Christophe Dejours

psychiatre français et psychanalyste, clinicien du travail, universitaire.

Christophe Dejours, né le à Paris, est un psychiatre, psychanalyste, médecin du travail[1], ergonome[2] et professeur de psychologie français nommé professeur au CNAM, spécialiste en psychodynamique du travail et en psychosomatique. Il est président du Conseil scientifique de la Fondation Jean Laplanche à l'Institut de France depuis 2010. Aujourd'hui professeur émérite à l'université Paris-Nanterre, il occupe aussi le poste de directeur scientifique au sein de l'Institut de psychodynamique du travail depuis 2018.

Christophe Dejours
Portrait de Christophe Dejours
Biographie
Naissance
Paris
Nationalité Française
Thématique
Profession Psychiatre, psychanalyste et sociologueVoir et modifier les données sur Wikidata
Employeur Conservatoire national des arts et métiersVoir et modifier les données sur Wikidata
Distinctions Prix Maurice-Bouvet et chevalier de l'ordre national du Mérite (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Biographie

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Ayant toujours eu un penchant pour la philosophie, Christophe Dejours réalise finalement un doctorat d'Etat d'études en médecine. Parallèlement, il effectue une garde de vingt-quatre heures tous les trois jours à la prison de la Santé[3].

Son parcours est jalonné de rencontres déterminantes, notamment avec Robert Linhart[4], Yves Duroux et Benjamin Coriat, philosophes et économiste avec lesquels il mène ses premières enquêtes de terrain. Dans le même temps, il fait une formation en ergonomie au CNAM, où il travaille en particulier avec Alain Wisner.

En 1974, le rapport Sudreau conduit au lancement de nombreuses actions pour développer la recherche sur le travail et penser des alternatives aux conditions de travail. Il bénéficie ainsi d'une bourse de recherche. A sa formation de psychiatre, il ajoute celle de médecin du travail et d'ergonome pour pouvoir remplir les conditions que nécessite cette bourse de recherche exigeant un fort investissement dans le travail interdisciplinaire. Par ailleurs il étudie la psychanalyse et la biologie pour pouvoir mener des recherches sur la psychosomatique et la théorie du corps[5].

Il a été professeur titulaire de la chaire de psychanalyse-santé-travail au Conservatoire national des arts et métiers et directeur de recherche à l'Université René Descartes Paris V. À partir d'un travail critique en psychopathologie du travail à la lumière de l'ergonomie de langue française et de la sociologie, il « a créé une nouvelle discipline », la « psychodynamique du travail »[6]. Il est membre titulaire de l'Association psychanalytique de France, membre titulaire de l'Institut de psychosomatique-Pierre Marty, président du Conseil scientifique de la Fondation Jean Laplanche - Institut de France. Il est également directeur et responsable scientifique de l'Institut de psychodynamique du travail.

Recherches

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En 2026, Frédérique Debout-Cosme, l'une des organisatrices.teurs interviewée du Colloque de Cerisy consacré à ses travaux, dira que « le point de départ de Dejours n’était pas le travail mais le corps »[7]. En tant que psychiatre et psychosomaticien, Dejours s'est interrogé « sur les voies par lesquelles l’expérience sociale s’inscrit dans la subjectivité dans son ensemble, c’est-à-dire corps et psyché »[7]. Selon cette psychologue, membre de l’Institut de psychodynamique du travail, « la notion dejoursienne de “travail vivant” » s'est aussi formée « à partir d’une discussion critique avec Marx »[7].

