Chevauchée d'Édouard III (1339)
La chevauchée d’Édouard III en 1339, (en anglais : Thiérache campaign) est un raid dévastateur mené par le roi d'Angleterre Édouard III à l'encontre du royaume de France. Cette expédition commence le 20 septembre en partance d'Anvers et s'achève à Buironfosse le 22 octobre.
| Date | - |
|---|---|
| Lieu | Nord de la France |
| Philippe VI de Valois | Édouard III |
Batailles
- Chronologie de la guerre de Cent Ans
- Cadzand (1337)
- Arnemuiden (1338)
- Manche (1338-1339)
- Chevauchée d'Édouard III (1339)
- Cambrai (1339)
- L'Écluse (1340)
- Saint-Omer (1340)
- Tournai (1340)
- Bergerac (1345)
- Auberoche (1345)
- Aiguillon (1346)
- Chevauchée d'Édouard III (1346)
- Caen (1346)
- Blanquetaque (1346)
- Crécy (1346)
- Calais (1346-1347)
- Chevauchée de Lancastre (1346)
- Neville's Cross (1346)
- Lunalonge (1349)
- Calais (1349-1350)
- Winchelsea (1350)
- Saint-Jean-d'Angély (1351)
- Saintes (1351)
- Ardres (1351)
- Chevauchée du Prince Noir (1355)
- Narbonne (1355)
- Chevauchée de Lancastre (1356)
- Chevauchée du Prince Noir (1356)
- Bourges (1356)
- Romorantin (1356)
- Poitiers (1356)
- Nogent (1359)
- Chevauchée d'Édouard III (1359-1360)
- Reims (1359-1360)
- Winchelsea (1360)
- Paris (1360)
- Chastres (1360)
- Chartres (1360)
Il s'agit de la première chevauchée de la guerre de Cent Ans, elle dévaste le Nord de la France et est consécutive à la montée des tensions entre le roi d'Angleterre et son rival Philippe VI de Valois.
L'expédition est amorcée par le débarquement des troupes d’Édouard III à Anvers, puis se poursuit avec le siège de Cambrai. Après avoir échoué à prendre la ville, les Anglais alliés aux Flamands poursuivent leur marche destructrice à travers la Thiérache et le Vermandois. La chevauchée prend fin après la rencontre de l'armée anglaise avec les troupes françaises à Buironfosse.
Contexte
modifierLes incursions navales françaises
modifierCette première chevauchée anglaise en France est la conséquence des fortes tensions entre Édouard III et Philippe VI, à l’aube de la guerre de Cent Ans. Pendant les premières années de la guerre, il n'y a pas de grandes conquêtes ou de batailles décisives. Durant cette période, les deux rois rivaux se consacrent alors à la consolidation de leurs places fortes et de leurs forces armées. Ainsi pendant qu’Édouard III fortifie ses positions en Aquitaine, Philippe VI travaille au développement de ses forces navales. Ainsi, en 1337, le roi de France dispose d’au moins 50 navires de guerre et d’un arsenal opérationnel à Rouen[1]. Fort de cette puissance navale conséquente, les bateaux français et leurs alliés génois s’en prennent aux côtes anglaises dès 1338. Durant cette année, les Français prennent Portsmouth, Guernesey et Southampton tout en interceptant des navires marchands anglais à destination des Flandres[2].
L'embargo contre les Flandres
modifierDe son côté, le roi Édouard III avance ses premiers pions dans le début du conflit en prenant des mesures d’ordre économique. En 1336, il obtient d’abord l’approbation du parlement de Nottingham pour financer ses projets militaires. La même année, il décide de faire pression sur les Flandres en interdisant les exportations de laine anglaise vers cette région. Il parvient dans le même temps à rallier le soutien de plusieurs seigneurs du nord de la France et même l'assentiment de l’empereur Louis de Bavière[3]. Au départ, le comte de Flandre Louis Ier de Flandre est très réticent à l’idée de se rallier au roi d’Angleterre dans sa guerre contre le roi de France. C’est pour contraindre les Flamands à gagner sa cause qu’Édouard III ordonne en 1336 l’embargo des exportations de laine vers les Flandres. Dans les villes où les tisserands flamands dépendent de la laine anglaise, des épisodes de révoltes éclatent contre le comte de Flandre. À Gand, Jacques Van Artevelde convainc les habitants de la ville, en plus de ceux d’autres villes flamandes, de plaider le ralliement aux Anglais[4].
Déroulement
modifierEffectifs et objectifs de la chevauchée
modifierLa chevauchée d’Édouard III intervient en réponse aux incursions navales françaises[Lesquelles ?]. Après avoir débarqué à Anvers, le roi d'Angleterre et ses troupes ravagent le nord de la France en adoptant la stratégie de la chevauchée, préalablement utilisée contre les Écossais dès 1334[5]. L'armée d’Édouard III compte environ 15 000 hommes, répartis en trois corps d’armée. On y dénombre environ 1 600 hommes d'armes et 1 650 archers[6] ; à ces effectifs anglais s'ajoutent quelque 800 mercenaires et contingents flamands[7]. À raison d'une vingtaine de kilomètres par jour, l'armée d’Édouard III pille les ressources tout en détruisant fours, vergers et autres moyens de production[6]
Du siège de Cambrai au non-affrontement de Buironfosse
modifierLa chevauchée débute le 20 septembre 1339 lorsque Édouard III et son armée se mettent en branle en direction de Cambrai. Sur le chemin, l'armée fait notamment halte à Valenciennes, où Édouard III vient chercher l'appui du comte de Hainaut Guillaume II, qu'il obtient[8].
