Christophe Turgis
Christophe Turgis, né à une date inconnue, est un tavernier parisien et un faux-monnayeur. Il appartient au milieu des coquillards[a]. Reconnu coupable de vols et d’avoir aidé à forger de fausses monnaies, il est condamné à être bouilli au marché aux pourceaux[b] de Paris, puis son corps est voué à être pendu au gibet de Montfaucon le 17 décembre 1456[2].
| Naissance |
Paris[1] |
|---|---|
| Décès | |
| Époque | |
| Nationalité |
Française |
| Activité |
tavernier, orfèvre et faux-monnayeur |
Biographie
modifierChristophe Turgis est un tavernier parisien[3]. Pendant plusieurs années, il est engagé dans des activités avec une bande de voleurs et de mercenaires se qualifiant eux-mêmes de coquillards[4]. Cette bande s’appuie, entre autres, sur des recéleurs et des fabricants de faux bijoux, de faux lingots et de chaînes de cuivre qu’ils font passer pour de l’or à Paris. Elle compte aussi « plusieurs ouvriers orfèvres comme Bresson Leclerc et Christophe Turgis. »[5]. Ce dernier ne fait que jouer, nuit et jour, dans les tavernes. La spécialité de Christophe Turgis est de fabriquer de la fausse monnaie[4],[6]. Au mois de novembre 1454, Jean Rabustel, procureur de la ville de Dijon, commence une enquête sur les malfaiteurs associés aux coquillards qui sévissent dans la ville. Pierre Cornille, un marchand drapier, Denis Gaudiere et Jeannette, femme de Jean Lanson, la gantière, dénoncent Christophe Turgis. Rabustel identifie sans difficulté le tavernier né à Paris. Mais ce dernier est absent. Les sergents perquisitionnent l’atelier de Christophe et y découvrent tout un attirail de fabrication de fausse monnaie[7],[4] :
« … un chaudron et du drap grossier dessus, sans fond. De plus, un gros marteau d’orfèvre. De plus, un petit flambeau à manche (?) ayant une pointe pour le ficher sur un bloc de bois et forger dessus. De plus, un gros bloc de bois pour soutenir ledit flambeau. De plus, une petite cisaille pour couper l’argent. De plus, un grattoir et une petite poignée de soies de porc pour nettoyer l’argent recuit. De plus, une écuelle de bois dans laquelle il y avait de la couleur verte faite tout fraîchement pour colorer l’or ou l’argent. De plus, une autre écuelle semblable ou un récipient d’Étampes pour nettoyer l’or ou l’argent. De plus, un peu d’alun, de glace et de sel ammoniac. De plus, un pot de terre plein de cendres et de charbon pour chauffer et recuire ce que l’on voulait. De plus, un soufflet. De plus, une petite pince pour tenir l’argent sur le feu. De plus, un peu de dorure pour dorer ce que l’on voulait[c]. »
Turgis est donc banni par défaut de Dijon[8].
En octobre 1455, les dénonciations faites, entre autres, par les deux malfaiteurs « Dimanche le Loup » et « Perrenet le Fournier », forment la base du rapport que rédige Jean Rabustel entre le 3 octobre et le 2 décembre 1455. Ce rapport est parfois appelé Enquête sur les coquillards. Ce document dresse aussi une liste de malfaiteurs affiliés à la Coquille, liste dans laquelle le nom de Christophe Turgis apparaît[9]. Grâce aux informations recueillies, les coquillards sont très rapidement traqués[6].
Incarcération
modifierSelon les témoignages, Christophe Turgis surveille les chemins, vole les gens et commet des meurtres[2],[d]. Pour ces crimes, il est constitué prisonnier à Sens, à Soissons et à Dieppe, mais il en sort toujours libre, sans être condamné[8].
Le 18 novembre 1456, il se retrouve prisonnier à la Conciergerie de Paris[10]. Comme il n’est pas encore convaincu, l’évêque le réclame comme clerc[11], mais le procureur général du roi s’oppose à cette revendication et décide de faire le procès de Turgis[3],[12].