Ses axes de recherches portent sur les questions d'organisation du travail et leurs effets sur la santé des travailleurs, en tenant compte de l'écart entre travail prescrit et travail effectif, de la souffrance au travail née de la rencontre avec la résistance du réel. En particulier la souffrance pathogène, comme la souffrance éthique (sentiment de perte de sa propre dignité, de trahison des règles de travail, des normes et des valeurs qui leur sont associées, lorsqu'un individu est amené à commettre du fait de son travail des actes qu'il réprouve moralement) ou le suicide au travail. Et à l'inverse il s'agit de rendre compte du plaisir au travail et de la place essentielle accordée à la sublimation (et ses conditions de possibilité ou d'impossibilité). L'un des apports de la psychodynamique du travail concerne les stratégies de défense individuelles et collectives déployées pour lutter contre la souffrance. Cette théorie met également en évidence l'importance de l'intelligence au travail au niveau singulier (le travailler) et au niveau collectif (la production de règles de travail ou activité déontique) et de la reconnaissance de la contribution au travail de production (à travers les jugements de beauté et d'utilité). Enfin, Christophe Dejours explore les ressorts subjectifs de la domination, et ceux de la servitude volontaire[8], notamment dans le cadre des transformations néolibérales du travail.[source secondaire souhaitée]

« Inconscient amential » et troisième topique

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Christophe Dejours inscrit sa réflexion sur le travail, en association avec son second domaine de recherche : les affections du corps et leurs liens avec le fonctionnement psychique, la théorie de la sexualité et la métapsychologie du corps[9][source secondaire souhaitée].

À partir d'une controverse en psychosomatique, il propose de considérer une troisième topique en psychopathologie, faisant référence à l'existence d'un inconscient appelé “amential” (« dénommé inconscient “enclavé” par Laplanche » en 2007, ajoute-t-il)[10][source secondaire nécessaire]. Jean Laplanche « n’admet pas cette idée d’élément impensable » que suppose la notion dejoursienne d'inconscient amential[11] ; « l’inconscient enclavé reste selon lui un message en attente de traduction »[11],[note 1].

Sur l'idée d'une troisième topique, Dejours rejoint d'autres auteurs qui ont considéré que les deux topiques freudiennes n'étaient pas suffisantes, tels P.-C. Racamier (1992), W. Reid (1996), R. Cahn (2002), mais aussi P. Bourdier (dès 1970), Guillaumin (1996) et D. Anzieu (1975)[12]. La troisième topique de Dejours, ou « topique du clivage », est définie par les clivages entre le vrai et le faux self, et selon qu’il y a ou non mentalisation. Dans son livre de 2002, il reprend et développe un peu différemment sa conception d’une troisième topique intrapsychique en décrivant un clivage entre l’inconscient sexuel refoulé et l’inconscient amential. Le premier est formé, en référence à la théorie de la séduction généralisée de J. Laplanche, par les restes non traduits par l’enfant des messages compromis par le sexuel adressé à l’enfant par l’adulte[11]. En revanche, l’inconscient amential est la conséquence de message radicalement intraduisible par l’enfant parce qu’ils arrivent à l’enfant par des actes de violence ou d’abus commis par l’adulte sur le corps de l’enfant[13]. Selon Georgia Rivals Fotaki, en se référant à la théorie de la séduction généralisée, Christophe Dejours « accorde à la sexualité infantile une place essentielle dans l’évolution des maladies somatiques »[14]. Cette psychanalyste (membre de la SPP) et psychothérapeute à l’Institut de psychosomatique de Paris remarque cependant en note que « le terme de somatisation paraît aujourd’hui inadéquat. Il vaudrait mieux le réserver et parler d’une crise somatique ou de crise évolutive d’une maladie, voire de symptôme somatique »[14].

Publications et activités socioculturelles

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Ouvrages et contributions d'ouvrages

