Chrétiens pour la libération nationale
Chrétiens pour la libération nationale (CNL) est une organisation de masse révolutionnaire clandestine philippine, engagée à unir les chrétiens dans la révolution menée par le Parti communiste des Philippines. Membre du Front démocratique national des Philippines, elle soutient la lutte armée menée par la Nouvelle Armée populaire et dirigée par le Parti[1].
| Chrétiens pour la libération nationale CNL | |
| Idéologie | Marxisme-léninisme-maoïsme Communisme chrétien Catholicisme Théologie de la libération Théologie de la révolution (en) |
|---|---|
| Positionnement politique | Marxiste-léniniste-maoïste |
| Statut | actif |
| Fondation | |
| Date de formation | 17 février 1972 |
| Pays d'origine | Philippines |
| Fondé par | Edicio de la Torre Luis Jalandoni (en) |
| Actions | |
| Zone d'opération | Philippines |
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Fondé en 1972, elle s’est inspiré des mouvements de théologie de la libération en Amérique latine et de l’impératif de justice sociale du Concile Vatican II[2], dont elle tire une « théologie de la révolution (en) ». Elle a joué un rôle important pendant la période de la loi martiale aux Philippines[3]. Les membres de CNL ont également participé à la lutte armée et rejoint la NPA[4]. CNL est toujours actif aujourd'hui en tant que mouvement clandestin.
Histoire et contexte
modifierL’impulsion à établir le CNL a commencé dès la fin des années 1960, avec une montée de la conscience politique parmi les membres de l’Église. Une « minorité significative » a été influencée par des facteurs sociaux et idéologiques qui émergeaient partout dans le monde[5].
Aux Philippines, des événements tels que les mouvements sociaux du premier trimestre de l'année 1970 et la montée en puissance du mouvement national-démocrate ont galvanisé les Philippins, les poussant à s'engager dans les organisations politiques. Des ouvrages comme *Philippine Society and Revolution* d' Amado Guerrero ont offert une perspective marxiste sur la société philippine[4]. Hors des Philippines, l'appel à l'action sociale lancé par le Concile Vatican II et l'essor de la théologie de la libération en Amérique latine ont poussé les membres du clergé à s'impliquer dans les luttes politiques et sociales.
Des organisations telles que Philippine Priests Inc. sont passées de l'organisation de retraites spirituelles à la diffusion d'une critique de plus en plus révolutionnaire de la société philippine. Edicio de la Torre et Luis Jalandoni ont joué un rôle déterminant dans la radicalisation des membres du PPI et ont également inspiré des organisations de jeunesse chrétiennes telles que le Mouvement chrétien étudiant des Philippines[5].
La première assemblée des Chrétiens pour la Libération Nationale (CNL) se tient le 17 février 1972, coïncidant avec le centenaire de la mort des pères Gomez, Burgos et Zamora[6]. Elle se tient dans la salle de culte du Centre universitaire Sampaloc à Manille et réunit 72 participants[7]. Les CNL déclarent travailler avec le Parti communiste des Philippines pour « dénoncer et combattre l'impérialisme, le féodalisme et le capitalisme bureaucratique » et pour « éveiller, mobiliser et organiser à la fois les classes moyennes et les masses de notre société en vue d'une lutte soutenue et disciplinée sur tous les fronts »[5]. L'assemblée fondatrice définit les principales tâches suivantes pour les membres des CNL[8] :
- Dénoncer et combattre l'impérialisme, le féodalisme et le capitalisme bureaucratique
- Éveiller, mobiliser et organiser les masses en vue d'une lutte prolongée et disciplinée sur tous les fronts
- Se transformer sans cesse soi-même et transformer les autres, en les éloignant de l'égoïsme et de l'orgueil pour les amener à l'altruisme et à un service humble envers le peuple.
Une deuxième assemblée générale s'est tenue les 19 et 20 août 1972 au couvent de l'Assomption à Herran à Manille[7], et a réuni plus de deux cents délégués. Les CNL et d'autres organisations politiques ont rapidement été contraints à la clandestinité suite à l'instauration de la loi martiale aux Philippines le 21 septembre 1972.
Période de la loi martiale
modifierLes CNL était la principale organisation du clergé au sein du mouvement révolutionnaire. Elle visait à mobiliser les fidèles pour soutenir la lutte armée et la transformation des Églises autour des principes démocratiques nationaux[4].
Sous la loi martiale, les membres des CNL adoptent une « double identité », travaillant dans des organisations légales tout en participant à des activités clandestines. Ils étaient placés dans des institutions ecclésiastiques stratégiques et des programmes d'action sociale, mobilisaient et utilisaient les ressources de l'Église, telles que les écoles et les couvents, organisaient des communautés par le biais des communautés chrétiennes de base, acheminaient les fonds de l'Église vers le Parti communiste des Philippines (CPP) et soutenaient les luttes populaires et l'action collective.