Jugement
modifierAu terme d’un procès, le jugement contre Christophe Turgis se lit comme suit[3],[12] :
« Vu par la Cour le procès fait à l’encontre de Christophe Turgis, par lequel celui-ci est chargé et coupable de plusieurs tricheries, larcins, sacrilèges, et d’avoir aidé à forger de fausses monnaies, c’est-à-dire de faux demi-écus au coin du Roi, et les avoir introduits et employés en plusieurs lieux de ce royaume. Il a été dit que ladite Cour condamne ledit Turgis à être bouilli au marché aux pourceaux de Paris, puis son corps porté à être pendu au gibet de Paris (gibet de Montfaucon), et ses biens déclarés confisqués[e]. »
Exécution
modifierNotes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Les coquillards à cette époque désignent d’abord les membres d’une bande criminelle organisée, active en Bourgogne et jugée à Dijon en 1455, qui se donne le nom de « la Coquille ». Cette bande a sévi en France au milieu du XVᵉ siècle (notamment en Bourgogne, à Paris et en Île-de-France).
- ↑ À cette époque, le marché aux pourceaux est situé sur le côté oriental de la butte Saint-Roch, près de la porte Saint-Honoré.
- ↑ Traduction de : « ung chauldr. et de l’esclain dessus, sans fêt. Item ung gros marteaul d’orfevre. Item ung petit enflambeau à pampe (?) aïant une pointe pour le ficher sur un plot de bois et forger dessus. Item ung gros plot de bois pour soutenir ledit enflambeau. Item une petite cisoire à couper argent. Item une gratte-noise et ung fardelet ou poignée de soye de porc à nettoyer argent recuit. Item une escuelle de bois où il y avoit de la couleur verde faitte toute fresche pour colorier or ou argent. Item une aultre semblable escuelle ou esdon d’Estampes pour nettoyer or ou argent. Item ung peu d’alun, de glace et de sal armoniac. Item ung paille de terre pleine de cendre et de charbon pour chauffer et recuire ce que l’en vouldroit. Item ung soufflet. Item une petite moulette à tenir argent sur le feu. Item ung petit de dorure à dorer ce que l’on vouldroit. »
- ↑ Entre Saumur et Angers, lui et son compagnon détroussèrent un marchand à qui ils coupèrent la gorge.
- ↑ Traduction de : « Veu par la Court le procès fait a l’eucontre de Christofle Turgis, par lequel iceluy Turgis est chargé et coulpable de plusieurs piperies, larre- cins, sacrilèges, et avoir aidé a forger faulses monnoies, c’est assavoir faulx demiz escuz au coing du Roy, et iceulx et autres avoir mis et employez en plusieurs lieux de ce royaume. Dit a esté que ladite Court condamne ledit Turgis a estre boullu au Marche aux Pourceaulx de Paris, et puis son corps estre porté pendre au gibet de, et ses biens declairez confisquez. »
Références
modifier- ↑ Sainéan 1912, p. 396.
- 1 2 3 Sainéan 1912, p. 413.
- 1 2 3 Thuasne 1923, p. 452.
- 1 2 3 Turgis 2020.
- ↑ Schwob 1892, p. 396.
- 1 2 Schwob 1896.
- ↑ Sainéan 1912, p. 396-397.
- 1 2 Sainéan 1912, p. 397.
- ↑ Sainéan 1912, p. 399.
- ↑ Sainéan 1912, p. 412.
- ↑ Longnon 1873, p. 215.
- 1 2 Dupuy, § ms. Dupuy 250, fol. 38 v ; § ms. fr. 5908, fol. 86 v.
- ↑ Duepuy, § ms. Dupuy 250, fol. 38 v ; § ms. fr. 5908, fol. 86 v.
Voir aussi
modifierLiens externes
modifierBibliographie
modifier- Dupuy, Archives nationales françaises sur Christophe Turgis, Bibliothèque nationale de France
- Marcel Schwob, « François Villon », Revue des deux mondes, Paris, Bureau de la Revue des deux mondes, troisième période, vol. 112, (lire en ligne, consulté le )* Auguste Longnon, « François Villon et ses légataires », Romania, Paris, Librairie A. Franck, vol. 2, no 5, , p. 512
- Lazare Sainéan, Les sources de l’argot ancien : Des origines à la fin du XVIIIe siècle, t. 1, Paris, Librairie ancienne Honoré et Édouard Champion, , 460 p.
- Marcel Schwob, Spicilège : François Villon — Saint Julien l’Hospitalier, Plangôn et Bacchis, Dialogues sur l’amour, l’art et l’anarchie, Paris, Société du Mercure de France, (lire en ligne)
- Louis Thuasne et François Villon, Œuvres de François Villon : Édition critique avec notices et glossaire, t. 3 (Commentaire et notes), Paris, Auguste Picard, , 732 p. (lire en ligne)
- JD Turgis, « Pomme de Pin », sur Turgis.org, (consulté le )