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  • Souffrance en France - La banalisation de l'injustice sociale, éditions du Seuil, 1998, 183 p.
  • Travail, usure mentale - De la psychopathologie à la psychodynamique du travail, Paris, Bayard, 1980 (rééd. 2000), 281 p.
  • Le Facteur humain, coll. Que sais-je ? Paris, PUF, 1994 (rééd. 2018), 127 p.
  • L’évaluation du travail à l’épreuve du réel - Critique des fondements de l’évaluation Versailles, INRA éditions, 2003, 84 p.
  • Le corps, d'abord - Corps biologique, corps érotique et sens moral, Paris, Payot, 2001 et coll. « Petite Bibliothèque Payot » no 476, 2003 (ISBN 9782228897488).
  • Conjurer la violence - Travail, violence et santé, Payot, 2007, et coll. « Petite Bibliothèque Payot » no 785, 2011 (ISBN 9782228906104).
  • Suicide et travail : que faire ?, en collaboration avec Florence Bègue, PUF, 2009, 130 p.
  • Les Dissidences du corps, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot » no 01, 2009 (ISBN 9782228904094)
  • Travail vivant :
    • Tome 1 : Sexualité et travail, Payot, 2009, et coll. « Petite Bibliothèque Payot » no 895, 2013 (ISBN 9782228908399)
    • Tome 2 : Travail et émancipation, Payot, 2009, et coll. « Petite Bibliothèque Payot » no 896, 2013 (ISBN 9782228908405)
  • (collectif) Un monde sans fou ? Champsocial, 2010 (ISBN 9782353710805).
  • Observations cliniques en psychopathologie du travail, PUF, coll. « Souffrance et théorie », 2010, 160 p.
  • La Panne, Bayard éditions, 2012
  • Le Choix - Souffrir au travail n'est pas une fatalité, Bayard éditions, 2015
  • Situations du travail, PUF, 2016
  • [théâtre] Très nombreux chacun seul. L'entrée en résistance avec Jean-Pierre Bodin, Alexandrine Brisson, Editions Azoé, 2021 (ISBN 2956426281)
  • Christophe Dejours (dir.), Écouter le travail vivant : Nouveaux chemins cliniques, Éditions de l'Atelier, , 164 p. (ISBN 270824728X).
  • Penser le corps : Théories psychanalytiques, Éditions de l'Atelier, , 164 p. (ISBN 9782708295414).

Articles

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  • Christophe Dejours, « Psychosomatique et troisième topique », Carnet Psy, no 126, (lire en ligne Accès libre)
  • Christophe Dejours et Cécile Guéret, « Psychodynamique du travail : de la souffrance à l’accomplissement de soi », Revue Audiovisuelle de la Valorisation des Savoirs Scientifiques, 4(4), 2026, p. 7-7, [lire en ligne].

Théâtre sur la souffrance au travail

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Christophe Dejours a co-écrit, co-réalisé et joue depuis 2019 une pièce sur le thème de la souffrance au travail : L'entrée en résistance[15],[16],[17].

Notoriété

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Connu aussi pour être, depuis 2010, le président du Conseil scientifique de la Fondation Jean Laplanche à l'Institut de France[18], Christophe Dejours est directeur et responsable scientifique de l'Institut de psychodynamique du travail depuis 2018.

Il est régulièrement invité à tenir des conférences à l'étranger, où ses travaux trouvent une forte résonance, notamment au Brésil[19], en Argentine[20], aux États-Unis[21], en Italie[22], en Allemagne[23], etc. Il participe également aux colloques internationaux de psychodynamique et psychopathologie du travail qui ont lieu depuis près de 30 ans, où se retrouvent des professionnels de la discipline pour des moments d'échange, de réflexion et de confrontation intellectuelle.

Un Colloque de Cerisy, organisé par Frédérique Debout Cosme[7], Christian du Tertre, Isabelle Gernet, a eu lieu du lundi 6 au dimanche 12 juillet 2026, sur le thème « La théorie du travail vivant de Christophe Dejours. De la métapsychologie du corps à la philosophie sociale »[7].

Notes et références

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  1. En 2007, dans Sexual, Jean Laplanche marque la différence entre l'« inconscient enclavé » tel qu'il l'entend et l'« inconscient amential » selon Christophe Dejours. Il écrit : « Christophe Dejours propose le terme d'"inconscient amential" qu'il m'est difficile d'accepter, car il suppose que le refoulement-traduction est un processus de mentalisation que ne subit pas l'inconscient psychotique. Il suppose donc que les messages de l'autre ne sont pas "mentaux", mais qu'ils doivent le devenir. J'ai du mal à faire mienne une telle opposition âme/corps, mens/soma »

