rapidement[12].
Le secteur des courses hippiques est lui aussi en développement, avec 500 nouvelles courses organisées entre 2011 et 2016[7]. Environ 2 400 courses sont organisées au Maroc chaque année, et 560 lieux permettent de parier[3]. En avril 2016, une femme jockey participe pour la première fois à une course au Maroc[15]. En juin 2017, le Maroc compte 3 femmes jockey, dont Zineb el Briouil[16].
Le cheval est associé à des fêtes et cérémonies du quotidien, telles que la circoncision, le mariage et le moussem[1]. Les rois Hassan II et Mohammed VI ont tous deux déclaré que le cheval fait partie intégrante de la culture et de la civilisation marocaines[1]. Par ailleurs, les membres de la famille royale participent à de nombreux événements équestres nationaux ou internationaux[1].
Élevage
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En 2005, le Maroc comptait 160 000 chevaux de toutes races[12]. Entre 2011 et 2017, le nombre de nouvelles naissances a augmenté de 24 %, soit 900 chevaux de plus[7]. Les principales races du pays sont l'Arabe-Barbe et le Barbe[12]. Plus rarement, le Maroc compte des élevages d'Arabe, de Pur-sang et d'Anglo-arabe[17]. Les élevages de mulets pour les travaux agricoles restent cependant très présents[17]. La SOREC souhaite valoriser le cheval Barbe pour en faire un ambassadeur mondial des pratiques équestres marocaines[7].
Un élevage de chevaux de sport s'est monté à Sidi Berni en 1985, pour obtenir le Cheval marocain de sport[12].
Le pays compte cinq haras nationaux, situés à Marrakech, Meknès, Bouznika, Oujda et El Jadida, gérés par la SOREC[18]. Le haras de Bouznika héberge les chevaux arabes de la famille royale[19]. Le Maroc compte aussi d'excellents haras privés[6]. L'usage de l'insémination artificielle se développe, notamment dans les régions reculées[7].
Événements
modifierLe Maroc organise de nombreux événements équestres. Le plus important est le Salon international du cheval d'El Jadida, créé en 2008, et qui a attiré 230 000 visiteurs, d'après ses organisateurs, pour son édition de 2018[20]. La SOREC a mis en place depuis 2011 les rencontres internationales du cheval Barbe et Arabe-barbe, dans le but de promouvoir ces deux races nationales[7].

Le Morocco Royal Tour, compétition internationale de saut d'obstacles créée en 2010 sur instruction de Sa Majesté Mohammed VI[21],[22], est passé du niveau 3 étoiles au niveau 4 étoiles en 2018[23],[24].
La Semaine du cheval de Rabat (Oussbou3ou lfarass) réunit chaque année en juillet les meilleurs cavaliers nationaux marocains[25].
Culture
modifierLes pratiques équestres et l'histoire marocaines ont inspiré de nombreux artistes, en particulier Eugène Delacroix, qui a peint Exercices militaires des Marocains en 1832, Le Kaïd, chef marocain en 1837, Le Sultan du Maroc en 1845 et Chevaux sortant de la mer en 1860[26] ; mais aussi Salvador Dalí, avec La Bataille de Tétouan, peint en 1961-1962.
- Exercices militaires des Marocains, Eugène Delacroix, 1832.
- Le Kaïd, chef marocain, Eugène Delacroix, 1837.
- Le Sultan du Maroc, Eugène Delacroix, 1845.
- Chevaux sortant de la mer, Eugène Delacroix, 1860.
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 « Les Marocains et le cheval », sur sorec.ma (consulté le ).
- 1 2 3 Barbié de Préaudeau 2002, p. 190.
- 1 2 3 4 5 Le Brech 2018.
- 1 2 Hossaini-Hilali 2012.
- ↑ Barbié de Préaudeau 2002, p. 189.
- 1 2 3 4 Barbié de Préaudau 2002, p. 190.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Sylla 2017.
- 1 2 Vagnozzi 2014, p. 95.
- ↑ « Historique et missions », sur sorec.ma (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 Mayrand 2014, p. 110.
