Chutes de Gogo

site archéologique du comté de Migori, au Kenya

Les chutes de Gogo sont un site archéologique de plein air situé sur la rive occidentale de la rivière Kuja, aussi appelée Gucha, dans le comté de Migori, à l'ouest du Kenya. Le site se trouve à proximité des chutes de Gogo et d'un barrage hydroélectrique, à environ vingt kilomètres à l'est du lac Victoria.

Chutes de Gogo
Localisation
Pays Kenya
Comté Comté de Migori
Type Site de plein air à occupations multiples
Coordonnées 0° 54′ 00″ sud, 34° 35′ 00″ est
Altitude 1 220 m
Superficie 2,5 ha
Histoire
Culture Oltome-Kansyore, Elmenteita et Urewe
Première occupation Later Stone Age
Occupations suivantes Néolithique pastoral et Âge du fer
Géolocalisation sur la carte : Kenya
(Voir situation sur carte : Kenya)
Chutes de Gogo
Chutes de Gogo

La succession des niveaux archéologiques couvre plusieurs millénaires. Elle comprend une occupation précéramique du Later Stone Age, des niveaux associés aux traditions céramiques Oltome et Kansyore, une occupation du Néolithique pastoral liée à la tradition elmenteitienne, puis des niveaux de l'Âge du fer rattachés à la culture d'Urewe. La présence de poteries, d'outils en pierre, d'objets en fer et de nombreux restes animaux permet d'étudier le passage de la chasse, de la pêche et de la cueillette à l'élevage dans le bassin oriental du lac Victoria.

Localisation et environnement

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Le site occupe un versant faiblement incliné des collines de Kanyamkago, sur la rive occidentale de la rivière Kuja. Il se situe à une altitude d'environ 1 220 m, dans une zone de transition entre les collines humides de Kanyamkago et les terres plus sèches proches de la rive du lac Victoria[1].

Le cours d'eau prend sa source dans les hautes terres de Gusii avant de rejoindre le lac Victoria. Une centrale hydroélectrique, alimentée par un barrage établi près des anciennes chutes, se trouve sur la rive opposée. Le site archéologique doit son nom à ces chutes[2]. Sa superficie est estimée à environ 25 000 m2, soit 2,5 ha[3].

La position du site permet d'accéder aux ressources des collines, des plaines et de la rivière. Les chutes constituent un lieu favorable à la capture des poissons, tandis que les terrains voisins servent à la chasse et à l'élevage[4]. Le site est également répertorié à proximité de la rivière Gucha dans les bases cartographiques contemporaines[5].

Historique des recherches

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Les premières recherches archéologiques menées sur les rives kényanes du lac Victoria sont liées aux travaux de l'archidiacre Walter Edwin Owen, qui signale plusieurs sites à Louis Leakey. Les recherches portent alors principalement sur des gisements paléontologiques et des amas coquilliers. Après cette première période, les investigations consacrées à la préhistoire récente de la région restent limitées pendant plusieurs décennies[6].

Peter Robertshaw commence à travailler dans la région en 1980. En 1981, il visite Gogo Falls avec l'archéologue David Collett. Des travaux réalisés près du barrage perturbent une partie du sol et rendent visibles des dépôts archéologiques. Les chercheurs repèrent un amas de cendres contenant des poteries attribuées à la tradition Oltome, des outils en pierre et des restes animaux. Des dents de bovins sont également découvertes, mais leur association directe avec les plus anciens niveaux de poterie ne peut alors être démontrée[7].

Robertshaw revient sur le site à la fin de l'année 1983. Il ouvre cinq tranchées de dimensions variables, dont plusieurs mesurent environ m sur m. La terre végétale est retirée à la pioche et à la pelle, puis les dépôts sont fouillés à la truelle par passes de 10 cm. Les sédiments sont tamisés à sec au moyen d'un tamis à mailles de mm[8].

En 1989, Karega-Mũnene entreprend une fouille plus étendue avec l'aide de Samuel M. Kahĩnju. Une grille de 52 carrés de m de côté est établie près de la rivière. Les concentrations les plus importantes de mobilier sont repérées dans la partie méridionale de la zone, où trente carrés sont fouillés[9]. Les résultats préliminaires paraissent en 1992[10]. Une présentation de vulgarisation mentionne également le rôle de Karega-Mũnene et de Samuel Kahĩnju dans ces recherches[11].