Le lendemain, l'armée reprend sa marche vers Cambrai, qu'elle atteint le 24 septembre, commence alors le siège de la cité. Pendant que le gros de l'armée tente de prendre la ville, une partie des effectifs est répartie dans la région pour tenter de prendre d'autres places fortes. Ainsi le chevalier Gautier de Mauny prend la ville de Thun-l'Évêque, tandis que Jean de Hainaut ravage le Cambrésis mais échoue à prendre le château d'Oisy[9].
De son côté Édouard III ne parvient pas, malgré de vigoureuses tentatives, à s'emparer de Cambrai. Son conseil de guerre l'enjoint alors de lever le siège et de poursuivre l'expédition. Ainsi, l'armée d’Édouard III quitte Cambrai et poursuit sa chevauchée à travers le Vermandois et la Thiérache[10].
La progression prend fin lorsque Philippe VI marche à la rencontre de son rival en compagnie de ses nombreux vassaux. Les deux rois s'entendent alors pour livrer bataille le vendredi 22 octobre à Buironfosse. Cependant, cet affrontement n'a jamais lieu car Philippe VI choisit d'écouter ses conseillers qui arguent que livrer bataille serait inutile et imprudent. En effet, l'issue de la bataille, même victorieuse, n'aurait que peu de conséquences sur le conflit et les chevaux étaient trop assoiffés pour charger l'ennemi[11].
Constatant que son adversaire ne se montre pas après deux jours, Édouard III se résout à son tour à renoncer à affronter le roi de France. Édouard III et son armée rebroussent alors chemin et regagnent Bruxelles dans la nuit du 23 au 24 octobre[6].
Conséquences
modifierAprès ces évènements, le pape Benoît XII décide d'intervenir pour inciter les deux rois à conclure une trêve et aider au rétablissement économique du paroisses affectées. Le souverain pontife dépêche le nonce apostolique dans les régions éprouvées par la guerre afin d'en constater le délabrement. Ainsi, sur les quatre diocèses touchés par les destructions, celui de Cambrai comporte au moins 200 villages dévastés. Au total, la chevauchée d’Édouard III aurait causé la mort d'un milliers de personnes, alors même qu'aucune grande bataille ne s'y est déroulée. Constatant l'ampleur des dégâts, un plan de redressement est donc élaboré, il comprend une aide financière doublée d'un soutien caritatif[7]. Pour soutenir le rétablissement des campagnes françaises, le pape accorde une aide financière de 9200 livres tournois pour relever les paroisses lésées de la région[12].
À côté des conséquences économiques, cette chevauchée a permis à Édouard III de renforcer ses liens avec les villes flamandes, avec lesquelles il conclut une alliance contre le comte de Flandres à la fin de l'année. Dès 1340 le roi d'Angleterre modifie ses armoiries pour y adjoindre les fleurs de lys françaises, afin de renforcer symboliquement ses revendications sur le trône de France. Cette même année 1340 voit la reprise des hostilités, notamment marquée la victoire anglaise de l'Écluse qui anéantit la flotte française. Parallèlement à cette victoire navale, Édouard III reprend ses expéditions en France, dans les alentours de Tournay et de Saint Omer, avec le soutien de ses nouveaux alliés flamands[13].
Bibliographie
modifier- Boris Bove, Le temps de la guerre de Cent ans : 1328-1453, Paris, Belin, , 670 p. (ISBN 9782701191911)
- Christelle Balouzat-Loube, Philippe VI Le premier des Valois, Paris, Humensis, , 226 p. (ISBN 9782379333873)
- Edward Le Glay, Histoire des comtes de Flandre: jusqu'à l'avènement de la maison de Bourgogne, vol. 2, A. Vandale, , 520 p. (ISBN 9781522861836)
- Nicolas Lemas, La guerre de Cent Ans, Malakoff, Armand Colin, , 224 p. (ISBN 9782200619626)
- Philippe Contamine, Que sais-je ? La guerre de Cent Ans, Paris, Presse Universitaire de France, , 128 p. (ISBN 9782130583226)
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierRéférences
modifier- ↑ Balouzat-Loube 2023, p. 148.
- ↑ Balouzat-Loube 2023, p. 149.
- ↑ Bove 2014, p. 64.
- ↑ Contamine 2010, p. 22.
- ↑ Balouzat-Loube 2023, p. 150.
- 1 2 3 Bove 2014, p. 71.
- 1 2 Lemas 2017, p. 39.
- ↑ Le Glay 1843, p. 423.
- ↑ Le Glay 1843, p. 424.
- ↑ Le Glay 1843, p. 424-425.
- ↑ Le Glay 1843, p. 428-430.
- ↑ Bove 2014, p. 70.
- ↑ Lemas 2017, p. 40.