Le 24 avril 1973, les CNL participent au congrès fondateur du Front démocratique national des Philippines (NDFP), intégrant ainsi son front uni[1]. À l'aide de l'infrastructure pré-existante de l'Église, CNL devint rapidement « le groupe idéologique le plus organisé et le plus important à offrir un cadre marxiste-léniniste-maoïste pour la transformation sociale » au sein du NDFP[4]. En 1981, CNL était la plus grande organisation au sein du NDFP[9].
Les membres des CNL ont soutenu la grève des ouvriers de La Tondeña en 1975, première grève ouvrière sous la loi martiale[3]. Des prêtres et des religieuses, dont certains membres des CNL, se sont joints à la grève pour se protéger du harcèlement policier. Les membres des CNL ont également joué un rôle déterminant en faisant pression sur le cardinal Jaime Sin et d'autres évêques catholiques romains afin qu'ils critiquent la dictature de Marcos[3].
Les membres du CNL ont été victimes de harcèlement et d'arrestations durant la loi martiale. En 1973, Jalandoni et la religieuse Coni Ledesma furent arrêtés. L'année suivante, Ed de la Torre, président fondateur du CNL, fut également arrêté[8]. Jalandoni et Ledesma furent libérés en 1974 et ont continué depuis lors à collaborer avec le NDFP[10]. Ed de la Torre fut libéré neuf ans plus tard, en 1983.
Malgré des liens étroits avec le Parti communiste des Philippines (PCP), peu de membres souhaitaient y adhérer dans les années 1970 et 1980, car ils estimaient que l'appartenance à l'Église et le communisme étaient incompatibles. Cependant, de nombreux membres du CNL ont soutenu et rejoint la lutte armée menée dans les campagnes par la Nouvelle Armée populaire, la décrivant comme « la plus haute expression de l'amour de Dieu et du prochain »[4]. De nombreux membres du CNL s'identifiaient encore à l'organisation à cette époque, malgré ses liens avec le PCP.
Ligne politique
modifierLes membres de CNL se considèrent comme « chrétiens et révolutionnaires » [4]. L'organisation théorise la théologie de la révolution (en), qui présente des similitudes avec la théologie de la libération. Elle souligne le rôle de l'Église dans le mouvement révolutionnaire philippin et la lutte de libération nationale[11]. CNL insiste sur le lien entre théologie et militantisme.
CNL soutien également le programme d'action du NDFP, soulignant la nécessité de « réaliser l'impératif chrétien de la révolution »[4]. CNL critique la doctrine sociale de l'Église catholique, commentant notamment le Compendium de la doctrine sociale de l'Église[12] et l'Église catholique comme étant « orientée en soutien du capitalisme monopolistique et niant l'apport du socialisme au bien commun »[13].
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Christians for National Liberation » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 (en) « Christians for National Liberation successfully holds 9th Congress with firm commitment to pursue people's war », PRWC | Philippine Revolution Web Central (consulté le ).
- ↑ (en) « Christians for National Liberation », rpl.hds.harvard.edu (consulté le ).
- 1 2 3 (en) Jose Maria Sison, « Ideology and Religion in the Philippines », Jose Maria Sison, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 (en) Jerry Imbong, « Uncovering Christianity's 'Dangerous Memory': Christians for National Liberation (CNL) and the Church's Revolutionary Legacy », MST Review, vol. 23, no 1, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 3 (en) Dennis Shoesmith, « CHURCH AND MARTIAL LAW IN THE PHILIPPINES: The Continuing Debate », Southeast Asian Affairs, , p. 246–vi (ISSN 0377-5437, JSTOR 27908361, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) Michael L. Tan, « More than 3 priests », INQUIRER.net, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 (en) Jose Maria Sison, « The New Democratic Revolution Through Protracted People's War », Jose Maria Sison, (consulté le ).
- 1 2 (en) Rosalinda Pineda Ofreneo, « The Catholic Church in Philippine politics », Journal of Contemporary Asia, vol. 17, no 3, , p. 320–338 (DOI 10.1080/00472338780000221).
- ↑ (en) Mark Saludes, « Christian activists play key role in Philippine revolution », Union of Catholic Asian News, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) Ina Alleco Silverio, « Love Underground: When Louie Met Coni », Bulatlat, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) Lisa Asedillo, « The Theology of Struggle: Critiques of Church and Society in the Philippines (1970s-1990s) », Indonesian Journal of Theology, vol. 9, no 1, , p. 62–92 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) Christians for National Liberation, A Commentary on the Compendium of the Social Doctrine of the Church, Foreign Languages Press (lire en ligne).
- ↑ (en) Jose Maria Sison, « POSTSCRIPT on the CNL Commentary on the of The Social Doctrine of the Roman Catholic Church », Jose Maria Sison, (consulté le ).