- ↑ Jérôme Lamy, « Institut agronomique et vétérinaire Hassan II: le cheval a sa nouvelle clinique », sur chevaldumaroc.com, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 Rousseau 2014, p. 394.
- 1 2 Marianne Simon, « L’ascension fulgurante d’Abdelkebir Ouaddar », sur Mise en selle (consulté le ).
- ↑ « Soukaina Ouaddar, la cavalière étoilée qui galope dans les pas de son père », sur Al HuffPost Maghreb, (consulté le ).
- ↑ Ibrahima Bayo, « Portrait : Bouchra Marmoul, la première marocaine jockey fait tomber les préjugés », sur yabiladi.com, (consulté le ).
- ↑ Véronique le Jeune, « Maroc: la jockey Zineb el Briouil très à cheval sur l'égalité homme/femme », sur Franceinfo, (consulté le ).
- 1 2 Rousseau 2014, p. 395.
- ↑ « Les Haras nationaux », sur sorec.ma (consulté le ).
- ↑ Barbié de Préaudeau 2002, p. 191.
- ↑ « Salon du cheval d'El Jadida : Objectifs atteints, selon les organisateurs », sur La Nouvelle Tribune, (consulté le ).
- ↑ « Morocco Royal Tour : Trois destinations d'exception et quatre étoiles », sur lecheval.fr, Le Cheval, (consulté le ).
- ↑ « Morocco Royal Tour »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur rbpresse.com, Agence R&B Presse (consulté le ).
- ↑ Charlotte Marichal, « Le retour du Morocco Royal Tour »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur leperon.fr, L'Éperon, (consulté le ).
- ↑ Yeelen Ravier, « Le Morocco Royal Tour prépare ses 4 étoiles », sur GrandPrix-replay.com, (consulté le ).
- ↑ « Rabat au pas de course pour la 34e édition de la Semaine du cheval », sur Al HuffPost Maghreb, (consulté le ).
- ↑ Institut du monde arabe et Jean-Pierre Digard (dir.), Chevaux et cavaliers arabes dans les arts d'Orient et d'Occident, Éditions Gallimard et IMA, , 304 p. (ISBN 2-07-011743-X, OCLC 53099176, LCCN 2003361313)..
Annexes
modifierBibliographie
modifierOuvrages de recherche
modifier- [Barbié de Préaudeau 2002] Philippe Barbié de Préaudeau, Le Cheval arabe, Les éditions du Jaguar, , 2e éd., 224 p. (ISBN 2-86950-358-X, OCLC 470148741).
- [Hossaini-Hilali 2012] Dr Jamal Hossaini-Hilali, La recherche vétérinaire sur le cheval au Maroc : Répertoire des travaux scientifiques de 1913 à 2011, Rabat, Jamal Hossaini-Hilali, , 62 p. (ISBN 978-9954-31-274-2 et 9954-31-274-9, lire en ligne)
Articles scientifiques
modifier- [Talley 2020] (en) Gwyneth Talley, « Human-Horse Relationships in Morocco: what Equids Can Tell Us About Society », Hesperis Tamuda, no 55, , p. 319–337 (ISSN 0018-1005, lire en ligne, consulté le )
Articles de presse
modifier- [Le Brech 2018] Catherine Le Brech, « Au Maroc, la filière du cheval monte en gamme », sur Franceinfo, (consulté le )
- [Libbrecht 2014] Xavier Libbrecht, « Derrière Kebir Ouaddar c’est tout le Maroc qui galope », La Revue, , p. 102-103
- [Mayrand 2014] Lise Mayrand, « Le Maroc, de la tbourida au CSO », Cheval Magazine, , p. 110
- [Rousseau 2014] Élise Rousseau (ill. Yann Le Bris), Tous les chevaux du monde, Delachaux et Niestlé, , 544 p. (ISBN 2-603-01865-5), « Maroc et Algérie », p. 394-395.
- [Sylla 2017] Adama Sylla, « La filière équine prend du galon », Challenge, (lire en ligne, consulté le )
- [Vagnozzi 2014] (en) Catherine Vagnozzi, « Abdelkebir Ouddar, Morocco to bois le Roi », Equestrio, , p. 94-98 (lire en ligne)