Références

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  1. Françoise Acker et Lionel Leroi-Cagniart, « Le travail vivant », Pratiques, no 101, , pp.4-9 (lire en ligne [archive] [PDF])
  2. Pascale Molinier, « Christophe Dejours De la psychopathologie à la psychodynamique du travail », Jean-Yves Chagnon éd., 40 commentaires de textes en psychologie clinique. Paris, Dunod, « Psycho Sup »,, , p. 333-341 (DOI 10.3917/dunod.chagn.2014.02.0333, lire en ligne, consulté le )
  3. « Christophe Dejours », dans Gabriel Perez, Les derniers maîtres - Paroles vivantes de philosophes, Les Edition de l'Atelier, (ISBN 978-2-7082-5407-7), p. 175-251
  4. « Feuilletez "L'Établi" de Robert Linhart avec les oreilles », sur France Culture, (consulté le ).
  5. « Christophe Dejours », sur France Culture, (consulté le )
  6. « Portrait : Christophe Dejours, père de la psychodynamique du travail », sur Santé & travail (consulté le ).
  7. 1 2 3 4 5 Frédérique Debout-Cosme, « Le travail vivant, de la théorie à la philosophie sociale », Revue Audiovisuelle de la Valorisation des Savoirs Scientifiques, 4(4), 2026, p. 2-2, [lire en ligne]
  8. « Christophe Dejours: «Chacun est seul, plus personne ne se parle» [Interview] », Libération.fr, (lire en ligne, consulté le )
  9. « Christophe Dejours : biographie, actualités et émissions France Culture », sur France Culture (consulté le )
  10. Christophe Dejours, « Psychosomatique et troisième topique », Carnet Psy, no 126, (lire en ligne Accès libre)
  11. 1 2 3 Arlette Lecoq, « Souffrance au travail: sur quels concepts analytiques s’appuyer pour l’écouter? », Psychanalyse.be, (lire en ligne)
  12. Bernard Brusset, « Métapsychologie des liens et troisième topique: », Revue française de psychanalyse, vol. Vol. 70, no 5, , p. 1213–1282 (ISSN 0035-2942, DOI 10.3917/rfp.705.1213, lire en ligne, consulté le )
  13. Michèle Jung-Rozenfarb, « “ Le corps d’abord ” de Christophe Dejours », Esthétique, vol. Vol.67, , p. 703-707 (lire en ligne)
  14. 1 2 Georgia Rivals Fotaki, « Les dissidences du corps de Christophe Dejours » [Compte rendu], Revue française de psychosomatique, 39(1), 2011, p. 173-179. [lire en ligne].
  15. « Oloron : un spectacle évoque la souffrance au travail sous le prisme d’employés de l’ONF », sur LaRepubliqueDesPyrenees (consulté le )
  16. La rédaction, « [Théâtre] L’entrée en résistance. Texte et mise en scène de Jean-Pierre Bodin, Alexandrine Brisson et Christophe Dejours », sur www.souffrance-et-travail.com (consulté le )
  17. « Souffrance au travail : un spectacle dénonce les mécanismes qui broient les salariés et mènent au suicide », sur France 3 Grand Est, (consulté le )
  18. « La fondation Jean Laplanche », sur laplanche.org/la-fondation (consulté le ).
  19. (pt-BR) Lucas Schardong Braescher de Moura, « Da loucura do trabalho para Dejours: nota sobre a Psicopatologia do capitalismo », sur ihu.unisinos.br, (consulté le )
  20. (es) Paula Urien, « Cristophe Dejours: "Trabajar es transformarse en uno mismo" », La Nacion, (lire en ligne)
  21. Hubert Jaspard, « La face cachée de l’évaluation annuelle », The Conversation, (lire en ligne)
  22. (it) Raffaele Alberto Ventura, « Capire il malessere dei lavoratori per un capitalismo dal volto umano », Domani, (lire en ligne)
  23. (de) Tilmann Moser, « Psychopathologische Erkrankungen in der Arbeitswelt: Pflichtlektüre für die psychotherapeutische Ausbildung », Deutsches Arzteblatt, (lire en ligne)

Voir aussi

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Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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