Stratigraphie et datation

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Méthodes de datation

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Les chercheurs emploient la datation par le carbone 14 et la datation par hydratation de l'obsidienne. Cinq échantillons de charbon recueillis en 1989 sont analysés par l'unité de datation par accélérateur de l'université d'Oxford. Leur masse réduite et la possibilité de déplacements entre les couches imposent toutefois une interprétation prudente[12].

Deux échantillons provenant de niveaux contenant uniquement de la céramique Kansyore fournissent des âges non calibrés de 3 170 ± 70 ans BP et de 3 480 ± 75 ans BP. Trois niveaux supérieurs, dans lesquels plusieurs traditions céramiques sont mélangées, livrent des âges proches de 2 000 ans BP[13].

Les résultats obtenus par hydratation de l'obsidienne sont moins cohérents. Deux objets issus d'un même niveau présentent un écart d'environ 1 500 ans, tandis que certaines pièces des couches supérieures paraissent plus anciennes que celles des couches profondes. Une date proche de 18 000 ans BP est considérée comme trop ancienne pour le mobilier qui lui est associé. Cette méthode est donc utilisée principalement comme outil de datation relative[12].

Succession des occupations

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Les couches les plus profondes des tranchées I et II contiennent des microlithes en quartz, sans poterie. Elles sont attribuées à une occupation précéramique du Later Stone Age, dont la datation reste incertaine[14].

Les premières poteries sont rattachées par Robertshaw à la tradition Oltome, appellation ensuite rapprochée de la tradition Kansyore (en). Elles sont associées à des microlithes en quartz, à des poissons et à plusieurs espèces sauvages. Robertshaw situe cette occupation dans une large période comprise entre environ 8 000 et 3 000 ans avant le présent, tout en soulignant l'incertitude de cette chronologie[14]. Les fouilles de 1989 fournissent des dates plus sûres, comprises entre le quatrième et le deuxième millénaire avant le présent pour les niveaux étudiés[15].

Au début du premier millénaire de notre ère, le site est occupé par des groupes rattachés à la tradition elmenteitienne. Leurs troupeaux produisent d'épais dépôts de cendres et de fumier, qui atteignent par endroits plus de deux mètres. Ces niveaux contiennent des bovins, des ovins et des caprins domestiques, mais aussi de nombreux animaux sauvages et des poissons[16].

Une occupation de l'âge du fer, associée à la céramique d'Urewe, succède aux niveaux elmenteitiens à partir du IIIe siècle ou d'une période postérieure. Les tessons Urewe sont dispersés sur une surface plus vaste que les vestiges des occupations précédentes. Ils sont accompagnés d'objets en fer, de scories et de restes d'animaux domestiques. Aucun four ni fragment de tuyère attestant une production locale du fer n'est cependant découvert[17].

Mobilier archéologique

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Les fouilles livrent des poteries attribuées aux traditions Oltome-Kansyore, Akira, elmenteitienne et Urewe. La collection de 1989 comprend 48 614 tessons et un récipient presque complet[18].

L'industrie lithique se compose d'objets en quartz et en obsidienne, parmi lesquels des lames, des grattoirs, des nucléus, des pointes de flèche et des microlithes géométriques. Une grande partie de l'obsidienne utilisée pendant l'occupation elmenteitienne provient du mont Eburru, dans la partie centrale de la vallée du Grand Rift, à environ 230 km de Gogo Falls. Les petites dimensions des outils et leur réutilisation répétée peuvent s'expliquer par la distance séparant le site des sources de cette roche[19].

Des perles en coquillage et en coquille d'œuf d'autruche, des objets en fer et plusieurs pièces en os sont également recueillis. L'un des objets en os est interprété comme un possible harpon, qui constituerait l'un des premiers exemplaires connus dans le bassin du lac Victoria[20].

Alimentation et élevage

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Les restes fauniques comprennent des os et des dents de bovins, d'ovins et de caprins domestiques. Les animaux sauvages sont représentés par des zèbres, des phacochères, des potamochères, des oribis, des antilopes, des hippopotames et plusieurs autres mammifères. Des arêtes de poissons, des coquillages, des oiseaux et des restes végétaux complètent l'assemblage[21].

Les habitants combinent plusieurs activités : la chasse, la pêche, l'élevage, la collecte de végétaux et peut-être la capture d'oiseaux. La présence simultanée de ressources domestiques et sauvages montre que l'arrivée du pastoralisme n'entraîne pas l'abandon immédiat des pratiques de chasse et de pêche[22]. Aucun reste de plante cultivée ou de mauvaise herbe liée à l'agriculture n'est identifié dans les niveaux elmenteitiens étudiés[14].

