Chevalier de Rhodes

chevalier-Hospitalier à l'époque où l'Ordre avait son couvent à Rhodes

L'ordre des Hospitaliers (ou chevaliers de Saint Jean de Jérusalem), désormais chassé du continent après la chute de Saint-Jean-d'Acre (1291), se regroupe à Chypre, où il se trouve depuis plus de 80 ans. Les moines-soldats modifient leurs moyens d'action et se tournent vers la mer. Avec l'autorisation du Pape, ils vont bâtir une flotte, à la fois pour faciliter le voyage des pèlerins, mais aussi pour chasser les navires musulmans et défendre les côtes chypriotes.

Cependant, tout n'est pas rose dans la nouvelle demeure de l'ordre : le royaume de Chypre est instable et avec leur armada, leur armée et leurs importantes propriétés foncières, le pouvoir local des Hospitaliers est contesté. Surtout qu'ils restent fortement associés aux croisades auxquelles on ne croit plus vraiment en Occident. On se met même à questionner l'utilité des ordres militaires : en 1307, les Templiers sont emprisonnés en France et leurs biens menacés dans toute l'Europe. C'est pourquoi les Hospitaliers décident de quitter Chypre : profitant du chaos qui règne dans l'ancien empire byzantin, ils s'installent dans l'île de Rhodes entre 1307 et 1310 (la prise de Rhodes a lieu le 15 août 1310). Une fois sur place, ils vont donc en quelques années transformer Rhodes en une véritable place forte et malgré des ressources limitées ils parviennent à développer leurs activités en mer. Les Hospitaliers se muent en véritables chevalier pirates, ils deviennent rapidement un fléau pour la marine musulmane et l'une des dernières puissances chrétiennes présentes en Méditerranée orientale, dominée par les mamelouks. C'est un nouveau souffle pour les chevaliers de Saint Jean, qui retrouvent une utilité aux yeux du monde chrétien. En parallèle, l'organisation des Hospitaliers évolue : ils ne sont désormais plus composés d'une majorité de francs mais de moines venus de toute l'Europe catholique. Le statut du grand maître change aussi, il est désormais reconnu comme "le prince de Rhodes", il dispose de sa propre monnaie et entretient un intense réseau diplomatique. Rhodes se transforme donc en un véritable petit état, il a son propre gouvernement sous forme d'un Conseil qu'il faut toutefois bien distinguer du conseil précédent. Les Hospitaliers profitent aussi de la chute de leur concurrent, et lorsque l'Ordre des Templiers est dissout en 1312, ils héritent de leurs possessions. L'ordre de Saint Jean reste ainsi à Rhodes pendant plus de deux siècles.

Mais malheureusement pour eux, le monde musulman veut absolument leur disparition. Les Hospitaliers réussissent à repousser différentes attaques lancées contre eux : deux débarquements mamelouks en 1440 et en 1444 et surtout la tentative d'invasion de l'île en 1480, par le sultan ottoman qui a conquis Constantinople, un certain Mehmed II (1432-1481), qui échoue. Mais les Hospitaliers ne pourront pas repousser ces assauts indéfiniment. Le petit-fils de Mehmed II, le sultan Soliman le Magnifique (1494-1566) entend bien annexer l'île. En juin 1522, il débute un siège contre Rhodes qui va durer près de 6 mois. Le grand maître des Hospitaliers, Philippe de Villiers de L'Isle-Adam, lutte contre les ottomans à la tête de seulement 16 000 hommes, dont à peine 600 chevaliers, qui ensemble repoussent les assauts des envahisseurs les uns après les autres. Grâce à l'ingénieur vénitien Gabriele Tadino (1476-1543), les attaques ottomanes sont contrées et les murailles de Rhodes tiennent. Mais les Hospitaliers, trop peu nombreux et dépassés par l'artillerie turque, chancellent, et à la fin de l'automne, les murailles commencent à céder. Très vite, le camp des Hospitaliers s'agite, l'un des membres les plus importants de l'ordre, André d'Amaral, est même soupçonné de vouloir ouvrir les portes aux ottomans ; le 8 novembre, il est exécuté pour trahison.

Malgré la maladie qui ravage le camp de Soliman, les différents bastions hospitaliers finissent par tomber les uns après les autres. Le 19 décembre 1522, le grand maître capitule, il obtient la liberté pour lui et les 160 chevaliers survivants de son ordre, mais aussi pour les rhodiens qui souhaiteraient les suivre en exil. Pour l'ordre, c'est le début de plusieurs années d'errance, avant de pouvoir se fixer dans l'île de Malte, offerte par Charles Quint.

Notes et références

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Sources

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  • Bertrand Galimard Flavigny, Histoire de l'ordre de Malte, Perrin, Paris, 2006.