Paléoenvironnement et importance du site

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Une analyse des isotopes stables de l'émail de 86 dents d'herbivores provenant des niveaux elmenteitiens, datés d'environ 1 900 à 1 600 ans avant le présent, montre que les animaux domestiques et la majorité des herbivores sauvages consomment principalement des plantes en C4[23].

Ces résultats, rapprochés des données polliniques et des biomarqueurs végétaux du lac Victoria, correspondent à un milieu dominé par les graminées. Un tel environnement présente un risque plus faible de transmission de la trypanosomiase par la mouche tsé-tsé que les paysages boisés. Il permet donc l'entretien de troupeaux plus importants[24].

Les données de Gogo Falls appuient l'existence d'un corridor herbeux dans le bassin du lac Victoria, par lequel de petits groupes d'éleveurs peuvent progresser depuis l'Afrique de l'Est vers l'Afrique australe[25]. Le site constitue aussi une séquence de référence pour suivre, dans un même espace, l'apparition de la poterie, des animaux domestiques et du travail du fer[26].

Notes et références

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  1. (en) Karega Mũnene, Holocene Foragers, Fishers and Herders of Western Kenya, Oxford, Archaeopress, coll. « BAR International Series » (no 1037), (ISBN 978-1-84171-417-2, OCLC 50177136), p. 1 et 59
  2. (en) Karega Mũnene, Holocene Foragers, Fishers and Herders of Western Kenya, Oxford, Archaeopress, coll. « BAR International Series » (no 1037), (ISBN 978-1-84171-417-2, OCLC 50177136), p. 59
  3. (en) Karega Mũnene, Holocene Foragers, Fishers and Herders of Western Kenya, Oxford, Archaeopress, coll. « BAR International Series » (no 1037), (ISBN 978-1-84171-417-2, OCLC 50177136), p. 1
  4. (en) Peter Robertshaw, « Gogo Falls: Excavations at a Complex Archaeological Site East of Lake Victoria », Azania: Archaeological Research in Africa, vol. 26, no 1, , p. 63-195 (ISSN 0067-270X, DOI 10.1080/00672709109511425, lire en ligne Accès payant)
  5. (en) « Gogo Falls », sur Mapcarta (consulté le )
  6. (en) Peter Robertshaw, « Gogo Falls: Excavations at a Complex Archaeological Site East of Lake Victoria », Azania: Archaeological Research in Africa, vol. 26, no 1, , p. 63-195 (ISSN 0067-270X, DOI 10.1080/00672709109511425, lire en ligne Accès payant)
  7. (en) Peter Robertshaw, « Gogo Falls: Excavations at a Complex Archaeological Site East of Lake Victoria », Azania: Archaeological Research in Africa, vol. 26, no 1, , p. 63-195 (ISSN 0067-270X, DOI 10.1080/00672709109511425, lire en ligne Accès payant)
  8. (en) Peter Robertshaw, « Gogo Falls: Excavations at a Complex Archaeological Site East of Lake Victoria », Azania: Archaeological Research in Africa, vol. 26, no 1, , p. 63-195 (ISSN 0067-270X, DOI 10.1080/00672709109511425, lire en ligne Accès payant)
  9. (en) Karega Mũnene, Holocene Foragers, Fishers and Herders of Western Kenya, Oxford, Archaeopress, coll. « BAR International Series » (no 1037), (ISBN 978-1-84171-417-2, OCLC 50177136), p. 59-62
  10. (en) Karega-Mũnene et Samuel M. Kahĩnju, « Recent Excavations at Gogo Falls in Western Kenya », Nyame Akuma, no 37, , p. 8-9
  11. (en) « The Archaelology Dig at Gogo Falls Yields an Exclusive Pottery », sur Actforlibraries (consulté le )
  12. 1 2 (en) Karega Mũnene, Holocene Foragers, Fishers and Herders of Western Kenya, Oxford, Archaeopress, coll. « BAR International Series » (no 1037), (ISBN 978-1-84171-417-2, OCLC 50177136), p. 69-71
  13. (en) Karega Mũnene, Holocene Foragers, Fishers and Herders of Western Kenya, Oxford, Archaeopress, coll. « BAR International Series » (no 1037), (ISBN 978-1-84171-417-2, OCLC 50177136), p. 70 et 83-84
  14. 1 2 3 (en) Peter Robertshaw, « Gogo Falls: Excavations at a Complex Archaeological Site East of Lake Victoria », Azania: Archaeological Research in Africa, vol. 26, no 1, , p. 63-195 (ISSN 0067-270X, DOI 10.1080/00672709109511425, lire en ligne Accès payant)
  15. (en) Karega Mũnene, Holocene Foragers, Fishers and Herders of Western Kenya, Oxford, Archaeopress, coll. « BAR International Series » (no 1037), (ISBN 978-1-84171-417-2, OCLC 50177136), p. 128-129
  16. (en) Peter Robertshaw, « Gogo Falls: Excavations at a Complex Archaeological Site East of Lake Victoria », Azania: Archaeological Research in Africa, vol. 26, no 1, , p. 63-195 (ISSN 0067-270X, DOI 10.1080/00672709109511425, lire en ligne Accès payant)
  17. (en) Peter Robertshaw, « Gogo Falls: Excavations at a Complex Archaeological Site East of Lake Victoria », Azania: Archaeological Research in Africa, vol. 26, no 1, , p. 63-195 (ISSN 0067-270X, DOI 10.1080/00672709109511425, lire en ligne Accès payant)
  18. (en) Karega Mũnene, Holocene Foragers, Fishers and Herders of Western Kenya, Oxford, Archaeopress, coll. « BAR International Series » (no 1037), (ISBN 978-1-84171-417-2, OCLC 50177136), p. 71-84
  19. (en) Peter Robertshaw, « Gogo Falls: Excavations at a Complex Archaeological Site East of Lake Victoria », Azania: Archaeological Research in Africa, vol. 26, no 1, , p. 63-195 (ISSN 0067-270X, DOI 10.1080/00672709109511425, lire en ligne Accès payant)
  20. (en) Peter Robertshaw, « Gogo Falls: Excavations at a Complex Archaeological Site East of Lake Victoria », Azania: Archaeological Research in Africa, vol. 26, no 1, , p. 63-195 (ISSN 0067-270X, DOI 10.1080/00672709109511425, lire en ligne Accès payant)
  21. (en) Fiona Marshall et Kathlyn Stewart, « Hunting, Fishing and Herding Pastoralists of Western Kenya: The Fauna from Gogo Falls », Archaeozoologia, vol. 7, no 1, , p. 8
  22. (en) Karega Mũnene, Holocene Foragers, Fishers and Herders of Western Kenya, Oxford, Archaeopress, coll. « BAR International Series » (no 1037), (ISBN 978-1-84171-417-2, OCLC 50177136), p. 128-137
  23. (en) Kendra L. Chritz, Fiona B. Marshall, M. Esperanza Zagal, Francis Kirera et Thure E. Cerling, « Environments and Trypanosomiasis Risks for Early Herders in the Later Holocene of the Lake Victoria Basin, Kenya », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 112, no 12, , p. 3674-3679 (PMID 25775535, PMCID 4378429, DOI 10.1073/pnas.1423953112, Bibcode 2015PNAS..112.3674C, lire en ligne Accès libre)
  24. (en) Kendra L. Chritz, Fiona B. Marshall, M. Esperanza Zagal, Francis Kirera et Thure E. Cerling, « Environments and Trypanosomiasis Risks for Early Herders in the Later Holocene of the Lake Victoria Basin, Kenya », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 112, no 12, , p. 3674-3679 (PMID 25775535, PMCID 4378429, DOI 10.1073/pnas.1423953112, Bibcode 2015PNAS..112.3674C, lire en ligne Accès libre)
  25. (en) Kendra L. Chritz, Fiona B. Marshall, M. Esperanza Zagal, Francis Kirera et Thure E. Cerling, « Environments and Trypanosomiasis Risks for Early Herders in the Later Holocene of the Lake Victoria Basin, Kenya », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 112, no 12, , p. 3674-3679 (PMID 25775535, PMCID 4378429, DOI 10.1073/pnas.1423953112, Bibcode 2015PNAS..112.3674C, lire en ligne Accès libre)
  26. (en) Peter Robertshaw, « Gogo Falls: Excavations at a Complex Archaeological Site East of Lake Victoria », Azania: Archaeological Research in Africa, vol. 26, no 1, , p. 63-195 (ISSN 0067-270X, DOI 10.1080/00672709109511425, lire en ligne Accès payant)

Voir aussi

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